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"Gueule d'ange", Edition Favre, 2003

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Quatrième de couverture

La dictature qui a sévi de 1976 a1983 en Argentine fut l'une des pires qu'ait connu l'Amérique Latine après guerre. Avec 30 000 disparus, des méthodes de torture et d'élimination d'une violence et d'une perversion extreme, cette "sale guerre" reste un cas d'école. D'autant qu'aujourd'hui encore toutes les responsabilités n'ont pas été identifiées, et pour celles qui le furent, des lois d'amnistie ont coupé court à toutes les investigations. De tous les tortionnaires, un nom est vite apparu central, celui d'Alfredo Astiz, un capitaine de frégate, bel homme, fier et orgueilleux. Surnommé " Gueule d'ange " ou " l'ange exterminateur" par les associations humanitaires argentines, il est devenu le symbole des horreurs commises durant la dictature. Et surtout de l'impunité dont ont bénéficié les exécutants. Cette terrible histoire qui secoue encore aujourd'hui une Argentine en crise pourrait paraître bien lointaine. Ce serait oublier que des ressortissants européens (France, Suede, Espagne, Italie) ont également été assassinés, que des centaines de familles attendent encore de savoir ce que sont devenus leurs proches, ou que des centaines de bébés volés aux opposants du régime assassinés ne connaissent pas leur véritable identitée. En attendant, Astiz coule des jours paisibles sur les bords de la Plata, revendiquant haut et fort ses convictions et ses crimes et pavanant sur le cimetière des victimes qu'il a supplicié.

Cette enquête se veut un plaidoyer. D'abord pour les victimes et leurs familles dont le deuil n'est pas consommé, ensuite pour dénoncer l'impunité dont bénéficie des criminels contre l'humanité comme Astiz. Riche de nombreux documents inédits, récemment déclassifiés, d'entretiens exclusifs, l'enquete de Tristan Mendés France plonge le lecteur au coeur d'un systeme militaire paranoïaque devenu fou.



CRITIQUES




WEEK-END, samedi 3 mai 2003, p. 35

Rebonds / Livre. Un bourreau au coeur du systême argentin.

Alfredo Astiz , machine à tuer

COLSON Marie-Laure

Sur la couverture du livre, un visage un peu mou de beau gosse dans une veste de capitaine de corvette. Comme militaire, Alfredo Astiz n'était pas terrible. Il fut parmi les premiers àse rendre aux Britanniques au début de la guerre des Malouines. Mais face aux civils désarmés, il était prêt à "fusiller tout le monde". Ou plutôt, en ce qui le concerne, enlever, torturer, achever. Il y a vingt-cinq ans, voir le visage d'Alfredo Astiz , dit "gueule d'ang"» ou encore "l'ange exterminateur", c'était voir sa mort. Aujourd'hui, l'homme que la justice française a condamé à la prison à perpétuité pour l'enlèvement et la mort de deux religieuses vit librement en Argentine.

Pour lui, comme pour tant d'autres, la justice argentine est passée, sans s'attarder. En janvier 2002, Buenos Aires a rejeté la demande d'extradition d' Astiz déposée par la Suède pour l'assassinat de Dagmar Hagelin, une Suèdoise de 17 ans. A l'époque, en 1977, Astiz "travaillait" pour la junte de Jorge Videla qui fit disparaître environ 30 000 personnes, selon les organisations de défense des droits de l'homme. Videla est aux "arrêts domiciliaires" depuis 1998. Léopold Galtieri, qui lui succéda en 1981, vient de mourir de maladie à76 ans, sans avoir été jugé lui non plus.

Dans un livre qui mêle entretiens, documents déclassifiés et retours sur l'histoire, Tristan Mendès France restitue Astiz au coeur d'un systême mortifère : une machine àtuer, dit-il de lui-même, qui ne discuta jamais les ordres. "J'étais d'accord", précise-t-il dans un entretien à Tres Puntos qui lui valut trois mois avec sursis pour apologie du crime. "Parler lui aura couté plus cher que tuer", titrait Pagina 12 en mars 2000. Mendès France retient de l'histoire politique argentine une "posture", l'apologie extrême d'une identité nationale "conçue restrictivement comme réactionnaire et catholique", terreau d'une dictature qui s'était fixé une mission, la "réorganisation sociale". Qui ira jusqu'à créer un réseau d'adoption d'enfants d'opposants assassinés, confiés à des proches du pouvoir afin qu'ils soient élevés dans l'ordre et la foi chrétienne. Trente ans après, la page n'est pas tournée et l'Argentine peine à s'en remettre. Une génération politique a disparu dans la violence, et celle qui a participé aux élections générales de dimanche dernier est en partie décrédibilisée. 

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Le Temps, no. 1664
International, lundi, 16 juin 2003

Lectures. Tortionnaire et fier de l'être
ARGENTINE. Un livre enquête sur le sinistre capitaine Alfredo Astiz.

Bernard Bridel

Lorsqu'il jouait les infiltrés parmi les «Folles de la place de Mai», à Buenos Aires, elles étaient peu, ces femmes à la recherche d'un proche disparu, à se douter que ce jeune homme à la gueule d'ange était l'un des pires tortionnaires de la dictature argentine. Durant ces années noires qui, de 1976 à 1983, ont vu plus de 30 000 personnes disparaître, Alfredo Astiz, capitaine de frégate et grand chasseur d'opposants ne fut inquiété qu'une seule fois. Fait prisonnier par les Britanniques pendant la guerre des Falklands (1982), il fut vite relâché.

Vingt-cinq ans plus tard, et en dépit d'une condamnation par contumace à la perpétuité prononcée par un tribunal français, «l'ange exterminateur» coule des jours paisibles dans son pays. Libre - grâce aux lois d'amnistie votées par un parlement argentin soucieux de tourner la page -, et ne craignant pas de revendiquer haut et fort le «travail accompli».

En un peu plus d'une centaine de pages, pas toujours très bien organisées, Tristan Mendès France - le petit-fils de Pierre - nous invite à un hallucinant voyage: des chambres de torture de la sinistre Ecole de mécanique de la marine, où officiait «Gueule d'Ange», aux largages en mer de prisonniers «balancés» depuis les hélicoptères. Etayée par des documents américains déclassifiés en 2002, son enquête serrée retrace, au travers du parcours d'Alfredo Astiz, les mécanismes et les obsessions de l'une des dictatures les plus sanglantes d'Amérique latine. Au moment où la Cour pénale internationale s'apprête à entrer en fonction, l'échec qu'il représente pour la justice est édifiant.

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Ecouter l'interview de l'auteur dans l'émission "Presque rien sur presque tout" de Patrick Ferla (03/06/03).
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