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Interview de Joe Dever
Traduction par Meneldur

Interview accordée par Joe Dever aux membres du site Lobo Solitario en juillet 2004. Merci à eux de nous avoir autorisés à traduire cette interview.

À propos de la série Loup Solitaire

1. Quelles ont été vos sources d’inspiration les plus importantes pour créer l’impressionnante toile de fond de l’histoire de Loup Solitaire : l’Ordre Kai, le monastère… Y a-t-il quelque chose qui vous ait influencé lors de la création de Loup Solitaire ?

Joe Dever : Mes premières influences sont les classiques médiévaux de la littérature médiévale anglaise : Beowulf, Ivanhoé, les Chevaliers de la Table Ronde et le roi Arthur. Pendant mon adolescence, Tolkien, Moorcock et Mervyn Peake enflammèrent mon imagination. En parallèle avec ces influences, on peut ajouter mon intérêt pour l’histoire militaire et la mythologie nordique. Les Kai sont nés d’une combinaison de ces intérêts et de ces influences.

2. Quand vous avez commencé à établir l’intrigue des histoires de Loup Solitaire, saviez-vous déjà qu’elles prendraient la forme de livres-jeux, ou bien l’idée de faire des livres-jeux vint-elle plus tard ?

JD : Loup Solitaire était initialement conçu comme une campagne de jeu de rôle pour un groupe de sept ou huit amis. J’ai adapté les règles de la première édition de D&D pour les nouvelles classes de personnages créées pour les besoins de la campagne. Dès le début, j’ai décidé de ne pas utiliser les monstres standards de D&D, mais d’en créer des originaux, avec des statistiques à la D&D cependant. Ma campagne originale de D&D « Loup Solitaire » incluait également des batailles sur table, en utilisant un autre ensemble de règles modifiées, basées sur le set de règles nommé "Reaper" (le prédécesseur de Warhammer). Je me suis documenté pour chaque jeu et chaque bataille que j’ai masterisé et/ou à laquelle j’ai joué. Le Magnamund fut ainsi créé entre 1977 et 1983. J’ai décidé de convertir Loup Solitaire en un jeu de rôle solo lorsque j’ai réalisé que ce que j’avais créé au fil des ans était un arrière-plan idéal pour une série d’aventures en solitaire reliées entre elles. Je n’ai pas eu à créer le monde en cours de route – c’était un monde que je connaissais intimement. J’aimais l’idée de pouvoir écrire les aventures comme si je masterisais une partie de D&D « Loup Solitaire », mais pour une seule personne. Le fait que cela n’eut jamais été fait avant aida également à me convaincre que je devais publier Loup Solitaire comme livre-jeu plutôt que comme RPG.

3. Seuls les moines Kai peuvent utiliser le Glaive de Sommer, donc... le roi Ulnar était roi et Maître Kai ? Si tel était le cas, pourquoi les descendants d’Ulnar ont-ils abandonné la tradition d’envoyer leurs enfants au monastère Kai ?

JD : Les descendants d’Ulnar envoyaient bel et bien leurs enfants au monastère Kai, mais tous les enfants qui y étaient envoyés n’avaient pas de pouvoirs Kai latents. Bien que les Kai soient tous d’origine sommerlundoise, la majorité des Sommerlundois ne possèdent pas le potentiel nécessaire pour être Maître Kai, qu’ils viennent de la maison royale ou de logis plus humbles. Chaque parent du Sommerlund surveille attentivement sa descendance, afin de voir si elle se révèle posséder des pouvoirs Kai latents. S’ils en sont certains, ils demandent alors (via le Baron de leur province) à ce que leur progéniture entre chez les Kai. Ceux-ci acceptaient tous ceux qui prouvaient qu’ils avaient un potentiel. Beaucoup de ceux qui n’étaient pas acceptés, mais qui montraient néanmoins une habileté au combat exceptionnelle, pouvaient être envoyés à l’entraînement afin de devenir Chevalier du Royaume Sommerlundois. À l’époque de Loup Solitaire, le Prince Pelethar était le commandant des Chevaliers du Royaume Sommerlundois.

4. Savez-vous qu’il y a quelques erreurs géographiques dans vos livres-jeux ? Parfois, prendre des chemins opposés à partir d’une même sale nous amène à la même destination (par exemple, dans le palais du Zakhan dans le Tyran du Désert).

JD : Quelques erreurs apparaissent en effet dans les premières éditions de Loup Solitaire, bien que des corrections aient été apportées par la suite. Parfois, la réunion des routes était délibérée : tous les couloirs ne sont pas rectilignes, ils peuvent tourner et retourner et se rejoindre !

5. Loup Solitaire était-il dès le début destiné à devenir une série à plusieurs volumes, ou bien les livres #1-2 (en fait, une histoire divisée en deux) eurent-ils un succès si foudroyant qu’il vous motiva à développer la série ?

JD : Je savais que l’histoire complète de Loup Solitaire pourrait s’étendre à au moins 20 livres. Mon premier contrat courait sur 4 livres, et ce qui enthousiasma grandement mes éditeurs était le fait que je disposais d’une toile de fond si détaillée que je pouvais créer des douzaines d’histoires prenant place dans le Magnamund sans jamais me répéter. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est que mes éditeurs n’aient jamais essayé de changer ma vision de ce que le monde devait être, mais me laissèrent le contrôle complet de la façon dont il devait être écrit et produit, du choix de la police à employer jusqu’à l’inclusion de cartes en couleur, et des illustrations intérieures (feuille d’aventure, table de hasard, etc). Le succès commercial immédiat des deux premiers livres m’a heureusement permis d’assouvir mon envie de développer la série, et bien plus encore.

6. Quel est le pire côté de ce business ? Qu’avez-vous ressenti en apprenant la fin prématurée de la collection ?

JD : Loup Solitaire a été un gros succès pendant 12 ans (1984-96). Dès 1996, le livre-jeu disparaissait, et j’avais moi-même évolué sur le plan professionnel. J’avais passé environ 13 ans à écrire des aventures solo, tâche qui implique de passer une grande partie de son temps seul face à une machine à écrire ou un traitement de texte. Ainsi, lorsque la nouvelle est tombée selon laquelle mon contrat s’achèverait avec le n°28, je n’ai pas été trop déçu. Je me suis dit que j’avais créé un solide travail qui, avec un peu de chance, survivrait à l’épreuve du temps. Je suppose que le fait que je sois en train de répondre aux questions d’un groupe de lecteurs espagnols de Loup Solitaire, 20 ans après les Maîtres des Ténèbres, est une réponse positive à mon espoir que Loup Solitaire survive et prospère au cours des années à venir.

7. Vous n’avez pas pu écrire le dernier tome de la saga Loup Solitaire, mais je suis sûr que vous avez déjà pensé à sa fin. Quelle est-elle ? Quel est le titre final de la saga Loup Solitaire que vous auriez aimé écrire ?

JD : J’ai établi les synopsis des livres 29-32 (qui auraient complété la série du Nouvel Ordre), mais je pense qu’il y avait matière à introduire de nouveaux personnages importants dans une sous-série de 4 volumes, comme Astre d’Or.

8. Les aventures de Loup Solitaire existent et sont jouées dans le monde entier, et elles ont été traduites en plusieurs langues ; vous attendiez-vous à un tel succès en écrivant le tout premier Loup Solitaire ?

JD : L’intérêt dont firent preuve plusieurs éditeurs anglais qui lurent mon premier manuscrit était tel que je savais que les livres avaient un certain potentiel, au moins en Angleterre. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’ils puissent être publiés par autant d’éditeurs dans d’autres pays, et aussi rapidement. C’était une époque très excitante pour moi. Le rapide succès commercial des livres me permit de passer tout mon temps de travail à faire ce que j’aimais le plus : les écrire !

9. Comment voyez-vous Loup Solitaire, vingt ans après sa création ?

JD : Je le vois comme mon fils, qui a grandi et est devenu un homme. 20 ans durant, j’ai eu l’impression que Loup Solitaire était devenu majeur. C’est pourquoi j’ai donné mon accord au Project Aon, pour permettre aux fans de Loup Solitaire d’accéder librement à mes travaux via l’Internet. Je suis également heureux que Mongoose Publishing, et August Hahn en particulier, aient créé un RPG Loup Solitaire si fidèle à ma vision initiale. Cela me fait sourire de savoir que les gens qui travaillent aujourd’hui à Moongose Publishing étaient auparavant de grands admirateurs de mon Loup Solitaire lorsqu’ils étaient de jeunes adolescents. En fait, j’ai toujours les lettres qu’ils m’ont écrit il y a 18 ans ! C’est comme si toute l’énergie positive qu’ils avaient acquis en lisant mes histoires pendant l’adolescence avait fini par s’épanouir. Ils ont repris le flambeau du Kai et le brandissent bien haut, faisant découvrir le monde du Magnamund à la génération suivante. Cela me procure un grand sentiment de réussite de savoir que les légendes des Kai et du Magnamund ont eu une aussi grande importance pour autant de lecteurs dans le monde, et qu’à travers leur dévouement et leur loyauté, elles continueront à grandir.

10. Pourquoi ce titre pour le deuxième livre : « Fire on the Water » [Feu sur l’Eau] ? Aimez-vous la chanson de Deep Purple « Smoke on the Water » [Fumée sur l’Eau] ?

JD : Ce titre m’est venu lorsque j’ai vu le Glaive de Sommer lancer une flamme terrifiante au-dessus du Golfe de Holm, à l’apogée de l’aventure. Détail amusant : lorsque j’écoute « Smoke on the Water », de Deep Purple, dans mon esprit, je substitue toujours le mot "smoke" pour "fire".

11. Si vous pouviez réécrire vos livres-jeux Loup Solitaire, y changeriez-vous quelque chose ? Et si oui, quoi ?

JD : Je peux dire en toute honnêteté que je ne changerais rien à la façon dont laquelle j’ai écrit ces récits.

12. Regardons en arrière…Êtes-vous fier de tout ce que vous avez créé ? Notamment Loup Solitaire ?

JD : Fier, et très reconnaissant d’avoir eu cette chance extraordinaire d’avoir été au bon endroit, au bon moment, avec la bonne idée. Je pense que la volonté de laisser une marque en ce monde d’une façon ou d’une autre, avant de mourir, est un point fondamental de la nature humaine. Cela me donne un grand sentiment de fierté et de satisfaction de me dire que j’ai peut-être laissé une marque positive et profonde avec Loup Solitaire.

13. Une discipline Kai favorite ?

JD : Non, je suppose que passer autant de temps à tenter d’équilibrer leur usage dans chaque aventure me demandait de ne pas favoriser en particulier une discipline au détriment d’autres.

14. De quels livres de la saga Loup Solitaire êtes-vous le plus fier ? Pensez-vous que les livres des séries Kai (1-5) et Magnakai (6-12) sont les meilleurs des 28 ?

JD : L’aventure qui m’a donné le plus de plaisir à écrire a été le Tyran du Désert (5). L’une de celles dont je suis le plus fier est la Porte d’Ombre (18). Parmi mes préférées, on trouve aussi la Pierre de la Sagesse (6), la Métropole de la Peur (9) et la Croisade du Désespoir (15).

15. Des 28 livres de la saga LS, lequel est selon vous le plus difficile ? Et dans les 12 premiers ?

JD : Sur les 28, je dirais le #20 : la Malédiction de Naar était le plus difficile à terminer avec succès. Des 12 premiers, le Crépuscule des Maîtres était sans doute le plus délicat.

16. Le niveau de difficulté des Loup Solitaire est « très élevé », et il est très facile de mourir au cours d’une tentative. Comment établissez-vous la difficulté des livres que vous écrivez ? Est-ce que quelqu’un testait les livres ? Jusqu’où la chance peut-elle influer sur la survie de notre héros ?

JD : Je testais méthodiquement chaque aventure tout en l’écrivant, en prenant en compte les bonus des Objets Spéciaux, les bonus d’Habileté et d’Endurance, et les meilleurs/moyens/pires totaux d’H et d’E possibles. À partir de ces tests, je modifiais les caractéristiques des monstres, etc., tentant de trouver un équilibre qui serait efficace pour la majorité des situations et rencontres.

17. Outre le bon sens et la perspicacité du joueur, comment sa personnalité détermine-t-elle les fins heureuses et les missions réussies ? J’ai l’impression que le joueur parfait de Loup Solitaire doit penser comme un soldat : « la décision correcte est celle qui me rapproche de l’objectif de ma mission », négligeant d’autres aspects, notamment éthiques. Par exemple, dans le second livre, à Tarnalin, lorsqu’on donne notre lance magique à notre compagnon, on est condamné. Est-ce la vérité ? Comment doit être le Joueur Parfait de Loup Solitaire ? Ou bien n’existe-t-il pas, et tout se réduit à la chance, l’observation et la perspicacité ?

JD : J’ai longtemps réfléchi au dilemme de la Lance Magique à Tarnalin avant d’opter pour ce qui, dans ce cas précis, va délibérément à ce qu’on pourrait interpréter comme le « choix moral correct ». Loup Solitaire doit être concentré sur son but pour espérer survivre à sa quête. Le futur de son pays, et finalement de tout son monde (même s’il l’ignorait à ce moment-là) se jouait à ce moment-là. La résolution est souvent vue par autrui comme de l’égoïsme. Je voulais renforcer l’impression qu’il était de la plus haute importance que Loup Solitaire accomplisse sa quête, et qu’il aurait donc à faire plusieurs choix moraux difficiles. Plus généralement, j’ai tenté d’éviter de créer des situations où le succès ne dépend que d’un nombre tiré au hasard.

18. J’ai l’impression que le monde de Loup Solitaire est plus ou moins pessimiste, avec des mendiants pitoyables, des aubergistes avares et miséreux, et de nombreux personnages aux buts et aux pensées insidieux. Est-ce un reflet de notre monde réel ? Que ou qui serait Loup Solitaire dans notre monde ?

JD : Il reflète quelques-uns des pires éléments du monde réel, mais il se fait également le champion du bien. Le Magnamund est un endroit dangereux, en particulier à l’époque de Loup Solitaire. Si ce n’était pas le cas, il ne serait pas aussi dramatique, crédible ou attirant. Les meilleurs drames naissent toujours d’un conflit.

19. Cela vous gênerait-il que des fans partent du Magnamund et le modifient pour les besoins d’un jeu de rôle online, uniquement pour jouer avec leurs amis ?

JD : Non, absolument pas. En fait, je l’encourage tout à fait : quel meilleur moyen d’assurer sa longévité ?

20. Avez-vous déjà pensé écrire des romans prenant place sur le Magnamund, mais dont Loup Solitaire ne serait pas le personnage principal (un peu comme les romans Dragonlance, par exemple) ?

JD : Oui. J’ai toujours pensé que je pourrais revisiter le Magnamund à un moment et raconter les récits inédits, développer les personnages, créatures, et recoins du monde qui étaient oubliés dans les séries principales.

21. Pour moi, l’univers de Loup Solitaire est l’un des plus fascinants qu’il m’ait été donné d’aborder. N’avez-vous jamais pensé écrire un roman sur Loup Solitaire, et pas simplement un livre-jeu ?

JD : Oui, voir ci-dessus.

22. Il y a de nombreuses différences entre les livres-jeux et les romans Loup Solitaires. Si les aventures de ce derniers devaient être adaptées au cinéma, quelle version préfèreriez-vous, ou laquelle trouveriez-vous la plus impressionnante ?

JD : J’ai toujours pensé que les livres 1 & 2 combinés feraient un grand film.

23. Est-ce qu’un réalisateur ou un producteur s’est jamais montré intéressé par la création d’un film sur Loup Solitaire ? Aimeriez-vous voir Loup Solitaire en film ou préférez-vous ne voir ses aventures qu’en livres ?

JD : Oui. J’ai vendu les droits de réalisation de la série à trois occasions, mais ça n’a jamais été plus loin que les scripts préparatoires. Hollywood est un endroit très instable !

24. Je pensais que Gary Chalk et vous travailliez ensemble au développement du Magnamund. Quelle est la part de chacun de vous deux qui apparaît dans les livres ?

JD : J’écrivais les aventures, puis Gary préparait les illustrations et les cartes en se basant sur mes directives et cartes originales. C’est ainsi que tous les livres furent produits avec tous les artistes avec lesquels j’ai travaillé sur Loup Solitaire.

25. Pour moi, Gary Chalk est définitivement « l’illustrateur de Loup Solitaire ». Qu’en pensez-vous ? Que pensez-vous du travail de vos collaborateurs dans la conceptions des livres Loup Solitaire, par exemple Gary Chalk et Brian Williams ?

JD : Gary et moi avions établi une ambiance et une apparence très particulières pour les 8 premiers livres. Ensuite, Brian l’a développée dans les livres 9 à 28, et son interprétation de mes personnages et situation était très proche de ma vision originale. Je pense que Gary et Brian ont tous deux réalisé un excellent travail. [...] J’espère que dans 20 ans, de nouveaux artistes réaliseront leur propre interprétation de mes créations, pour le plus grand bien des futurs lecteurs de Loup Solitaire.

À propos du Lone Wolf RPG

1. Avez-vous reçu des demandes de conseils pour le Lone Wolf RPG ?

JD : Oui, j’ai fourni des documents à August pour l’aider à comprendre comment fonctionne le Magnamund, et pourquoi. J’ai droit de veto sur tout ce que produit Mongoose, et je dois donc contrôler et modifier les manuscrits avant qu’ils n’aillent à l’imprimeur.

2. Si oui, avez-vous dû développer encore plus le monde du Magnamund, ou pas ?

JD : Oui : par exemple, de nombreux pays du Magnamund furent développés en détails des années avant que Loup Solitaire ne soit édité, mais ils ne furent jamais le théâtre d’un livre. Le Telchos en est un : développé, mais jamais visité dans les livres-jeux. Je suis heureux que mes travaux sur le Magnamund puissent enfin être lus par tous, grâce au talent d’August et à la détermination de Mongoose Publishing à les offrir aux fans de Loup Solitaire.

3. Avez-vous lu « Loup Solitaire : le jeu de rôles » ? Dépeint-il fidèlement le Magnamund ?

JD : Oui, assez bien, puisque, comme je l’ai déjà dit, j’ai la possibilité de commenter et de modifier les textes avant leur parution. August a, en plus, développé quelques-uns de mes concepts de base encore plus loin. C’est un auteur talentueux, et je suis heureux que son style et ses influences littéraires soient aussi proches des miennes : ses contributions aux mythes et à la magie du Magnamund sont ainsi très proches de mes conceptions initiales.

À propos de Joe Dever

1. Il a été difficile d’entrer en contact avec vous, du moins en tant qu’auteur de livres-jeux, ce qui nous fait penser que vous en avez eu assez de ce genre de publications : est-ce vrai ? Au milieu de votre carrière très hétéroclite, que représente Loup Solitaire pour vous ?

JD : Loup Solitaire représente une importante partie de ma vie. Depuis 1996, j’ai travaillé dans la création et la production de jeux pour PC, Playstation 1, Playstation 2 et téléphones portables. Ce travail m’a occupé pendant la plus grande partie de ces huit dernières années. Je n’en ai pas eu assez des livres-jeux en tant que genre, mais j’en ai eu assez de leur processus de création, très solitaire. À de nombreux égards, Loup Solitaire fut créé en 16 années d’isolement. Travailler en tant que chef de conception d’un jeu vidéo est une expérience créative très différente de celle d’écrire une saga de livres-jeux. J’adore travailler en tant que membre d’une équipe de création, avec des artistes et des programmeurs talentueux, et c’est cet aspect de la production de jeux vidéos qui m’inspire le plus et me donne la plus grande satisfaction en ce moment.

2. En Espagne, la réédition des Loup Solitaire est achetée en majorité par ceux qui avaient déjà vécu le passé glorieux des livres-jeux. Maintenant, avec le recul, quel est votre opinion au sujet du phénomène des livres-jeux ? Quel futur prédisez-vous aux rééditions des anciens titres, ou à la possible publication de nouveautés ?

JD : Cela peut paraître un peu arrogant, mais je n’ai jamais considéré Loup Solitaire comme semblable à une autre série de livres-jeux parue dans les années 80. J’ai toujours cru que le principal aspect de Loup Solitaire était l’histoire, et en définitive, c’est la force des histoires qui déterminera la longévité de Loup Solitaire. J’ai toujours tenté de faire se dérouler l’histoire, autant que possible, avec un minimum de dialogues. J’ai toujours eu la sensation que chaque phrase comptait, et qu’il ne devait pas y avoir de "remplissage". Ma devise d’écrivain était « Peu de mots, beaucoup d’impact », et je la respecte encore, même dans les dialogues que je créée pour les jeux vidéos.

3. Pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet des autres livres-jeux que vous avez écrit, comme la série Freeway Warrior ? Avez-vous dit adieu au monde des livres-jeux ?

JD : Après avoir terminé le livre 12, j’ai senti que j’avais besoin de faire une pause, afin de pouvoir aborder la série Grand Maître correctement. J’avais également besoin de temps pour établir les synopsis des aventures jusqu’au tome 20. J’ai pris une année sans Loup Solitaire pour écrire Freeway Warrior, et bien que ce fut une autre série de livres-jeux, elle se distinguait de Loup Solitaire par sa conception et son contexte. Je voulais essayer d’écrire des aventures à la deuxième personne dans un contexte de science-fiction, même si cela se passait sur notre planète. J’ai eu l’idée d’écrire Freeway Warrior alors que je roulais de Dallas (Texas) à San Diego (Californie), à la fin des années 80. La route sur laquelle je roulais devint la route que suivit Cal Phoenix (le héros) et la colonie de survivants à l’holocauste (DC1 : Dallas Colony One) dans les quatre livres que comportait la série. Les photos et notes prises durant ce long voyage servirent par la suite de matériel de référence pour les livres. Je ne dirais pas que je me suis totalement coupé du monde des livres-jeux actuellement, mais le fait est que mon travail occupe la plupart de mon temps, ne laissant que peu de temps pour d’autres projets, dont les livres-jeux.

4. Avant d’entamer votre carrière solitaire, vous aviez débuté chez Games Workshop, comme d’autres grands auteurs de livres-jeux (Steve Jackson et Ian Livinstone). Comment votre passage dans cette entreprise a-t-il affecté vos travaux ultérieurs – entreprise qui est aujourd’hui devenue une multinationale des jeux de rôle et des figurines ?

JD : J’ai eu la chance de travailler chez Games Workshop à une époque qui est aujourd’hui considérée comme « l’Âge d’Or » du jeu de rôle (1981-86). Je dois dire que quitter GW pour travailler sur Loup Solitaire fut probablement le meilleur choix de carrière que j’aie jamais fait. Si j’étais resté, je doute que les livres-jeux Loup Solitaire aient jamais été publiés, étant donné la menace commerciale envers les Défis Fantastiques de Steve et Ian.

5. Avez-vous lu des livres-jeux d’autres auteurs ? En avez-vous particulièrement appréciés certains (livres ou auteurs) ? Quels sont vos auteurs et livres favoris ?

JD : J’ai lu des livres-jeux, bien que pendant que j’écrivais Loup Solitaire, je me fis un point d’honneur de ne lire aucun autre livre-jeu, ne voulant être influencé par eux en aucune façon. Mes auteurs et livres favoris ? Ceux qui m’ont le plus influencé sont : Tolkien (sans lequel je pense que la fantasy en tant que genre n’existerait pas aujourd’hui), Michael Moorcock (j’étais un grand fan d’Elric pendant mon adolescence), Mervyn Peake (j’adorais l’ambiance gothique de sa trilogie Titus Groan, notamment Gormenghast), Alistair Maclean (un grand romancier d’aventures, ses histoires avaient toujours beaucoup d’allure et s’achevaient en coup de théâtre), et H.P. Lovecraft (les description des horreurs de Cthulhu me laissaient souvent tremblant de peur). D’autres auteurs que j’ai lu et admiré : Shakespeare (il a été le premier, et le meilleur !), Sir Walter Scott, Arthur Conan Doyle, Steven Donaldson, Robert Holdstock, David Eddings, William Burroughs, R.E. Howard, et Stephen King.

6. Que faites-vous en ce moment ? Quels sont vos projets ?

JD : Je travaille actuellement chez Digital Bridges Ltd, une compagnie de jeux pour téléphones portables dont j’ai rejoint le conseil d’administration. Nous faisons des jeux pour portables et les distribuons en Europe et aux Etats-Unis. C’est une période très excitante dans le monde des jeux pour téléphones portables, les supports et la technologie ont atteint un point où de grands jeux peuvent être faits pour les portables. Et puisque presque tout le monde a un portable désormais, la possibilité d’atteindre un vaste public est très excitante, à la fois dans une perspective commerciale et créative.

7. À part écrire, quels sont vos passions ?

JD : J’aime le vol, la plongée sous-marine, et le tir aux pigeons d’argile. Je fais régulièrement de la gym, peut-être trois ou quatre fois par semaine, mais je ne suis pas sûr qu’on puisse considérer ça comme une passion !

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