Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 8
MARS 1989

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 SOMMAIRE
NOUVELLES
NOTRE SAINT PERE MATTHIEU DE BIENHEUREUSE MÉMOIRE
LES EFFETS DU BAPTEME
LETTRE PROPHETIQUE AUX CHRÉTIENS ORTHODOXES
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE
PREMIERES AMOURS - GRAPPES D'ARRIERE-SAISON
LE MARTYR MAXIMILIEN DE CARTHAGE
S'IL FAUT PRETER ATTENTION AUX SONGES,
ET COMBIEN IL Y A DE SORTES DE SONGES
L'AME APRES LA MORT

La véracité de la sainte Écriture s'étend plus loin que les limites de notre entendement.

Monseigneur Philarète de Moscou
NOUVELLES

Depuis un mois, je suis déjà de retour d'Amérique. Mais je n'ai pas pu publier plus tôt notre bulletin à cause de mes multiples activités. Plaise à Dieu, je passerai l'été à l'ermitage.

j'espère ne plus être obligé d'aller en Amérique, puisqu'il y a là-bas maintenant deux prêtres, le père Jean Lewis et le père Marc. Ils ont quitté les "Russes Hors Frontières" et depuis un mois, il font partie de notre synode. J'ai eu le bonheur de les rencontrer à New-York, alors qu'ils partaient en Grèce pour y régler leur situation. Il sont ces jours-ci de retour dans leur monastère en Floride.

L'article "L'Église des Catacombes en Russie" nous a été communiqué par un moine de cette Église qui a pu se réfugier à l'Ouest. D'autres articles de lui sont actuellement en traduction, et nous espérons pouvoir les publier par la suite.

hm. Cassien

NOTRE SAINT PERE MATTHIEU DE BIENHEUREUSE MÉMOIRE

C'est, cette année, le trentième anniversaire de la dormition de notre archevêque Matthieu Ier. Faute de textes écrits par lui ou sur sa vie, nous rapportons ce qui nous fut transmis oralement par un témoin qui l'a connu personnellement.

En 1924, lors du fatal schisme dans l'Église grecque, notre bienheureux père, alors hiéromoine, vivait en ermite au Mont Athos. J'ai même eu le bonheur de visiter ses ermitages lors de mon séjour, il y a trois ans, à la Sainte Montagne. L'un se trouve à quelques minutes du monastère de Simon Petra, et l'autre sur le terrain de la Grande Laure, non loin de la Skite roumaine du Précurseur - une grotte qui surplombe la mer. L'accès est dangereux et notre guide nous empêcha d'y monter.

Alors que notre bienheureux exerçait ses exploits ascétiques dans un de ces ermitages, un jour, il lui arriva le fait suivant: En plein jour lui apparut la toute sainte Mère de Dieu. Ce n'était pas en rêve, mais avec les yeux du corps qu'il contempla ce spectacle. Se tenant devant lui, elle lui adressa ces mots: "Matthieu, va à Athènes; l'Orthodoxie est en train de chanceler. Toute ta vie je serai avec toi." C'est ainsi que le père quitta la Sainte Montagne pour Athènes afin de lutter pour la foi orthodoxe.

Voici comment il fut envoyé un jour en exil: sous la contrainte des nouveau-calendaristes, les évêques, par crainte de l'exil, reconnurent par écrit, la validité des sacrements des nouveau-calendaristes schismatiques (ils déclarèrent que leurs sacrements portent la grâce). Seul notre évêque Matthieu se refusa à une telle trahison. Il prit donc le chemin de l'exil.

Quand il fut finalement rappelé de l'exil, il lui fallut encore passer par l'épreuve suivante: Pour se débarrasser de lui, ses adversaires complotèrent de l'empoisonner. Alors Veniselis (nous ignorons quel rôle politique il joua, mais nous savons qu'il était crétois comme l'archevêque, et qu'il était même un de ses anciens camarades) le fit inviter à un dîner. Notre saint, pourtant, fut averti par son ange que son repas serait empoisonné. Une fois assis à la place qui lui avait été attribuée, il demanda qu'on lui amenât un petit chien. On alla donc le lui chercher. Prenant un peu de sa nourriture, l'archevêque en offrit au petit animal. Celui-ci ne tarda pas à s'évanouir et à rendre l'âme. Alors le saint dit la prière du repas, bénit sa nourriture du signe de la Croix ... et mangea tout sans rien laisser, plein de confiance en la parole de notre Seigneur qui dit dans l'Évangile: ... Et s'ils boivent quelque breuvage mortel, cela ne leur fera aucun mal" (Mc 16, 18). La parole qui ne peut mentir se réalisa à la surprise de ses ennemis, qui ne surent rien faire d'autre que de le laisser repartir. C'est ainsi que le saint évêque regagna le monastère de Kératéa.

La personne qui nous a fait le récit de tout cela, s'entretint un jour avec le saint évêque, alors qu'elle était encore jeune fille. Elle est d'une famille distinguée, et a bénéficié de tout ce que la vie peut offrir: éducation, études, beauté, etc, alors que notre saint avait plutôt un aspect misérable, causé par l'âge et par l'ascèse. Lors de la conversation, elle fut importunée par la pensée que cet évêque inculte et rustre n'avait certainement pas fait d'études. L'archevêque, qui avait non seulement fait des études, mais qui savait aussi lire dans les pensées, se tourna vers elle, et lui dit: "Magarethe, moi aussi, j'ai fait des études. J'étais à Jérusalem, où j'ai appris la théologie." Sa surprise fut grande lorsqu'elle s'aperçut que le saint lisait même ses pensées secrètes. Ensuite, il lui dit qu'elle se marierait dans trois ans à Détroit (cela se passait en Grèce, et elle n'avait jamais pensé alors à aller en Amérique). La prophétie se réalisa, et même les traits du mari, dont l'évêque avait fait la description, étaient exacts.

Encore un fait qui se passa après sa dormition. Après les vigiles d'une fête qui duraient toute la nuit, au petit matin, Magarethe -qui nous l'a rapporté elle-même - alla au sépulcre du bienheureux qui se trouve dans l'enceinte du monastère de la Présentation de la Mère de Dieu au Temple, à Kératéa. Les fidèles et les moniales étaient allés se reposer tandis qu'elle seule priait devant le tombeau de marbre. Ayant terminé ses dévotions, elle s'apprêtait à partir se reposer, elle aussi, lorsque, dès qu'elle eut le dos tourné , elle sentit un parfum indicible se répandre autour du tombeau. Se retournant, elle vit couler du myron du tombeau de marbre, c'est-à-dire de l'huile parfumée. Un double miracle: l'odeur parfumée et le myron sacré. Elle appela, et d'autres avec elle purent constater le miracle, et recueillirent l'huile précieuse.

Moi même peux témoigner de l'agréable odeur qui se dégage des reliques du saint, puisque j'en avais reçu l'an dernier, données par l'higoumène Euvrosinie.

Ce ne sont que quelques "miettes du festin", mais qui prouvent la sainteté de notre bienheureux archevêque Matthieu, le défenseur intrépide de l'Orthodoxie en notre siècle d'apostasie.

hm. Cassien

LES EFFETS DU BAPTEME
Saint Diadoque de Photicé, "Oeuvres Spirituelles."

Les saintes Écritures et mon propre sens intellectuel m'ont fait comprendre qu'avant le saint baptême, la grâce exhorte du dehors l'âme au bien, alors que Satan se tapit dans ses profondeurs, cherchant à barrer toutes les issues de l'esprit vers la droite; mais dès l'heure de notre régénération, c'est le démon qui passe au dehors, et la grâce au-dedans. Nous découvrons alors que si jadis l'erreur régnait sur l'âme, de même, après le baptême, c'est la vérité qui règne sur elle. Néanmoins, Satan continue d'agir sur l'âme comme auparavant, et même pis, le plus souvent; non qu'il coexiste avec la grâce, loin de moi cette pensée! Mais par les humeurs du corps on dirait qu'il vaporise dans l'esprit la douceur des plaisirs irrationnels; et cela arrive par la permission de Dieu, afin qu'en passant par la tempête et le feu de l'épreuve, l'homme revienne, s'il le veut, à la jouissance du bien. Car il est dit: "Nous avons passé par le feu et l'eau, et tu nous as amenés au rafraîchissement." (Ps 65,12).

Dès l'instant de notre baptême, comme je l'ai dit, la grâce se cache au fond de l'intellect en dissimulant sa présence même au sens intérieur; mais quand on a commencé à désirer Dieu de toute sa résolution, alors, dans un commerce indicible, par le sens intellectuel, elle communique à l'âme une partie de ses propres biens. Dès lors, celui qui veut totalement s'assurer la possession de cette trouvaille en vient à désirer d'abandonner avec grande joie tous les biens de cette terre, pour accueillir vraiment le champ où il a caché le trésor de la vie (Mt 13,44). Car c'est lorsqu'on a renoncé à toute la richesse temporelle qu'on trouve l'endroit où est enfouie la grâce de Dieu. En effet, dans la mesure où l'âme progresse, le don divin manifeste aussi sa bonté à l'esprit; cependant le Seigneur permet alors que l'âme soit davantage importunée par les démons, pour lui apprendre comme il faut le discernement du bien et du mal et la rendre plus humble par la grande honte que lui inspire, quand elle se purifie, la turpitude des pensées diaboliques.

Nous croyons donc, nous, les coureurs des saintes luttes, que par le bain d'incorruption le serpent multiforme est chassé des trésors de l'âme; mais ne nous étonnons pas si après notre baptême nous avons encore de mauvaises pensées au milieu des bonnes; car si le bain de sainteté nous enlève la souillure du péché, il ne change pas maintenant la dualité de notre vouloir et n'empêche pas les démons de nous faire la guerre, ni de nous adresser des paroles trompeuses, afin que ce que nous n'avons pas su garder quand nous étions psychiques, nous le conservions, en prenant les armes de la justice, par la puissance de Dieu.

Satan, comme je l'ai dit, est par le saint baptême chassé de notre âme; mais, pour les raisons indiquées plus haut, il lui est permis d'agir sur elle par l'intermédiaire du corps; car la grâce de Dieu réside dans les profondeurs de l'âme, c'est-à-dire dans l'intellect. Car il est écrit: "Toute la gloire de la fille du roi est à l'intérieur" (Ps 44,14), cachée aux démons. C'est pourquoi des profondeurs mêmes de notre coeur nous sentons comme sourdre le désir de l'amour divin, quand nous nous souvenons de Dieu avec ferveur; dès lors, les mauvais esprits assaillent les sens du corps et s'y blottissent, agissant, grâce à la complicité de la chair (cf. Mt 26,41), sur ceux qui ont encore l'âme dans l'enfance. C'est ainsi que, selon l'Apôtre (Rm 7,22), notre intellect se complaît toujours aux lois de l'esprit, tandis que les sens de la chair consentent à se laisser entraîner par la pente du plaisir. Aussi, par le sens intellectuel, la grâce, chez ceux qui progressent dans la science, réjouit le corps d'une exultation ineffable. Mais les démons par les sens du corps, surtout quand ils nous prennent à courir négligemment dans la voie de la piété, enchaînent violemment l'âme, en la sollicitant, les assassins, à ce qu'elle ne veut pas.

L'humilité est la gardienne des vertus. saint Grégoire le Grand (Homélie 7)

LETTRE PROPHETIQUE AUX CHRÉTIENS ORTHODOXES

(suite)

écrite par Mgr. Eugène Bougaris contre l'Uniatisme

2) Les pères affirment, par le saint Concile oecuménique, que l'évêque de Rome possède le commandement de l'Église dans les limites de sa province comme les autres évêques, mais les Papistes au sein de leur réunions considèrent que l'autorité du pape s'étend jusqu'au confins de la terre. Ils auraient même voulu l'étendre sur la lune, comme Alexandre le Grand, dit-on l'aurait rêvé, si cela était possible, et ils sont vraiment désolés de ne pas atteindre d'autres mondes par l'état papal.

3) Les pères déclarent que les clés du paradis, c'est-à-dire le pouvoir de délier du péché était attribué à tous les apôtres par le Christ, mais les Papistes affirment que seul Pierre avait ce pouvoir et qu'il l'a attribué seulement au Pape. Pierre est un membre égal aux autres dans l'assemblée des apôtres comme cela se voit dans les Actes des apôtres, et le pape, d'après eux, est au-dessus des Conciles et au-dessus de l'erreur, seul régnant sur l'Église.

4) Sur la parole de l'évangile "et sur cette pierre, tu bâtiras mon Église", les pères enseignent que la pierre est le Christ et notre foi en Lui (celle que proclama Pierre après l'interrogation du Christ), mais les papistes disent: "cette pierre est le pape."

5) Les pères, selon la Volonté de Dieu, ont depuis le début célébré le mystère de l'Eucharistie avec du pain levé, les papistes le font avec des azymes ressemblant à des ronds de papier timbré.

6) Les pères, conformément à la Tradition, commandent aux prêtres d'ajouter de l'eau chaude (le "Zéon" symbolisant la ferveur de la foi remplie de l'Esprit saint), les papistes ont rejeté cela.

7° Les pères nous ont laissé la tradition d'achever la célébration du mystère de l'Eucharistie par l'invocation du saint Esprit, précédé historiquement par les paroles du Seigneur Lui-même, et suivant l'offertoire non achevé sur le pain et le vin présentés; les papistes finissent la consécration avec "prenez et mangez É prenez et buvez É"

8) Les pères n'ont parlé, ni imaginé un feu expiatoire après la mort (purgatoire). Les papistes, eux, ont allumé aux entrailles de la terre, outre le feu éternel de la Géhenne, une autre fournaise, celle du purgatoire qui draine plus d'or dans les coffres des pontifes cupides que toutes les fournaises des fonderies des orfèvres les plus riches.

9) Et pour finir, les pères, suivant les paroles de l'évangile, considèrent que la béatitude des bienheureux et le châtiment des pêcheurs aura lieu pendant le Jugement dernier. Les papistes se consacrent eux-mêmes juges et devancent ce Jugement, dont Dieu le Père ne jugeant personne, a laissé le pouvoir à son Fils; eux, jugent certains bienheureux, ou punissent à leur guise d'autres, avant le Dernier Jugement du Christ. Donc, avec toutes ces nouveautés et ces dogmes, les papistes enseignent le contraire de la parole du Christ et de l'enseignement de l'Église, contraire à l'enseignement des apôtres et des pères. Ne voit-on pas que c'est volontairement qu'ils cherchent à changer les dogmes de notre foi, comme ils changent leurs habits et leurs coutumes? Ils sont donc totalement mécontents de tout ce qui est ancien et ils veulent même, ces audacieux, ériger des lois contre l'enseignement du saint Esprit. Que n'ont-ils point touché la tradition? Qu'ont-ils laissé d'immuable?

10) Quel était au commencement le pouvoir attribué aux prêtres? N'avaient-ils pas seulement le pouvoir sur l'Esprit? Si, mais il y a déjà longtemps que les prêtres papistes, eux, marient l'esprit avec la matière, l'Église avec la politique. Bien qu'ils écoutent cette parole évangélique "Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu", eux ils s'approprient ce qui est à César et ce qui est à Dieu: le pouvoir sur les âmes et sur les corps. Étant en même temps, évêques et rois ou seigneurs, ils tiennent d'une main le bâton pastoral et de l'autre l'épée. Comme des centaures monstrueux et formés d'éléments divers, étant les deux la fois, ils deviennent des animaux fabuleux, mais justement ils ne sont ni l'un ni l'autre.

Hélas, ceux qui sont désignés pour offrir à Dieu le sacrifice non sanglant, plongent leurs mains dans le sang humain en exerçant le pouvoir temporel. Dieu aimait bien David, et il dit à son sujet: "J'ai trouvé un homme proche de mon coeur, David mon serviteur", mais il n'a pas accepté qu'il construise le Temple. C'est Salomon, le roi pacifique qui a été désigné pour cela. Et si, quelqu'un plonge ses mains dans le sang, il n'est pas jugé apte à construire le Temple matériel érigé par les hommes, il l'est d'autant moins à construire le Temple vivant et immatériel du Corps divin et humain tout ensemble. lequel des deux est le plus grand, le Temple ou le dit-on qui sanctifie le Temple?

11) Mais qu'ont-ils laissé inchangé? les canons conciliaires permettent aux prêtres de se marier à une seule épouse (c'est-à-dire qu'en cas de veuvage, ils ne peuvent contracter un second mariage et continuer à exercer la prêtrise); mais les papistes ont interdit ce mariage!

12) Les canons interdisent aux gens ayant commis un meurtre et aussi ceux qui ont commis le péché de la chair de devenir prêtres; mais les papistes passent outre.

13) Pour des raisons de bon ordre et de dignité, la coutume louable veut que les prêtres se laissent pousser les cheveux et la barbe. Saint Clément d'Alexandrie a nommé cette coutume "sainte parure". Chez les papistes, évêques et prêtres se rasent, même les moustaches et se présentent à nous comme la tête de l'Église latine, rasée.

14) L'Église interdit d'ordonner plus d'un prêtre à la fois pendant la Liturgie, mais les papistes ordonnent pendant la même messe quinze prêtres ou plus.

15 La tradition veut que les églises soient orientées vers l'Est, afin que les fidèles en priant, soient tournés vers ce côté, se souvenant de l'antique patrie d'où nous avons été expulsés. Eux, orientent leurs églises n'importe comment.

16) Selon la tradition, l'église ne peut comporter qu'un seul autel et on ne peut célébrer plusieurs liturgies par jour. Chez eux, il y a plusieurs autels dans la même église, et ils célèbrent plusieurs messes par jour.

17) Nous devons vénérer des icônes peintes, eux ils vénèrent des statues sculptées.

8) Nous représentons la très sainte vierge Marie sur les icônes avec une figure modeste et habillée de dignes vêtements. Les papistes, eux, en sculptant des statues en son honneur lui maquillent le visage, la coiffent avec des boucles, la revêtent de boucles d'oreilles, de colliers, de pierreries, l'habillent selon la mode européenne du monde. En ceignant, pour m'exprimer ainsi, l'irrépréhensible et très pure Mère de Dieu avec la ceinture du charme corporel, l'image de la Vierge est représentée par la venus impudique.

19)Jamais l'Église des chrétiens du temps des apôtres jusqu'à maintenant ne s'est servie pendant la liturgie de trompettes, cithares, flûtes, harpes ou tambourins, ni d'aucune sorte d'instruments. Jamais l'Église n'a introduit dans ses services pendant le chant des hymnes des musiciens, des eunuques ou des acteurs de scène pour chanter la louange de Dieu. Mais les papistes, eux, avec tout cela, ont transformé leurs églises en théâtres.

20) De même, si nous approfondissons bien le sujet, l'Église a ordonné avec prévoyance et sagesse que dans l'église les femmes se tiennent à une autre place que les hommes, afin de prévenir le scandale et le désordre qui se produisent souvent lorsque les deux sexes sont rassemblés. mais eux, de propos délibéré, s'opposent à ce bien fondé pour nous et rejettent cet ordre- là, ils approchent malgré la prière, le feu des étoupes si vite inflammables.

21) Pensez rapidement à tous les autres points, à ces indispensables lois de l'Église qui interdisent:

a) de se prosterner le dimanche, eux le font,

b) de jeûner le samedi, eux le font)

c) de manger de la viande le mercredi et le vendredi, eux ils en mangent

d) de se marier à ceux qui sont parents de sang ou d'alliance au-delà des degrés prescrits, eux consacrent ces mariages

e) de donner la communion à ceux qui ont commis de graves péchés, eux les acceptent à la communion.

22) Le Christ a ordonné de communier à son Corps et son Sang en disant: "Prenez et mangez, prenez et buvez en tous". Eux ne communient qu'au Corps.

23) Et pour ne pas oublier le capital, l'immuable et inchangeable mystère indispensable pour notre salut, je parle du Baptême, bien que les apôtres, les conciles et les pères de l'Église aient enseigné que ce sacrement soit conféré par trois immersions dans l'eau sanctifiée, les papistes, eux aspergent simplement ceux qu'ils baptisent avec un peu d'eau.

25) De même, ils n'oignent pas ensuite le baptisé avec le chrême, ainsi en rejettant l'onction, ils rejettent en même temps l'intervention du saint Esprit.

De cette manière, ils baptisent simplement avec de l'eau et non pas avec le saint Esprit. Comme ce baptême n'a pas tout ce qui constitue vraiment le baptême, ni les signes extérieurs des trois jours de la Mort et de la Résurrection du Christ, il n'apporte pas la perfection et la force du bain purificateur.

Qui peut énumérer tout exactement? mais de ce qui précède n'importe qui en arrive à conclure que l'esprit de nouveauté et de mode a aveuglé ces trompeurs. Donc mes frères, ils sont des guides aveugles, ne les suivez point afin que vous ne tombiez pas dans la fosse de la cacodoxie et de l'hérésie. Dans leur bouche siège l'esprit de mensonge et de tromperie.

Ne donnez pas foi à leurs paroles, afin que vous ne soyez pas en danger. Vous avez une preuve visible de leurs mensonges et de leurs ruses, car ils enseignent le contraire de ce qui est établi par l'Esprit de vérité à travers ses serviteurs. pensez à la punition de ce simple, naïf et crédule homme de Dieu dont nous apprenons le malheur dans le 3e livre des Rois (ch. 3). En effet, nous voyons Dieu envoyer son serviteur pour interroger le roi Jéroboam, lui donnant l'ordre de ne pas manger, ni boire, ni se détourner de son chemin. mais un vieux faux prophète qui habitait Béthel l'apprenant, courut à sa rencontre et lui dit: "Viens, moi aussi je suis prophète comme toi. Un ange du seigneur m'a parlé comme à toi et il m'a transmis l'ordre de t'amener chez moi, et de te donner à manger. Viens avec moi, mange et bois". Après bien de paroles, il le persuada et l'emmena.

Et que se passa-t-il après?

En revenant sur sa route, après tout cela, l'homme de Dieu transgresseur trouva aussitôt la juste punition de sa faute, puisqu'un fauve survient et le dévora, "le lion, le trouva sur son chemin et le dévora".

Fidèles de Dieu, serviteurs du Christ, apprenez donc de cet exemple à reconnaître les faux prophètes.

Écoutez ceci: "Quiconque dit le contraire de ce que dit Dieu, lui est sûrement un faux prophète"; Dieu parle à travers son Église: "Jeûne, ne mange pas", le faux prophète dit: "ne jeûne pas, mange"? Cela suffit. sans aucun doute, cet homme est un faux prophète. Dieu donne cet ordre: "Ne te détourne pas de ton chemin, mais continue tout droit", lui le faux prophète cherche à vous en éloigner et vous emmener, par le moyen de sa parole sur son chemin à lui. Il n'y a pas besoin d'autres signes pour que vous le reconnaissiez. C'est un faux prophète, même s'il déclare être prophète lui aussi, ou avoir entendu l'ange du Seigneur lui parler. Laissez le discourir. Ne vous égarez pas du droit chemin, ne croyez pas ses paroles même si l'ange lui a parlé. Quiconque annonce une autre parole que celle annoncée par les apôtres avec l'accord de Dieu. Qu'il soit excommunié!

Comment essaient-ils de nous attirer vers eux?

Ces apôtres de Rome essaient de nombreuses et de diverses façons d'arracher du sein de l'Église orthodoxe orientale ses enfants légitimes. Il est possible de rassembler en trois groupes principaux ces moyens pour que vous puissiez y faire attention et vous en garder. Ils descendent donc dans l'arène avec:

a) la force de la parole

b) de belles promesses, ou

c) la violence des menaces,

d) le dialogue.

Ainsi, ils essaient avec des arguments et des "preuves" de persuader, avec des dons et des bonnes oeuvres, ils s'évertuent à vous attirer, avec des menaces à vous forcer de les rejoindre. mais vous, chers frères, restez fermes et invincibles devant les ennemis de votre âme et avec l'aide de Dieu, ils s'éloigneront de votre chemin, honteux et vains. Leurs paroles voleront dans l'air comme des plumes, leurs promesses rusées resteront sans effet, leurs menaces tomberont sans force. Quand ils viennent vers vous avec les armes de la parole et la force d'arguments savants, ne les admirez pas, tout savants qu'ils soient. En effet, qu'y a-t-il à admirer?

Voyez plutôt: Arius était savant, Macédonius aussi, et tout autant Apollinaire et surtout Origène. Pourtant malgré leur sagesse , ils ont blasphémé et ils sont devenus hérétiques!

Platon, Aristocle, Epicure étaient des savants eux aussi, mais malgré leur sagesse, ils erraient comme des aveugles dans les ténèbres de l'idolâtrie et ne pouvaient que radoter par rapport à Dieu, sa Force, sa Providence, une multitude de sottises. D'autres nations de notre temps sont gérées par la sagesse, malgré cela,- et les latins sont d'accord avec nous à ce sujet - elles sont hérétiques. Pour ces adeptes de la sagesse humaine, la fosse de condamnation sera plus profonde, car ayant confiance en leur sagesse, ils sont devenus aveugles devant la vraie foi, se jugeant eux-mêmes savants par rapport à la vérité, ils se sont aveuglés misérablement.

Quel est le point commun entre la sagesse humaine et la sagesse divine? La sagesse humaine est une sottise, une erreur et un non sens lorsqu'elle se sépare de la sagesse divine. La sagesse de Dieu qui est la vraie foi est la vraie sagesse, salutaire infaillible et droite, La sagesse de ce monde s'apprend dans les académies nouvelles, la sagesse de Dieu dans les livres des saints pères. la première avec l'intelligence aiguisée, l'autre avec la chaleur de l'âme pure et prédisposée. La première avec des raisonnements compliqués par divers arguments, l'autre avec un solide assentiment de la foi certaine.

L'une avec la recherche curieuse et la comparaison, l'autre avec la capture paisible et facile de l'intelligence.

Pourquoi les uniates essaient-ils de nous persuader par le dialogue?

Nous et nos pères et aussi leurs pères à eux, dès le début n'ont pas acquis la foi par le dialogue, mais l'ont proclamée par révélation. pourquoi s'empressent-ils de nous éloigner des dogmes que le Christ nous a enseignés, que les apôtres ont proclamés, que les Conciles oecuméniques ont confirmés, que les pères ont expliqués et que l'Église sans y ajouter jamais, ni en soustraire un iota ou une virgule, a décrétés?

La foi ne change pas avec le temps, ne se modifie pas avec les circonstances, elle ne se flétrit pas, mais elle reste toujours la même, vieille et jeune à la fois. Pourquoi osent-ils, ces nouveaux théologiens, les papistes, modifier l'immuable?

Nous savons en ce qui concerne les idées que plus elles sont nouvelles, plus elles sont entachées d'erreur, plus elles sont antiques, plus elles sont authentiques et certaines, tout comme la rivière lorsqu'elle est loin de la source ne charrie qu'une eau sale et trouble. Alors à son amont elle est pure et limpide. Ainsi les dogmes authentiques de la foi sont antiques. Nous ne pouvons pas laisser de côté saint Denys, saint Basile, Grégoire le Théologien, Chrysostome l'admirable et d'autres hommes inspirés de Dieu, les pères saints, réceptacles de l'Esprit saint dont on ne saurait ignorer la sagesse et la sainteté pour suivre Thomas d'Aquin, Duns Scot et tant d'autres, qui nous sont complètement inconnus et sans gloire. Même si nous n'avions pas d'autre preuve pour préférer les nôtres, celle-ci nous serait suffisante de savoir les pères et maîtres de notre Église en commun accord en ce qui concerne tous les dogmes. Ils ont tous les mêmes conceptions, n'ont aucune différence, mais constituent comme des notes diverses une harmonie parfaite dans l'Église, parce que la vérité est unique, il n'y a pas de dispute. Là où l'inspiration et l'énergie du saint Esprit est, il y a accord. Par contre les théologiens et les maîtres latins se disputent et se confrontent à plusieurs sujets. Chacun a une opinion propre. Chaque ordre a son système propre. Les thomistes, les scotistes, les jésuites, les uns ou les autres ont proclamé leurs doutes à propos des uns ou des autres. Autant de fois, ils méritent la malédiction parce que le mensonge a plusieurs visages, mais tous se rassemblent et ne forment qu'un.

Nos théologiens sont comme les langues de feu de la Pentecôte, toutes proclament l'unique et même foi, les théologiens latins sont comme les langues du peuple de la tour de Babel, les unes criant "eau", les autres criant "pierre". Ils ne sont d'accord que sur un seul point, celui de mouvoir leur langue contre nous.

Ils ne se servent de leur sagesse, ni pour ramener les nations égarées à la foi et au respect, ni pour éclairer les juifs aveugles ou l'arabe écervelé, ni pour détourner les hérétiques têtus, mais pour amener les vrais orthodoxes à adorer le pape et à les éloigner des saints dogmes qu'ils ont reçus et gardés comme la prunelle de leurs yeux du temps de leurs pères et depuis le début.

Je sais qu'ils se servent aussi de la Bible et des saints pères pour "prouver" leurs prétendus dogmes. Frères, ne vous égarez pas. A l'extérieur, ils ressemblent à des agneaux mais à l'intérieur ce sont des loups et des lions. Ils essaient de prouver qu'ils parlent en accord avec la Bible et les saints pères, mais si nous examinons minutieusement ce qu'ils disent, nous trouverons qu'ils enseignent tout à fait le contraire. Aucun paradoxe à cela! Le diable lui-même, lorsqu'il essayait de tenter le Christ, le faisait à l'aide des versets bibliques. Suivant la Bible, il essayait de le détrôner, "prosterne-toi", lui disait-il! De même ces nouveaux et jeunes théologiens vous parlent, frères, la Bible sous le bras, mais leur but est de vous emmener dans leur fosse. "Prosterne-toi," disent-ils. Même les pharisiens parlaient au Christ de la Loi de Moïse, mais dans quel but? Pour lui tendre un piège. Pareils à ces pharisiens, les papistes se sont séparés de leur mère l'Église, mais hypocrites, ils se réfèrent même aux canons des saints conciles. Pour quelle raison? pour vous tendre un piège. En fin de compte, tous les hérétiques essaient d'établir leur hérésie avec des paroles saintes.

Pareillement, même un athée, pourrait avec une sentence de la Bible se justifier en prenant dans les psaumes ce passage "Dieu n'existe pas" en oubliant ce qui succède, c'est-à-dire "disait le sot" !!! Les nouveaux maîtres occidentaux pratiquent le même système. Ils se servent des Écritures, des canons conciliaires et des pères en grand nombre. Mais de quelle manière? Pour certaines sentences, ils se taisent, ils en omettent d'autres, les détournent et les modifient, pour d'autres encore, ils n'en comprennent même pas le début ne saisissant pas la langue grecque.

Que n'imaginent-ils pas?

Si une sentence d'un père réfute clairement leur dogme, nous verrons ces braves, agités et animés à répondre. C'est ici qu'entre en jeu la rapidité du cerveau, la finesse de la subtilité, la dialectique compliquée et le dialogue de sourd scolastique. Ici, les divisions et subdivisions sophistes et obscures qui troublent l'esprit et obscurcissent le cerveau. Ici les termes et les cris étranges et singuliers, étrangers à la sainte théologie, aux écritures et complètement étrangers aux phrases des saints pères É

Tenez vous loin de ces bouches des ténèbres d'où sortent des flammes et des fumées obscures qui, en arrivant à leur but, brûlent ou obscurcissent les âmes élevées dans la piété.

Tenez vous loin de ces outres d'Eole, d'où soufflent des enseignements semblables aux vents, destinés à déraciner les arbres plein de fruits de l'Église sainte et orthodoxe, ou pour causer aux fidèles qui naviguent sur la mer de la vie, un naufrage catastrophique. Apprenez, avec l'aide de notre Seigneur et Dieu à éviter ces diables qui, avec les Écritures données pour notre salut, cherchent à vous conduire à votre perte. Dites leur vous aussi quand ils vous tentent "Retire-toi Satan, car par toi viens le scandale".

La ruse

Que votre attention et votre surveillance ne soient pas moindre, mes frères, envers ces escrocs, quand ils vous approchent, la bouche pleine de miel pour vous parler ou quand ils octroient avec ruse des charités et des bienfaits pour vous accaparer, ou lorsqu'ils font des promesses pour vous attirer.

Il n'y a pas d'ennemis plus redoutable que celui qui se prétend votre ami.. Il n'y a pas de guerre plus terrible et plus dangereuse que celle qui, avec l'espoir de la liberté, amène à la tyrannie.

Croyez-moi, les latins ont attiré vers eux plus d'orthodoxes par les dons que par le dialogue. Je vous le dis, ils en ont attiré vers eux un plus grand nombre avec la flatterie, les promesses, les bienfaits, la charité, les dons matériels, le confort, la volupté et l'espoir qu'avec les paroles et la catéchèse. En témoignent Antioche, Alexandrie, plusieurs villes de Syrie, des îles de la mer Egée, où en dépensant beaucoup d'argent. Rome a augmenté le nombre des papistes, assemblant les fidèles comme des mercenaires. Ils n'ont pu ailleurs amener l'empereur de Constantinople, le patriarche et tant d'autres évêques à Florence pour le traité d'union de deux Églises fausses et sans fondement, que par la promesse et l'espoir de les aider dans leur guerre contre les Barbares. Ils n'auraient pu attirer de leur côté le cupide et ambitieux et philosophe évêque Bessarion, si ce n'est par la pourpre de cardinal!

à suivre

Une fois, Satan apparut à un ancien et lui dit : «Je te le dis, vieux que tu es, tu n'es pas chrétien». L'ancien lui répliqua: «Quoi que je sois, je vaux mieux que toi». Satan lui dit : «Je te le dis, tu vas à la damnation». L'ancien lui répondit : «Toi tu n'es ni mon juge, ni mon Dieu».

L'ÉGLISE DES CATACOMBES
EN RUSSIE

Traduit par Dominique Kolessnikow

Chapitre I

Notre peuple a vu dans la révolution d'octobre 1917, révolution à dessein international, un signe eschatologique, un signe de la fin des temps.

«Aujourd'hui, l'Église du Christ a atteint les temps derniers en Russie. Signe précurseur de la fin: Dieu s'est retiré du peuple, et l'homme du péché, l'enfant de perdition est apparu (2 Thes 2,3), celui qui tient jusqu'à ce qu'il soit ôté du monde (2 Thes 2,7), le tyran luttant contre Dieu qui a été annoncé, l'ennemi du Christ, en d'autres termes l'antichrist est apparu. Mais il cache autant que possible son véritable visage derrière le paravent du "socialisme" et agit en attendant sous la forme impersonnelle de l'antichrist collectif...»

Ainsi commence un des traités fondamentaux de l'Église des Catacombes sur le territoire de l'ancienne Russie.

Le vrai visage de celui qui est apparu est tout à fait évident à la lumière de "l'Apocalypse": «Et lorsqu'il (le Seigneur Jésus Christ) eut ouvert le quatrième sceau, j'entendis la voix du quatrième animal qui disait: "venez et voyez". Et en même temps, je vis apparaître un cheval pâle, et celui qui le montait s'appelait la mort, et l'enfer le suivait et il lui fut donné le pouvoir sur les quatre parties du monde, de tuer par l'épée et par la famine, par la peste, et par les bêtes sauvages.» (Ap 6,7-8).

A l'époque de la révolution de 1917 et jusqu'aux années quarante, toute la Russie croyante tremblait à l'idée que l'événement dont il vient d'être fait mention dans la phrase de l'Apocalypse avec une telle clarté et une telle assurance s'était réalisé et se réalisait encore actuellement sous les yeux de tous, événement qui a été prédit dans l'éternité et écrit environ 2000 ans auparavant...

Oui, en vérité, le "cheval pâle" est arrivé sur notre terre - le texte grec original suggère que "le cheval" et son "cavalier" sont de la couleur d'un mort, d'un cadavre humain - et ce cavalier a pour nom "la mort". Car il porte en lui la mort toute entière, non seulement la mort physique, mais aussi la mort spirituelle. Dans un grand nombre de villes, il y eut une telle quantité de morts que l'air lui-même était saturé par l'odeur pestilentielle des cadavres.

Et "l'enfer le suivait (le cavalier), et il lui fut donné le pouvoir sur les quatre parties du monde de tuer par l'épée et par la famine, par la peste et par les bêtes sauvages".

Et en Russie, ce fut le véritable enfer. Celui qui a vécu cela, ne nommera pas autrement les épreuves subies...

Mais ce qui est admirable, c'est que l'esprit prophétique de l'Église avait annoncé tout cela au peuple alors qu'il n'y avait encore aucun signe, semblait-il, des terribles événements à venir.

Le premier à annoncer cela fut le vénérable père Séraphim de Sarov. 100 ans auparavant, il répétait sans cesse, pleurant à chaudes larmes et gémissait en annonçant ce qu'il devait dire:

"Bientôt l'antichrist viendra enlever les croix des cathédrales et fera des églises de Dieu des repaires de bandits. Il mourra tant de chrétiens que les anges de Dieu n'arriveront pas à accueillir toutes les âmes des tués. La douleur sera telle qu'il n'y en a jamais eu depuis la création et qu'il n'y en aura à l'avenir..."

Le vénérable Séraphim annonça cela et encore beaucoup d'autres choses au début du XIXe siècle. Et par la suite, tels des tocsins, résonnèrent les paroles des staretz de toute la Russie - les staretz d'Optino, de Glinskij, le métropolite de Saint-Pétersbourg Grégoire, le métropolite de Moscou Philarète et d'autres - qui annonçaient la prochaine colère de Dieu contre la Russie insouciante. Mais, hélas! "Qui a cru à la parole qu'il a entendu de nous? Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé?" (Jn 12,38; Is 58,1)

Voilà ce que disait le saint orthodoxe Jean de Cronstadt en 1907, dix ans avant la catastrophe, dans l'hôtellerie d'un monastère de femmes à Léouchanskij: "Une terrible époque se prépare, si terrible que vous ne pouvez vous l'imaginer". Sur quoi l'higoumène, une vieille femme âgée de 80 ans répondit: "Quand donc, mon père, cela sera?"

"Toi et moi, ma mère, nous ne vivrons pas jusque là. Mais elles - à ces mots le père désigna du doigt les moniales - elles vivront jusque là."

Mais il y eut alors quelques vues claires à propos de l'Église des Catacombes. Le grand staretz d'Optino, le père Ambroise interpréta une vision de façon significative. Dans cette vision apparaissait une grande grotte éclairée d'une unique lampe devant l'icône de la Mère de Dieu. Et dans la grotte, il y avait un grand nombre de personnes qui priaient intensément. Et on entendit comme un tonnerre, ces paroles mystérieuses: "Nous vivrons une terrible époque: nous atteindrons le septième été."

Ces mots comme toute la vision se répétèrent trois fois sans le moindre changement. Ayant été interrogé en 1866, le staretz Ambroise interpréta cette vision de la façon suivante:

«Les mots: 'Nous vivrons une terrible époque: nous atteindrons le septième été', peuvent signifier: la fin des temps, proche du temps de l'Antichrist, quand les fidèles, enfants de l'Église une, sainte et apostolique devront se cacher dans les grottes...»

Mais le philosophe V.S. Soloviev comme représentant du monde scientifique, mêle également sa voix à la voix prophétique de l'Église. A ce propos, Basile Lvovitch Velitchko, l'ami intime du philosophe, écrit dans sa monographie sur Soloviev : "Il y a environ huit ans de cela, il (V.S.) parlait d'une venue prochaine de l'Antichrist - au début collectif, mais dans la suite incarné dans une personne - avec la sérénité scientifique du géologue parlant du changement de terrain ou du météorologue à propos d'inévitables changements climatiques". Ceci fut dit vers 1893-94.

"A peu près un mois avant sa mort, écrit Velitchko, dans la 2e moitié de juin 1900, alors qu'il se trouvait un soir chez moi, Soloviev m'emmena soudain dans un coin et me révéla que depuis quelques temps il était pénétré par un sentiment religieux particulièrement intense, et qu'il avait à cause de cela envie de prier, non dans la solitude mais d'assister avec d'autres personnes à un office religieux. Je lui répondis qu'il fallait bien sûr se réjouir de la naissance de ce noble sentiment et aller à l'Église. Sa réponse me parut sur le moment étrange.

"Je crains, dit le philosophe, d'être fâcheusement déçu par l'Église d'ici. Il me serait même étrange de voir une liturgie libre et solennelle. Je sens la proximité de temps où les chrétiens se réuniront de nouveau pour prier dans les catacombes, parce que leur foi sera combattue, peut-être moins par des actes violents comme du temps de Néron, mais par des moyens plus subtils et plus cruels: le mensonge, la raillerie, la falsification, et c'est encore peu ... Vraiment, ne vois-tu pas qui vient? Moi, je le vois depuis longtemps."

Peut-on après toutes ces prédications, douter que nous sommes les contemporains de terribles événements, prédits depuis longtemps? Et c'est pourtant tout cela, en vérité "étrange" et "effrayant", impossible à exprimer avec des mots du langage humain, qui s'est passé et se passe aujourd''hui dans notre patrie.

Dans cette situation, le peuple russe a toutes les raisons et l'obligation eschatologique et spirituelle de prendre sur lui la tâche difficile mais bénie, l'exploit d'abnégation d'aller dans l'Église des Catacombes. Il n'y a pas d'autre solution pour le peuple chrétien. Si l'Église reste au grand jour, cela signifie trahir le Christ!

Avec l'aide de Dieu, l'Église des Catacombes existe en Russie. Aussi faible soit-elle, aussi pauvre et impuissante soit-elle, elle est telle qu'elle doit être: "Ma force se réalise dans l'impuissance." (2 Cor 12,9). Elle est forte, non de sa propre force, mais de l'Aide divine! Et ici, dans la dispersion elle est vraiment forte, étant donné tous ceux qui nient son existence même. Et ceux qui nient sont ceux à qui son existence n'est pas utile. Qui voudrait, volontairement ou involontairement, représenter la vie de la Russie sous une forme erronée? C'est ceux à qui l'expérience de la vie n'a pas appris à chercher l'invisible derrière le visible. Et c'est pourquoi ils défendent la "vérité" ecclésiologique dans l'Église soviétique officielle, créée par le pouvoir soviétique spécialement pour tromper. Pour eux, cette "Église" est en dehors du temps et de l'espace. Il leur semble qu'elle existe comme sur une île inhabitée ou sur une autre planète, et non pas dans un état soviétique totalitaire à qui tout est permis, qui contrôle tout, qui met tout au service de la lutte contre la religion et en premier lieu contre le christianisme, où l'athéisme, la lutte contre Dieu profite des droits exceptionnels de l'unique religion d'état. Et finalement "l'Église" soviétique tolérée et enregistrée par l'état remplit ce même rôle.

Le silence est le langage le plus profond de l'amour et aussi le plus profond du bonheur et le plus profond de la reconnaissance.

Gertrude von Le Fort (Le voile de Véronique)

PREMIERES AMOURS - GRAPPES D'ARRIERE-SAISON

En lisant les Pères du Désert on est pris de nostalgie, de regret, et l'imagination et le rêve prennent facilement le dessus. A notre époque, en occident, on parle souvent d'un retour aux sources - au christianisme et au monachisme primitifs. Ces impressions et ces aspirations sont-elles justifiées? Sommes-nous vraiment si mal placés par rapport à nos pères? Quelles sont les différences et les similitudes entre le christianisme d'autrefois et celui d'aujourd'hui, et en particulier en ce qui concerne le monachisme?

Tout ce qui est créé est soumis au changement, à l'évolution, à la versatilité. Seul Dieu est immuable. L'Église, qui est divino-humaine, est donc à la fois immuable, la même dans son aspect théandrique; et dans son aspect terrestre et humain, soumise à l'évolution historique, à la maturation, à l'achèvement de son cours terrestre.

Les outils dont les apôtres se sont servis pour poser le fondement sont en partie devenus caducs, ont perdu leur raison d'être. D'autres instruments furent employés par la suite pour achever la construction; et pour l'entretenir et la réparer, d'autres outils seront encore nécessaires.

Le monachisme, au temps de ses premières amours, fut caractérisé par sa spontanéité, son dynamisme, ses exploits spectaculaires. On n'y trouvait rien d'institutionnel, d'établi. Mais c'était encore un temps de recherche et de maints tâtonnements.

Ces fruits primeurs du monachisme furent beaux. Mais si les grappes d'arrière-saison que nous sommes aujourd'hui n'ont plus cette fraîcheur, ils ont peut-être plus de douceur. Si cet amour juvénile débordait dans ses expressions, l'amour de l'âge mûr est plus intense, l'expérience s'est formée, au prix, bien sûr, de sacrifices qui ont laissé des traces.

Nous n'avons plus la même force que nos pères. Des ailes fragiles nous furent données, comme le contemplait dans une vision l'ancien Jean Colobos, et c'est à grand-peine que nous traversons la mer de la vie. Pourtant cette grande peine nous vaudra aussi une couronne plus grande, et l'ancien Ischiron a dit que ceux de la dernière génération qui tiendront bon jusqu'à la fin seront plus grands que leurs pères. Saint Antoine le Grand, de son côté, dit qu'il y aura jusqu'à la consommation des siècles des moines qui vivront fidèlement selon le modèle de leurs pères.

Toute la vie du Christ sur terre nous fut donnée en exemple. Après les tentations au désert, l'époque des miracles et des prédications, il a dû subir la passion. Nous, les vrais chrétiens et les moines orthodoxes, nous sommes arrivés dans la semaine de la passion - la semaine sainte. C'est l'heure de la trahison à laquelle Judas trahit son Maître - les apostats vendent l'Église à vil prix. Au moment de sa passion, le Seigneur de gloire fut sans beauté et sans éclat, comme le dit le prophète. Ainsi, l'Église et le monachisme d'aujourd'hui, dans ce siècle d'apostasie et de pénurie spirituelle, ressemble à son Maître au moment où il s'avance vers sa passion. Seuls quelques disciples fidèles l'ont suivi et le bon larron a su distinguer la divinité du Christ - l'homme de douleur - à travers la difformité et le scandale de la croix.

Il ne s'agit donc pas de rêver au temps révolu, ni d'imiter à la lettre nos pères - pas plus que l'adulte n'imite les gestes de l'enfance - mais de rester fidèle à la sainte Tradition, de se laisser guider par l'Esprit de Dieu, et de vivre la réalité de la foi dans le contexte où Dieu nous a placés: le monde d'aujourd'hui.

hm. Cassien


LE MARTYR MAXIMILIEN DE CARTHAGE

(+ 295)

Nous le consulat de Tuscus et d'Anulinus, le quatre des ides de mars, à Théveste, Fabius Victor fut introduit au tribunal avec Maximilien. L'avocat du fisc, Pomeianus, prit la parole et dit :

- Fabius Victor, percepteur du fisc, est présent avec Valerianus Quintianus, commissaire impérial, ainsi que le conscrit Maximilien, fils de Victor. Comme Maximilien est probablement bon pour le service, je demande qu'on le mesure à la toise.

Le proconsul Dion dit au conscrit:

- Comment t'appelles-tu?

Maximilien:

- Pourquoi veux-tu savoir mon nom? Il ne m'est pas permis de servir: je suis chrétien.

Le proconsul:

- Qu'on le mesure.

Quand ce fut fait, l'homme de service proclama:

-Cinq pieds, dix pouces.

Le proconsul:

- Qu'on le marque.

Maximilien se débattait en disant:

- Je ne veux pas, je ne puis pas servir.

Le proconsul:

- Il faut servir ou mourir.

Maximilien:

- Je ne serai pas soldat. Tu peux me couper la tête. Je ne servirai pas dans les armées du monde. Je suis soldat de mon Dieu.

Le proconsul:

- Qui t'as mis ces idées dans la tête?

Maximilien:

-Ma conscience et Celui qui m'a appelé.

Le proconsul s'adressa donc à Victor, le père du jeune homme:

- Donne-lui un conseil!

Victor:

- Il a l'âge de savoir ce qu'il doit faire.

Le proconsul à Maximilien:

- Sois soldat et accepte la bulle de plomb, le signe de l'enrôlement.

Maximilien:

- Je n'ai que faire de votre signe. Je porte déjà le signe du Christ, mon Dieu.

Le proconsul:

- Je vais t'envoyer tout de suite rejoindre ton Christ.

Maximilien:

- C'est tout ce que je désire. Ce sera ma gloire.

Le proconsul Dion dit aux hommes de service:

- Qu'on le marque!

Maximilien répondit en se débattant:

- Je n'accepte pas le signe du monde. Si on me le met de force, je l'arrache, car il ne vaut rien. Je suis chrétien. Je ne puis porter au cou cette bulle de plomb, moi qui porte le signe du salut que j'ai reçu de mon Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant. Tu ne le connais pas: Il a souffert pour notre salut et Dieu l'a livré pour nos péchés. C'est Lui que nous servons, nous tous qui sommes chrétiens. C'est Lui que nous suivons, comme le guide de la vie et l'auteur du salut.

Le proconsul:

- Sois soldat et accepte l'insigne; sinon tu mourras misérablement.

Maximilien:

- Je ne mourrai pas . Mon nom est déjà inscrit auprès de mon Dieu. Je ne puis être soldat.

Le proconsul:

- Songe à ta jeunesse, et sois soldat: c'est beau pour un jeune homme.

Maximilien:

- Mon service est auprès de mon Dieu. Je ne puis servir le monde; je te l'ai déjà dit: Je suis chrétien.

Le proconsul:

- Dans la garde d'honneur de nos seigneurs Dioclétien et Maximilien, Constance et Maxime, il y a des soldats chrétiens et ils servent.

Maximilien:

- C'est leur affaire. Moi, je suis chrétien et je ne puis faire le mal.

Le proconsul:

- Ceux qui servent, quel mal font-ils?

Maximilien:

- Tu sais bien ce qu'ils font.

Le proconsul:

- Sois soldat! Si tu méprises le service militaire, tu mourras!

Maximilien:

- Moi, je ne mourrai pas. Et si je quitte ce monde, mon âme vit avec le Christ mon Seigneur.

Le proconsul:

- Qu'on efface son nom.

Le proconsul dit, le nom une fois effacé:

- Attendu que par esprit d'indiscipline, tu as refusé de servir aux armées,tu seras frappé de la sentence légale. Cela servira d'exemple!

Et il lut son arrêt sur la tablette:

- Maximilien, par indiscipline, a refusé le serment militaire. Il est donc condamné à périr par l'épée.

Maximilien:

- Grâces à Dieu!

Il avait vingt et un ans, trois mois, et dix-huit jours.

Sur le chemin du supplice, Maximilien dit:

- Frères bien-aimés, avec toute la force de vos désirs, hâtez-vous, afin d'obtenir de voir le Seigneur et de mériter vous aussi la couronne.

Puis, le visage radieux, il dit à son père:

- Donne à mon bourreau mon costume neuf, celui que tu m'avais fait faire pour mon service militaire.

La récompense sera cent fois plus belle, quand je t'accueillerai au ciel. Alors nous chanterons ensemble les gloires du Seigneur.

Bientôt, il consomma son martyre.

Pomeia, une matrone, obtint du magistrat d'emporter le corps du martyr. Elle le mit dans sa litière et le conduisit à Carthage. Elle l'enterra près du Palais, non loin du martyr Cyprien. Douze jours plus tard, elle mourut elle-même et fut déposée au même endroit.

Quant à Victor, le père de Maximilien, il rentra chez lui dans la joie, en remerciant Dieu d'avoir pu offrir un tel présent au Seigneur. Il ne tarda pas à le rejoindre. Grâces à Dieu! Amen.


L'AME APRES LA MORT

(suite)

Les 15 éléments que Dr. Moody décrit comme faisant partie de l'expérience "complète" du mourant peuvent être réduits à cinq aspects principaux, en vue d'une discussion. Nous allons les présenter ici, et les confronter avec la littérature orthodoxe sur le sujet.

1/ L'expérience "extra-corporelle".

Selon ces récits, la première chose qui arrive à une personne qui vient de mourir, est de quitter son corps et d'exister entièrement séparée de lui, sans perdre conscience un seul instant. Elle est souvent capable de tout observer autour d'elle, y compris son propre corps mort et les tentatives qu'on effectue pour le réanimer; elle se sent dans un état de tiédeur confortable et indolore, plutôt comme si elle "flottait"; elle est totalement incapable de communiquer avec son entourage par le toucher ou la parole, et en éprouve ainsi une grande "solitude"; son mode de réflexion devient généralement beaucoup plus rapide qu'il ne l'était dans le corps. Voici quelques courts extraits de ces expériences:

"Il faisait ce jour-là un froid intense, mais tandis que je me trouvais dans le noir, tout ce que je ressentais était une douce chaleur et un immense bien-être, tel que je n'en avais jamais éprouvé auparavant ( ... ) Je me rappelle avoir pensé: Je dois être mort."

"Je commençai à éprouver des sensations délicieuses. Je ne ressentais absolument rien si ce n'est paix, réconfort, bien-être, grand calme."

"Je les voyais en train de me ressusciter. C'était très curieux, comme si je me trouvais sur un piédestal, pas très haut par rapport à eux, plutôt comme si je regardais par dessus leurs épaules. J'essayais de leur parler, mais personne ne m'entendait, personne ne songeait à m'écouter."

"Des badauds accouraient de tous côtés vers le lieu de l'accident...Quand ils furent vraiment tout proches, je voulus m'écarter pour leur laisser le passage, mais ils s'avançaient à travers moi."

"Je ne pouvais rien toucher, ni communiquer avec l'entourage. C'était une affreuse sensation de solitude, un isolement total. Je me voyais complètement seul, abandonné."

Parfois, il existe une preuve objective frappante que la personne est réellement en dehors de son corps à ce moment, comme lorsque certains peuvent rapporter des conversations ou donnent certains détails précis sur des événements qui avaient lieu même dans des pièces voisines ou encore plus loin pendant qu'ils étaient "morts". Parmi d'autres exemples de ce type, le Dr. Kubler-Ross mentionne un cas remarquable où une aveugle a vu, et plus tard, a clairement tout décrit de la pièce dans laquelle elle était "morte", alors que quand elle est revenue à la vie, elle était de nouveau aveugle - une manifestation éclatante du fait que ce n'est pas l'oeil qui voit (ni le cerveau qui pense, car les facultés mentales deviennent plus vives après la mort), mais c'est plutôt l'âme qui accomplit ces actions par elle-même lorsque le corps est mort. (Dr. E. Kubler-Ross, Death ...)

Rien de tout cela ne devrait sonner très étrange pour un chrétien orthodoxe: l'expérience décrite ici est celle que les chrétiens connaissent comme la séparation de l'âme et du corps au moment de la mort. Il est caractéristique que de nos jours où règne le manque de foi, les gens ne se servent pas du vocabulaire chrétien et ne reconnaissent pas que c'est leur âme, qui a été délivrée du corps, qui éprouve à ce moment-là les impressions; ils sont la plupart du temps simplement intrigués par le nouvel état dans lequel ils se trouvent.

Une personne de ce type a décrit une telle expérience après la mort, dans un récit intitulé"Unbelievable for Many, but Actually a True Occurence" : il s'agit d'un chrétien baptisé orthodoxe qui, selon l'esprit de la fin du XIXe siècle, restait indifférent aux vérités de sa propre foi et ne croyait même pas à la vie après la mort. Son expérience qui date d'il y a quelques 80 ans a une grande importance pour nous aujourd'hui, et semble même providentielle dans la perspective des nouvelles expériences actuelles, car c'est une expérience complète unique de ce qui arrive à l'âme après la mort (et qui dépasse largement les expériences courtes et fragmentaires décrites par les nouveaux livres), faite par un individu sensible, parti de l'état d'incroyance moderne pour arriver à reconnaître les vérités du christianisme orthodoxe - à tel point qu'il finit sa vie comme moine. Ce petit livre peut justement servir de référence pour juger des nouvelles expériences. Il a été approuvé comme ne contenant rien qui s'oppose à la doctrine orthodoxe de la vie après la mort, par un des imprimeurs orthodoxes au tournant du siècle, l'archevêque Nikon de Vologda.

Après la description de l'agonie finale précédant sa mort et du poids terrible le retenant sur la terre, l'auteur de ce récit rapporte:

"Soudain, j'ai éprouvé un grand calme au-dedans de moi. J'ai ouvert les yeux, et tout ce que j'ai vu au cours de cette minute, jusqu'aux plus menus détails, s'est enregistré dans ma mémoire très clairement.

Je me suis vu debout tout seul dans une pièce. Debout, à ma droite, autour de quelque chose, toute l'équipe médicale était réunie en demi-cercle... Ce groupe m'a surpris: là où ils se tenaient, il y avait un lit. Qu'est-ce qu'ils regardaient, puisque je n'étais plus là, que j'étais debout au milieu de la chambre?

J'ai fait un pas en avant et j'ai jeté un coup d'oeil sur ce qu'ils regardaient tous: j'étais là étendu sur le lit. Je ne me souviens pas d'avoir éprouvé la moindre peur à la vue de mon double; j'étais seulement intrigué: comment est-ce possible? Je me sens ici, et en même temps, je suis là aussi ...

J'ai voulu me toucher, prendre ma main gauche par la droite: ma main a traversé mon corps comme un espace vide... J'ai appelé le docteur, mais l'atmosphère dans laquelle je me trouvais s'est avérée totalement inhabituelle pour moi, elle ne recevait ni ne transmettait le son de ma voix et j'ai compris que j'étais dans un état d'ultime dissociation de tout ce qui m'entourait. J'ai compris mon étrange état de solitude et j'ai été frappé par un sentiment de panique. Il y avait vraiment quelque chose d'inexplicablement horrible dans cette solitude extraordinaire.

J'ai regardé, et à ce moment seulement, pour la première fois, la pensée m'est venue: est-il possible que ce qui m'est arrivé soit ce qu'on définit dans notre langage, dans le langage des vivants, par le mot "mort"? Cette réflexion m'est venue, car le corps étendu sur le lit avait toute l'apparence d'un cadavre...

A notre acception du mot "mort" est inextricablement liée l'idée d'une sorte de destruction, une cessation de la vie; comment pouvais-je penser que j'étais mort quand je n'avais pas un seul instant perdu ma conscience, quand je me sentais aussi vivant, entendant tout, voyant tout, conscient de tout, capable de bouger, de penser et de parler?

La dissociation d'avec tout ce qui m'entourait, la déchirure de ma personnalité plus que tout auraient pu me faire comprendre ce qui s'était passé, si seulement j'avais pu croire à l'existence d'une âme, si j'avais été croyant; mais ce n'était pas le cas et j'étais guidé uniquement par ce que j'éprouvais, et la sensation de la vie était si évidente que j'étais seulement intrigué par l'étrange phénomène, étant complètement incapable d'associer mes sentiments avec la conception traditionnelle de la mort, c'est-à-dire que tout en ayant la sensation et la conscience de moi-même, de penser que je n'existe pas...

Ensuite en me rappelant et considérant ma manière d'être, j'ai tout à coup remarqué que mes facultés mentales fonctionnaient avec un dynamisme étonnant."

L'état de l'âme dans les premières minutes qui suivent la mort n'est pas décrit de façon aussi détaillée dans l'antique littérature chrétienne; dans celle-ci, l'accent est toujours mis sur les expérience ultérieures qui sont beaucoup plus frappantes. C'est sans doute seulement avec les temps modernes, quand l'identification de la "vie" avec la "vie corporelle" est devenue si absolue et si convaincante que nous devons nous attendre à ce qu'on attribue autant d'importance à ces quelques premières minutes pendant lesquelles les attentes de la plupart des hommes modernes sont totalement bouleversées par la découverte que la mort n'est pas la fin, que la vie continue, et qu'un état entièrement nouveau s'ouvre pour l'âme.

Il n'y a certainement rien dans cette expérience qui contredise l'enseignement orthodoxe sur l'état de l'âme immédiatement après la mort. Quelques-uns, critiquant cette expérience, ont émis quelques doutes concernant la réalité de la mort de quelqu'un, ranimé quelques minutes plus tard; mais c'est un problème purement technique. Il n'en reste pas moins que pendant ces quelques minutes (ainsi que pendant les minutes qui précèdent la mort, parfois), se produisent souvent des expériences que l'on ne peut pas expliquer par de pures "hallucinations". Notre propos est ici de découvrir comment nous devons comprendre ces expériences. (à suivre)

Tiré de "The Orthodox Word".
traduit de l'anglais par C. Pountney
S'IL FAUT PRETER ATTENTION AUX SONGES, ET COMBIEN IL Y A DE SORTES DE SONGES

Sur ce point, il faut savoir que les représentations des songes touchent l'esprit de six manières. Les songes naissent tantôt de la replétion du ventre ou de sa vacuité, tantôt d'une tromperie du démon, tantôt à la fois d'une préoccupation et d'une tromperie, tantôt d'une révélation, tantôt à la fois d'une préoccupation et d'une révélation. Les deux premières sortes, nous les connaissons tous par expérience. Les quatre autres, nous les trouvons dans la sainte Écriture. De fait, si les songes ne résultaient pas très souvent d'une tromperie causée par l'ennemi secret, le sage ne l'aurait nullement indiqué par ces mots: "Les songes ont égaré bien des gens, ils sont tombés, ceux qui avaient espéré en eux." (Si 34, 7) Ni assurément: "Vous ne pratiquerez pas la divination, vous ne prêterez pas attention aux songes" (Lv 19,26). Il est montré par ces mots de quelle abomination se rendent coupables ceux qui s'attachent à l'observation des signes. D'autre part, si parfois les songes ne procédaient pas d'un mélange de préoccupation et de tromperie, le sage n'eût point dit: "De l'abondance des soucis viennent les songes." (Qo 5,2) Et si les songes ne naissaient pas quelquefois d'une révélation secrète, Joseph n'eût point vu en songe qu'il serait préféré à ses frères et l'ange n'eût point averti par un songe l'époux de Marie de fuir en Égypte en emportant l'enfant. De nouveau, si les songes ne provenaient pas parfois d'un mélange de préoccupation et de révélation, quand le prophète Daniel explique sa vision à Nabuchodonosor, il n'eut pas commencé par en indiquer la racine dans la préoccupation, par ces mots: "Pour toi, ô roi, sur ta couche, des pensées sont montées à ton esprit au sujet de ce qui t'arrivera par la suite, et celui qui révèle les mystères t'a fait connaître ce qui arrivera." (Dan 2, 29) Et un peu plus loin: "Tu as eu une vision et voici comme une grande statue; cette statue était immense, sa taille montait au ciel, elle se tenait devant toi, etc ..." (Dan 2, 31)

Du fait donc que Daniel, d'une part, fait connaître avec révérence quelle sera la fin du songe, d'autre part, montre de quelle préoccupation il est sorti, il nous est manifesté ouvertement que très souvent le songe résulte de tout ensemble d'une préoccupation et d'une révélation. Mais à coup sûr, puisque les songes changent d'espèce par tant de qualités différentes des objets représentés, on doit d'autant plus difficilement y croire qu'on a moins de facilité à voir de quelle impulsion ils proviennent. Entre les tromperies et les révélations, les saints hommes savent discerner les voix elles-mêmes et les images des visions par une sorte de saveur intime, en sorte qu'ils sachent ce qu'ils perçoivent en provenance d'un bon esprit ou ce qu'ils subissent du fait d'une tromperie. Car, si eu égard à ces choses, l'esprit n'use pas de prudence, il se laisse immerger en un grand nombre d'illusions vaines par le démon trompeur, qui parfois a coutume de prédire beaucoup de choses vraies pour qu'il puisse au terme garotter l'âme par quelque mensonge.

saint Grégoire le Dialogue (Dialogues, Livre IV,50)