Dossier " Docteur la Mort "

Par
Tristan Mendès France
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Après un
documentaire (52 mn.) "Dr la mort" en 2001 pour France 3,
produit par BFC prod, j'ai rédigé un ouvrage aux éditions
FAVRE, pour dénoncer l'impunité dont bénéficie le principal
responsable du programme bio-chimique sud-africian durant
l'Apartheid : Wouter Basson.
Se
procurer l'ouvrage
Bio-terrorisme d'état en Afrique du
Sud ?
---->
Vidéo d'une interview donnée sur
ITV en 2002 (17 mn, 12
mégas)
----> Lire la retranscription du documentaire
"Dr la Mort"
(Produit en 2002)
27
octobre 2002
Certains
le prénomment docteur la Mort et le qualificatif n'est pas
trop fort. À 52 ans, ce fils de cantatrice, brillant
chimiste et ardent patriote, est à l'origine d'un des
projets politico-militaires les plus effroyables que
l’après-guerre ait connu.
Nous sommes
en 1984 et le gouvernement de l'Apartheid, en guerre larvée
avec ses voisins et notamment l'Angola, n'en finit pas de
cultiver sa propagande anti-communiste. Au prétexte d'une
crainte d'attaque bio-chimique, les autorités militaires en
place décident de développer une unité spéciale chargée du
Chemical and Biological Warfare (CBW). Nom de code :
Project Coast . C'est l’actuel président du Freedom
Front , le général Viljoen, parlementaire proche de Le Pen
à qui il a empreinté la flemme frontiste, qui, aujourd'hui
encore se vente d'avoir politiquement entériné le projet
lorsqu'il dirigeait la Défense sud-africaine dans les année
80. C'est lui qui chargea le docteur Wouter Basson, celui
qu’on nommera docteur la Mort , de s'occuper de
développer le projet.
Les années 80 annoncent
l’arrivée de Mandela et de sa démocratie, les
autorités politiques réalisent alors combien la démographie
ne leur est pas favorable et qu'au jeu d'une voix un vote,
la communauté afrikaner n'aurait bientôt plus de poids
politique. Ce constat mènera le docteur Basson à une
analyse simple : moins il y aura de noirs moins il y aura
de votes noirs.
Mais l’équation coûte
de l’argent. Des dizaines de millions de francs sont
ainsi mis à contribution par le gouvernement de
l’apartheid peu avant les années 90, afin de mettre
sur pied un laboratoire militaire technologiquement
suréquipé dans la banlieue proche de Prétoria à Roodeplaat,
Des recherches extrêmement poussées sont alors enclenchées
afin de développer une molécule mortelle, sensible à la
mélanine qui pigmente la peau des noirs . Autrement dit,
une arme d’extermination éthniquement sélective. Le
laboratoire militaire du docteur Basson étudie également,
échantillons à l’appui, l’éventualité de
propager de graves épidémies dans les populations
africaines.
Un volet du Project Coast s’intéresse aussi au
meilleur moyen scientifique de stériliser en masse les
femmes noires.
Les milieux militaires
étrangers spécialisés dans la guerre bio-chimique viennent
bien volontiers contribuer à l’effort de recherche,
l'Angleterre, les États-Unis, Israël, la Suisse, la France,
mais aussi l'Irak ou la Libye figurent parmi les
collaborateurs généreux ou occasionnels. Et ceci malgré la
signature de nombreux traités de non-prolifération
bio-chimique ou l’embargo du régime
d’apartheid... Le laboratoire dit de Roodeplaat était
devenu une véritable pharmacie de l'Apocalypse : Butolinum,
Thallium, Anthrax, Sida, Choléra , en quantités
hallucinantes, de quoi tuer des millions de personnes
; autant qu'un bazar pour James Bond avec des cigarettes
empoisonnées, des tournevis piégés, cannes-fusils ou boîtes
de lessive explosives… Une technologie de mort sous
l'autorité d'un homme : le docteur Basson, avec pour seule
cible, la population noire.
Cela fait trois
ans maintenant que le docteur dont les activités furent
révélées lors d'auditions très spéciales de la Commission
Vérité et Réconciliation (CVR) en 98, est jugé en homme
libre, après caution symbolique, devant la Haute cour de
justice de Pretoria. Principalement pour fraude au fisc et
production massive de drogue ; il n’est que très
accessoirement inculpé d’une 60aine de meurtres ou de
tentatives, parmi lesquels de très hautes personnalités,
comme l’ancien président Mandela, le révérend Franck
Chikane (actuel conseiller du président Mbeki). Cela étant
les auditions de la CVR ont montré qu'il était raisonnable
de penser que plusieurs milliers de noirs avaient disparu
dans les expériences ou les assassinats politiques pilotés
par les laboratoires de la Mort.
Aujourd'hui,
le docteur Basson vit dans une banlieue cossue de Prétoria.
Cardiologue, il bénéficie même d'un poste à l'Hôpital
Académique de la même ville. Ce qui ne rassure pas sa
clientèle pour majorité noire. Mais cela signifie aussi
qu'il est encore employé par l'État sud-africain. À quoi
s’ajoute le fait que Basson est encore à ce jour un
membre de l’armée sud-africaine ! Cette
situation pour le moins surprenante est vivement dénoncée
par des magistrats de la CVR qui appellent à la mise sur
pieds d'un tribunal international, pour qu'enfin soient
jugés les crimes contre l'humanité perpétrés par Basson et
les siens. Car s’il y a crime, c’est bien
contre les principes les plus élémentaires de
l’humanité qu’il a été commis. Un véritable
crime contre l’humanité.
Le procès qui lui a été intenté début 1999 n’a pas
levé le voile sur l’ensemble de ses activités
criminelles. D'autant que le juge très conservateur, et
très controversé Willie Hartzenberg (frère du président du
parti conservateur sud-africain et nommé sous
l’apartheid), est apparu bien partial, réduisant à
chaque audience les accusations comme une peau de chagrin.
Durant la procédure d'enquête ont même disparu les 3
cd-roms du docteur, compilation faite à la va-vite avant
son arrestation et regroupant tous les résultats de ses
diverses expérimentations.
Le procès
s’est achevé le 12 avril 2002 par
l’acquittement du docteur Basson. Au moment où la
Cour pénale internationale voyait le jour… Le
procureur a aussitôt annoncé qu’il ferait appel et
Desmond Tutu dans un message adressé à l’opinion
publique a parlé « d’un jour sombre pour
l’Afrique du sud ».
Beaucoup de
questions peu de réponses, mais quelques certitudes :
l'arsenal chimique développé n'est pas perdu pour tout le
monde , et son principal instigateur est encore à ce jour
un militaire dépendant du ministère de la Défense, payé par
le contribuable sud-africain. Autre certitude les traités
de non-prolifération bio-chimique signés par les pays
occidentaux, n’ont pas empêché le commerce de ce
sinistre savoir faire et il n’est pas invraisemblable
que sans notre collaboration, docteur la Mort n’ait
jamais existé.
À l'heure du terrorisme
bio-chimique, il est urgent de mettre sur pied une
commission internationale indépendante afin
d’identifier tous ceux qui ont collaboré au programme
Coast, et localiser le stock d’armes bio-chimiques.
Texte de Tristan Mendès
France