Introduction de l'Histoire de l'empire du Yanavis
(par Vestrian Eldhavor)
Le Yanavis vint au monde quelques années après que la mort du Conquérant eut sonné le glas de son monstrueux empire. À l'époque, tous les chefs militaires autrefois soumis à l'empereur du Vanymar cherchaient à se tailler des royaumes personnels dans les régions les plus reculées de l'empire : ainsi en fut-il du général Arvor, le fils de Marnevor Calsar, le plus grand des généralissimes du Conquérant. L'histoire de sa tentative de fonder un éphémère royaume autour de Lokramar n'a pas à être rappelée ici, si ce n'est sa conclusion : les troupes loyales au nouvel empereur Caltosian écrasèrent les rebelles aux abords de la ville ; mais le fils d'Arvor, qui portait le même nom que son père, trouva à s'enfuir et se réfugia à Gudhyran, dont il ne tarda pas à se rendre maître suite à un épisode rocambolesque devenu la trame de nombreux lais comiques.
Mettant à profit la déliquescence du Vanymar, Arvor Ier se rendit maître d'une zone d'environ trente lieues autour de sa nouvelle capitale et la baptisa pompeusement « empire du Yanavis ». Son exemple fut bientôt suivi par bon nombre d'aventuriers en quête de pouvoir, et la région sise entre la Hrodna à l'ouest et les monts de Marnevor à l'est fut bientôt pleine de petits roitelets dont l'influence ne dépassait guère les murs de leurs châteaux. Les successeurs d'Arvor Ier surent, tant grâce à une diplomatie efficace qu'à une armée puissante, étendre leur domination sur ces minuscules royaumes, et il ne trouva d'adversaire à sa mesure qu'environ cent soixante années après la mort du Conquérant, en la personne de l'empire de Kuch Agakh.
Les deux empires se partagaient la zone susdécrite, l'un à l'ouest, l'autre à l'est. De longues guerres s'ensuivirent, desquelles le Yanavis sortit finalement vainqueur vers 250. Les Yanaviens se tournèrent alors vers l'ouest et envahirent la péninsule avenarrane. S'ils purent en occuper la majeure partie, ils ne purent mettre totalement fin à l'état avenarran, tout comme le Conquérant en avait été incapable. Ils poursuivirent leurs conquêtes vers le nord et occupèrent le sud du Hadaron, à l'époque très peu civilisé. Nous sommes alors trois cent cinquante années après le trépas du Conquérant, et le Yanavis a atteint son apogée.
En effet, c'est à ce moment-là que débuta le fléau du Yanavis : les querelles dynastiques. Nous reviendrons plus en détail sur les principales au cours de ce livre, mais qu'il suffise ici d'en dire qu'en détournant les armées yanaviennes des frontières du pays pour semer l'anarchie en son cur, elles accrurent l'instabilité du pays et diminuèrent largement sa puissance. Ainsi, les Yanaviens furent forcés d'accorder son indépéndance au Hadaron en 668, incapables qu'ils étaient devenus d'assurer la défense de leur frontière nord contre les barbares. Tout d'abord vassaux, les Hadaroniens se libérèrent rapidement de la tutelle de l'empire, largement aidés en cela par les Avenarrans qui, voyant leurs occupants en difficulté, en profitèrent pour reprendre l'offensive. En 831, les armées yanaviennes furent écrasées par celles de l'Avenar, et si la paix n'avait pas été négociée, il est probable que ces derniers auraient campé sous peu sous les murs de Gudhyran. L'empereur fut forcé d'admettre que sa frontière occidentale était ramenée à la Hrodna, et c'est logiquement qu'il se tourna vers l'est.
L'expansion sur les territoires au-delà des monts de Marnevor dura environ trois siècles, mais les peuplades hyasariennes mirent un terme semble-t-il définitif au Yanavis d'outre-Marnevor voici quelques années de cela. Cependant, les empereurs gardent espoir de pouvoir un jour repasser les montagnes, et les deux derniers empereurs, Narmenar II et Narmenar III, ont passé la majeure partie de leur règne à l'est, dans des tentatives jusqu'ici vaines de reprendre au Hyasar les territoires perdus.

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