Un
combat pour la reconnaissance historique.


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2 octobre 2000
- Haut Commissariat aux droits de l'homme - Genève.
La pièce est étroite, l'atmosphère chargée. On s'assied, le chef Herero
à ma gauche, le représentant des Nations Unies en face de nous. Un lourd
silence s'installe, le moment est solennel. Avec une théâtralité un peu
naïve, quelques feuillets en main, le chef Herero dit parler au nom de
son peuple exterminé en Namibie par les colons allemands en 1904.
Avec une vibrante sincérité et une évidente maladresse, il explique que
son peuple a besoin pour retrouver sa dignité que l'on reconnaisse son
histoire. Face à lui, dans un jeu subtil de médiation diplomatique, le
représentant des N.U. marque, à son tour, un silence. Il semble au fait
de cette délicate mécanique des sentiments. Tout aussi solennel, il dit
vouloir comprendre, aider et surtout valider le plaidoyer du chef Herero.
La reconnaissance du génocide est en marche. La scène, forte, met en présence
deux univers qui sont parfaitement étrangers l'un à l'autre, mais qui
se tentent la main. L'un représente un peuple à la dérive, l'autre la
conscience des Nations. Ce moment est celui de l'histoire qui se fait.
La rencontre est le résultat d'un processus long et complexe. La tribu
Herero, disséminée en Namibie, semble avoir pris conscience de son identité.
La revendication historique qui vise à ce que l'Allemagne reconnaisse
et dédommage les actes du passé, fait renaître la communauté Herero de
ses cendres. C'est son identité futur qui se joue.
À quoi s'ajoute un passé unique et extraordinaire. La petite tribu namibienne
a été victime du premier génocide du siècle en 1904, mais aussi des premières
études anthropologiques allemandes qui mèneront à structurer l'idéologie
racialiste nazie à venir.
Aujourd'hui les blessures du passé sont ravivées par la découverte dans
le désert namibien de champs considérable de squelettes révélés par les
vents. Après les souvenirs du massacre, voilà qu'un lieu vient incarner
les souffrances et les calvaires passés. La mémoire du peuple Herero devient
son mythe fondateur.
De plus en plus d'intellectuels, d'associations humanitaires et politiciens
allemands soutiennent la revendication historique. Le processus est en
marche, l'occasion unique de revenir sur un événement fondateur de l'histoire
du siècle, mais surtout de saisir un moment unique celui de l'Histoire
qui s'écrit.
Cela fait plus d’un trois maintenant qu'une tribu namibienne : les Héréros
tentent de faire reconnaître la réalité historique des atrocités dont
ils ont été victimes il y a 96 ans. Oubliée de la scène internationale,
la tribu a pourtant été victime du premier génocide du siècle, une dizaine
d’année avant celui d’Arménie.
En 1904, 80% d’un peuple - soit près de 100 000 individus - fut rayé de
la carte coloniale allemande. Hommes, femmes et enfants furent systématiquement
exterminés.
L’ombre du génocide oublié est aujourd’hui aux portes des Nations Unies
(une rencontre officielle fut organisée à Genève début octobre 2000).
Soutenue par de plus en plus d’intellectuels internationaux et d’associations
humanitaires, la revendication historique des Héréros interpelle actuellement
les autorités allemandes. Une série de conférences de presse, de rencontres
avec des personnalités politiques allemandes est également prévue début
octobre. Les discussions diplomatiques qui vont dès lors s’engager risquent
d’être cruciales. C'est dans tous les cas la première fois que le cas
héréro est entendu aussi distinctement.
L’Allemagne va-t-elle s’excuser ? Nul ne le sait, reste que le processus
est enclenché et que rien ne semble pouvoir l'arrêter. L’occasion inédite
de revenir sur un événement historique fondateur. Ce génocide, outre qu’il
est le premier du siècle, fût, et c'est un fait historique peu connu,
le terrain d’expérimentation scientifique de ce que sera la pratique nazie
quelques années plus tard (Repères chronologiques).
Au début de l’année 2000 des champs impressionnants de squelettes ont
été révélés par les vents dans le désert namibien près de Luderitz. Le
cimetière sauvage est celui des héréros exterminés un siècle plus tôt.
L’encombrant charnier à ciel ouvert rappelle avec force à l'Allemagne
et à la communauté internationale que les événements passés refont toujours
surface quand on les néglige…
“… accepter femmes et enfants, dont la plupart est malade, est un danger
pour mes troupes. Et les nourrir est impossible. Je pense que ce peuple
devrait disparaître plutôt que d’infecter nos soldats”
carnet personnel du général Lothar Von Throta. (1904) Traduction TMF
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| Repères
chronologiques |
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Les grandes étapes
du génocide Héréro
·1870
La présence allemande en Afrique est attestée dès 1870.
Avant même le Togo ou la Tanzanie qui figurent parmi les toutes premières
colonies datant de 1884, la Namibie a vu dès 1870 l’arrivée d'une poignée
de colons allemands qui très vite formeront une solide communauté.
·Janvier 1894
Découverte de fantastiques gisements de diamants en Namibie. L’Allemagne
d’Otto Von Bismarck réalise l’extraordinaire potentiel financier du pays.
Le Major Théodor Leutwein est envoyé en Namibie en tant que suprême représentant
des Terres Africaines allemandes.
Même année, une politique de déplacement et de confiscations systématiques
des terres est initiée dans le Héréroland (Région centrale namibienne
où vivent les Héréros). Violences et exécutions sommaires sont constatées.
·Janvier 1904
Tentative de rebellion du peuple héréro menée par le Chief Samuel Mahéréro.
On compte plusieurs dizaines de morts de part et d’autres. La rébellion
arrive aux oreilles du Kaizer Guillaume II. Il limoge le Major Leutwein,
considéré comme “trop faible” pour lui substituer un homme dur, expérimenté
et “extrêmement résolu” : le général Lothar Von Trotha.
·2 octobre 1904
Ordre d’extermination lancée par le général Von Throta (V. couverture).
Avec 10 mille hommes, il force les héréros dans le désert d’Omaheke (l’actuel
désert de Khalarari), ferme les frontières et envoie ses troupes sur une
population sans défense et déjà accablée par la soif ou les maladies infectieuses.
Pour ceux qui survécurent, esclavage et camps de concentration. Des milliers
de femmes Héréros furent transformées en femme de réconfort pour les troupes
coloniales allemandes.
Sur 80 000 Héréros que comptaient la Namibie, 10 000 survécurent tant
bien que mal. La civilisation Héréro venait quasiment de disparaître.
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