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Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce |
NUMÉRO 1
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Hiéromoine Cassien |
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Foyer orthodoxe |
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66500 Clara (France) |
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Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372 |
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E-mail : orthodoxie@club.fr |
Après des hésitations et des tâtonnements nous avons décidé d'éditer un bulletin au lieu d'articles séparés. Bien sûr, ce sera un début modeste. Mais nous avons confiance dans le fait que la Force du Seigneur Dieu se manifestera dans notre faiblesse, comme dit l'apôtre, et que ce minuscule grain de sénevé deviendra un grand arbre où les anges du ciel feront leurs nids.
Notre bulletin s'adresse aussi bien à nos fidèles orthodoxes qu'à des hétérodoxes * et même à des personnes qui n'ont pas d'éducation religieuse. C'est pourquoi nous devons varier nos articles et écrire d'une manière simple et claire.
D'ailleurs, ce n'est pas de la littérature que nous voulons faire, mais prêcher "la folie de la Croix" en parlant le langage "des pêcheurs de Galilée".
Notre bulletin sera envoyé à qui le désire sur simple communication d'adresse. L'envoi est gratuit et sans conditions. Cela n'empêche certes pas que vous puissiez nous aider financièrement aussi bien que par vos suggestions et critiques.
Ce premier numéro sera envoyé aussi à des personnes que nous ne connaissons pas personnellement, mais dont les adresse nous parviennent de "La Foi Transmise". Les personnes en question qui désirent recevoir désormais notre bulletin voudront bien nous le confirmer.
Nous désirons publier un nouveau numéro tous les deux mois. Mais la bonne volonté ne suffit malheureusement pas ! Si le manque de temps ou d'autres circonstances nous retardent, que l'on ne nous en veuille pas ! "Orthodoxie" parait aussi en langue allemande depuis deux ans. Le contenu en est à peu près le même qu'en français. Il peut être envoyé également à qui le demande.
Nous créons donc cette publication avec la bénédiction de notre archevêque André, et nous espérons que le lecteur en tirera grand profit spirituel et édification.
Que notre Seigneur Jésus et sa toute pure Mère nous viennent en aide,
Je suis le plus ignorant de tous.
Mais j'ai le saint Esprit de mon Christ,
et les apôtres et les pères qui parlent pour moi
et qui m'enseignent la connaissance.
Dans l'Église catholique même, il faut veiller avec le plus grand soin à tenir pour vrai ce qui a été cru PARTOUT, TOUJOURS, et PAR TOUS. Car n'est vraiment catholique, au sens fort du terme, que ce qui saisit le caractère universel de toute chose. Il en sera ainsi si nous prenons comme critère l'oecuménicité, puisque nous confessons qu'il n'y a qu'une seule foi vraie, celle que récite l'Église entière, répandue sur toute la terre; l'antiquité, puisqu'en aucune manière nous ne nous écartons de ce qu'ont jadis proclamé nos pères et nos ancêtres; l'accord général enfin, le consentement unanime, puisque de cette antiquité même nous faisons nôtres les définitions et les opinions de tous - ou de presque tous - les évêques et docteurs.
Quelle sera la conduite d'un chrétien catholique si, dans l'Église, quelque petit groupe venait à rompre toute communion avec la foi universelle ?
- Que pourrait-il faire d'autre, sinon de préférer au membre gangrené et corrompu la santé du corps tout entier ?
Mais que fera-t-il, ce chrétien, si une nouvelle hérésie se propage, non seulement dans un étroit secteur, mais gagne par contagion l'Église entière ?
- Qu'il s'efforce alors de bien appliquer le critère de l'antiquité, car les nouveaux mensonges ne peuvent naturellement pas l'altérer.
Mais s'il découvre, dans cette antiquité même, une erreur qui ait été partagée par deux ou trois hommes, professée dans une cité, répandue même à travers une province ?
- Il doit préférer à la témérité et l'ignorance de ces hommes les décrets, s'ils existent, d'un antique concile universel.
Et si quelqu'opinion surgit qui n'ait jamais été examinée ?
- Alors il interrogera nos pères, il confrontera leurs opinions. Il recherchera surtout ce qu'ont enseigné à diverses époques et en des lieux variés, des hommes qui sont demeurés en communion avec la foi de l'Église et qui en sont devenus des maîtres éprouvés. Tout ce qu'ils ont affirmé, écrit, enseigné, non pas individuellement, ni à deux ou trois, mais tous ensemble, en plein accord, franchement et souvent, avec insistance, tout cela un catholique peut le croire, sans aucune hésitation.
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Conservons fidèlement les préceptes de nos pères; ne brisons pas par une insolente témérité les sceaux héréditaires. |
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Il était issu de parents illettrés. Tout en restant séculier, il devint serviteur de moines. Ceux-ci le tenaient en grand mépris et tout le monde riait de lui; il se donnait beaucoup de mal à la cuisine.
Dans le monastère il y avait un prêtre agréable à Dieu, qui priait le Seigneur de lui révéler sensiblement les biens qu'Euphrosynos préparait à ceux qui aiment Dieu. Une nuit donc, il se vit au paradis où il contempla ébloui un extraordinaire spectacle. Au centre, il voyait Euphrosynos, le cuisinier, considérant les biens du paradis. Il s'approcha de lui et le questionna : "Est-ce ici le paradis ?" Euphrosynos dit :"Oui, c'est la maison des élus de Dieu et moi, grâce à sa grande Miséricorde, j'ai été placé ici afin d'en vivre." Le prêtre : "Qu'est-ce que tu fais ici, en ce paradis ?" Euphrosynos répondit : "Je possède tout ce que tu vois ici et je me réjouis de leur sensation." Le prêtre : "Peux-tu me donner l'un de ces biens ?" - "Si tu le veux, tu peux en recevoir grâce a la Bonté de Dieu." Alors le prêtre montra avec la main des pommes et en demanda. Et Euphrosynos en cueillit une, la donna au prêtre et dit : "Selon ta demande, reçois et considère !"
Au moment où la simandre * fut frappée pour l'office de Matines, le prêtre se réveilla et prit la vision pour un songe. Mais regardant à côté de lui, il vit les pommes; leur parfum était très doux.
Quand il rencontra Euphrosynos à la synaxe *, il voulut qu'il lui dise où il était cette nuit. Et Euphrosynos : "Excuse-moi, père, j'étais là où tu m'as trouvé". Le prêtre : "Alors je t'adjure de manifester les Grandeurs de Dieu. Ne peux-tu pas dire la vérité ?" Alors l'humble Euphrosynos dit : "C'est parce que tu cherchais à contempler sensiblement les biens promis aux élus dans le paradis de Dieu que tu m'y as trouvé. Le Seigneur a voulu t'informer par mon intermédiaire, moi qui ne suis qu'un pauvre serviteur, d'une façon paradoxale." Et le prêtre : "Qu'est-ce que tu m'as donné, père, dans le paradis ?"
- Euphrosynos : "Des pommes mûres que tu as déposées sur ton lit. Mais père, excuse-moi, je ne suis qu'un ver et pas un homme."
Après que le prêtre eut raconté aux autres frères la vision, le grand Euphrosynos prit la fuite. On ne sut jamais où il alla. Plusieurs malades furent guéris en mangeant de ces pommes venues du paradis de Dieu.
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Ce qui est en vérité, c'est la vie éternelle; c'est celà la vérité et elle ne peut être transposée en savoir. saint Grégoire de Nysse |
Commençons d'abord en expliquant ce qu'est un schisme. Le mot vient du grec et veut dire scission, séparation. Un schisme dans l'Église est donc une scission entre les chrétiens, c'est-à-dire qu'une partie des fidèles quitte la communion d'amour, se regroupe à part et déchire ainsi l'unité des croyants. Un schisme n'est pas encore une hérésie (fausse croyance), mais puisque la communion d'amour est rompue, le premier pas vers l'hérésie est fait. Il y a eu des schismes tout au long de l'histoire de l'Église et il y en aura jusqu'à la fin des temps. C'est le combat de l'Église contre les forces des ténèbres; et fermer les yeux sur cette réalité mettrait en danger la vie même de l'Église.
Ce que nous dirons sur le schisme entre l'Orthodoxie et la papauté est, bien sûr, le point de vue orthodoxe, cela va de soi. En matière de foi, on parle toujours dans un contexte bien précis : celui d'une vérité à laquelle on croit et que l'on doit confesser telle qu'on la croit.
Le schisme de 1054 entre l'Occident et l'Orient n'est pas l'affaire d'une année et ses causes sont multiples. Les symptômes en remontent à quelques siècles en arrière avant la date de la rupture fatale, et le fossé n'a d'ailleurs cessé de grandir jusqu'à nos jours.
Les causes principales furent la revendication par le pape de l'autorité absolue sur toute l'Église, et le dogme du «Filioque». Des causes secondaires, aussi bien théologiques que culturelles s'y ajoutent, qui furent aggravées par la politique.
Reprenons ce résumé un peu plus en détail :
Depuis la plus haute antiquité, l'évêque de Rome jouissait d'une primauté d'honneur dans l'Église; à Rome, l'ancienne capitale de l'empire, furent martyrisés les princes des apôtres, Pierre et Paul. Ce titre d'honneur ne fut jamais contesté par l'Église d'Orient. La tension entre Orient et Occident vit le jour lorsque, pour la première fois dès le IVe siècle, se fit sentir la prétention du pape de changer ce titre d'honneur en titre d'autorité. D'abord cachée, «cette tension latente apparaîtra au grand jour au IXe siècle et se transformera en opposition ouverte.» (J. Meyendorff).
Avec l'apparition de l'empire carolingien et d'un type nouveau de chrétienté formé par les peuples du nord, récemment encore «barbares», le conflit s'aggrava, non sans responsabilité des orientaux qui s'enorgueillissaient de leur ancienneté. Les intérêts de l'empire franc s'unirent avec les prétentions du pape pour s'opposer à l'Orient.
Des problèmes de langue et de culture s'y ajoutèrent, de même que des questions de coutume et de discipline d'Église : mariage du clergé, règles de jeûne, pain eucharistique, etc...
Le premier schisme éclata dans la seconde moitié du IXe siècle, entre le pape Nicolas Ier et le patriarche de Constantinople, Photius.
La mission parmi les slaves fut aussi une pierre d'achoppement entre Byzance et l'Occident.
Charlemagne s'était déjà servi du «Filioque» pour ses buts politiques (sans l'appui cependant, de Rome). Le même dogme fut de nouveau une cause de trouble entre les missionnaires grecs et germains, en pays slaves. Cette fois-ci la papauté «donna tout son appui aux Germains et ne fut dorénavant plus neutre.» (T.Ware). La question du «Filioque» dura jusqu'au concile de Constantinople en 867 où le pape Nicolas fut excommunié. Photius à son tour fut déposé par l'empereur, la même année, et, par un concile qui se voulait le VIIIe concile oecuménique, il fut anathématisé et condamné. En 879, Photius fut de nouveau mis sur le trône par un concile et les décisions de celui-ci furent acceptées par Rome. La paix semblait être rétablie.
Le «Filioque» causa par la suite d'autres tensions, en 1009, et lors du couronnement de l'empereur Henri II en 1014 où le «Filioque» fut interpolé dans le Credo de Rome. La mention du pape Serge fut supprimée sur les dyptiques* en 1009, et depuis lors, le nom du pape n'apparut plus sur les dyptiques de Constantinople. A partir de ce moment, la communion entre Rome et Constantinople cessa.
Une grave querelle éclata entre les Normands et les Grecs d'Italie; elle eut pour effet la fermeture des églises latines de Constantinople en 1052. Le patriarche s'efforça cependant de rétablir la paix l'année suivante. De son côté, en 1054, le pape envoya trois légats dont le chef était le cardinal Humbert. Le contact entre les deux partis fut peu charitable et dès lors le patriarche refusa tout nouveau contact avec les légats. Humbert perdit patience et déposa sur l'autel de Sainte Sophie une bulle d'excommunication. Ainsi commença le schisme, sans qu'il fut net et tranché. «Ce furent les croisades qui rendirent le schisme définitif : elles introduisirent un esprit de haine et d'amertume, et portèrent le conflit au niveau même du peuple.» (T.Ware)
La mise à sac de Constantinople en 1204 et les sacrilèges commis par les Croisés brisèrent la dernière communion d'amour entre l'Occident et l'Orient.
Une tentative d'union, mue par des fins politiques, au concile de Lyon en 1274, échoua.
Un autre concile (à Ferrare et Florence 1438-1449), où saint Marc d'Éphèse défendit l'Orthodoxie, ne réussit pas davantage à unir ce qui n'était substantiellement plus la même croyance.
D'un point de vue humain, les deux côtés ont failli à maintes reprises. Mais au niveau de la foi, l'Église orthodoxe n'a pas dévié; il n'en est pas de même en ce qui concerne l'Église romaine (qui est entrée dans une nouvelle phase de dégénérescence de nos jours.)
La réunion n'est pas impossible; non par la confusion, mais par le retour à la communion dans l'amour et la vérité.
Saint Jean de Cronstadt
"Cependant l'évêque de Constantinople aura la prééminence en dignité après l'évêque de Rome, puisque cette ville est la nouvelle Rome".
3e canon du IIe concile oecuménique de Constantinople.
"Suivant en tout les décrets des saints pères et reconnaissant le canon lu récemment des cent cinquante évêques aimés de Dieu, réunis dans la ville impériale de Constantinople, la nouvelle Rome, sous Théodose le Grand, de pieuse mémoire, nous approuvons et prenons la même décision au sujet de la prééminence de la très sainte Église de Constantinople, la nouvelle Rome. Les pères, en effet, ont accordé avec raison au siège de l'ancienne Rome la prééminence parce que cette ville était la ville impériale; mûs par ce même motif les cent cinquante évêques aimés de Dieu ont accordé la même prééminence au très saint siège de la nouvelle Rome, pensant que la ville honorée de la présence de l'empereur et du sénat et jouissant des mêmes privilèges civils que Rome, l'ancienne ville impériale, devait aussi avoir le même rang supérieur qu'elle dans les affaires d'Église, tout en étant la seconde après elle..."
28e canon du IVe concile de Chalcédoine.
"Renouvelant la législation des cent cinquante saints pères qui se sont réunis dans cette ville impériale gardée de Dieu, et des six cent trente qui se sont rassemblés à Chalcédoine, nous décrétons que le siège de Constantinople jouira des mêmes privilèges que le siège de l'ancienne Rome et obtiendra dans les affaires de l'Église la même grandeur que celui-ci, venant en second après lui; le siège de la grande ville d'Alexandrie sera compté ensuite, puis celui d'Antioche, et après celui-ci, le siège de la ville de Jérusalem."
36e canon du VIe concile oecuménique "in Trullo" (Quinisexte)
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L'abbé Ammoun a dit : «Supporte tout homme comme Dieu te supporte.» |
Saint Syméon le Nouveau Théologien disait à ses disciples, durant le Carême : "J'en connais plusieurs parmi vous qui s'assoient à la table commune avec un coeur contrit et humilié, et qui n'ont pas de goût pour les mets recherchés, mais restent réservés et silencieux, l'âme pleine de componction et de larmes. Par leurs prières et leurs supplications, par leurs labeurs spirituels et leurs prosternations, ils ont reçu la bonne transformation, et leur apparence est devenue très ascétique et très belle."
Cette "bonne transformation", cette "apparence très ascétique et très belle", c'est la beauté selon le Christ, laideur insupportable aux hommes charnels selon la parole de l'apôtre Paul : "Car nous sommes bien, pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent et parmi ceux qui se perdent; pour les uns une odeur de mort qui conduit à la mort; pour les autres une odeur de vie qui conduit à la vie."(II Cor 2,15-16). C'est en effet cette beauté selon les hommes charnels que présentent les icônes peintes par les humbles iconographes de la période turque.
Alors en effet furent éprouvés et martyrisés pour la foi du Christ des milliers de chrétiens, jeunes et simples le plus souvent, ne connaissant d'autres paroles du Seigneur que: "Celui qui croit en Moi, même s'il meurt, vivra" et "Quiconque me renie devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux."
L'un de ces témoins de la foi, le patriarche Loukaris, écrivait : "Nous autres, chrétiens orthodoxes, même si nous ne possédons pas la sagesse extérieure de ce monde, Dieu, par sa grâce, nous a donné la sagesse intérieure et spirituelle, beauté de notre foi orthodoxe; en cela nous l'emportons sur les Latins, nous l'emportons sur les peines et les labeurs, pour le poids de notre Croix, pour le sang que nous versons dans la foi et l'amour du Christ. Si le Turc avait régné dix ans en France, qui sait si l'on y trouverait encore des chrétiens ? Or, en Grèce, après 300 ans, il y a toujours des chrétiens, ils persistent dans leur foi malgré brimades et tortures, et le mystère de la piété resplendit. Vous (occidentaux), vous me dites que nous n'avons pas la science. Je n'en veux pas de votre science : en avant vers la Croix du Christ !"
Opprimés, les Grecs rentraient en eux-mêmes et, nus et pauvres, s'offraient à Dieu. Leur situation était semblable à celle des premiers chrétiens. Le martyre purifiait leur âme comme l'or dans le creuset. C'est pourquoi toutes leurs créations, qu'il s'agisse de peinture sacrée, de vies de saints, de chant liturgique ou populaire, eurent la bonne odeur de la foi du Christ qui n'est pas donnée à ceux qui n'ont pas été humiliés et qui ne savent pas le chemin des larmes.
Car "le Seigneur châtie celui qu'il aime et redresse celui qu'il veut accueillir comme un fils". Les afflictions produisent l'humilité et l'humilité ouvre la porte du mystère. La Rigueur de Dieu est inséparable de sa Grâce. Le Seigneur agréa l'humble et douloureuse offrande des Grecs opprimés et en retour emplit de richesse spirituelle leur âme chrétienne "qui acquit par l'humilité les choses sublimes, et par la pauvreté les vraies richesses". Ils étaient, pour reprendre les paroles de l'apôtre Paul, "comme affligés mais toujours dans la joie, comme pauvres mais en enrichissant beaucoup, comme n'ayant rien mais possédant tout." (II Cor 6,10).
A l'intérieur de la sombre niche de la prothèse (autel de préparation), ils peignaient "l'humiliation suprême", le Christ mort aux mains percées, assis dans le tombeau, "sans forme ni beauté", au terme de l'exinanition, comme l'était alors, en Grèce, l'Orthodoxie.
"Personne, dit saint Isaac le Syrien, ne connaît l'exultation qui vient des larmes, sinon ceux qui se sont abandonnés à la contrition". Ceux-là ressentent cette"joie douloureuse", cette "bienheureuse affliction" dont parlent les pères. Telle est l'action du saint Esprit que le Seigneur nomma Paraclet *: il infuse la paix dans les âmes humbles et éprouvées. La grâce du Paraclet demeure dans la réalité profonde de l'Orthodoxie, et c'est pourquoi cette réalité est une fontaine de paix : "Que se réjouisse le coeur de ceux qui cherchent le Seigneur".
Avec la chute de Constantinople les ténèbres couvrirent la chrétienté d'orient. La fleur de notre coeur se fana. La couronne tomba de notre tête. Notre vie toute entière devint une semaine sainte. Et notre chant était : "Aujourd'hui Il est pendu sur le bois..." Le visage doré de la Mère de Dieu s'est assombri. Nos saints devinrent pensifs et douloureux, nos mères et nos soeurs étaient vêtues de noir comme des nonnes. Nos pères semblaient des ascètes. Nos jeunes gens étaient amers.
Seule l'Église, telle une arche, traversa le désastre. Comme une cargaison précieuse elle préservait les dogmes de la foi, les hymnes, les icônes, notre langue, les manuscrits, les vêtements sacrés, les sculptures de bois et de métaux précieux, tout cela pour le réconfort et la joie spirituelle de l'homme ici-bas et comme une anticipation de la béatitude à venir. Les prêtres commémoraient "ceux qui se sont endormis dans l'espoir de la résurrection et de la vie éternelle", et, en dehors de l'église, les enfants chantaient le Jeudi Saint ce poème douloureux :
On peignit alors le Crucifié d'après ce poème populaire dans lequel le disciple bien-aimé, en montrant son maître pendu à la Croix, dit à la Toute-Sainte :
"Le voici nu, cheveux épars
À cette époque, les iconographes représentaient dans les cimetières, dans les sombres Catholicons*et dans les grottes où se retiraient les ascètes, le père Sissoès contemplant dans une douloureuse extase, le tombeau ouvert d'Alexandre le Grand, où ne se trouve plus qu'un squelette. Cette image porte l'épigraphe suivante :
"Devant le tombeau du roi des Grecs Alexandre dont la gloire jadis resplendit, Sisoès, grand parmi les ascètes, tremble et se lamente en ces termes sur le temps instable et la gloire éphémère : Je te vois en un tombeau et je recule à ta vue; je verse goutte à goutte les larmes de mon coeur. Je songe au destin que nul ne peut éviter. Oh, comment la franchirai-je cette frontière ?"
Un autre thème cher aux iconographes de la période turque est l'ensevelissement de saint Ephrem le Syrien que l'on trouve représenté à la fresque dans la plupart des monastères, et aussi sur des icônes portatives.
(à suivre)
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Le vrai but de notre vie chrétienne consiste dans l'acquisition de l'Esprit saint de Dieu. Le jeûne, la prière, la charité et toute bonne action accomplie au nom du Christ ne sont que des moyens pour cette acquisition du saint Esprit divin.
saint Séraphim de Sarov
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Celui qui veut acquérir de l'instruction commence par aller apprendre l'alphabet, et quand il sera devenu le premier à l'école élémentaire, il ira à l'école romaine, où il sera le dernier. Quand il y sera redevenu premier, il ira à l'école des grammairiens, où il se retrouvera à nouveau débutant et le dernier de tous. S'il devient juriste, il sera encore le plus jeune et le dernier des avocats. S'il s'élève au premier rang dans cette carrière, il deviendra un haut fonctionnaire. Enfin, nommé gouverneur, il se fera aider par un adjoint. Si le monde visible comporte déjà tant de gradations, combien davantage les mystères célestes auront-ils leur progression et verront-ils s'accroître le nombre de leurs degrés; c'est donc au prix de beaucoup d'exercices et d'épreuves que celui qui les parcourt devient parfait. En effet, quand des chrétiens ont vraiment goûté à la grâce et portent le signe de la croix sur leur intellect et sur leur coeur, ils regardent toutes choses comme du fumier et de la pourriture, du roi au dernier des pauvres, et ils sont capables de comprendre que tout le monde terrestre, tous les trésors royaux, la gloire, les paroles des sages, sont illusoires, manquent de fondement solide et ne font que passer.
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Un frère interrogea un ancien et lui dit : "Ne veux-tu pas que je médite ce qu'on lit des Écritures, lorsque je vais à l'assemblée?" L'ancien lui dit : "C'est à la source de la vie que tu vas." |
L'Européen est caractérisé par un terrible antagonisme : l'opposition de l'homme extérieur et de l'homme intérieur. L'Européen est différent dans les apparences de ce qu' il est réellement. Il vit et se meut dans le mensonge du conventionnel. Toute sa civilisation est une addition de mensonges conventionnels auxquels il s'est adapté. Il est égocentrique à l'extrême, mais il se comporte avec les autres avec une politesse absolue, presque recherchée.
Dans les pays sous-développés, là où les hommes n'ont pas encore la sophistication de la civilisation européenne, chacun exprime peu ou prou son monde intérieur avec une certaine liberté et simplicité qu'on ne retrouve pas en Europe. Leurs manières sont abruptes, mais les hommes sont plus vrais. En Europe, ceci est tenu pour un manque de civilisation et de développement spirituel. Ainsi, on en est arrivé à considérer que la civilisation se trouve dans le jeu continuel de l'hypocrisie, ce "sépulcre blanchi, rempli de putréfaction" (Mt 23,27). On nettoie continuellement l'extérieur de la coupe pour paraître propre aux hommes (Luc 11,39; Mt 23,25-26).
Mais comme il arrive pour les Pharisiens, ce mensonge continuel dans lequel ils vivent ne les humilie nullement. Au contraire leur perfection extérieure les remplit d'assurance quant à leur supériorité. Le signe le plus caractéristique des Européens, c'est l'orgueil ! Ils voient d'en haut tous les autres peuples qu'ils considèrent comme "non-civilisés" ou "sous-développés"
Il se peut que certains parmi eux s'intéressent beaucoup aux besoins des autres. Les individus, les groupes ou les nations et surtout les sous-développés pour lesquels ils nourrissent des sentiments de pitié. Mais au fond, ils s'intéressent aux autres comme un entomologiste s'intéresse aux insectes. Ils ont pour les hommes des sentiments inférieurs à l'amour qu'ils ont pour un chien.
Ils ont de leur civilisation la même haute idée qu'ils ont d'eux-mêmes. Ils n'acceptent rien sans le passer au crible de leur esprit critique dont ils sont fiers. Ils considèrent comme relatives toutes les valeurs, même celles qu'ils acceptent, et discutent avec une apparente profondeur de tout ce que l'humanité a cru.
Leur attitude habituelle est celle des agnostiques bien disposés qui sont prêts à être d'accord avec vous, en vous laissant comprendre, naturellement, qu'on ne peut rien prouver à tout ce que vous leur dites, et que par conséquent, vous les indifférez.
Il y a pourtant une seule chose qui ne passe jamais par l'esprit de ces agnostiques : c'est de mettre en doute la valeur de leur civilisation. Jamais une civilisation ne fut supérieure à la leur. Il se peut qu'ils remettent en cause ou discutent ou contestent différents problèmes d'ordre partiel et mineurs concernant leur culture, et que dans le détail, ils parviennent même à exprimer de fortes oppositions, mais jamais ils ne mettent en doute la justesse de la ligne générale de leur civilisation.
La civilisation de l'Europe est basée sur une religion, une religion que personne ne veut appeler ainsi, car il ne s'agit pas du culte d'une ou de plusieurs divinités, mais du culte de l'homme.
La religion des anciens Grecs et leur civilisation n'étaient rien d'autre que le culte de l'homme. Si la civilisation de la Grèce antique a trouvé un tel écho dans le coeur des Européens, c'est justement à cause de cette ressemblance intérieure.
Comme les anciens Grecs, ainsi les Européens ont divinisé la raison de l'homme, ses passions, ses forces psychiques et ses faiblesses. En un mot, ils ont fait de l'homme le centre, la mesure, et le but de tout. C'est en l'homme que la civilisation de l'Europe prend sa source. Elle existe pour l'homme et tire de l'homme sa justification.
Il se peut qu'il y ait discorde quant aux moyens par lesquels se réalisera l'amélioration de la vie de l'homme. Il se peut qu'il y ait des différences dans la manière de rendre le culte à l'homme. Il se peut qu'en prenant l'homme comme mesure on arrive à certains résultats, mais toujours et pour tout, l'homme est le centre autour duquel tout gravite, la source de leur inspiration et le but de leur effort.
Telle est l'Europe.
Quelle que soit la religion qu'il croit posséder, au fond sa religion n'est autre que l'adoration de l'idole homme. L'Européen a cessé de voir en l'homme l'image de Dieu. Il y voit simplement l'image de lui-même.
En d'autres termes, la religion de l'Europe, c'est la vieille religion de l'humanité, celle qui a séparé l'homme de Dieu. Le but de Dieu, c'est de déifier l'homme. Mais l'homme égaré par le diable a cru qu'il pouvait devenir dieu sans la grâce du Créateur, de sa propre initiative et par ses propres efforts seulement. Il s'est empressé de goûter à l'arbre de la connaissance avant qu'il soit mûr pour une telle nourriture.
Le résultat fut que ses yeux s'ouvrirent et qu'il connut le bien et le mal, vit sa nudité corporelle et spirituelle et en fut effrayé. Il ne supporta plus de regarder (en face) le Seigneur son Dieu et courut se cacher loin de sa Face. Il comprit qu'un grand abîme s'ouvrait entre lui et son Créateur. Alors le Père miséricordieux maudit la première cause de la catastrophe: le diable, "le serpent ancien". Dans son immense Amour Il promit déjà le salut : "Et Je mettrai l'inimitié entre toi (le serpent, le diable) et la femme (la sainte Vierge) et entre ta postérité et sa postérité (le Christ). "Celui-ci t'écrasera la tête et tu lui blesseras le talon" (Gen 3,15). Et pour que l'homme ne vive pas éternellement dans cet état de mort spirituelle, Il le chassa du paradis "de peur qu'il n'étende la main et ne prenne du fruit de l'arbre de la Vie, qu'il en mange et qu'il vive dans les siècles" (Gen 3,22). Dieu permit ainsi, par miséricorde et amour, la mort corporelle et la corruption, lesquelles, comme la mort spirituelle, ont été la conséquence de la rupture du contact (de l'homme) avec la source de la Vie, pour que l'âme ne reste pas pendant les siècles dans sa mortification spirituelle, son malheur et sa nudité. Ainsi l'homme séparé de Dieu et vivant la réalité continuelle de la mort est devenu esclave du diable.
C'était donc par réaction à l'expérience de sa nullité que l'homme a adoré l'homme en le proclamant dieu. En effet, les anciens avaient enseigné que l'âme était une partie de la substance divine, c'est-à-dire qu'elle est divine par essence et par conséquent n'a pas besoin de Dieu.
Cette volonté intérieure de l'homme de croire à sa propre divinité conjointe à l'effet de sa soumission aux puissances sataniques est la base de toute idolâtrie.
La religion de l'Europe n'est autre que cette idolâtrie primitive sous une forme moderne.
Papisme, protestantisme, humanisme, athéisme démocratie, fascisme, capitalisme, communisme, etc, et beaucoup d'autres choses nées en Europe, sont des expressions du même esprit "humanolâtre". La civilisation de l'Europe n'est pas autre chose que le résultat d'un effort constant et angoissant de l'homme de dresser son trône au-dessus du trône de Dieu. Il ne s'agit de rien d'autre que de la construction d'une nouvelle tour de Babel dans laquelle domine la confusion quant à la façon de la construire, bien que le but reste commun à tous.
L'idéal de l'Européen s'identifie avec l'idéal de Lucifer. Au fond, c'est le même mépris de la Bonté de Dieu, la même insulte envers son Amour, la même révolte et éloignement de sa Providence, la même ingratitude, la même marche dans le désert qui, au lieu de conduire l'homme en haut, où il croit aller, le conduit vers l'abîme de la mort.
Le bienheureux Paul le Simple raconta : "J'avais un disciple qui tomba dans toutes sortes de péchés sans que je le susse; sur ces entrefaites, il vint à mourir. Et je priai Dieu instamment et suppliai la Mère de Dieu de me montrer en quelles conditions il était après la mort corporelle. Et comme j'avais poursuivi ma prière pendant un bon nombre de jours, j'entrai en extase, et je vis mon disciple porté par deux individus, entièrement ossifié de la tête aux pieds et n'ayant aucune faculté ni spirituelle ni corporelle, ne parlant absolument pas mais comme pétrifié. Je fus saisi d'une forte frayeur et devins comme possédé de Dieu : je me souvins de la parole du Seigneur qui dit : "Celui qui n'est pas revêtu de l'habit de noces, liez-lui les mains et les pieds, jetez-le dans les ténèbres extérieures, là où seront les pleurs et les grincements de dents."Le fait d'avoir les mains et les pieds liés ne signifiait rien d'autre pour nous que l'extinction et l'inactivité permanente de toute pensée et intention mauvaise qui ne s'est pas conformée à la Volonté de Dieu en ce siècle. Et lorsque je revins, dit-il, de mon extase, je commençai à être fort triste et soucieux; je me mis selon mes facultés à faire des aumônes et des offrandes pour lui; à implorer la sainte Mère de Dieu d'avoir pitié de lui et à implorer le Dieu Ami de l'homme pour lui. Et je commençai à me mortifier à Scété *
et à manger cru, bien qu'étant alors avancé en âge. Or quelques jours après, je vois la sainte Mère de Dieu qui me dit : "Pourquoi t'attristes-tu et t'inquiètes-tu, ô vieillard ?" Et je dis : "A cause de mon frère, Souveraine, que j'ai vu dans le malheur." Et elle répondit et dit : "N'est-ce pas toi qui a demandé spontanément à le voir ? Et voici que tu as été comblé." Mais moi je dis : "Oui, je t'en prie, c'est moi qui ai demandé, mais je n'avais pas le désir de le voir en cet état. Car qu'ai-je gagné à le voir sinon pleurs et afflictions ?" Et la sainte Mère de Dieu me dit : "Va, à cause de tes mortifications, de ton humilité et de ta charité, je te le montrerai afin que tu ne sois plus triste." Et le lendemain je vis de nouveau le frère : il venait à moi avec joie, il marchait par lui-même, riait et il me dit : "Tes prières, père, ont rendu propice la très sainte Mère de Dieu parce qu'elle t'aime beaucoup; et elle a supplié le Sauveur et Il m'a délié de mes liens, car je demeurais ligoté par les chaînes de mes péchés." A ces paroles du frère, je fus rempli de joie et aussitôt je vis la toute sainte Mère de Dieu qui me dit : "Maintenant, es-tu satisfait, vieillard ?" Et moi je dis : "Oui, Souveraine, et mon âme se réjouit grandement de l'avoir vu dans le délassement." Elle me dit : "Eh bien va et souviens-toi toujours du frère dans tes prières, tes aumônes et tes offrandes; car l'aumône et l'offrande elles-mêmes attirent grandement la miséricorde sur celui qui est mort."