À propos de Speodiaetus (Ochsiella) bucheti Abeille de Perrin.

 

Cet insecte a été décrit en 1905 sous le nom de Bathyscia bucheti – du nom de son récolteur, Buchet - par l’entomologiste marseillais Elzéar Abeille de Perrin, sur un seul exemplaire femelle trouvé à Nice, flottant sur le canal de la Vésubie. Ce canal, long de 29 km, a été creusé entre 1880 et 1888 pour alimenter Nice en eau potable. Il capte les eaux de la Vésubie à St-Jean–la-Rivière, et son tracé, très accidenté, a nécessité de nombreux ouvrages d’art, ponts, tunnels, siphons, etc…La moitié de son parcours étant souterrain, on ne disposait pas alors d’indication sur la provenance précise de l’insecte.

 

La description originale, très brève, se conforme à l’usage du XIXe siècle : elle se limite à quatre lignes en latin, complétées par un commentaire en français à peine plus long. Dans sa monographie des Bathysciinae, parue en 1911, René Jeannel considère cette espèce, dont il n’a pas vu le type, et dont le mâle est encore inconnu, comme incertae sedis.

 

C’est Jean Ochs qui découvrira une trentaine d’années plus tard la première population de cet insecte. Ayant pu dès lors examiner le mâle, Jeannel (1947) reconnut sa parenté avec le Speodiaetus galloprovincialis Fairmaire, cavernicole des massifs calcaires littoraux entre Marseille et Hyères. L’espèce bucheti s’en distingue nettement par l’allongement des antennes et la pubescence moins dense et hérissée, ce qui a conduit Jeannel à l’isoler dans un sous-genre particulier, Ochsiella Jeannel, où elle est encore sans congénère.

 

J.-C. Giordan et J.M.P. Raffaldi ont ensuite retrouvé cette espèce dans plusieurs petites cavités de la basse vallée de la Vésubie, et même sur la rive droite du Var à Malaussène. Plus récemment, nous l’avons retrouvée à plus haute altitude, entre 1000 et 1100 m, dans plusieurs cavités situées sur la crête du Férion (Grotte Françoise, Aven des Terres Rouges), ce qui suggère que cette espèce est cavernicole dans tout ce massif.

 

La station d’Ochsiella bucheti découverte par Ochs est un chaos formé par d’énormes blocs de conglomérats éboulés, sans doute lors d’un séisme ancien; le canal de la Vésubie franchit ce chaos par une succession de petits tunnels. Dans cette station, elle cohabite avec Duvalius joffrei Ochs, dont c’est la seule localité connue. Comme pour l’Ochsiella, les premiers exemplaires de ce Duvalius ont été trouvés par J. Ochs flottant sur le canal, le 16 août 1923 ; c’est en explorant systématiquement le parcours du canal que Ochs a découvert ensuite cette station remarquable. Ochsiella bucheti cohabite aussi (teste Giordan) avec Duvalius wallyi Giordan & Raffaldi dans la localité typique de ce Duvalius (grotte dite des deux Gourdes, au bord de la Vésubie en amont de St Jean-la-Rivière) ; en revanche sur la crête du Férion nous n’avons pas encore trouvé les deux espèces dans les mêmes cavités. De fait, comme les Troglodromus et les Isereus voisins, Ochsiella bucheti est un cavernicole vrai, alors que les Duvalius sont plutôt endogés. Ainsi, dans le chaos du canal de la Vésubie, Duvalius joffrei est plus abondant qu’Ochsiella bucheti dans les failles superficielles où la lumière pénètre, alors que c’est l’inverse dans les failles profondes.

 

Contrairement à ce que ses premières captures pouvaient laisser croire, Ochsiella bucheti n’est donc ni étroitement localisée, ni vraiment rare : elle peut se prendre en grand nombre au piège lorsque les conditions sont favorables.

 

Carte des localités connues de Speodiaetus (Ochsiella) bucheti Ab.

 

Bibliographie :

Abeille de Perrin, E., 1905, Bulletin de la Société Entomologique de France, p. 208-209

Jeannel, R., 1911, Révision des Bathysciinae, Archives de Zoologie expérimentale et générale, 5e série VII, 641 pages, planches.

Jeannel, R., 1947, Revue Française d’Entomologie, T. XIV (1), 1-13.