Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 7
AVRIL 1980

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 
SOMMAIRE
Pâque à l'hermitage
Homélie sur la Pentecôte
Prophétie de la nouvelle martyre Agathe
L'Eglise des catacombes en URSS
De l'Antichrist
Je suis noir mais je suis belle
L'âme après la mort
Au sujet de l'autosuggestion
Saint Pierre l'Aleoute
Lettre prophétique aux chrétiens orthodoxes


PAQUE À L'HERMITAGE

Comme annoncé, nous sommes resté à l'ermitage pour les fêtes de Pâques. Le Samedi Saint furent baptisés Michael Pountney, de nationalité anglaise, et son épouse hongroise, Catherine, ainsi que leurs cinq enfants : Miriam, Grégoire, Noémi, Judith, Séraphim. Ils viennent de Limoges.

Des fidèles et des amis sont venus d'un peu partout : Genève, Grasse, Paris, Perpignan. Pour la première fois, depuis onze ans que nous sommes ici, la Divine Liturgie fut célébrée à l'ermitage. D'ailleurs le dimanche suivant (dimanche de saint Thomas ou Antipâque) nous avons pu à nouveau célébrer la Divine Liturgie. C'était donc un événement important et exceptionnel pour notre humble ermitage qui est plutôt habitué au silence et à la solitude, et parfois, hélas, à l'abandon quand nous partons en voyage.

A ce propos, je pars pour l'Ascension et Pentecôte à New York. Je serai absent, plaise à Dieu, du 30/4 (13/5) au 21/5 (3/6).

Hm. Cassien


HOMÉLIE SUR LA PENTECOTE

de notre père parmi les saints Jean Chrysostome

Qu'elles sont excellentes, mes très chers frères, et au-dessus de toute expression, les grâces dont nous comble aujourd'hui un Dieu plein de bonté ! Ainsi réjouissons-nous tous, et dans les transports de notre joie, rendons hommage à notre divin Maître, puisque ce jour nous ramène une fête solennelle qui rassemble tout le peuple. Comme dans la nature les saisons se succèdent les unes aux autres, de même, dans l'Église les fêtes qui se remplacent nous occupent successivement des différents mystères. Après avoir célébré la Croix de Notre Seigneur Jésus Christ, sa Passion, sa Résurrection, son Ascension glorieuse, nous sommes enfin arrivés aujourd'hui au comble de tous les biens, à la principale de toutes les fêtes, au fruit des promesses du Fils de Dieu  : "Si je m'en vais" dit-Il, "je vous enverrai le Consolateur, et je ne vous laisserai pas orphelins." (Jn 16,7) Voyez-vous l'attention de ce divin Maître et sa Bonté infinie  ! Avant ces jours, il s'est élevé au ciel, Il est remonté sur son trône royal, et a repris sa place à la droite de son Père; aujourd'hui, Il a fait descendre pour nous l'Esprit saint, et nous envoie avec Lui du ciel des biens sans nombre.

Car, je vous le demande, parmi toutes les grâces qui opèrent notre salut, en est-il une seule qui ne nous soit dispensée par ce divin Esprit  ? Par Lui, nous sommes formés de nouveau pour ainsi dire; nous déposons le fardeau pesant et odieux de nos péchés. C'est par l'Esprit saint que nous voyons des assemblées de prêtres, que nous avons des ordres de docteurs. De cette source découlent les révélations, les remèdes salutaires de nos âmes; enfin de là viennent aussi tous les avantages qui décorent l'Église du Seigneur. Aussi saint Paul s'écrie-t-il : "C'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun ses dons suivant qu'il Lui plaît", (1 Cor 12,11). Il dit  : "Suivant qu'il Lui plaît", et non "suivant qu'on le Lui ordonne". Il dit encore "distribuant" et non "distribué", c'est-à-dire agissant de son autorité propre et non par une autorité étrangère à laquelle Il obéisse. En un mot saint Paul attribue à l'Esprit saint la même puissance qui, d'après son témoignage, convient au Père; et comme il dit de Celui-ci : "C'est Dieu qui opère toute chose dans tous les hommes" (1 Cor 12,6), il dit de l'Esprit saint  :"C'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant ses dons à chacun suivant ce qu'il Lui plaît; "Ne voyez-vous pas dans l'Esprit saint une puissance parfaite, égale à celle du Père  ? Ceux dont la nature est une, ont sans doute une même autorité; ceux qui ont une dignité égale doivent avoir la même puissance. C'est par l'Esprit saint que nous avons trouvé la délivrance de nos péchés; c'est par Lui que nous avons été lavés de toutes nos taches; c'est par l'efficacité de sa Présence et en participant à la grâce que nous sommes devenus anges, d'hommes que nous étions. Ce n'est pas que notre nature ait été changée; mais ce qui est beaucoup plus admirable, quoique conservant la nature humaine, nous montrons en nous une vie angélique. Tel est le pouvoir de l'Esprit saint; et comme le feu ordinaire fait un vase solide d'une molle argile, de même le feu de l'Esprit divin, lorsqu'il trouve une âme bien bien préparée, quoique plus molle que l'argile, il la rend plus ferme que l'airain; et celui qui, peu auparavant, était souillé de la lie du péché, il le rend tout à coup plus brillant que le soleil. C'est ce que nous apprend le bienheureux Paul, lorsqu'il s'écrie  : "Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les impudiques, ni les abominables, ni les ambitieux , ni les avares, ni les voleurs, ni les hommes adonnés au vin, ni les ravisseurs du bien d'autrui ne seront héritiers du royaume de Dieu". (1 Cor 6, 9-10). Après avoir parcouru presque toutes les espèces de vices et montré que tous ceux qui sont sujets à ces désordres ne sont pas faits pour le royaume céleste, il ajoute aussitôt : "C'est là ce que furent autrefois quelques-uns d'entre vous; mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés..." Comment et de quelle manière  ? Dites-nous le, grand apôtre; c'est là ce que nous cherchons  : "Au Nom", dit-il, "de notre Seigneur Jésus Christ, et par l'Esprit de notre Dieu". Voyez-vous, mes très chers frères, la puissance de l'Esprit saint ? Voyez-vous comme le divin Esprit a fait disparaître tous les vices, et a élevé tout à coup à des honneurs suprêmes ceux que le péché avait dégradés  ?

Qui pourrait donc assez déplorer les blasphèmes de ces hommes qui entreprennent d'attaquer la divinité de l'Esprit saint, et qui, comme des furieux, ne pouvant être détournés d'une erreur coupable par la grandeur de ses bienfaits, osent agir contre leur propre salut, dépouillent un Dieu, autant qu'il est en leur pouvoir, de la majesté divine, et le font descendre à la condition de simple créature ? je leur dirais volontiers  : "Pourquoi, je vous prie, déclarez-vous une telle guerre à la divinité de l'Esprit saint, ou plutôt à votre propre salut  ? Pourquoi ne daignez-vous point vous rappeler ces paroles du Sauveur à ses disciples  : "Allez, enseignez toutes les nations, en les baptisant au nom du Père, du Fils, et du saint Esprit." (Mt 28, 19). Ne voyez-vous pas une ressemblance parfaite ? Ne voyez-vous pas une Trinité indivisible ? Une des trois personnes offre-t-elle quelque différence, quelque changement, ou quelque diminution ? Osez-vous ajouter vos commandements aux commandements du divin Maître ? Ne savez-vous pas que parmi les hommes, celui qui porterait l'audace jusqu'à entreprendre d'ajouter ou de retrancher quelques mots aux dépêches du prince, qui cependant a la même origine et la même nature que nous, subirait le dernier supplice, sans que rien pût le sauver de la punition  ? Si donc on a tant à craindre de la part d'un homme, quel pardon peuvent espérer des hommes qui entreprennent d'altérer les paroles du Sauveur commun et qui refusent d'écouter le digne organe du Fils de Dieu dont il annonce les oracles, saint Paul, qui leur crie d'une voix éclatante  : "L'oeil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu, l'esprit de l'homme n'a pas conçu ce que Dieu prépare pour ceux qui L'aiment." (1 Cor 2, 9). Mais si l'oeil n'a pas vu, si l'oreille n'a pas entendu, si l'esprit de l'homme ne peut concevoir ce que Dieu prépare pour ceux qui L'aiment, d'où pouvons-nous, bienheureux Paul, en avoir connaissance  ? Attendez un moment, et vous allez entendre cet apôtre qui s'explique en termes clairs  : "Mais Dieu, dit-il, nous l'a révélé par son Esprit." Et il ne s'arrête point là; mais afin de montrer la grande puissance de cet Esprit divin, et qu'il est de même nature que le Père et le Fils, il continue : "Parce que l'Esprit pénètre tout, et même les profondeurs de Dieu". Ensuite, voulant nous instruire plus exactement encore par des exemples humains, il ajoute : "Car qui des hommes connaît ce qui est en l'homme, sinon l'esprit de l'homme, qui est en lui ? Ainsi, nul ne connaît ce qui est en Dieu sinon l'Esprit de Dieu; ce qui est la plus forte preuve, la preuve la plus propre à établir la divinité de l'Esprit saint. Dans l'exemple qu'apporte saint Paul, il semble dire : Il n'est pas possible qu'un homme ignore jamais ce qui est dans sa pensée. Eh bien ! dit-il, l'Esprit saint connaît aussi parfaitement les choses de Dieu. N'est -il donc pas clair que dans ce passage, le bienheureux apôtre confond ceux qui, prévenus eux-mêmes contre leur propre salut, déclarent la guerre à la divinité de l'Esprit saint, et le dépouillent, autant qu'il est en eux, de la dignité de Seigneur et de Maître, le rabaissent à la simple condition des êtres créés et mortels  ? Mais si, par un vain esprit de dispute, ces hommes combattent ouvertement les paroles de la divine Écriture, nous, du moins, qui regardons les dogmes sacrés qu'elle renferme comme des oracles venus d'en-haut, renvoyons à Dieu la gloire qui lui est due, et montrons en nous, avec la droiture de la foi, l'exactitude de la vérité.

Je n'en dirai pas davantage contre ceux qui ont la hardiesse d'attaquer, dans leurs enseignements, les oracles de l'Esprit divin. Il est nécessaire de vous expliquer pourquoi le Seigneur n'a pas accordé à ses disciples, aussitôt après son Ascension, tous les biens qu'il leur avait promis; pourquoi il ne leur a envoyé la grâce de l'Esprit saint qu'après la leur avoir fait attendre quelques jours, et les avoir abandonnés à eux-mêmes. Ce n'est pas au hasard et sans cause qu'il a tenu cette conduite. Il savait, sans doute, que les hommes n'estiment comme ils le doivent, les biens, qu'en les comparant aux maux; qu'ils n'apprécient comme elle le mérite, la position la plus douce et la plus heureuse que quand ils ont éprouvé une situation contraire. Par exemple, car c'est une vérité qu'il faut démontrer clairement, un homme qui jouit de la santé la plus florissante, ne peut en bien connaître tout le prix, à moins qu'une maladie survenue ne lui ait fait éprouver un état contraire. Pour apprécier à sa valeur le bienfait de la lumière du jour, il faut sortir de l'obscurité de la nuit. L'expérience du contraire est donc toujours le meilleur maître pour nous apprendre et nous faire sentir toute l'importance des avantages dont nous jouissons. Voilà pourquoi lorsque les disciples eurent joui d'une infinité de biens par la présence de leur divin Maître, et trouvé en sa compagnie le bonheur et la gloire (car tous les habitants de la Palestine regardaient comme des astres bienfaisants des hommes qui ressuscitaient les morts, chassaient les démons, guérissaient la lèpre et toutes les maladies, qui enfin opéraient une infinité de prodiges, ils étaient donc connus et même célèbres); voilà, dis-je, pourquoi Dieu a permis qu'ils fussent séparés quelque temps de la puissance de Celui qui les soutenait, afin qu'étant laissés à eux seuls, ils sentissent mieux tout l'avantage de la présence d'un Maître plein de bonté, et que le sentiment des biens passés leur fit recevoir, avec plus de reconnaissance, le don de l'Esprit consolateur. Ils étaient tristes, affligés, découragés, abattus par la séparation de leur Maître; l'Esprit saint les a consolés, Il a ranimé leur courage, dissipé le nuage de tristesse qui les enveloppait, Il les a éclairés de sa lumière, et les a tirés de leur embarras Ils avaient entendu cette parole du Sauveur  : "Allez, enseignez les nations", mais chacun d'eux flottait, incertain, et ne savait de quel côté il devait tourner ses pas, dans quelle partie de la terre il devait aller prêcher la parole  : l'Esprit saint venant à eux en formes de langues, leur distribue les régions de la terre qu'ils doivent instruire, et par la langue de feu, sous la figure de laquelle Il repose sur chaque disciple, Il écrit dans l'âme de chacun, comme dans un livre l'autorité qu'Il lui confie, Il lui marque la partie du monde qu'il doit éclairer de ses instructions.

Voilà pourquoi l'Esprit saint est venu les visiter en forme de langues; c'était aussi pour nous rappeler le souvenir d'une ancienne histoire. Comme dans les premiers âges du monde, les hommes, entraînés par l'orgueil, avaient voulu construire une tour qui s'élevât jusqu'au ciel, mais que Dieu, par la division de langues, avait dissipé leur criminel complot, l'Esprit saint descend aujourd'hui sous la forme de langues de feu afin de réunir le monde divisé, et par une opération nouvelle et extraordinaire - au lieu qu'autrefois les langues avaient divisé la terre et rompu une ligue coupable - les langues, aujourd'hui, réunissent la terre, et ramènent l'union où régnait la discorde. Voilà donc pourquoi l'Esprit saint se montre sous la forme de langues; il emprunte des langues de feu, à cause de l'abondance des épines que le péché avait fait croître en nous. Quelque gras et fertile que soit un champ par lui-même, s'il n'est point labouré, il se couvre et se hérisse partout de buissons et d'épines : ainsi notre âme, quoique sortie bonne des Mains du Créateur, quoique propre par elle-même à produire des fruits de vertu, ne recevant pas la culture de la piété, ni la semence de la connaissance de Dieu, a produit comme une épaisse forêt d'épines et de plantes inutiles que l'impiété a fait croître en elle. Et semblables à la terre, dont la face est souvent cachée sous la multitude des épines et des mauvaises herbes, la pureté et la dignité de la plus noble portion de nous-mêmes étaient comme étouffées et ne paraissaient pas,jusqu'à ce que le divin Cultivateur de la nature humaine l'eût rendue propre à recevoir les semences célestes.

Tels sont les biens, et de plus grands encore, que ce jour nous a procurés. Célébrons-le donc, ce jour, d'une manière qui réponde aux grâces qu'il nous apporte, célébrons-le en décorant nos âmes de toutes les vertus, plutôt qu'en ornant de fleurs l'entrée de nos maisons, et en revêtant nos murs de tapis superbes, afin que nous puissions recevoir la grâce de l'Esprit saint, et recueillir les fruits qui en proviennent. Et quels sont ces fruits ? Écoutons le bienheureux Paul  : "Les fruits de l'Esprit, dit-il, sont la charité, la joie, la paix." (Gal 5,22) Voyez quelle est l'exactitude du langage et la suite naturelle des idées ! Il met la charité à la tête; et après cela il parle des biens qui doivent suivre; c'est après avoir planté la racine qu'il montre les fruits qui doivent naître; c'est après avoir posé le fondement qu'il bâtit dessus l'édifice; c'est après être remonté à la source qu'il descend aux ruisseaux qui en découlent. Car la joie ne peut entrer dans nos âmes avant que nous ne regardions la prospérité d'autrui comme la nôtre, avant que le bien qui arrive à notre prochain ne nous soit aussi agréable que s'il ne nous arrivait à nous-mêmes. Or, nous ne parviendrons jamais à ce point de perfection, à moins qu'une charité supérieure ne domine chez nous avec empire, la charité qui est la racine, la source, la mère de tous les biens spirituels. Comme une racine, elle produit mille branches de vertu, comme une source, elle fait jaillir de des eaux abondantes, comme une mère, elle reçoit dans son sein et embrasse tous ceux qui ont recours à elle. Pénétré de cette vérité, saint Paul dit, dans une de ses épîtres, que la charité est le fruit de l'Esprit. Il lui accorde dans une autre la glorieuse prérogative d'être l'accomplissement de la loi. "La charité", dit-il, "est l'accomplissement de la loi". (Rom 13,10). Lorsque le Sauveur du monde établit la règle certaine et la marque sûre à laquelle on reconnaîtra ses disciples, Il ne propose point d'autre règle, d'autre marque que la charité : "Tous les hommes", dit-Il, "connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de la charité les uns pour les autres" (Jn 13,35). Ainsi, recourons tous à la charité, embrassons-la avec ardeur, et décorons-nous de cette vertu pour célébrer la fête présente. Où est la charité, tous les défauts disparaissent; où est la charité, tous les appétits déraisonnables se répriment. "La charité", dit saint Paul, "n'agit point à contre-temps, elle ne s'enfle point, elle n'est point ambitieuse" (1 Cor 13,4). La charité ne fait point de mal à son prochain. Où la charité domine, il n'y a point de Caïn qui tue son frère. Retranchez l'envie, et vous avez retranché la source de tous les maux; coupez la racine, et vous avez supprimé le fruit. C'est moins dans l'intérêt de ceux qui sont en butte à l'envie que je parle, que pour l'avantage de ceux qui éprouvent cette passion, puisque ces derniers se causent les plus grands préjudices et se portent les coups les plus mortels, tandis que les persécutions de l'envie peuvent valoir aux autres, s'ils le veulent, des prix et des couronnes. Voyez comme le juste Abel est chanté et célébré tous les jours, et comme la mort violente qu'il a essuyée a été pour lui une source de gloire : étendu sans vie et sans mouvement, il ne parle qu'avec plus de force; son sang, après sa mort, élève la voix et accuse hautement le malheureux fratricide; celui-ci n'a survécu que pour recevoir la punition de son attentat, pour parcourir la terre toujours gémissant et tremblant. Et comme le crime de l'un l'a condamné à une vie plus triste que la mort même, ainsi la vertu de l'autre l'a rendu plus glorieux et plus brillant même après le trépas.

Nous donc, frères, afin que nous puissions acquérir plus de confiance et dans ce monde et dans l'autre, afin que nous puissions recueillir plus de joie à cette fête, dépouillons-nous de tous les vices qui souillent et défigurent notre âme; et surtout de l'envie; parce que, sans doute, eussions-nous fait une infinité de bonnes oeuvres, nous en perdrions tout le mérite si nous étions dominés par cette passion basse et cruelle. Puissions-nous tous éviter ce fléau de toutes les vertus, et principalement ceux qui ont reçu aujourd'hui la grâce de la régénération, qui ont dépouillé les anciens vêtements du péché, et qui peuvent briller avec le même éclat que les rayons du soleil. Vous donc (les nouveaux baptisés) qui en ce jour avez été mis au nombre des enfants, conservez avec soin la blancheur éclatante des habits dont vous êtes maintenant revêtus, fermez de toute part l'entrée au démon, afin que recevant une grâce plus abondante du divin Esprit, vous puissiez produire des fruits au centuple, vous soyez jugés dignes de paraître avec confiance devant le Roi des cieux, lorsqu'il viendra juger le monde et distribuer les biens ineffables à ceux qui auront terminé leur vie dans la vertu, en Jésus Christ notre Seigneur, à qui soient la gloire et l'empire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.


PROPHÉTIE DE LA NOUVELLE MARTYRE AGATHE DE BIÉLORUSSIE
(La sainte fut martyrisée en février 1939 à l'âge de 117 ans.)

"(L'Église Soviétique) n'est pas une vraie Église. Elle a signé un contrat pour servir l'Antichrist. N'y allez pas. Ne recevez point de sacrements de ses serviteurs. Il y aura un temps où les églises seront ouvertes en Russie,et la vraie foi orthodoxe triomphera. Alors les gens seront baptisés comme jadis ils étaient baptisés sous saint Vladimir. Quand les églises seront ouvertes pour la première fois, n'y allez pas, parce que ces églises-là ne seront pas de vraies églises, mais quand elles seront ouvertes pour la deuxième fois, alors allez-y, ce seront les vraies églises. (Les églises du patriarcat de Moscou ont été ouvertes la première fois sous Staline). Je ne vivrai pas assez pour voir cette époque, mais beaucoup de vous vivront jusqu'à cette époque. Le pouvoir athéiste soviétique s'évanouira, et tous ses serviteurs périront."
Publié dans "The Orthodox Word", juillet-août 1979

L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN URSS

Les pages que nous présentons ici permettent de mieux comprendre comment l'Église des Catacombes en URSS est restée vivante en dépit de toutes les persécutions et de toutes les interdictions dont elle est l'objet.

Le premier document concerne le moine Mikhaïl Erchov, qui a passé quarante ans dans les prisons et les camps. Certaines informations, parvenues en Occident à la fin de 1977, signalent qu'il serait interné dans un asile-prison psychiatrique. Selon d'autres sources, il serait mort. Sa biographie, parvenue en Occident vers la même époque, est anonyme.

Il est né le 17 septembre 1911 à Mykovo, dans la province de Kazan. Son père était un bolchévik qui interdisait à son fils d'aller à l'église. À cause des mauvais traitements infligés par son père, il devint aveugle, mais il retrouva la vue après s'être converti.

Le père Erchov jouit d'une extraordinaire popularité dans l'Église orthodoxe des catacombes (Vraie Église Orthodoxe ou Église de la vraie foi orthodoxe). Lors des persécutions de l'Église, il a parcouru le pays, officiant en secret, organisant une chapelle itinérante.

Lorsqu'il avait douze ans, alors qu'il assistait à un office dans une église de Tchistopol, un starost dit, en l'apercevant : "Ce garçon assumera les péchés de tout le peuple."

Il devint moine. Sa première arrestation eut lieu en 1931. le 3 mars de la même année, il fut condamné à huit ans, en vertu de l'article 58, § 10, pour sa fidélité à l'Église Orthodoxe. Il fut arrêté pour la deuxième fois en décembre 1943, pour sa prédication, et il fut condamné, en août 1944, à la peine de mort.Il a passé 80 jours dans la cellule des condamnés à mort, à l'isolement avec une ration journalière extrêmement réduite. Le 4 novembre 1944, sa condamnation à mort a été commuée en quinze ans de camp.

Le père Mikhaïl est passé dans presque toutes les prisons et les camps : Kazan, Vorkouta, Olga, La Sibérie (...), Sakhaline, Magadan, Kolyma, Khabarovsk, Bratsk, Taïchet (...)

En 1958, on l'a fait sortir du camp de Kazan pour le juger, en même temps que d'autres personnes arrêtées à l'extérieur, et ils ont tous été condamnés à 25 ans de détention.

Le père Mikhaïl se trouve dans un camp de Mordovie, à la station de Potma. Il a passé quinze ans dans les fers. On lui a arraché les cheveux et les poils de la barbe un à un.

Il a reçu du Seigneur un extraordinaire don de clairvoyance et de guérison. Il a guéri beaucoup de possédés, de boiteux, d'aveugles et de malades, et il a enseigné à tous à bien se conduire. Dans les camps, il a guéri la main desséchée d'Ivan Kokarev; il a guéri les jambes de Vassili Kalinine, paralysé et immobilisé depuis trois ans. Il s'est approché de lui, il l'a pris par la main en lui disant : "Lève-toi et marche."

Il a guéri le cancer de la face de Grégori Roussakov, qui déjà sentait mauvais, et a ôté toute la croûte formée sur son visage.

Ainsi parlent ses fils spirituels. À leur demande d'information ,les proches du père Mikhaïl ont reçu pour toute réponse un avis de décès. Mais, par ailleurs, on leur a fait savoir qu'il serait enfermé dans un hôpital psychiatrique spécial. Il est possible que le pouvoir veuille l'isoler des croyants en raison de sa très grande popularité. Le pressentant, il avait prévenu ses enfants spirituels à ne pas croire à l'annonce de sa mort. Tous ses fils spirituels sont convaincus qu'il a été interné dans un hôpital psychiatrique pour y être anéanti. Selon des informations non confirmées, il serait interné dans l'une des plus terribles prisons psychiatriques, à Kazan. C'est ce qu'à dit le procureur de Kazan aux proches du père Mikhaïl Erchov qui le cherchent.

 

L'autre témoignage, parvenu en été 1977, et provenant de "milieux non croyants" d'URSS, apportait des précisions sur le sort des femmes de la Vraie Église Orthodoxe dans les camps. L'information, non datée, a vraisemblablement été diffusée en URSS au début de l'année 1977. Elle a été publiée par "Les Cahiers du Samizdat" (N°49).

En ce moment, dans le camp politique pour femmes de Barachevo, république de Moldavie, se trouvent détenues dix femmes, qui se désignent elles-mêmes comme "Vraies Chrétiennes Orthodoxes".

En 1976, elles étaient au nombre de onze, mais l'une d'elles a été envoyée à l'Institut Serbsky, où elle a été déclarée malade mentale, puis internée à l'hôpital psychiatrique spécial de Kasan, où elle est morte rapidement.

Parmi ces femmes, deux sont âgées de cinquante ans, huit ont entre cinquante et soixante-dix ans. Elles purgent une deuxième ou troisième condamnation, après avoir été déclarées "récidivistes particulièrement dangereuses" par les tribunaux, ce qui signifie qu'elles ont eu le maximum de la peine d'emprisonnement suivi d'exil.

Les crimes des V.C.O. consistent dans le fait d'avoir déposé dans les église orthodoxes des tracts demandant au clergé de renoncer à sa collaboration avec le pouvoir soviétique. Elles en déposaient aussi dans les boites aux lettres des particuliers. Ces tracts n'étaient souvent constitués que de quelques vers rudimentaires : "Sous le mausolée gît Satan, sa peau empeste depuis longtemps." Certains de ces billets étaient composés de photos et de caricatures découpées. Ainsi, sur une caricature représentant le capitalisme sous les traits d'un hideux requin, était collée la tête de Brejnev, de telle sorte qu'il semblait tomber dans la gueule du requin...Et d'autres choses semblables.

Les V.C.O. refusaient de se faire inscrire sur les registres de la population et ne se livraient à aucun travail officiellement reconnu.

Circulant à travers le pays, elles se contentaient d'un minimum de nourriture que leur donnaient des sympathisants. Elles sont intimement convaincues que Satan règne en URSS et elles évitent tout contact avec les organes du pouvoir. Lors des interrogatoires, elles refusent de signer le moindre document, elles se conduisent avec la plus grande dignité, disant tout ce qu'elles font, et ne mentant jamais. Les tribunaux les condamnent à de longues peines de détention souvent suivies d'exil. Ayant purgé ces condamnations, elles reviennent bientôt au camp, sous le coup de nouvelles condamnations pour les mêmes activités.

Au camp, elles refusent tout contact avec l'administration, ne participent en aucune manière aux mesures d'organisation prévues par la direction. Ainsi par exemple, chaque femme, en arrivant au camp, est tenue de signer un reçu pour la literie. Elles ne signent pas et dorment à même le sol, car, sans signature, rien n'est distribué. Cela se prolonge jusqu'à ce qu'une commission vienne visiter le camp, après quoi on leur distribue de la literie car d'autres condamnés signent à leur place.

Elles refusent catégoriquement de travailler, ce qui leur vaut régulièrement d'être punies : prison du camp (PTK), ou isolateur disciplinaire (CHIZO). Au PTK, la nourriture est réduite au minimum, au CHIZO, on distribue des aliments cuits un jour sur deux seulement, et le deuxième jour, uniquement de l'eau chaude et quatre cents grammes de pain.

Chacune de ces femmes observe le jeûne de manière très stricte le mercredi et le vendredi, certaines y ajoutant le lundi.

Chaque jour, à 6 heures, au réveil, après s'être lavées, elles se mettent en prière jusqu'à 8 heures et ce n'est qu'après avoir récité toutes les prières qu'elles mangent. Il en est de même le soir.

Quand on leur notifie une punition (CHIZO : quinze jours, PTK : jusqu'à six mois), elles prennent congé des autres prisonnières, les embrassent toutes, et en s'inclinant devant elles, elles leur demandent pardon. Ensuite, c'est dans la joie qu'elles vont au cachot. La punition terminée, certaines sortent en chancelant de faiblesse, mais elles se refusent de nouveau de travailler et sont de nouveau soumises à de dures punitions. Il en est ainsi jusqu'au moment où, épuisées par les souffrances, elles sont déclarées invalides et inaptes au travail.

Dans les camps, toutes les V.C.O. se conduisent avec une grande dignité. Elles se distinguent par leur caractère plein de bonté et de douceur et sont aimées et respectées des autres détenues. On ne s'offense pas lorsqu'elles refusent de se joindre à des actions collectives contre l'administration (grèves de la faim), parce que les détenues voient qu'elles jeûnent volontairement de façon continue.

En arrivant au camp, elles allongent jusqu'aux talons les robes d'uniforme, élargissent les manches, ferment le col et vont ainsi vêtues de l'habit monastique, toutes, sans exception. En toute occasion, elles se fabriquent des sortes de biscottes, sèchent de la kilka (petit poisson), versent dans des bouteilles l'espèce de graisse végétale qui surnage sur le gruau, en prévision des jours de jeûne.

La majorité d'entre elles sont originaires de la région de Vladimir. Elles entretiennent des contacts tout à fait secrets avec leurs corréligionnaires de l'extérieur.

Elles affirment avoir acquis leurs convictions après avoir constaté de leurs yeux que des agents du KGB surveillent les croyants en prière dans les églises. Leur niveau d'instruction est, en général, de deux ou trois années d'école. Toutes sont atteintes de maladies chroniques contractées dans les camps. Leur conduite fait que le régime du camp constitue pour elles une mort lente et, l'ayant compris, elles acceptent tout dans la joie. Ce sont des martyres du Christ désintéressées et presque ignorées du monde.

 

Extrait du livre :
Combats pour la foi en URSS,
par Bernadette Morand
Nouvelles éditions Mame 1979, Paris.

On ne doit pas faire passer sa sécurité personnelle avant la vérité.

saint Basile la Grand (traité de l'Esprit saint XXI)
DE L'ANTICHRIST

Il nous faut savoir que l'Antichrist doit venir. Et tout homme est l'Antichrist qui ne confesse pas que le Fils de Dieu est venu dans la chair, qu'Il est Dieu parfait, devenu homme parfait en restant Dieu parfait. Mais on appelle plus spécialement Antichrist celui qui viendra à la fin des siècles. C'est pourquoi il nous faut d'abord que l'Évangile ait été prêché dans toutes les nations, comme le dit le Seigneur, et alors il viendra pour éprouver les Juifs qui s'opposent à Dieu. Car le Seigneur leur a dit : "Je suis venu au nom de mon père et vous ne m'avez pas accepté; qu'un autre vienne en son propre nom, et lui sera accepté". (Jn 5,43). Et l'apôtre : "C'est parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés. C'est pourquoi Dieu leur a envoyé un esprit d'erreur qui les fera croire au mensonge, pour qu'ils soient jugés, tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité, mais se sont complus dans l'injustice." (2 Th 2,11). Ainsi les Juifs n'ont pas reçu comme étant Fils de Dieu, le Seigneur Jésus Christ et Dieu, mais ils recevront l'imposteur, celui qui se dira Dieu. Car il s'arrogera le nom de Dieu, comme l'a appris l'ange à Daniel, en disant : "Il ne se souciera pas du Dieu de ses pères." (Dn 11,37) Et l'apôtre : "Que personne ne vous séduise en aucune façon, avant que d'abord l'apostasie n'arrive et ne se découvre l'homme d'iniquité, le fils de perdition. L'adversaire qui s'élève sur toute parole de Dieu, se désignant lui-même comme Dieu." (2 Th 2, 3-4). Dans le temple de Dieu, non le nôtre mais l'ancien, celui des Juifs, car ce n'est pas chez nous qu'il viendra mais chez les Juifs, non pour le Christ mais contre le Christ; c'est pour cela qu'on l'appelle Antichrist.

Il faut donc d'abord que l'Évangile soit prêché dans toutes les nations, "alors se révélera l'inique, dont l'avènement est l'opération de Satan, avec toute puissance, signes et faux miracles, toute la séduction de l'iniquité pour ceux qui périssent; le Seigneur l'ôtera de la parole de sa bouche et le détruira par l'éclat de son avènement." (2 Th 2, 8). Ce n'est pas le diable lui-même qui devient homme, comme pour l'hominisation du Seigneur, loin de moi la pensée, mais c'est l'homme engendré dans la luxure qui recevra toute l'énergie de Satan, car Dieu sachant à l'avance que dans la liberté il choisirait l'aliénation, a permis que le diable habite en lui.

Il est né, disons-nous, de la luxure, et a été nourri dans le secret, mais soudainement il se dresse, s'oppose et se fait roi. En prélude à son règne, à sa tyrannie plutôt, il affecte la sainteté, mais lorsque son pouvoir s'est affermi, il persécute I'Église de Dieu et manifeste toute son infamie. Il viendra "avec des signes et des faux miracles", simulés mais non authentiques; il trompera les intelligences dont le fondement est pourri et sans fermeté, et il les éloignera du Dieu vivant jusqu'à scandaliser les élus mêmes si possible.

Hénoch et Elie le Thesbite seront envoyés et ils ramèneront le coeur des pères vers les enfants, c'est-à-dire la synagogue vers notre Seigneur Jésus Christ et vers la doctrine des apôtres; mais ils seront massacrés. Alors viendra du ciel le Seigneur de la même façon que les apôtres l'avaient vu monter au ciel. Dieu parfait et homme parfait, avec gloire et puissance, Il enlèvera du souffle de sa Bouche l'homme d'iniquité, le fils de perdition. Que personne ne s'attende à voir venir de la terre le Seigneur, mais du ciel; c'est Lui-même qui l'a déclaré.

saint Jean Damascène

L'Église nous enseigne qu'au moment de son baptême chaque chrétien reçoit de Dieu un saint ange gardien qui, tout en le protégeant invisiblement, lui apprend à accomplir toute Ïuvre bonne durant sa vie en lui rappelant les commandements de Dieu. De son côté, le prince des ténèbres, désirant entraîner tout le genre humain dans sa propre chute, délègue auprès de chaque homme un des esprits du mal qui le suit partout en s'efforçant de l'attirer dans toutes espèces de péchés.

Mgr. Ignace Briantchaninov
JE SUIS NOIRE, MAIS JE SUIS BELLE

Ces paroles de l'Écriture ne s'appliquent-elles pas particulièrement à I'Église de notre temps ? "Noircie par le soleil", dit le Cantique des Cantiques, c'est-à-dire les multiples épreuves, elle reste quand même belle.

En URSS, où vit de loin la plus grande partie de nos fidèles, I'Église survit dans les catacombes, persécutée par les bolchéviques, de façon plus raffinée et plus cruelle qu'au temps des premiers chrétiens.

Les V.C.O. en Grèce sont persécutés depuis un demi-siècle par de faux-frères. A ceux-ci, les nouveau-calendaristes, s'applique merveilleusement le proverbe allemand qui dit: "Si tu ne veux être mon frère, alors je t'enfoncerai le crâne." (Und willst du nicht mein Bruder sein, so schlag ich dir de Schädel ein.)

Nos fidèles en Occident sont disséminés çà et là, dans un monde hétérodoxe et matérialiste. Les quelques Grecs et Russes qui vivent en ce monde ont du mal à garder les coutumes orthodoxes, par manque de milieu favorable. Les convertis tentent tant bien que mal de s'insérer dans la sainte Tradition, et l'exemple leur manque.

Les "fortes-têtes", c'est-à-dire les intellectuels, qui pourraient exprimer savamment l'enseignement orthodoxe, nous font défaut .

Bien souvent notre clergé n'est devenu tel que par la force des choses, et n'a pas toujours la formation requise.

Le charme manque à nos offices et ils sont plutôt frustes et mal chantés, à cause de cette absence de formation.

Être continuellement sur la défensive nous rend parfois sévères à l'excès, et le sourire épanoui nous devient difficile.

La presse, la télé nous ignorent, sciemment ou involontairement, et avec nos propres moyens, nous avons du mal à nous faire connaître, à faire de l'apostolat.

Par manque de temps et d'"ouvriers dans la vigne du Seigneur", le raffinement fait défaut à nos activités.

Il faut vraiment avoir la foi pour voir à travers ces limites, ces défaillances, la beauté de I'Église.

Pourtant, elle est là, dans la pureté de sa foi, dans la rectitude de ses moeurs, dans sa piété non-feinte, dans l'amour de son Christ et à travers Lui, des hommes, ses frères.

C'est une beauté toute spirituelle et celui qui veut une Église à la façon dont les Juifs voulaient le Messie, puissant et bienfaiteur de l'humanité, fait fausse route.

C'est vers sa passion que s'avance l'épouse, I'Église, comme son époux le Christ, mais c'est aussi avec Lui qu'elle ressuscitera et sera glorifiée dans le siècle sans fin.

hm. Cassien

Comme un baptême qui remet vos péchés,

recevez la rosée du souffle
enflammé de l'Esprit,
ô lumineux enfants de l'Église.
En ce jour, une loi est sortie de Sion :
c'est la grâce de l'Esprit figurée
par des langues de feu.
5e ode de Matines de Pentecôte
L'AME APRÈS LA MORT
(suite)

Les expériences contemporaines après la mort à la lumière de l'enseignement orthodoxe sur la vie de l'au-delà.

Le sujet de la vie après la mort est devenu soudain d'intérêt largement populaire dans le monde occidental. Un certain nombre de livres, notamment, prétendant décrire des expériences "après la mort", ont été publiés ces deux dernières années, et des hommes de réputation scientifique ainsi que des médecins en ont tantôt été eux-mêmes les auteurs, tantôt ont donné leur approbation à ces écrits. Une de ces scientifiques, Elisabeth Kubler-Ross, médecin de réputation mondiale, et experte des problèmes de mort et d'agonie, trouve que ces recherches dans les expériences d'après la mort "éclaireront beaucoup et confirmeront ce qui nous a été enseigné depuis 2000 ans, c'est-à-dire qu'il y a bien une vie après la mort."

Tout cela, bien sûr, rompt radicalement avec la mentalité jusqu'alors prévalante dans les cercles médicaux et scientifiques, qui ont généralement considéré la mort comme un sujet tabou et ont relégué toute idée de survie après la mort au domaine de l'imagination ou de la superstition, ou, au mieux, à celui des croyances personnelles, dans lequel il n'existe pas de témoignage objectif.

La cause extérieure de ce changement soudain dans les opinions est simple : de nouvelles techniques de réanimation des "cliniquement morts" (en particulier par stimulation du coeur quand il a cessé de battre) sont devenues d'usage courant ces dernières années. Ainsi, un grand nombre de personnes qui ont été techniquement parlant "mortes" (sans pouls ni battement du coeur) ont été rendues à la vie, et beaucoup d'entre elles (alors que le tabou sur ce sujet et que la peur de passer pour fou ont disparus), en parlent maintenant ouvertement.

Mais c'est la cause intérieure de ce changement, ainsi que son "idéologie", qui sont pour nous les plus intéressantes  : pourquoi ce phénomène est-il devenu si immensément populaire, et dans le cadre de quelle vision religieuse ou philosophique est-il généralement compris? Il est déjà devenu un signe des temps, un symptôme de l'intérêt religieux de nos jours; quelle est donc sa signification? Nous reviendrons sur ces questions après avoir examiné de plus près le phénomène lui-même.

Mais premièrement, nous devons nous interroger sur quel fondement nous avons à juger de ces phénomènes. Ceux qui les décrivent n'en ont pas eux-mêmes une compréhension claire; souvent ils cherchent leur interprétation dans des textes d'occultisme ou de spiritisme. Quelques religieux (ainsi que des scientifiques), sentant le danger qui menace leurs croyances établies, nient tout simplement les expériences décrites, en les reléguant, le plus souvent, au royaume des hallucinations. Cela a été fait par quelques protestants, qui sont engagés par l'opinion selon laquelle ou bien l'âme est dans un état d'inconscience après la mort, ou bien elle va immédiatement rejoindre le Christ; de la même manière, les doctrinaires de l'athéisme rejettent toute entière l'idée de la survie de l'âme quelle que soit l'évidence qu'on leur présente. Mais de telles expériences ne peuvent être expliquées par leur négation pure et simple; elles doivent être correctement comprises, en elles-mêmes, dans le contexte de toutes nos connaissances au sujet du destin de l'âme après la mort.

Malheureusement, un certain nombre de chrétiens orthodoxes, sous l'influence des idées modernes matérialistes, (passées par le protestantisme et le catholicisme romain) sont arrivés également au point d'avoir des idées vagues et indéfinies sur la vie après la mort. L'auteur d'un des récents livres sur les expériences après la mort (David R. Wheeler : Journey to the Other Side. Ace Books. N.Y. 1977) a tenu à demander l'avis de différentes "sectes" sur l'état de l'âme après la mort. Ainsi, il a appelé un prêtre de l'Archidiocèse Grec Orthodoxe qui lui a donné une opinion très générale concernant l'existence du ciel et de l'enfer, mais il a dit que l'Orthodoxie n'a pas une idée précise de l'au-delà. Ainsi, l'auteur n'a pu que conclure que la "vision grecque orthodoxe de l'au-delà n'est pas claire."

Au contraire, bien sûr, la Chrétienté Orthodoxe a une doctrine et une vision bien précise de la vie après la mort, à commencer par le moment de la mort elle-même. Cette doctrine est contenue dans l'Écriture sainte (interprétée dans le contexte de toute la doctrine chrétienne), dans les écrits des saints pères, et (surtout pour ce qui est spécifique aux expériences de l'âme après l'agonie) dans beaucoup de Vies de Saints et d'anthologie d'expériences personnelles de cette sorte. Le quatrième livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand, pape de Rome (+ 604) par exemple, est entièrement consacré à ce sujet. De nos jours, une anthologie de ces expériences, prises tant dans d'anciennes Vies de Saints que dans des récits plus récents, a paru en anglais (Eternal Mysterus, Jordanville). Et tout récemment, la traduction anglaise d'un texte remarquable, écrit à la fin du XIXe siècle par une personne revenue à la vie après avoir été morte pendant 36 heures. (K. Uekskuell : Unbelievable for Many but Actually a True Occurence. Orthodox Life. 1976)

Le chrétien orthodoxe possède ainsi tout un trésor de littérature à sa disposition qui lui permet de comprendre les nouvelles expériences "après la mort" et de les évaluer à la lumière de toute la doctrine chrétienne sur la vie après la mort.

Le livre qui a ravivé la curiosité contemporaine concernant ce sujet était publié en novembre 1975 et était écrit par un jeune psychiatre de Etats-Unis du Sud (Dr. Raymond A. Moody, Life after Life, Mockingbird Book, Atlanta 1975). Lui-même ignorait alors l'existence d'autres études ou écrits sur ce sujet, mais alors que le livre était sous presse, on s'est rendu compte qu'il existait un grand intérêt pour ce sujet et qu'il avait déjà fait couler beaucoup d'encre. L'énorme succès du livre du Dr. Moody (avec plus de 2 millions d'exemplaires vendus) a fait une grande publicité aux expériences de mourants, et dans les années qui ont suivi, un grand nombre de livres et d'articles sur ces expériences ont été imprimés et publiés. Parmi les plus importants, retenons les articles du Dr. E. Kubler-Ross, dont les trouvailles confirment celles du Dr. Moody, et les études scientifiques des Drs. Osis et Haraldson. Quant au Dr. Moody, il a écrit une suite à son livre (Reflection on Life after Life), contenant un matériel supplémentaire et de plus amples réflexions sur le sujet. Les découvertes de tous ces ouvrages, ainsi que celles d'autres livres nouveaux (qui sont tous d'accord sur le fond du phénomène en question) seront discutées plus bas. Comme point de départ, nous examinerons le premier livre du Dr. Moody, qui est une approche assez objective et systématique du sujet.

Dr. Moody, pendant ces dix dernières années, a recueilli les témoignages personnels d'environ 150 personnes qui ont eu des expériences de la mort ou de son approche, ou qui lui ont raconté des expériences d'agonie de proches, parmi lesquelles il a sélectionné 50 personnes pour des entretiens approfondis.

Il s'efforce d'être objectif dans la présentation de ces témoignages bien qu'il admette que le livre "reflète, naturellement, le milieu, les opinions et les préjugés de son auteur", qui, par son appartenance religieuse, est un méthodiste de mentalité plutôt libérale. En réalité, il y a quelques réserves à faire à ce que ce livre puisse être une étude tout à fait objective du phénomène "après la mort".

Premièrement l'auteur ne donne pas une seule entière de mort d'un bout à l'autre, mais seulement des extraits de chacun des 15 éléments distincts qui forment son "modèle" d'expérience "complète" de la mort. Mais en réalité, les expériences du mourant telles qu'elles sont décrites dans ce livre sont souvent si différentes en détail les unes des autres qu'il semble pour le moins prématuré d'essayer de les faire correspondre toutes à un "modèle". Le "modèle" du Dr. Moody semble par endroit, artificiel, bien que cela ne diminue en rien la valeur des témoignages en eux-mêmes.

Deuxièmement, l'auteur a réuni 2 sortes d'expériences bien différentes : des expériences de "mort clinique" proprement dite, et des expériences d'approche de la mort.

Tout en admettant la différence entre les deux, il affirme qu'elles forment une "continuité" et qu'elles doivent être étudiées ensemble. Dans les cas où les expériences qui commencent avant la mort finissent par l'expérience de la mort elle-même (que la personne revive ou non), on peut, en effet, parler d'une "continuité" d'expériences; mais plusieurs des expériences qu'il décrit (la remémoration des événements de sa vie dans un ordre rapide quand on est en danger de noyade; l'expérience d'entrer dans un tunnel comme effet de l'administration d'un produit anesthésique comme l'éther), sont assez couramment vécues par des personnes qui n'approchent pas de la mort clinique et qui ne l'ont jamais connue, et font peut être partie d'un "modèle" d'expérience d'ordre plus général n'ayant qu'une simple coïncidence avec l'expérience du mourant. Quelques-uns des livres actuellement publiés sont encore moins discriminatifs dans la sélection des expériences et mêlent généralement des expériences "extra-corporelles" avec les expériences de mort proprement dites.

Troisièmement, le fait même que l'auteur aborde ces phénomènes "scientifiquement" sans avoir au préalable une conception claire de ce que l'âme subit pendant la mort, l'amène à de nombreuses confusions et à des conceptions erronées, dont on ne peut jamais totalement débarrasser cette expérience en faisant une simple collecte des témoignages, car ceux qui les racontent y ajoutent inévitablement leur propres interprétations. L'auteur lui-même admet qu'il est réellement impossible d'étudier cette question de façon "scientifique", et à recours, pour l'expliquer, à des expériences parallèles dans des écrits occultes comme ceux de Swedenborg et le Livre des Morts tibétain en annonçant son intention de regarder de plus près désormais "la vaste littérature sur les phénomènes paranormaux et occultes", pour augmenter sa compréhension des événements étudiés.

Tous ces facteurs nous amènent à ne pas attendre grand-chose de ce livre et d'autres livres semblables; ils ne nous donneront pas un récit complet et cohérent de ce qui arrive à l'âme après la mort. Cependant, on trouve suffisamment d'expériences de mort clinique proprement dite dans tous ces livres pour qu'ils méritent une attention sérieuse, surtout parce qu'il existe déjà des gens qui interprètent ces expériences dans un sens hostile à la vision chrétienne traditionnelle de la vie "après", et qui infirment implicitement l'existence du ciel ou (et surtout) de l'enfer. Comment devons-nous alors comprendre ces expériences?

(à suivre)

Tiré de "The Orthodox Word" ,
traduit de l'anglais par C. Pountney

Jean de Bostres, homme saint et qui avait pouvoir sur les esprits impurs, interrogea de démons qui habitaient des jeunes filles agitées de transports et qu'ils malmenaient. Il leur dit : "Que craignez-vous des chrétiens ?" Ceux-ci répondirent : "Vous avez en vérité trois grandes choses. L'une est ce que vous portez à votre cou. L'autre, ce par quoi nous sommes lavés dans l'Église. Et l'autre, ce que vous mangez dans l'Assemblée." Et comme il leur demandait encore laquelle de ces trois choses ils craignaient le plus, ils répondirent : "Si vous gardiez bien ce que vous recevez quand vous communiez, nul d'entre nous ne pourrait nuire à un chrétien."

C'est là ce que les ennemis craignent plus que tout le reste: la croix, le baptême et la communion.

AU SUJET DE L'AUTOSUGGESTION

Un moine très savant alla auprès d'un staretz pour que ce dernier lui enseigne la prière du coeur. Le staretz lui remit un chapelet et lui indiqua une petite chambre et lui prescrivit la formule : "Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu Vivant, aie pitié de moi."

- "À quoi dois-je penser, père, demanda le moine, en récitant le chapelet ?"

-"Tu ne dois surtout penser à rien ! Tout ton être doit être centré sur les paroles de cette prière !"

Quelques heures plus tard, le moine sortit de la cellule, courut auprès du staretz et lui dit :

- "Père, ça y est, la grâce de Dieu m'a visité, Dieu m'a accordé les larmes !"

- "Quelles larmes? " demanda le staretz, inquiet.

- "Les larmes de la componction, mon père."

- "Et comment cela t'est-il arrivé, s'il te plaît ?"

- "Eh bien, lorsque je récitais le chapelet, ma pensée se tourna soudain vers le calvaire, je me mis à penser à Jésus, à son Amour, à sa couronne d'épines, aux blessures de ses Mains et de ses Pieds, à son Côté vivifiant percé, au Sang très vénérable et très pur qu'il a versé pour nos péchés, et en pensant à toutes ces bonnes choses, j'ai soudain commencé à pleurer."

- "Malheureux ! lui répliqua le staretz, tu as été égaré par tes propres pensées, et le diable t'a fait chuter du côté droit, ce contre quoi l'Écriture sainte nous met en garde. Qui t'a dit de penser à quoi que ce soit ? Je t'avais prescrit de ne penser qu'aux paroles de la prière. Pourquoi as-tu divagué et fus-tu victime de ton imagination ?"

- "Mais, père, je me suis dit qu'il ne fallait pas penser aux choses de ce monde, aux soucis matériels et à nos différentes préoccupations de tous les jours, mais que les choses qui constituent le but de notre spiritualité, il était tout à fait convenable d'y penser. La preuve en est que j'ai obtenu des résultats.

- «Pauvre orgueilleux ! À quoi t'ont servi tant de livres que tu as étudiés et que tu as écrits toi-même, si les choses essentielles t'échappent ? Tu n'as jamais lu dans l'Écriture sainte: "L'obéissance vaut mieux que le sacrifice ?" Le prophète Samuel, lorsqu'il était enfant, ne faisait qu'accomplir humblement et fidèlement ses devoirs quotidiens, et la nuit, il allait tout simplement dormir à la place qui lui était assignée dans le Temple. Et pendant qu'il dormait, le Seigneur lui a parlé. Le Seigneur lui a parlé lorsqu'ayant accompli fidèlement toutes ses tâches, il ne pensait pas du tout à une visite du Créateur. Ceci est tellement vrai que le prophète n'a pas songé que c'était le Créateur, mais que c'était son maître le grand-prêtre Élie, qui l'appelait au milieu de la nuit. Tu vois donc bien que comme l'apôtre nous l'enseigne :

"Cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde." (Ro 9,16). Ce n'est pas notre propre piété qui obligera Dieu à nous répondre. Ce ne sont point nos efforts qui exigeront de Dieu l'exaucement de nos prières. Dieu ne nous demande d'accomplir que deux choses: nous PURIFIER et nous TAIRE. Le Seigneur Jésus n'a pas dit: Bienheureux les hommes géniaux, ou les érudits, ou les penseurs profonds, ou les ascètes qui marchez sur les eaux, mais les coeurs purs, car eux seuls verront Dieu. Regarde ce que dit le prophète Samuel : "Parle, Seigneur, ton serviteur écoute"; et toi, mon fils, tu n'étais pas à l'écoute, mais tu pensais.

C'est ainsi que le diable a su te tromper et t'égarer. Tu fus victime des émotions que tu t'es créé, tu as fabriqué un état, et tu t'y es enfoncé, mais il ne s'agit que de la fabrication de ta propre idole. Tes larmes, mon frère, ne sont que de l'autosuggestion. Les vraies larmes te viendront par le Seigneur, quand Il le voudra.

Ni tes jeûnes, ni tes fatigues, ni ton ascèse ne vont L'obliger. C'est Lui qui prendra l'initiative, si tu restes éveillé, à l'écoute. N'oublie pas que sans le saint Esprit, comme dit l'apôtre, nous ne pouvons pas appeler Jésus "Seigneur". Nous ne pouvons pas nous repentir, nous ne pouvons pas pleurer, nous ne pouvons pas pratiquer les vertus. Pour cela, nous chantons dans l'octoèque * : "Vaincs le durcissement de notre coeur, accorde-moi les larmes du repentir". Et le graduel : "Si le Seigneur ne bâtit la maison des vertus, c'est en vain que nous nous efforcerons nous-mêmes".

Rappelle-toi, mon fils, de saint Syméon le Nouveau Théologien. Son père spirituel était saint Syméon le Pieux. Le jeune Syméon suivait très rigoureusement l'ascèse prescrite par son père spirituel. Mais il avait aussi compris que ces choses doivent être pratiquées dans la grâce, et n'ont pas de valeur quantitative en elles-mêmes. Pendant longtemps, il fit scrupuleusement ses prières et ses génuflexions qui étaient très longues et rien de particulier ou d'extraordinaire ne se produisit. Un soir, après une journée très fatigante, saint Syméon le Pieux dit à son novice : "Dis un petit trisagion * et couche-toi."

Dans des cas analogues, les novices réagissent en général très mal. la règle devient un but en soi pour eux. Intervient une notion de mérite, liée à un effort quantitatif. Ils veulent être plus royalistes que le roi, et si leur père spirituel allège leur règle, ils acceptent de très mauvaise grâce, ne sachant pas que "l'obéissance vaut mieux que le sacrifice" et que sacrifier sa propre volonté a même valeur que le martyr des premiers chrétiens.

Mais le jeune Syméon accomplit sa minuscule dévotion avec le même enthousiasme, la même joie et avec très bonne conscience, sachant que l'on ne bâtit pas sur la quantité, mais sur la grâce que nous donne l'obéissance. Et c'est à ce moment-là qu'il fut ravi à la vision des choses célestes, alors qu'il ne s'y attendait pas du tout, et il devint le Nouveau Théologien, le troisième des trois Théologiens de l'Église orthodoxe: saint Jean l'Évangéliste, saint Grégoire le Théologien, saint Syméon le Nouveau Théologien. "Car cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde."

Ainsi donc mon fils, soit tu retournes dans ta cellule, et dans l'humilité, tu tiens ta pensée immobile, ou alors va-t-en, car si tu n'es pas obéissant, je ne veux pas être responsable de toi devant Dieu.»

Si messieurs les athées, après de tels témoignages, s'obstinent à vouloir présenter notre Foi comme une affaire d'autosuggestion, nous, chrétiens orthodoxes, nous "savons en QUI nous croyons", et comment nous croyons. L'Église a condamné l'hérésie de Pélage, qui faisait de la recherche de Dieu une affaire de volonté (comme d'ailleurs l'enseignement d'Augustin sur la prédestination qui, à l'opposé, exclut toute participation de l'homme à son salut).

L'équilibre de l'enseignement orthodoxe, et ceci parce qu'il s'agit d'un enseignement de RÉVÉLATION, consiste en ce qu'il a toujours en vue simultanément les deux aspects d'une seule et même chose. Cette attitude de l'Orthodoxie s'appelle l'ANTINOMIE. Si sur votre table est mise une nappe double face, vous ne verrez que la face, par exemple verte de votre nappe. L'Orthodoxie consisterait en ce que nous voyions la face verte, sans oublier la face jaune qui se cache au-dessous. Par conséquent, antinomie ne veut nullement dire contradiction. En effet l'Orthodoxie reconnaît indiscutablement la valeur de toutes ces choses: prière, ascèse, vertu, pureté, effort, volonté, concentration, jeûne,. Mais elle enseigne que toutes ces choses ont précisément une valeur dans leur contexte naturel : LA GRACE. C'est pour cela que l'on ne peut nullement la confondre avec une variante de yoga.

L'Église connaît avant les athées les possibilités de "contrefaire" les réalités spirituelles, et tous les points dangereux: autosuggestion, émotion, exaltation, égarement, habitude, désir de survivance, piétisme, etc.

Elle refuse tout simplement de justifier les athées, qui, par paresse et par commodité, sous prétexte de l'existence de tels dangers, rejettent l'essentiel.

Avant que l'homme n'aille sur la lune, la science a du tracer beaucoup de trajectoires fausses qui ont abouti à des échecs, mais les fausses trajectoires n'ont jamais signifié que la TRAJECTOIRE VRAIE n'existait pas, que l'orientation vraie faisait défaut. Cependant, l'homme a du trouver la juste trajectoire avant de marcher sur la lune. Il n'a marché sur la lune qu'à cause de l'exactitude de ce tracé.

L'homme est sur cette terre enténébrée; même si, de temps en temps, la grâce l'illumine dans la nuit profonde et l'oriente; mais il a la possibilité, la capacité de tracer cette trajectoire. S'il refuse de le faire à cause de sa paresse ou de son indifférence en prétextant n'importe quoi, et bien ... il ne marchera pas dans le pays de la Lumière.

Père Basile Sakkas

Un ancien a dit : "Prends la résolution de ne jamais faire de mal à qui que ce soit,

mais d'avoir envers tous un coeur pur."

SAINT PIERRE L'ALEOUTE
fêté le 12 décembre

En l'an 1812, les Russes d'Alaska fondèrent non loin de San Fransisco un petit établissement pour ravitailler leurs navires qui faisaient la chasse à la loutre marine le long des côtes californiennes. L'année suivante, le brick Ilmen avec à son bord une cinquantaine de chasseurs aléoutes quitta Sitka à destination du Sud; parmi les chasseurs se trouvait Pierre Tchounagnak, converti comme ses compagnons à la sainte Orthodoxie par les missionnaires russes. La présence des Russes inquiétait les autorités espagnoles qui faisaient surveiller les côtes, c'est ainsi qu'un groupe d'Aléoutes de l'Ilmen qui avait débarqué près de Santa Barbara fut fait prisonnier par les soldats espagnols. Les captifs durent marcher jusqu'à Los Angeles, puis furent transférés à San Francisco en 1815 où on les soumit aux travaux forcés.

Les franciscains chargés de convertir les autochtones de Californie n'avaient pas la réputation de bien traiter leurs ouailles et la situation était particulièrement mauvaise à San Francisco, où les indiens étaient soumis à des mauvais traitement sans nombre. C'est ainsi que les missionnaires tentèrent de forcer les prisonniers aléoutes à devenir catholiques romains, ce qu'ils refusèrent en disant : "Nous sommes chrétiens, nous avons été baptisés", et en montrant la croix qu'ils portaient autour du cou. Les franciscains leur répondirent : "Non, vous êtes des hérétiques et des schismatiques et si vous n'acceptez pas la foi catholique nous vous torturerons à mort". Ils les laissèrent réfléchir jusqu'au soir en prison.

Pendant la soirée, ils revinrent et tentèrent à nouveau de les persuader d'embrasser le catholicisme romain. Les Aléoutes, remplis de grâce divine, répondirent avec fermeté qu'ils étaient chrétiens et qu'ils ne changeraient pas de foi. Alors ces fanatiques entreprirent d'en torturer un, appelé Pierre, sous les yeux de ses compagnons.

Ils commencèrent par lui couper une jointure des orteils, un orteil à la fois, puis l'autre jointure. Il endura tout et continua de dire : "Je suis chrétien et je ne changerai pas de foi.". Ils firent ensuite la même chose avec ses doigts, puis ils lui coupèrent les mains et les pieds - le sang coulait à flot. Le martyr endura tout jusqu'à la fin et continua de répéter la même phrase. Il mourut exsangue.

Les franciscains voulaient torturer les autres mais pendant la nuit un ordre vint de Monterey de conduire sous garde dans cette ville les prisonniers aléoutes Russes, ce qui fut fait le lendemain.

Saint Pierre l'Aléoute a été martyrisé le 8 septembre 1815.

L'un de ses compagnons, témoin oculaire de son martyr, l'a relaté à Siméon Yanovsky, fils spirituel de saint Germain d'Alaska. En 1819, Yanovsky fit part du récit à son maître, ce dernier l'écouta puis, debout devant les icônes, fit signe de la croix et dit : "Saint nouveau martyr Pierre prie Dieu pour nous."

Je regardai, et voici, l'agneau se tenait sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts. Et j'entendis du ciel une voix, comme un bruit de grosses eaux, comme le bruit d'un grand tonnerre; et la voix que j'entendis était comme celle de joueurs de harpes jouant de leurs harpes.

(Ap 14,1-2)

LETTRE PROPHÉTIQUE AUX CHRÉTIENS ORTHODOXES

(suite)

écrite par Mgr. Eugène Bougaris contre l'Uniatisme

 

Préface de l'édition grecque

Le grand maître de la nation, Eugène Bougaris, alors qu'il se trouvait à la Saint Montagne comme directeur de l'école Anthonias, écrivit une épître très importante aux chrétiens orthodoxes de Serbie qui, à l'époque avaient de nombreux problèmes à cause des émissaires du pape essayant de les attirer au papisme.

Cette épître, d'après l'historien Constantin Sathas, a été publiée à Constantinople en 1756

(Philologie Néo-grecque Athènes 1863 p.570).

Georges Ainian parle de cette épître dans le premier tome de son livre intitulé "Compilation des écrits non publiés de l'inoubliable Eugène Bougaris" sorti à Athènes en 1838. L'historien Papadopoulos Vrettos la publia également à Athènes en 1853 sous le titre "Réponse d'un orthodoxe à un frère orthodoxe au sujet de la tyrannie papiste" (tome 1 p. 105-132)

Un autre grand maître de la nation, Athanase de Paros, s'exprimait ainsi au sujet d'Eugène Bougaris et de ses écrits : "le très vénérable Eugène est digne de mille éloges et remerciements, tout simplement à cause de son zèle pour notre sainte foi, et ce zèle est démontré par l'épître adressée aux Serbes et qui est un véritable enseignement. dans cette épître. Eugène Bougaris, l'un des plus grands théologiens orthodoxes de notre temps, énumère une par une toutes les nouveautés des latins, et il exhorte nos frères orthodoxes serbes de demeurer les gardiens vigilants de l'Église orthodoxe et de la garder des apôtres rusés de la fausse Église papale."

Cette épître a vraiment un caractère prophétique car, bien qu'écrite il y a deux siècles, elle n'a rien perdu de son à propos. Au contraire son importance s'est accrue car aujourd'hui, " ces uniates rusés de Rome" ainsi que les nomme Bougaris, s'activent non seulement à tromper en Serbie , mais à agir de même partout où vivent des chrétiens orthodoxes, jusqu'en Grèce même.

Les paroles d'Eugène Bougaris se sont vraiment montrées prophétiques. la violence papale est arrivée à son sommet pendant la Seconde Guerre Mondiale. En effet les Oustachis croates et leur chef Ante Pavelitch ont accompli le plus grand massacre collectif d'orthodoxes, jamais commis auparavant. Ils ont massacré 800 000 Serbes orthodoxes, parce que ces derniers n'ont pas renié la foi orthodoxe, et n'ont pas reconnu le pape.

Après cela, le criminel Pavelitch s'est caché pendant deux ans au Vatican déguisé en moine, avant de s'enfuir aux Amériques.

Ce sujet criminel a été abordé explicitement au cours du procès de Nuremberg. Edmond Paris, historien français en traita dans ses livres : "Le Vatican contre l'Europe", "Génocide en Serbie pendant la seconde Guerre Mondiale" et le "Vatican contre la France".

Nous publions donc cette lettre si instructive et si importante de ce maître de la nation et théologien illustre, d'après l'édition d'A. Papadopoulos Vretto. Nous avons laissé de côté certains paragraphes concernant les Serbes du XVIIIe siècle, rectifié la syntaxe et ajouté des notes explicatives lorsque cela a été nécessaire afin de rendre cet écrit clair et accessible à tous.

Les Éditions grecs

Loin des Uniates, ces faux apôtres du Vatican

 

Mes frères bien-aimés,

si la vigne bénie de Dieu qu'est l'Église était débarrassée de ses envieux et en parfaite sécurité, vous n'auriez pas la tâche difficile d'y veiller. Mais cette vigne que le Vigneron céleste a transplantée d'Égypte est plantée au milieu des Chananéens qui l'espionnent à sa perte comme une horde de fauves. Aussi, il nous faut demeurer vigilants, afin de les éloigner et de les chasser de cette vigne sacrée dont vous êtes les dignes sujets. Craignez surtout les renards qui approchent sournoisement, ainsi que le dit la Cantique "attrapez nous les jeunes renards qui ravagent les vignes!"

Ces jeunes renards, futés et malins, sont plus à craindre que tout le reste, car ils ne nous approchent pas avec violence, mais avec un calme affecté et persuasif, et ainsi ils causent les plus grands des dégâts. Ces renards des ténèbres, c'est-à-dire de l'Occident (devenu hérétique) ce sont montrés en tout temps, dangereux contre la vigne de lumière, c'est-à-dire l'Orient (demeuré orthodoxe). Je veux parler ici des Uniates, les soi-disant apôtres de Rome - pour éviter de la nommer vulgairement - qui se présentent avec une attitude faussement digne, une démarche humble et hypocrite, avec un zèle soi-disant inspiré par Dieu, le regard tranquille et le langage doux et prometteur. Ce sont eux qui, depuis le début, jalousent les Vignes de l'Église orthodoxe orientale. Ils cherchent, non seulement à détruire les fruits, mais aussi à nuire aux plantes, à les déraciner. Ce sont eux, les anti-chrétiens, les faux apôtres qui parcourent le monde, non pour prêcher aux fidèles le Nom du Christ, mais pour attirer les chrétiens vers le royaume de Satan, car maintenant le trône de Satan se trouve en ce monde.

Frères, tenez-vous loin de ces faux apôtres qui essaient de vous éloigner de l'enseignement du Christ, fondation immuable où vous êtes bien enracinés. Fermez vos oreilles à leurs enseignements faux et déviés par lesquels ils essaient de vous attirer. Vous possédez l'enseignement de Moïse et des prophètes, des apôtres et des pères, suivez celui-ci.

Vous avez l'évangile, les saints canons, les dogmes des conciles, les conseils des pères, suivez tout ceci afin de ne pas tomber dans l'erreur, fidèles à l'enseignement de saint Paul qui enseigne : "Même si un ange du ciel vous apportait un évangile contraire à celui que nous avons enseigné, qu'il soit anathème!"

Et ces "anges" de Rome, les Dominicains, les Jésuites ou autres, ce sont eux les prophètes de l'obscurité. Ils sont excommuniés parce qu'ils nous enseignent un autre évangile, contraire à l'évangile du Christ que nous vous avons enseigné.

Les nouveautés du pape

1) Il est connu clairement par le saint évangile du Christ que le saint Esprit procède du Père, mais les anges des ténèbres disent "filioque" (c.-à-d. "et du Fils") Le premier saint Concile oecuménique dit le Symbole de la foi que "le saint Esprit procède du Père", mais la synagogue blasphème "filioque". Le saint Concile excommunie quiconque ose ajouter même une virgule au Symbole, mais malgré cela, eux, sans honte veulent ajouter que le saint Esprit procède également du Fils. Les saints pères d'une seule bouche et d'un seul esprit déclarent que la seule cause en est le Père, mais ces nouveaux "pères" corrigent les anciens en déclarant : "Le Fils aussi". Les pères disent "le seul principe, cause et source de la Divinité est le Père", les Papistes ajoutent "non seulement le Père, le Fils aussi".

à suivre

Voici, mon frère, un commandement que je te donne : que la miséricorde l'emporte toujours dans la balance, jusqu'au moment où tu sentiras en toi-même la miséricorde que Dieu éprouve envers le monde.

De même que l'eau représentée par un paysagiste sur une muraille est incapable d'étancher la soif, de même est la parole que l'action ne vient pas justifier.
saint Isaac de Syrie