Un film produit par Françoise Castro.
Enquête menée par Tristan Mendès France
Réalisation Jean-Pierre Prévost
Docteur La Mort
Reportage de France 3 du 31/05/2001-23h00
Transcript
du documentaire :
"Cet homme est un cardiologue. Bien que mis en cause dans
la conception de programmes scientifiques d'élimination de
la population noire sous l'apartheid, et accusé de
détournement de fonds, de fraude fiscale, trafic de
drogues, le Dr Basson est aujourd'hui encore en activité à
l'hôpital de Pretoria. Comment est-ce possible, 7 ans après
la fin de l'ancien régime, que cet homme toujours en
liberté malgré la gravité des forfaits qui lui sont
imputés, n'ait pas encore été jugé. Pour tenter de répondre
à toute ces questions, nous avons mené l'enquête en Afrique
du Sud.
Janvier
2001
Le jour de notre arrivée à Ket Town, la
nouvelle Afrique du Sud fêtait l'ouverture de la septième
session du parlement libre depuis le retour de la
démocratie. Flon flon, costumes bariolés, toute couleur
politique confondue. Cette journée est la démonstration
voyante d'une fragile réconciliation entre les communautés
blanche, noire, et métis. Une cérémonie solennelle et
symbolique, à laquelle le Président Tabombeki, successeur
de Nelson Mandella prête son concours. Pour comprendre
comment l'Afrique du Sud en est arrivé là, revenons
quelques années en arrière. De 1960 à 1994, la population
noire encadrée par l'ANC, mène alors le combat pour sa
libération contre le régime sanglant de l'apartheid. Nelson
Mandella, leader charismatique du mouvement est en prison.
Sa captivité durera presque 30 ans. Il est libéré le
11 février 1990, et prononce ici son premier discours
d'homme libre et bientôt de Premier Président de la
République Multiraciale.
"Mes amis je suis ici, devant vous, non comme un prophète,
mais comme un humble serviteur de vous le peuple."
En 1995, Nelson Mandella nomme l'archevèque Desmon Toutou,
figure emblématique de la lutte pour les droits de l'homme
dans le monde, Président d'une commission dite Vérité et
Réconciliation, la TRC. La TRC n'est pas un tribunal de
justice. Sa mission n'est pas de punir ou de venger, mais
d'établir la vérité sur les événements dramatiques du
passé, et de bâtir un avenir de réconciliation entre les
différentes communautés, quelque soit la race, la couleur,
la classe sociale, la croyance, et le sexe.
15 avril 1995, Archevèque Desmond toutou:
Je déclare
ouverte l'audience de la Commission Vérité et
Réconciliation.
Nous assistons ici aux premières auditions de victimes de
l'apartheid. Les enquêteurs ont ainsi pendant 4 ans
sillonné le pays pour collecter les témoignages de la
violence répressive sous l'ancien régime. Mais aussi les
aveux de tous les coupables, qui accepte de reconnaître
publiquement leurs crimes politiques. Cette double démarche
originale de vérité et de réconciliation, a pour finalité
non seulement d'aider les victimes, moralement et
financièrement, mais également d'accorder une amnistie au
bourreau qui l'a sollicite. Mais qui au début de cette
investigation de la TRC en 1996, pouvait imaginer
l'incroyable ampleur des recherches militaires meurtrières
qui menaçaient la population de ce pays. Dans le secret de
ses états majors, l'armée Sud Africaine élabore en effet un
terrible et gigantesque projet, celui d'une guerre chimique
et bactériologique. Justification de ces recherches, la
guerre froide. La xxxxx est un enjeux stratégique
important, et les russes expérimentent en Angola des
produits meurtriers du même type. Mais en fait, c'est
surtout la population noire d'Afrique du Sud qui est la
vraie cible des savants de l'apartheid. Un projet
d'extermination massive, baptisé Project Cost.
Général Constand Miljoen, leader du Freddom Front:
C'est moi qui est initié le project Cost lorsque
j'étais à la tête des forces militaires. Je l'ai fait parce
que à un moment donné, l'ANC s'est lancé dans des
opérations urbaines, et elle poussait les choses tellement
loin, que cela risquait d'aggraver la situation. Ce qui
aurait été très mauvais pour l'image du pays. Il fallait
éviter cela à tout prix. C'est là que je me suis dit, au
lieu de tirer à vue sur une foule en colère, à balle
réelle, et de tuer des gens, cherchons un autre moyen de
neutraliser ces groupes. J'ai alors soumis le problème a
des scientifiques.
Dont Basson était l'un des plus important. Wouter Basson,
Général de brigade aux 7ème bataillon médical des forces
armées sud africaines.
Général Constand Miljoen, leader du Freddom Front:
J'ai demandé à Basson, seriez vous capable de mettre
au point pour moi, un gaz qui ne serait ni irritant, ni
mortel, mais qui rendrait les gens inoffensifs pendant
quelque temps, afin qu'ils se calment et que nous n'ayons
pas à les tuer, en cherchant à maîtriser la foule.
Qui est donc ce scientifique défini comme l'homme de la
situation par le chef des armées de l'époque, et chargé
d'initié une stratégie, pour soi disant paralyser des
foules sud africaines, alors qu'on apprendra plus tard par
les témoignages de ses anciens collaborateurs, qu'il
s'agirait d'un véritable projet de génocide.
En
1996, le Dr Basson est peu connu du grand public. C'est un
médecin militaire, il a fait toute sa carrière dans
l'armée, il gradé. Habile cardiologue, il a aussi des
diplômes de chimiste et de physicien. Il est l'ami de
l'ex-président Bota. Fils d'une cantatrice sud africaine,
il est dit-il un bourgeois ordinaire, qui vit une existence
paisible avec sa famille dans une villa de la banlieue de
Pretoria. Pour ses détracteurs qui le craignent, c'est un
personnage double, énigmatique, froid, calculateur,
pervers, que seul l'argent et les femmes intéresse. Pour
ses amis c'est un chirurgien attentif, un charmeur doux et
généreux. Pour la TRC, même si le nom de Basson apparaît
quelques fois dans les témoignages, il n'est encore qu'un
banal suspect.
Docteur Fazel Randera, rapporteur de la TRC:
On a
saisi des choses concernant le programme sud africain de
guerre chimique et biologique. On avait peu de détail. Les
pièces du puzzle c'étaient révélé de façon dispersée. Mais
ce que nous commencions à entrevoir, était des plus
inquiétant.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
En
1996, nous avons été briefés par Mike Kennedy, des services
secrets nationaux. Il avait été membres des services
secrets sous le régime de l'apartheid et s'était rallié au
nouveau régime, et il nous a expliqué ce que nous avons
compris, être le caractère offensif du programme sud
africain de guerre chimique et biologique. Après ce
briefing, nous avons commencé à passer en revue les
coupures de presse et tout ce qui avait été classé. Nous
avons recherché par exemple, ceux qui nous paraissaient
avoir été victimes d'empoisonnement chimique.
Révérend Frank Chikane, Directeur Général de la Présidence:
Il se trouve que je suis le témoin vivant de ce qui
est arrivé. Je n'ai eu la preuve qu'en 1989, qu'on avait
enduit mes vêtements de produits chimiques, qui s'avéraient
mortels s'ils entraient en contact avec la peau. Mais j'ai
survécu. J'ai atterri dans un hôpital aux Etats Unis. Ils
m'ont soigné et ont réussi à déterminer l'origine de mes
troubles.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
L'un
des médecins que nous avons interrogé, nous a laissé
entendre qu'un de ses collègues de Roodeplaat, le
laboratoire de recherche, lui avait dit qu'ils avaient
enduit les sous vêtements du Révérend Frank Chikane, de
produits chimiques incolores et inodores. Il suffisait de
porter ces sous vêtement pour que le produit passe dans le
sang.
Audition de la TRC:
Shalk Van Rensburg, ancien
vétérinaire, au laboratoire de Roodeplaat:
Ils ont
joué avec la vie de Frank Chikane. Ils ont commis plusieurs
erreurs et fait des choses stupides. Par exemple, au lieu
d'étaler la toxine qui devait être absorbée par la peau, et
de couvrir une grande surface pour permettre l'absorption,
ils n'en n'ont mis que sur un petit point précis, et ils
ont du utiliser 5 caleçons au lieu d'un. Du coup, Frank
Chikane est tombé malade plusieurs fois, ce qui a tout de
suite fait penser à un empoisonnement. Les services secrets
ont dit qu'il allait en Namibie, mais en fait, il est allé
en Amérique, car il n'y avait guère d'expertises
médico-légales en Namibie.
Ce vétérinaire sait de quoi il parle. Il a travaillé sous
les ordres de Basson pendant 7 ans au laboratoire civil de
Roodeplaat. La défense sud africaine y sous traitait
secrètement les recherches les plus sensibles, et les moins
avouables. A quoi ressemble ce fameux laboratoire? Malgré
l'interdiction formelle d'y tourner, nous avons décidé
d'aller enquêter avec une caméra cachée.
Laboratoire de recherche de Roodeplaat:
Ok, vous
descendez par là, et vous allez tomber sur l'entrée
principale. Là on vous renseignera.
Une employée:
Basson travaillait dans ce bâtiment.
Mais la société pour laquelle il travaillait a déménagé, il
y a environ 4 ans. Nous on a simplement acheté le bâtiment,
et on a fait autre chose. Quand on a aménagé ici et
acheté le bâtiment il était vide depuis un certain temps
déjà. Il l'avait évacué. En fait on a acheté un bâtiment
vide. Quand on est arrivé ici il n'y avait plus aucune
trace de ce qui s'était passé.
Tristan Mendès France:
Est-ce qu'on pourrait juste
jeter un coup d'oeil très vite ?
Une employée:
Bien sûr.
TMF:
Et voir l'endroit où il faisait ses recherches.
Donc on fait encore de la recherche chimique ici ?
Ici c'est donc le genre d'endroit où...
Une employée:
Oui c'est un aménagement typique de
laboratoire.
TMF:
Cétait ici, on peut jeter un coup d'oeil ?
Une employée:
Oui, dans cette pièce.
TMF:
Savez-vous si les gens parlent de ce qui s'est
passé avant ?
Une employée:
Oui on se pose beaucoup de question.
Quand nous avons acheté le bâtiment, nous savions qu'il y
avait eu beaucoup d'expérimentations. Nous pensions qu'il
s'agissait de recherches pharmaceutiques sur les animaux,
car quand on est arrivé ici, il y avait encore 2 babouins
en captivité, et on les a vu les pousser sur des chariots.
On a donc pensé qu'il faisait des recherches
pharmaceutiques. Beaucoup d'entre nous subodorait quelque
chose de pas très éthique. Puis l'affaire a éclaté au grand
jour devant la Commission Vérité et Réconciliation avec
Desmond Toutou et les autres. Il s'est avéré que c'était
ici que le gouvernement menait sa guerre chimique et
biologique. On a été littéralement envahi par la presse
internationale. Et nous on en croyait pas nos yeux.
Travailler dans cet endroit avec ces démons du passé, ça a
été un gros choc pour nous.
En 1996, les enquêteurs de la TRC ne mesurent pas l'ampleur
de toutes les horreurs commises ici par Basson et ses
sbires. Ils ont certes des témoignages, des soupçons, et
cherche à interroger Basson qui se dérobe. L'enquête
piétine, d'autant que de nombreux documents ont été
trouvés.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
Et
heureusement pour la TRC, en janvier 1997, Wouter Basson a
été arrêté à Johanesbourg.
29 janvier 1997
Pourquoi cette arrestation ? Parce
que Basson est recherché par les services fiscaux sud
africains, pour fraudes et abus de biens sociaux. On trouve
dans ses poches, un millier de pilules d'extasi. Pour
quelle usage ? Financement occulte ? Fabrication de drogues
incapacitantes ? trafic personnel ? Une aubaine en tout cas
pour les services secrets américains qui réclamaient cette
arrestation, inquiet des trop nombreux déplacements de
Basson en Lybi et en Irak, et qui craignait qu'il ne livre
des secrets militaires à un état terroriste.
Docteur Fazel Randera, rapporteur de la TRC:
Il y a
eu une descente chez lui de la brigade de lutte contre la
grande criminalité économique. Et dans sa maison on a
trouvé une malle entière de documents, donc quelques uns
avait trait au programme de guerre chimique et biologique.
Ce qu'ils ont trouvé était incroyable. Il y avait ce qu'on
appelle une liste, autrement dit un bordereau de vente:
sucre à la salmonelle
Bière au thallium
cigarette à l'anthrax
la toxine botulique
chocolat au cyanure
whisky à la colchicine
déodorant au pipilurium
venin de serpent
Trecey Barnes avait imaginé diverses tactiques pour
éliminer Fidel Castro qui ont toutes avorté.
Les
sels de thallium dans les chaussures, perte de pilosité,
paralysie musculaire partielle.
Cigare au LSD ou
hallucinogène.
Empoisonné l'air du studio radio au
tribun.
En 1960 Richard Bissel patron de la CIA opta
pour une méthode plus radicale et s'associa avec la mafia
qui recruta 2 cubains entre 1960/1962 et on reimagina
d'autres solutions :
la boite de cigares imprégnés
de toxines, offerte lors d'une réunion à l'ONU,
le
cigare explosif,
La CIA donna aussi à sa maîtresse 2
pilules de poison dissimulées dans son poudrier. Malgré le
pouvoir imaginatif mortel de la CIA, tout échoua, la
preuve, il est toujours là.(21)
Cette longue liste de vente de produits aux poisons
indétectables, était destiné aux agents de la sécurité sud
africaine pour leur permettre de tuer les militants noirs
sans soulever de soupçon lors d'autopsie. Combien ont été
utilisé, on ne le saura sans doute jamais.
Selon vous, cette liste aurait elle pu être utilisée à des
fins de recherches scientifiques ou bien est-ce une liste
d'armes meurtrières ?
Shalk Van Rensburg, ancien vétérinaire, au laboratoire de
Roodeplaat:
Assurément une liste d'armes
meurtrières. Aucun intérêt pour quelque recherche que ce
soit.
Docteur Pallo Jordan, ex-ministre:
Parmi les
méthodes qu'il est présumé avoir utilisé, l'une consistait
à enduire l'opercule d'une canette de bière en aluminium,
avec du poison. Et si vous utilisiez cette opercule, la
partie qui s'enfonce dans la canette, ça activait le
poison.
Audition de la TRC
Mike Odendal, ancien
microbiologiste, au laboratoire de Roodeplaat:
On
m'a donné un paquet de cigarette Camel, et on m'a demandé
de déposer quelques gouttes sur les filtres des cigarettes.
Et que serait-il arrivé à la personne qui aurait fumée ces
cigarettes ?
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
C'est difficile à dire, mais j'imagine
que les conséquences auraient été mortelles.
Docteur Fazel Randera, rapporteur de la TRC:
Ce qui
en ressort, c'est d'innombrables questions éthiques. Qu'est
ce qui fait que, étant médecin je vais d'abord évoquer
l'aspect médical, que des médecins qui ont une position
siélevée dans la société, en terme d'éthique, qui sont là
pour sauver des vies, deviennent soudain impliqués dans des
programmes pouvant potentiellement tuer des millions de
personnes.
1er février 1997
Coup de théâtre, le docteur Basson
est jugé par un tribunal à hui-clos. Pour quelle raison ?
Par de mystérieuses fuites; la longue liste des forfaits
reprochés à celui que les journalistes surnomme désormais
docteur la mort, s'ébruite rapidement. La presse ulcérée
s'émeut. Pourquoi ce silence pesant du gouvernement ? Le
ton monte. Elle accuse également la TRC de ne pas s'emparer
de ce scandale avec suffisamment de fermeté, et exige une
audition publique de Basson au sein de la commission.
Andrew Trench, journaliste au Sunday Time:
Notre
opinion, en tant que journal comme bien d'autres journaux,
était qu'il était absolument primordial que la vérité
éclate au grand jour. Ce qu'il révélait pour la première
fois, ne faisait que révéler les soupçons qui pesaient sur
lui depuis des années. Il fallait que ce soit rendu public.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
Tous
les jours on nous demandait, qu'est ce qui se passe avec
Basson. Pourquoi la TRC ne fait rien ? Pourquoi n'a-t-il
pas été cité à comparaître ? Là il y a un problème. Et le
fait que sa demande liberté sous caution est eu lieu à huis
clos n'arrangeait pas les choses.
5 février 1997
C'en est trop. Alors que le docteur
la mort libéré sous caution rentre chez lui et reprend
tranquillement son activité de médecin à l'hôpital, la TRC
décide contre l'avis officiel de créer une commission
spéciale sur la guerre chimique et bactériologique et
d'interroger Basson. Nouveau coup de théâtre, la présidence
et le gouvernement s'y oppose catégoriquement au nom du
secret défense.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
Il y a
eu des intervention. Le ministre de la Défense et le bureau
du vice-Président, et le bureau du Président sont venus
nous dire, non s'il vous plaît, pouvez-vous empêcher ça ?
Ne tenez pas ces audiences, ce sont des affaires très
sensibles.
Andrew Trench, journaliste au Sunday Time:
Il est
devenu de plus en plus évident que le nouveau régime, le
gouvernement de l'ANC avait exactement les mêmes intérêts
que l'ancien. Il craignait de gêner la communauté
internationale. Ce que celle-ci s'inquiète de savoir que
toutes les expériences faites Basson sous le régime de
l'apartheid, se perpétuent sous le nouveau gouvernement.
Elles ont réagi très vite. Ils ont tout fait pour s'assurer
que ces information ne soient pas rendues publiques.
Paddy Prior, conseiller juridique de la TRC:
Certains documents sont restés classés TOP SECRET,
alors même que nous avions changé de régime, et la TRC à du
en tenir compte, car il faut bien comprendre qu'il y avait
certaines restrictions. Par exemple en ce qui concerne la
prolifération de certaines substances ou produits
chimiques, ou bien, par exemple comme vous pouvez
l'imaginer, vis à vis de certains traités avec d'autres
pays. Ce type de relation devait être protégé au niveau
international.
Si le gouvernement est aussi embarrassé, est-ce que parce
qu'une audience publique de la TRC à propos des armes
chimiques et bactériologiques, dévoilerait l'importance
capital de l'aide militaire illégale, apportée par de
nombreux pays occidentaux à l'Afrique du Sud sous
l'apartheid, et qui sait encore aujourd'hui. Un vrai
scandale et pourtant.
Révérend Frank Chikane, Directeur Général de la Présidence:
Je ne crois pas que Basson aurait pu acquérir de
telles compétences, et un tel savoir sur les armes
chimiques, sans la collaboration de grandes puissances.
C'est un fait grave.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
Wouter
Basson est allé à Taïwan par exemple, pour voir ce qu'ils
avaient comme programme. Il est allé à San Antonio aux USA
dans les années 80, là aussi pour voir leur programme. Il
est allé en Israël et en RFA.
Israël a le plus important laboratoire de recherche sur la
guerre NBC au Moyen Orient.
Yasmin Sooka, rapporteur de la TRC:
Le docteur
Basson a eu accès aux laboratoires militaires en Suisse, et
il y a été arrêté en possession d'obligations du Vatican.
Autant de choses qui n'ont pas été expliquées ni par les
suisses, ni par notre propre gouvernement, ni par le Dr
Basson.
Et si autre hypothèse, les occidentaux avaient tout
simplement choisis Basson comme un expérimentateur
privilégié pour tester grandeur nature leurs propres
poisons sur les sud africains.
Docteur Fazel Randera, rapporteur de la TRC:
Le
programme de guerre chimique et biologique qu'il a mis sur
pied en Afrique du sud, était si sophistiqué, qu'il y avait
des gens en Europe, qui faisaient la queue pour pouvoir
venir y travailler, parce qu'il le considérait comme le nec
le plus ultra des programmes, avec des laboratoires dernier
cri. Il y avait toujours de l'argent disponible, les
voyages étaient organisés facilement et les gens avaient
envi d'y participer.
Juin 1998:
Malgré les pressions diverses, la TRC
résiste. Après négociation avec le pouvoir, la commission
guerre chimique et bactériologique lance enfin ses
investigations. Nous sommes en juin 1998. Basson accepte
d'assister aux audiences, mais nouveau rebondissement, il
refuse de parler, encore moins de demander l'amnistie. Il
écoute ses collaborateurs déballer la longgue liste des
forfaits qui lui sont imputés.
Le tribunal:
Vous jurez devant Dieu de dire toute la
vérité rien que la vérité ?
Daan Goosen, ancien PDG du Laboratoire de recherche de
Roodeplaat:
Je le jure.
Le tribunal:
Vous pouvez vous asseoir.
Daan Goosen, ancien PDG du Laboratoire de recherche de
Roodeplaat:
Monsieur le Président, oui j'étais le
directeur général. J'étais censé être le patron, celui qui
définissait les programmes, décidait des équipements
physiques, recrutait les bons scientifiques et aménageait
les installations, pour le gouvernement. D'une manière très
stricte, on nous a informé que ceci serait une opération
militaire, menée au nom de l'état. J'ai enregistré la
société en mon nom, avec trois autres actionnaires.
Le tribunal:
Aurait-il été possible que cette
société fonctionne efficacement, avec un directeur général
n'appartenant pas à la communauté scientifique ?
Daan Goosen, ancien PDG du Laboratoire de recherche de
Roodeplaat:
Absolument pas ?
Le tribunal:
Avez-vous été en contact avec les
scientifiques lorsque vous étiez directeur général ?
Daan Goosen, ancien PDG du Laboratoire de recherche de
Roodeplaat:
Oui Monsieur.
Le tribunal:
Connaissiez-vous la nature des
recherches conduites dans vos locaux ?
Daan Goosen, ancien PDG du Laboratoire de recherche de
Roodeplaat:
Oui Monsieur. Nous avions des directives
très générales, sur ce qu'il fallait faire. Nous avions une
grande liberté pour faire ce que nous avions à faire.
Ce que les témoignages de scientifiques révèlent, c'est
d'abord un arsenal de gadgets mortels, digne de James Bond.
Tournevis empoisonné
parapluie sarbacane
détonateur de lettre piégée
canne truquée
lessive explosive
et bien d'autres.
Le tribunal:
Nous voyons ici ce qui ressemble à un
tournevis. Pouvez-vous nous en parler ?
Jen Lourens, ancien chercheur au laboratoire de Roodeplaat:
La personne qui utilise cet appareil, pique la
personne visée. Le simple fait de la piquer libère le
poison, et les substances chimiques sont alors injectées
dans l'individu.
Le tribunal:
Est-ce qu'on peut manipuler ceux-ci en
toute sécurité ?
Jen Lourens, ancien chercheur au laboratoire de Roodeplaat:
Tout à fait. Mais j'éviterai quand même de toucher
l'extrémité au cas où.
Jen Lourens, ancien chercheur au laboratoire de Roodeplaat:
Il y avait aussi une aiguille contenue dans ce qui
ressemblait à une pompe à vélo. En gros vous avez dans les
mains une pompe à vélo. Vous pouvez la faire coulisser pour
faire sortir l'aiguille, le même système existait dans des
cannes ou les parapluies. Il y avait plusieurs façons de
maquiller l'ensemble.
Le tribunal:
Et à quoi servait la canne ?
Jen Lourens, ancien chercheur au laboratoire de Roodeplaat:
Il y avait deux modèles. Le premier était une canne,
qui dissimulait une aiguille sur le bout.
Le
deuxième était une canne qui pouvait tiré une petite balle.
Une balle en polycabone, qui était percée de nombreux
petits trous, ce qui permettait d'y loger des substances
toxiques. A très courte distance, l'idée était de pouvoir
tirer dans la jambe de quelqu'un. Il y avait aussi deux
paquets de lessive Omo, qui avait un mécanisme explosif à
l'intérieur.
Le tribunal:
Donc il y avait deux paquets de
lessives Omo avec les explosifs déjà à l'intérieur ?
Jen Lourens, ancien chercheur au laboratoire de Roodeplaat:
Oui, les paquets étaient des explosifs amorcé et
prêt à l'emploi.
Plus sophistiqué encore, les tentatives d'empoisonnement
sont alors perpétrées sur des personnalités de l'ANC. Le
leader Steave Bico en mourut. Comme le Révérend Chikane, le
Président Mandella y échappa miraculeusement.
Shalk Van Rensburg, ancien vétérinaire, au laboratoire de
Roodeplaat:
Le Dr Basson a déclaré, après nous avoir
longuement décrit les effets du thallium, si vous donnez
juste la bonne dose, il ne faut pas trop en donner, juste
ce qu'il faut, vous pouvez provoquer ce qui ressemble à un
cas de méningite ou de syphilis. Vous obtenez des symptômes
similaires. Et en racontant cela, il a déclaré en passant
qu'il avait déjà, que nous avions déjà administré du
thallium à Steeve Bico. Il y avait aussi des plans pour
contaminer les médicaments pris par le Président Nelson
Mandella à l'hôpital. Peu de temps après la libération de
Nelson Mandella, il était persuadé que ses fonctions
cérébrales allaient se détériorer petit à petit.
Derrière cette panoplie d'inventions d'un autre âge, se
profile plus gravement encore, l'existence secrète et
massive de produits destinés à propager des maladies à
l'échelle d'un peuple, voir d'un continent, anthrax,
choléra, méningite, ebola, sida.
Le tribunal:
Pouvez-vous nous décrire les effets du
choléra sur l'homme ?
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
Il provoque une diarrhée assez grave,
une forte déshydratation. Ce sont les effets les plus
importants.
Le tribunal:
Et qui sont les plus vulnérables face
au choléra ?
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
Les humains.
Le tribunal:
Et parmi les êtres humains, les enfants
ne sont-ils pas les plus vulnérables ?
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
Si.
Le tribunal:
Le choléra tuerait donc
préférentiellement les enfants et les personnes âgées ?
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
Je suppose oui. C'est la caractéristique
du vibrion cholérique.
Le tribunal:
Vous dites avoir produit 26 bouteilles
de choléra de 30 millilitres chacune, c'est bien ça ?
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
Non 10 millitres.
Le tribunal:
Pardon, 10 millitres chacune. Cela
pourrait-il selon-vous, provoquer une épidémie grave ?
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
J'imagine que oui, cela pourrait
provoquer une épidémie.
Le tribunal:
J'ai dit épidémie grave.
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
Oui.
Le tribunal:
Aviez-vous conscience de produire une
substance qui pouvait provoquer une épidémie grave?
Mike Odendal, ancien microbiologiste, au laboratoire de
Roodeplaat:
Quand on m'a demandé de produire ces
organismes, il faut se rappeler en tout cas pour moi, il
devait servir pour des tests, et c'est ensuite que certains
indices ont laissé à penser qu'ils pourraient être utilisés
dans la guerre en Angola.
Shalk Van Rensburg, ancien vétérinaire, au laboratoire de
Roodeplaat:
Le Dr Basson a fait un jour cette petite
remarque, qu'il y avait beaucoup de problèmes politiques à
l'est du pays à ce moment là, et il a ajouté, peut être
devrais-je traiter cette foule au choléra.
Tri de population, purification ethnique, le système en
s'affinant dans l'horreur, atteint alors les limites
ultimes d'un racisme qui rappelle étrangement la solution
finale nazy.
Daan Goosen, ancien PDG du Laboratoire de recherche de
Roodeplaat:
Le Dr Basson m'a montré un document. Ce
document complète une proposition émanent de quelqu'un en
Europe. Ce type disait qu'il possédait un produit, une
bactérie, qui avait la possibilité de n'infecter, de ne
rendre malade et de ne tuer que les gens pigmentés comme
les noirs. Le Dr Basson m'a demandé de me documenter et
d'étudier scientifiquement cette possibilité. Est-ce
vraiment possible ? Notre conclusion a été que c'était tout
à fait possible, et il a décidé que ce serait bien que le
gouvernement en soit informé. Mais en définitif, nos
instructions ont été, et c'est très important, de mettre au
point, un produit visant à réduire le taux de natalité de
la population noire du pays.
Le tribunal:
Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Qui vous a demandé de mettre au point ce produit ?
Daan Goosen, ancien PDG du Laboratoire de recherche de
Roodeplaat:
La personne qui nous donnait directement
les instructions était le Dr Basson.
J'ai demandé au
Dr Basson, Wouter, pourquoi participes tu à ça? Pourquoi
es-tu la dedans?
Tu ne possèdes pas de société,
c'est moi qui possède la société. C'est moi qui roule en
BMW. C'est moi qui ait la villa de trois étages, c'est moi
qui ait ça. La grande vie. Tout le monde pensait, Goosen,
il est vraiment génial, c'est vrai. Donc je lui ait
demandé, Wouter, pourquoi fait tu ça ? Et il m'a répondu,
j'ai une fille, et un jour, parce qu'on sait plus ou moins
avec certitude que les noirs prendront un jour le pouvoir,
mais le jour où les noirs prendront le pouvoir, et où ma
fille me demandera, papa qu'as tu fait pour empêcher ça,
j'aurai la conscience tranquille. Et je le reconnais, c'est
cette psychose qui prévalait. Et vous pouvez me le
reprocher, j'y ai pris part. C'est vrai, et je le regrette.
Mais je ne suis pas le seul coupable.
Face à toutes les accusations dont il est coupables, Basson
n'affiche selon les membres de la commission, que mépris et
cynisme.
Yasmin Sooka, rapporteur de la TRC:
Il était
incroyablement confiant, absolument arrogant, et presque
moqueur. Il portait une chemise traditionnelle qu'on
appelle chez nous, une chemise madibastar. Le Président
aime beaucoup ces chemises ethniques très en plan. Eh bien
quand Wouter Bason a comparu devant nous, il portait une de
ces chemises, et s'appropriait ainsi cette identité comme
s'il avait du respect pour la culture indigène, ou bien
l'ethnicité de notre pays, alors que le seul but de sa vie,
sa mission, c'était de détruire la vie des noirs.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
L'étendue de son arrogance est bien illustré par le
fait que, même pendant l'audience, il est descendu à
l'étage inférieur de celui de la commission. Il y a un
endroit qui s'appelle le moroco café, généralement
fréquenté par les parlementaires. Il y a toujours beaucoup
de monde, et sur le mur on peut écrire des choses du genre,
la nourriture était bonne, etc. Eh bien cet homme est allé
vers le mur et il a écrit, le Docteur la Mort doit passer
ici.
Le tribunal:
Dr Basson, allumez votre micro s'il
vous plaît. Votre nom s'il vous plaît.
Acceptez-vous
de prêter serment. Jurez-vous devant Dieu de dire toute la
vérité et rien que la vérité. Vous pouvez-vous asseoir.
Paddy Prior, conseiller juridique de la TRC:
Il a
fait le maximum d'obstruction. Il a recouru à toutes les
manoeuvres juridiques possibles inimaginables. Et
finalement il a fallu une injection du tribunal le forçant
à venir déposer sous serment. Car c'était pratiquement le
dernier jour où la commission pouvait légalement tenir ses
audiences. Elle devait s'ajourner le lendemain.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
ça a
donc été la plus longue de toutes les audiences. Elle a
duré jusqu'à très tard dans la nuit, car il fallait traiter
tout ce qu'on voulait lui imputé, et bien sûr il a essayé
de gagner du temps sur la plupart des questions. C'est vrai
qu'il nous a frustré en nous entraînant dans des artifices
juridiques, ce qui fait que nous n'avons jamais réussi à
tirer de lui ce que nous aurions vraiment voulu.
31 juillet 1998, Dr Basson:
Monsieur le Président,
je nie catégoriquement avoir été impliqué dans l'exécution,
l'élaboration, ou la préparation de quelque substance que
ce soit, à des fins cruelles, ou pour faire du mal à
quiconque.
Nous sommes le 31 juillet 1998. La mission de la TRC
s'achève. Elle a montré ses limites. Elle a échoué, parce
qu'elle n'avait pas de pouvoirs judiciaires. Contrairement
à ses ex-collègues, Basson a refusé de demander l'amnistie,
puisqu'il nie en bloc la réalité des crimes qu'on lui
impute, et la légitimité de la TRC à l'interroger. Il
souhaite un vrai procès devant la justice, et fidèle à ses
convictions, ne renie rien à de grands principes sociaux,
en vigueur à l'époque de l'apartheid.
Général Constand Miljoen, leader du Freddom Front:
Tout ce que je peux dire, c'est que je suis
chrétien. Je vais à l'église, et je suis souvent aller à
l'église de Watercloth à Pretoria, et à chaque fois que je
suis allé à l'église de Watercloth, j'y est vu Basson.
C'est pour ça que je pense que ce n'est pas quelqu'un de
mauvais.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
Cette
religiosité, je ne peux même pas l'appeler christianisme.
Cette religiosité est très amusante chez les Afrikaners,
extrêmement amusante. Même quand ils nous assassinaient,
nous les militants, ils le faisaient au nom de Dieu.
Audition de la TRC
Avocat des Forces de Sécurité,
demandeur d'amnistie:
Nous avons été élevé dans la
croyance de l'apartheid. On nous a fait croire que Dieu a
prouvé l'apartheid par le truchement de l'église. Que notre
participation dans les forces de sécurité était justifié
pour faire respecter l'apartheid. Que les noirs étaient
inférieurs, et que leurs besoins, leurs émotions, et leurs
aspirations étaient différentes des nôtres. Que nous étions
supérieurs, et que cette différence justifiait l'apartheid.
Docteur Pallo Jordon, ex-ministre:
Basson est le
produit d'un système. Et ce sont souvent des systèmes de ce
genre qui produisent des gens comme le Dr Basson. Car sa
mission dans la vie, c'était d'essayer de maintenir au
pouvoir un régime raciste et tyrannique. Et ils étaient
prêt à tout pour y arriver.
Révérend Frank Chikane, Directeur Général de la Présidence:
Le fait que des gens soient allés aussi loin dans un
génocide, allant même jusqu'à produire une race de chiens
qui ne mort que les noirs, ou à mettre au point des
substances chimiques qui n'ont d'effets que sur les noirs
et pas sur les blancs, montre jusqu'où sont allés certains
dans ce pays. Un système malfaisant peut gravement
déshumanisé les gens. L'autre leçon, c'est que si on leur
en donne l'occasion, des êtres humains peuvent se révéler
excessivement diaboliques.
Le monde entier a déjà condamné l'apartheid comme étant un
crime contre l'humanité. La TRC n'a fait que réaffirmer
cette position. Et si on veut aller dans cette direction,
il faudrait se demander, doit on considérer uniquement les
lampistes, et je ne dis pas qu'il faudraient les excuser,
mais qu'en est-il des généraux. Qu'en est-il des premiers
ministres ? Des Présidents ? Des architectes de cette
politique nées en 1948 ?
F.W. de Klerk, ancien Président de l'Afrique du Sud:
Je n'ai été impliqué dans aucune action, susceptible
de constituer le moindre chef d'accusation crédible, pour
quelque crime que se soit.
4 octobre 1999:
Puisque personne n'est coupable,
c'est maintenant à la haute cour de justice de reprendre le
flambeau de l'affaire Basson. Son procès s'ouvre en octobre
99. Les chefs d'accusation sont au nombre de 85. Du meurtre
au détournement de fonds publics en passant par le trafic
de drogue, l'abus de biens sociaux, la corruption. Il
risque la prison à perpétuité. Il plaide non coupable.
Quelques mois plus tard, nouveau rebondissement. Grâce à
d'habiles manoeuvres procédurières, les charges contre
Basson se réduisent en peau de chagrin, sont exclues en
particulier toutes les accusations de meurtre. C'est la
consternation.
Révérend Frank Chikane, Directeur Général de la Présidence:
Je suis allé au tribunal, j'ai témoigné. Bien sûr je
ne pouvais pas entrer en contact avec lui avant d'avoir
témoigné. Je l'ai rencontré longtemps après. J'ai dit que
j'étais content de le rencontrer, mais que j'espérais avoir
plus de temps un jour pour parler de toute cette histoire
avec lui. Il a répondu qu'il était à ce moment là très
occupé par le procès, et qu'il fallait attendre la fin de
toutes ces procédures. Pour moi rien ne l'empêchait de
dire, je suis désolé. J'ai pris part à ces opérations.
J'étais un soldat, j'étais formé à tuer, c'est ce que j'ai
fait. Et de reconnaître qu'ils avaient outrepassé les
limites, et transgressé toutes les conventions sur la
guerre, pour aller jusqu'à cette folie incontrôlable. ça
faciliterait la réconciliation, et la reconstruction d'une
nouvelle société, car si on ne le fait pas, il a de très
grandes chances que ça se reproduise.
Yasmin Sooka, rapporteur de la TRC:
Etant donné
l'ampleur de l'instruction mené par le bureau du procureur
général, il semble pour le moins bizarre d'avoir limité
l'affaire aux délits économiques. Cela nie la valeurs des
vies humaines, et c'est un problème, car s'il va en prison
pour avoir commis des actes frauduleux, ce n'est pas du
tout la même chose que d'être condamné pour meurtre.
Andrew Trench, journaliste au Sunday Time:
L'une des
principales erreurs de ce procès, c'est que l'une des plus
grosse atrocité ne sera jamais analysée correctement devant
la cour. L'affaire des 200 membres de la suapo qui auraient
été assassinés et jetés à la mer. Cette idée que les crimes
commis hors de l'Afrique du Sud ne peuvent pas être jugé
devant nos tribunaux, l'ampleur de certaines de ces
atrocités et le fait que nous ne connaîtrons jamais
vraiment la vérité, à part quelque petites informations qui
surgissent presque par hasard. Je pense que c'est dommage
pour tout le monde, quelque soit l'issue du procès.
Nous sommes fin 1999, Basson n'a toujours pas été jugé. Que
se passe-t-il ? Les critiques s'accumulent sur le
comportement du juge Harson Berg, ce magistrat proche des
milieux conservateurs est seul juge désigné pour une aussi
lourde affaire.
Dumisa Ntsebeza, chef des enquêtes de la TRC:
Il
aurait été préférable que le système judiciaire soit
remanié de fond en comble, à la fin de l'apartheid. Dans la
plupart des autres pays qui ont subi de telle mutation, les
individus qui ont été au service de l'ancien régime
tyrannique, ne conservent pas automatiquement leur droit à
exercer. Ils sont généralement démis de leurs fonctions à
cause de leur passé. Mais dans notre cas c'est l'accord
auquel nous sommes parvenus et il faut vivre avec.
Ce type de compromission vaut-il aussi pour Basson ? Le
bruit coure en effet qu'il aurait repris son métier de
chirurgien à l'hôpital de Prétoria. Nous avons voulu
vérifier, toujours avec notre caméra caché.
TMFTMF:
Excusez-moi, pouvez-vous me dire où se
trouve le service de cardiologie ?
Une infirmière:
Le service de cardiologie c'est là
bas.
TMF:
OK, merci. C'est là au numéro 22 ?
TMF:
Non, non, ce n'est pas ça. En fait je cherche
le service où travaillait le Dr Wouter Basson ? Vous pouvez
demander ?
TMF:
Bonjour, est-ce que je peux vous poser une
question ? Avez-vous entendu parler du Dr Wouter Basson ?
Non jamais.
Une infirmière:
Non, je ne sais rien.
TMF:
OK, OK merci.
TMF:
Bonjour, puis-je vous poser une toute petite
question ?
Un médecin:
Non, vous ne pouvez pas me poser de
question. Il faut d'abord que vous alliez voir le directeur
et que vous demandiez son accord, pour pouvoir nous poser
vos questions.
TMF:
Il faut que je demande à votre supérieur ?
Un médecin:
Oui, le docteur Zona, je suis désolé,
c'est comme ça que ça marche.
TMF:
Mais imaginez que je sois un patient et je
veuille être opéré par le Dr Wouter Basson.
Un médecin:
Non.
TMF:
Je ne peux pas demander à l'hôpital si le Dr
Wouter Basson travaille ici. Je suis sûr que c'est
possible. Dans les registres de l'hôpital, il doit bien y
avoir une liste officiel.
Un médecin:
Mais qui êtes vous Monsieur ?
TMF:
Je suis juste un particulier très intéressé par
le Dr Wouter Basson. Je viens de Paris en France et nous
sommes très intéressés par le Dr Wouter Basson.
Un médecin:
Tout ce que je peux vous dire c'est que
c'est le meilleur cardiologue avec qui j'ai jamais
travaillé. Vous ne trouverez pas de meilleur cardiologue
dans le monde. Il a sauvé des centaines et des centaines de
vies. C'est tout ce que je peux vous dire.
TMF:
C'est un très bon médecin ici.
Un médecin:
C'est un des meilleurs. C'est un des
meilleurs.
TMF:
Il a effectué de belles interventions ?
Un médecin:
ça fait quatre ans que je travaille avec
lui, et c'est le meilleur cardiologue que j'ai jamais
renconté.
TMF:
OK, merci beaucoup.
Un médecin:
Je vous en prie.
L'information se confirme donc. Basson travaille toujours
ici. Comment est ce possible ?
Andrew Trench, journaliste au Sunday Time:
Que
quelqu'un comme lui, sur qui pèse autant d'accusations, de
trafics de stupéfiants, de meurtres et de complicités dans
d'innombrables crimes, puisse être non seulement employé
par l'état, mais surtout comme médecin censé soigné les
gens, c'est absolument révoltant.
Docteur Fazel Randera, rapporteur de la TRC:
Il y a
suffisamment de précédents dans le droit démocratique sud
africain de l'après 1994, pour que le ministère de la santé
puisse dire, nous vous suspendons en attendant l'issue de
cette affaire. Une suspension impliquant souvent le
versement intégral du salaire, et tout ce qui va avec, or
qu'est ce qu'on voit. Le ministère de la santé dit, nous
attendons de connaître l'issue de ce procès. Je ne pense
pas que d'un point de vue morale ou éthique cela soit
acceptable.
Basson bénéficie-t-il de protections si puissantes ?
Fait-il encore peur au point que personne n'accepte de
prendre la décision de sa suspension, parallèlement son
procès devant la haute cour s'enlise.
Docteur Fazel Randera, rapporteur de la TRC:
Je
crains que ce procès ne réponde pas aux questions que vous
posez dans cette interview. ça va juste continuer. Peut
être trouverons nous le repos quand il y aura un tribunal
international, prêt à le juger et à se servir du procès
pour faire jurisprudence en matière de crime contre
l'humanité. Il y a beaucoup d'autres personnes qui
devraient être traduit devant un tel tribunal. Mais
j'espère en tant qu'historien, que l'on ne s'arrêtera pas
là. Songeons à ce qui c'est passé au Cambodge, ce qui s'est
passé au Vietnam, ce qui se passe encore aujourd'hui en
Algérie. Ce qui se passe au Soudan, ce qui semble se passer
en Chine sur le plan des violations des droits de l'homme.
Donc en tant que monde, nous devons nous dépêcher
d'endiguer ce flot de crimes commis impunément, contre
l'humanité.
Janvier 2001
Janvier 2001, toujours pas de jugement.
Finalement qui est responsable ? Le système qui s'est
fourvoyé au point de générer un nouveau docteur Mengele, ou
plus globalement la société qui lui a permis de prospérer.
Mais il y a une autre interrogation toute aussi grave pour
l'avenir.
Andrew Trench, journaliste au Sunday Time:
La grande
question a présent, c'est que nous avons un gouvernement
démocratique qui possède ce même savoir mortel que
possédait le gouvernement de l'apartheid, auquel des
nations sans scrupule ont eu recours et pour lequel elles
ont été condamnées. Donc la grande question à l'heure
actuelle, qu'est-il advenu de ce matériel ? Existe-t-il
toujours ? L'Afrique du Sud a signé des accords et des
conventions internationales sur ces technologies. Il serait
très naïf d'imaginer que ce savoir a disparu avec le
docteur Basson, ou bien qui le suivra en prison. Ce ne sera
pas le cas.
Nous quittons l'Afrique du Sud sans avoir totalement
élucidé le mystère l'affaire Basson et son devenir. Le
procès continue. Pour combien de temps, nulle ne peut le
dire. Basson est toujours libre. Il n'a toujours pas livré
ses secrets. Il ne manifeste ni regrets, ni remords. La
question d'un transfer de compétence devant un tribunal
international se pose-t-elle, comme à Nuremberg il y a 50
ans. Faut-il tourner la page ou bien, comme l'affirmait
Desmond Toutou à la TRC, continuer à regarder la bête au
fond des yeux.
Mai 2001:
Le docteur Basson a refusé de s'exprimer
devant nos caméras.
Quant à son procès, il est
toujours en cours.
Enquête
de
Un film de
Produit par
Commentaire dit par
Tristan
Mendès France (TMF)
Jean-Pierre Prévost
Françoise Castro
Thierry Costa
Voix
doublage
Juliette
Delannoy
Eric Leblanc
Hughes Martel
Bruno Tuchzer
Son
Montage
Thomas
Permutter
Vincent Levy
Moyens
technique
FRANCE
3 Productions Lille
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