Introduction

Le mois de décembre n'a débuté que quelques jours auparavant, mais on croirait déjà être au cœur de l'hiver. Au cours du week-end qui vient de s'achever, la neige est tombée avec force et régularité, laissant le pensionnat Sainte-Geneviève noyé sous un épais manteau cotonneux. La blancheur immaculée a recouvert les pelouses, les massifs de fleurs et les allées bien tracées du vaste parc qui entoure les bâtiments, réduisant toutes les autres couleurs à leur plus simple expression. Le ciel, quant à lui, a disparu derrière une couverture uniforme de nuages pâles. Les élèves ne sortent plus que chaudement habillées, pour se protéger de la froideur glaciale de l'air.

Ces circonstances climatiques sont sans effet sur l'ardeur que mettent les sœurs à dispenser leur enseignement. Certains professeurs extérieurs n'ayant pas pu venir au pensionnat ce lundi – les routes étant bloquées par la neige – elles se sont arrangées pour les remplacer elles-mêmes plutôt que de vous laisser un peu de temps libre en plus. Trois classes – dont la vôtre – ont vu leur après-midi occupé par un cours de latin de quatre heures, dont les échos résonnent encore dans votre tête.

Le soir venu, les sœurs ont soudain paru déterminées à toutes vous envoyer vous coucher aussi vite que possible. Elles ont précipité le dîner, où les trois cents élèves du pensionnat se retrouvent en même temps dans le vaste réfectoire, ont négligé de surveiller vos devoirs et vous ont finalement fait regagner vos chambres et éteindre les lumières, une bonne demi-heure plus tôt que l'horaire normal.

A présent, allongée sur votre lit dans la chambre que vous partagez avec trois autres filles de votre âge, vous tentez vainement de trouver le sommeil. Vous n'avez aucune idée du temps qui s'est écoulé depuis que vous vous êtes couchée. L'obscurité impénétrable vous empêche de distinguer quoi que ce soit mais le bruit des respirations régulières qui vous parvient aux oreilles vous confirme, si besoin était, que vous êtes la seule à être encore éveillée. Rien à faire : vous n'êtes pas fatiguée et, surtout, vous avez encore faim. Vous avez trop traîné au moment du dîner et vous n'avez pas eu le temps de finir votre assiette. Entre votre estomac et les souvenirs de l'interminable cours de latin qui vous martèlent toujours la cervelle, vous n'arrivez tout simplement pas à fermer l'œil.

Vous passez encore un long moment à vous tourner et à vous retourner sous vos draps, avant de vous décider finalement à faire quelque chose. Puisque vous ne parvenez pas à dormir, vous allez entreprendre une expédition nocturne jusqu'aux cuisines pour y trouver quelque chose à manger. Jusqu'à minuit, les sœurs font des rondes régulières dans la partie du pensionnat où se trouvent les chambres des élèves, mais, avec un peu de chance, vous devriez pouvoir les éviter.

Rendez-vous maintenant au 1.

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