LE PREMIER GENOCIDE DU SIECLE (1904-1908)


ORDRE D'EXTERMINATION

“Le général des troupes allemandes [en Namibie] envoie cette lettre au peuple Héréro. Les Héréros ne sont dorénavant plus sujets allemands… Tous les Héréros doivent quitter leurs terres. S’ils n'acceptent pas, ils seront contraints par les armes. Tout Héréro aperçu à l’intérieur des frontières allemandes [namibiennes] avec ou sans arme, sera exécuté.  Femmes et enfants seront reconduits hors d’ici – ou seront fusillés… Aucun prisonnier male ne sera pris. Ils seront fusillés.

Décision prise pour le peuple Héréro”
Signé :
le grand général du tout puissant Kaiser [guillaume II],
Lieutenant général Lothar Von Trotha.
2 octobre 1904
[Traduction TMF]

   

Un combat pour la reconnaissance historique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 octobre 2000 - Haut Commissariat aux droits de l'homme - Genève.

 
La pièce est étroite, l'atmosphère chargée. On s'assied, le chef Herero à ma gauche, le représentant des Nations Unies en face de nous. Un lourd silence s'installe, le moment est solennel. Avec une théâtralité un peu naïve, quelques feuillets en main, le chef Herero dit parler au nom de son peuple exterminé en Namibie par les colons allemands en 1904.

Avec une vibrante sincérité et une évidente maladresse, il explique que son peuple a besoin pour retrouver sa dignité que l'on reconnaisse son histoire. Face à lui, dans un jeu subtil de médiation diplomatique, le représentant des N.U. marque, à son tour, un silence. Il semble au fait de cette délicate mécanique des sentiments. Tout aussi solennel, il dit vouloir comprendre, aider et surtout valider le plaidoyer du chef Herero. La reconnaissance du génocide est en marche. La scène, forte, met en présence deux univers qui sont parfaitement étrangers l'un à l'autre, mais qui se tentent la main. L'un représente un peuple à la dérive, l'autre la conscience des Nations. Ce moment est celui de l'histoire qui se fait.

La rencontre est le résultat d'un processus long et complexe. La tribu Herero, disséminée en Namibie, semble avoir pris conscience de son identité. La revendication historique qui vise à ce que l'Allemagne reconnaisse et dédommage les actes du passé, fait renaître la communauté Herero de ses cendres. C'est son identité futur qui se joue.

À quoi s'ajoute un passé unique et extraordinaire. La petite tribu namibienne a été victime du premier génocide du siècle en 1904, mais aussi des premières études anthropologiques allemandes qui mèneront à structurer l'idéologie racialiste nazie à venir.

Aujourd'hui les blessures du passé sont ravivées par la découverte dans le désert namibien de champs considérable de squelettes révélés par les vents. Après les souvenirs du massacre, voilà qu'un lieu vient incarner les souffrances et les calvaires passés. La mémoire du peuple Herero devient son mythe fondateur.

De plus en plus d'intellectuels, d'associations humanitaires et politiciens allemands soutiennent la revendication historique. Le processus est en marche, l'occasion unique de revenir sur un événement fondateur de l'histoire du siècle, mais surtout de saisir un moment unique celui de l'Histoire qui s'écrit.

Cela fait plus d’un trois maintenant qu'une tribu namibienne : les Héréros tentent de faire reconnaître la réalité historique des atrocités dont ils ont été victimes il y a 96 ans. Oubliée de la scène internationale, la tribu a pourtant été victime du premier génocide du siècle, une dizaine d’année avant celui d’Arménie.

En 1904, 80% d’un peuple - soit près de 100 000 individus - fut rayé de la carte coloniale allemande. Hommes, femmes et enfants furent systématiquement exterminés.

L’ombre du génocide oublié est aujourd’hui aux portes des Nations Unies (une rencontre officielle fut organisée à Genève début octobre 2000). Soutenue par de plus en plus d’intellectuels internationaux et d’associations humanitaires, la revendication historique des Héréros interpelle actuellement les autorités allemandes. Une série de conférences de presse, de rencontres avec des personnalités politiques allemandes est également prévue début octobre. Les discussions diplomatiques qui vont dès lors s’engager risquent d’être cruciales. C'est dans tous les cas la première fois que le cas héréro est entendu aussi distinctement.

L’Allemagne va-t-elle s’excuser ? Nul ne le sait, reste que le processus est enclenché et que rien ne semble pouvoir l'arrêter. L’occasion inédite de revenir sur un événement historique fondateur. Ce génocide, outre qu’il est le premier du siècle, fût, et c'est un fait historique peu connu, le terrain d’expérimentation scientifique de ce que sera la pratique nazie quelques années plus tard (Repères chronologiques).

Au début de l’année 2000 des champs impressionnants de squelettes ont été révélés par les vents dans le désert namibien près de Luderitz. Le cimetière sauvage est celui des héréros exterminés un siècle plus tôt. L’encombrant charnier à ciel ouvert rappelle avec force à l'Allemagne et à la communauté internationale que les événements passés refont toujours surface quand on les néglige…



 “… accepter femmes et enfants, dont la plupart est malade, est un danger pour mes troupes. Et les nourrir est impossible. Je pense que ce peuple devrait disparaître plutôt que d’infecter nos soldats”

carnet personnel du général Lothar Von Throta. (1904) Traduction TMF


   
Repères chronologiques  

Les grandes étapes du génocide Héréro


·1870

La présence allemande en Afrique est attestée dès 1870.

Avant même le Togo ou la Tanzanie qui figurent parmi les toutes premières colonies datant de 1884, la Namibie a vu dès 1870 l’arrivée d'une poignée de colons allemands qui très vite formeront une solide communauté.

·Janvier 1894

Découverte de fantastiques gisements de diamants en Namibie. L’Allemagne d’Otto Von Bismarck réalise l’extraordinaire potentiel financier du pays. Le Major Théodor Leutwein est envoyé en Namibie en tant que suprême représentant des Terres Africaines allemandes.

Même année, une politique de déplacement et de confiscations systématiques des terres est initiée dans le Héréroland (Région centrale namibienne où vivent les Héréros). Violences et exécutions sommaires sont constatées.

·Janvier 1904

Tentative de rebellion du peuple héréro menée par le Chief Samuel Mahéréro. On compte plusieurs dizaines de morts de part et d’autres. La rébellion arrive aux oreilles du Kaizer Guillaume II. Il limoge le Major Leutwein, considéré comme “trop faible” pour lui substituer un homme dur, expérimenté et “extrêmement résolu” : le général Lothar Von Trotha.

·2 octobre 1904

Ordre d’extermination lancée par le général Von Throta (V. couverture). Avec 10 mille hommes, il force les héréros dans le désert d’Omaheke (l’actuel désert de Khalarari), ferme les frontières et envoie ses troupes sur une population sans défense et déjà accablée par la soif ou les maladies infectieuses. Pour ceux qui survécurent, esclavage et camps de concentration. Des milliers de femmes Héréros furent transformées en femme de réconfort pour les troupes coloniales allemandes.

Sur 80 000 Héréros que comptaient la Namibie, 10 000 survécurent tant bien que mal. La civilisation Héréro venait quasiment de disparaître.


   
L’actualité Héréro  

Mars 1998

Le président allemand Herzog part en visite officielle en Namibie. Il est interpellé par des représentants Héréros demandant à ce que l’Allemagne reconnaisse le génocide dont ils ont été victimes. Malaise diplomatique. Le président Herzog exprime son sentiment de culpabilité sans accepter de responsabilités.

·Été 1999

Le désert de Khalarari révèle d’impressionnants champs de squelettes. Les Héréros demandent à ce que soit constatée la présence d’un grand cimetière des massacrés de 1904. Refus du gouvernement namibien qui ne veut pas compromettre ses relations commerciales avec l’ancien colon allemand. Les médias sud-africains s'en mêlent ; un reportage en Prime Time sur E-TV fait grand bruit. Les vents désertiques risquent de recouvrir très bientôt le charnier héréro.

·Janvier 2000

Les représentants de la tribu héréro saisissent le grand avocat internationaliste anglais, Lord Anthony Gifford QC, qui interpelle officiellement le gouvernement allemand. Gouvernement qui se contente de condamner les agissements passés sans accepter d’excuses. Dans un même temps, l’avocat tente une saisine du tribunal pénal internationale de Lahaye. À ce jour sans suite.

·Début octobre 2000

Première rencontre officielle entre les Héréros et le Commissariat aux Droits de l’homme des Nations Unies à Genève. Le génocide est sur le chemin de la reconnaissance historique. Organisation de conférences de presse et de meeting avec des personnalités politiques allemandes grâce à la très prestigieuse Society for Threatened Peoples .

 

   
Génocide Héréro : première répétition avant l'Holocauste
  Le docteur Eugène Fischer, généticien à l’université de Freibourg étudia de près les Héréros depuis leur découverte par les colons allemands de 1870. Il fût particulièrement intéréssé par les “méfaits” de la mixité raciale induite par les rapports héréros-allemands – résultant le plus souvent de violences sexuelles pratiquées par les militaires teutons. Travaux qu’il poursuivra dans les camps de concentrations héréros en Namibie jusqu'aux événements de 1904. Le généticien racialiste publia conséquemment “ the Principles Of Human Heredety And Race Hygien ” dans lequel il élaborait ce que l’idéologie nazie n’allait pas tarder à pratiquer à une toute autre échelle. On rapporte qu'en 1923, Adolf Hilter lors de son emprisonnement, lut avec intérêt les travaux de Fischer et en fut fort influencé lors de la rédaction de son Mein Kampf . Hiltler au pouvoir, le Docteur Eugène Fischer fut très vite promu recteur de l’université de Berlin et dès 1934 donna ses premiers cours racistes aux docteurs SS. Un de ses étudiants n’était autre que le criminel contre l’humanité et tristement célèbre Joseph Mengele.

 
   

Pour aller plus loin

 

VOIR LE SITE BRUXELLOIX DES DROITS DE L’HOMME : L’AUTRESITE

 

   
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