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2003
Alfredo Astiz un tortionnaire argentin en liberté.

Présentation vidéo (3 minutes) de quelques documents et interviews relatifs à l'affaire Astiz

ASTIZ, le tortionnaire

La dictature qui a sévi dès 1976 à 1983 en Argentine fut l'une des pires qu'ait connut l'Amérique Latine après guerre. Avec 30 000 disparus, des méthodes de torture et d'élimination d'une violence et d'une perversion extrême, la dictature argentine reste un cas d'école.

De tous les tortionnaires argentins, un nom est vite apparu central, celui d'Alfredo Astiz, capitaine de frégate. Dénommé « El Angel Exterminador » par les associations droits de l'homme argentines, il est devenu le symbole des horreurs commises durant la dictature militaire.

Pourquoi s'intéresser au cas Alfredo Astiz ?

Cela fait des années (depuis 1999) que je m'intéresse à Astiz. J'ai toujours estimé que son cas était extraordinairement révélateur de la situation argentine. J'ai ainsi commencé une enquête qui s'est traduite, début 2003, par un ouvrage aux éditions Favre. Entre-temps je me suis lié d'amitié avec l'avocate des victimes françaises d'Astiz. En me donnant accès au dossier judiciaire, elle m'a offert un aperçu inédit sur la période dictatoriale et contemporaine argentine. J'ai pu mesurer combien le personnage Astiz était le vecteur idéal pour pénétrer une période difficile et complexe de l'histoire du cône sud-américain. Grâce à lui, comme fil conducteur de mon enquête, j'ai pu rentrer dans l'intimité d'une machine de mort unique en son genre : D'abord par les collaborations internationales dont elle a pu bénéficier (USA, France…), par ses méthodes uniques (rationalisation de la torture et de la collecte d'information sur civil, collaboration régionale dans la cadre du plan condor, vol de nouveaux-nés) ou par ses racines idéologiques (intégrisme catholique, nationalisme réactionnaire et anti-communisme, inspiration nazie).

Une affaire qui interpelle la société argentine aujourd'hui.

La boîte de pandore ouverte ?

Le cas Astiz est un enjeu contemporain primordial pour l'Argentine. C'est la société dans son ensemble qui est mis à l'épreuve du souvenir. À travers cette affaire c'est sa mémoire qui est cruellement sollicitée. Va-t-elle réussir à digérer son passé et apaiser les plaies encore ouvertes ? La justice sera-t-elle rendue aux milliers de familles de disparus ? L'affaire Astiz se révèle être dans ce contexte un test crucial pour le pays et surtout pour le nouveau président Kirchner.

Les tensions restent vives et l'envi d'oublier forte. L'armée argentine, notamment la Marine qui s'est impliquée jusqu'au coup avec la junte, rechigne à ce qu'on revienne sur le cas Astiz. Car à travers lui, tous ceux qui ont soutenu la junte risquent le courroux de la justice. A quoi s'ajoute des manifestations de soutien aux anciens tortionnaires fragilisant un pays qui s'efforce de digérer son passé et une classe politique partagée.

Un tournant historique.

Cette affaire est le point focal d'enjeux colossaux et nous sommes aujourd'hui à un tournant qui justifie plus que jamais qu'on s'y intéresse :  

1. D'abord parce que l'Argentine vient d'élire un nouveau président, Nestor Kirchner, qui, à la surprise générale, a exprimé sa volonté de revenir sur le passé argentin, purger l'armée et rendre justice aux victimes. Il a remis en cause le décret de 1989 empêchant les extraditions et a décidé d'annuler les lois d'amnistie.

2. Ensuite parce que les autorités françaises qui attendent toujours l'extradition d'Astiz (comme l'Italie ou la Suède) ont décidé de relancer la procédure (qui prendrait plusieurs mois).

3. À quoi s'ajoute le fait que le célèbre juge espagnole Baltazar Garzon qui a déjà obtenu du Mexique l'extradition d'un complice d'Astiz fin juin poursuit également « El angel exterminador ».

4. L'Argentine vient, de plus, de signer, à la mi-août 2003, une convention sur l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité. Ce qui va permettre de qualifier la dictature de crime contre l'humanité !

C'est dans tous les cas une occasion inédite de revenir sur une des dictatures les plus terribles que l'Amérique du Sud ait connu et de porter l'attention sur un tortionnaire cynique dont on espère encore l'incarcération. C'est enfin l'occasion unique de suivre une société en pleine mutation et d'assister à un tournant historique majeur dans le cône sud-américain...

Dossier de Tristan Mendès France

© 2005 TMF