Textes du Vietnam
Lettre du Vietnam (première
partie): texte sur le Delta du Mekong,
écrit le Lundi, 3 Mars
2003 Lettre du Vietnam
(deuxième
partie):
texte sur les trafiquants de cigarettes et la visite aux tunnels de Cu Chi,
écrit le Mercredi, 5 Mars
2003 Lettre du Vietnam
(troisième
partie):
texte sur HoChiMinh Ville,
écrit le
Vendredi, 7 Mars
2003 Lettre du Vietnam
(quatrième
partie):
texte sur Hoi An, Hue, Hanoi et la
Baie d'Halong, écrit le
Samedi, 8 Mar
2003 Lettre du Vietnam
(derniere
partie):
texte sur le nord du Vietnam: Sapa et
DienBien Phu, écrit le
Lundi, 10 Mar 2003
Lettre du Vietnam
(première partie)Lundi, 3
Mar 2003 16:09:55 +0100
(CET)Fevrier 2003, Vietnam
SudLe Vietnam est un grand
pays que l'on peut séparer en trois parties: le Delta du Mekong au Sud,
les Hautes-Plaines au Centre et finalement le Nord où on retrouve tout le
reste: la capitale Hanoi, le Golfe du Tonkin et le Grand-Nord où
vivent les tribus colorées du pays.
Durant la
célèbre guerre on avait plutôt
tendance à séparer le Vietnam en deux... le Nord
où les méchants Communissses sévissaient et le
Sud où combattaient les défenseurs de la liberté et de
la démocratie. Bien entendu, c'était beaucoup plus
compliqué que cela. Mon chum le sait, il a fait un travail sur le sujet
dans le cadre de son bac en sciences politiques. Travail pour lequel il s'est
mérité un A+ soit dit-en
passant...C'est donc forts de
ce bagage encyclopédique et animés de la foi du pélerin
premier de classe que nous foulions le sol Vietnamien, en bateau, par les voies
fluviales du Delta du Mekong: "le bol de riz du pays" comme on dit du Canada
qu'il est "le grenier du monde". En effet, des rizières,
en veut-tu en vlà... Le majestueux Mekong (3ème plus long
fleuve d'Asie, pour dix points quels sont les deux premiers ?) se
sépare dans le sud du Vietnam en neuf branches avant de se jeter dans la
mer de Chine un peu plus bas sur la mappe. Partout de la jungle tropicale
et des rizières à perte de vue. Il va sans dire qu'on y retrouve
plus de pirogues que d'autos et "Thanks God", ils n'ont pas encore
découvert le Sea-doo
!Aujourd'hui, le Delta du
Mekong est de toutes les beautés et vaut franchement le détour.
C'est difficile d'imaginer que durant la guerre Américaine (comme on
l'appelle ici), les champs étaient dévastés et
présentaient des allures lunaires. C'est que voyez-vous, les ptis
verrats de Communisses ont profité des caractéristiques
topologiques du Delta pour se cacher et ourdir leurs plans d'attaque contre les
bons défenseurs de la démocratie qui dominaient le Sud du pays.
Ces derniers n'ont eu d'autres choix que de vaporiser le Delta au grand
complet avec toutes sortes de nouveaux produits exfolients s'ils voulaient voir
où se cachaient les ptits mécréants aux yeux
bridés.Mais attention,
il y a deux sortes d'exfolients : le premier de type Bioré est
répandu généreusement sur la surface de
la peau pour effacer les petits boutons qui nous
énarvent.... Le second, de type largué par un B-52, est
répandu généreusement sur la surface de la terre
pour effacer les gens qui nous énarvent... Alors pour éviter
toute méprise, on vend le premier en petit pot et l'autre au gallon. Un
de ces nouveaux produits portait le nom évocateur d'Agent Orange, un
exfolient assez puissant merci dont les effets sur le système
génétique des gens continuent de faire des ravages: même
après trente ans, les enfants des personnes exposées ont
des enfants
difformes...Toujours est-il
que maintenant qu'ils ont fait un beau ménage, on peut se promener
tranquille dans les bayous, manger des rouleaux impériaux au
marché flottant et même faire trempette si la couleur de l'eau
ne vous rebute pas trop... Disons que cette fois-ci, j'ai sauté mon
tour... ayant déjà donné au
Cambodge.
Ceux et celles inscrit-es aux
lettres de mon chum ont pu savourer l'anecdote relatée à
grands renforts de détails. Moi, Boudha sait pourquoi, j'ai
omis d'en parler dans ma lettre sur le Cambodge. Pour faire une histoire
courte, nous sommes venus à Kratchie, bourgade sise sur le bord
du majestueux Mekong, pour y voir les derniers dauphins Irrawady (vous vous
souvenez ?). Littéralement, nous avons fait le voyage sur le toit du
bateau, une sorte de Jetboat effilé, long d'une quinzaine de
mètres (50 pieds pour ma mère) et large d'à peu
près trois mètre (large comme ta cuisine moman). Ce serait pas si
pire si le bateau ne roulait pas à 160 km à l'heure (100
milles à l'heure) et s'il y avait de quoi pour se retenir.
Nous, comme nous étions les derniers à y monter, nous avons eu
droit aux meilleures places : Trevor entre deux beaux petits Cambodgiens qui
l'ont gavé de cochonneries tout le long du voyage, et moi entre deux
motos Honda qui tenaient debout par miracle, attachées par deux bouts de
cordes à la rampe du bateau. Quatre heures dans ces conditions
infernales. Inutile de vous dire qu'en arrivant, j'étais un tantinet
étourdi.
Avec tous mes
gréments autour du cou (incluant notre nouvelle et très
chère caméra Nikon dernier cri) j'ai sauté sur le
parapet qui glissait comme les rues de Montréal après une averse
au mois de janvier et Flop ! direct dans le majestueux Mekong. Comme
entrée triomphale devant le tout Kratchie rassemblé sur le quai,
c'était vraiment réussi... Et mon chum qui criait "Help, help!
Save the camera...". End of the Story... Pis je veux pu en entendre
parler.Toujours est-il que, le
Delta du Mekong. Les deux premiers jours, nous les avons passés assis
à la fenêtre de notre chambre d'hôtel. Du troisième
étage, on y avait une vue imprenable sur les va et les vient (comme
dirait mon chum), des habitants de la cité flottante qui s'animait devant
nous. Je disais à Trevor, "Il ne te manque qu'une jambe dans le platre,
et on pourrait jouer à "Rear Window" d'Alfred Hitchcock". Naturellement,
il ne savait pas de quoi je parlais mais bon. Vous qui avez plus de culture
qu'un pot de Yaourt, vous avez compris à quoi je faisais allusion! Des
centaines de maisons construites sur pilotis, abritant des familles
complètes incluant les cochons et les poules. La pirogue devant la porte,
tel le char chez-nous, toujours pratique pour faire un saut au dépanneur,
rendre visite au voisin ou même revenir sur la terre ferme pour y faire
Boudha sait quoi !
Du haut de notre perchoir,
nous avons eu droit au brassage des poissons qui fermentent dans des grands
vases pour y faire le fameux Nioc Nham (saumure aux effluves envoûtantes
s'il en est, que je n'ai pas ramené de peur des poursuites d'Air
Canada si ça pétait dans mes bagages), à l'entretien
des petites piscicultures que chaque famille semble avoir dans le milieu de la
galerie d'en avant, au lavage des bébés et aux ablutions
personnelles de Papi... et tout ça, dans le majestueux
Mekong!Dans un autre village,
nous avons opté pour le séjour en famille. Après une petite
balade en bateau, nous accostions dans cette magnifique maison tipico
vietnamienne où nous attendait la famille, qui après les
salamaleks d'usage nous montrait où nous allions dormir
: derrière la maison s'enlignaient de petites huttes de paille
datant de l'époque des trois petits cochons, montées sur pilotis
par dessus une swamp (étang glauque en français), où
règnaient d'innombrables colonies de moustiques tous porteurs de la
malaria, de la fièvre Dengue, de l'encéphalite japonaise et autres
choléras. Pour arriver aux petites huttes en question, il fallait encore
passer par dessus la marre aux crocodiles et contourner le gros pithon
de 6 mètres de long (20 pieds pour moman, comme
ton salon), qui nous tirait la langue, la tête au complet
passée au travers la clôture Frost qui l'empêchait de venir
nous étouffer. Prenant mon courage d'une main et ma caméra Nikon
dernier cri de l'autre, je traversai sur la planchette qui servait de
passerelle, la marre aux crocodiles pour enfin atteindre la petite hutte
où nous attendait un lit où même les petits cochons auraient
refusé de dormir... Mais étant à plusieurs
kilomètres du Hollyday Inn le plus proche, nous n'avions d'autres
choix que de faire des Robinson Crusoë de nous et de
rester.Au moins, nous
étions ensemble ! Nous pouvions nous coller et nous gratter
mutuellement des piqûres mortelles qui ne manqueraient pas de nous
transformer en pelote d'aiguilles dans les heures qui allaient suivre. C'est du
moins ce que nous pensions. Quand nous eûmes déposé nos
gréments sur le plancher qui nous séparait des
crocodiles, notre hôte me prit par le bras et me fit comprendre
qu'une autre hutte m'attendait, que celle-ci était destinée au
gros monsieur qui commençait déjà à se gratter. J'ai
eu beau lui faire toutes les simagrés inimaginables pour lui faire
comprendre que monsieur accompagnait madame et qu'il n'était pas question
qu'on fasse hutte à part, que j'avais peur des fantômes et des
maringouins, le gars ne voulait rien savoir. Il avait décidé que
je couchais dans la hutte d'à côté... Ne voulant pas
déplaire à notre hôte, je décidai
d'obtempérer. Bien résolu par contre, au risque de me voir
dévorer tout rond, sinon par les crocodiles sûrement par les
moustiques, à revenir dans la hutte de mon petit cochon
aussitôt que le méchant loup aurait
disparu.Bref, nous fûmes
extrêmement déçus de notre nuit chez l'habitant, bien que le
souper offert se voulait copieux et particulièrement savoureux :
crevettes et poissons n'ont pas su nous faire oublier que nous étions
bien seuls dans notre
paillotte. Parlant de
déception, il n'est pas rare d'entendre les visiteurs se plaindre du
comportement aggressif et bassement mercantile des Vietnamiens quand
vient le temps de nous aborder. Effectivement, nous avons observé ce
trait particulier chez plusieurs personnes avec qui nous avons eu commerce. Il y
a un dicton qui dit : les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le
regardent pousser, et les Laossiens l'écoutent pousser. Ce qui exprime
assez bien le tempérament du pays.
C'est probablement aussi
grâce à ce tempérament aggresssif et fonceur que le pays a
gagné toutes ses batailles (Chine, Japon, France et les
Zétats). Et c'est aussi sur celui-là qu'il compte pour gagner
la bataille économique qu'il livre depuis son indépendance contre
les puissants Dragons qui l'entourent : sa grande soeur fatikante la Chine,
la riche et prospère Thailande, Singapour et la Malaisie. Pour un
pays communiste, il s'agit d'un très grand défi, que la
Nomanklatura du système relève avec brio moyennant quelques
entorses aux enseignements de Marx, quelques pots-de-vin et beaucoup de
corruption. Le rapport mercantile que le Vietnamien-petit-marchand entretient
avec le touriste de passage est le reflet de cette attitude
déterminée qui caractérise le pays. Vendre à tout
prix, Lucky you, la première et dernière vente de la
journée sont critiques. Le reste de la semaine en dépend...
Le Sud, toujours le
SudC'est par le
Détroit du majestueux Mekong que nous avons gagné Ho-Chi-Minh
Ville (je pensais à ça l'autre jour et je me suis dit que si on
avait gagné le referendum de 1995, peut-être que Montréal
s'appelerait aujourd'hui "Jacques-Parizeau Ville"... Scary!). Notre
séjour à Saïgon sera donc le sujet de ma prochaine chronique
que j'aimerais bien vous envoyer
demain...A tout de
suitePierre_______________________________________________Lettre
du Vietnam (deuxième
partie)Mercredi, 5 Mar
2003Le Sud, toujours le
Sud...Le Vietnam n'a de
communiste que le nom. Mes souvenirs des pays ayant adopté ce type de
régime sont entre le gris, le beige et le drabe. Tout est lette, tout est
frette. Quand c'est le temps du chou, on mange du chou, pis quand c'est le temps
des confiture, on mange des confitures. Tout le monde est habillé pareil,
peigné pareil (comme les ados quoi !). Le monde de la mode et de la
décoration intérieure (pour ne nommer que ces
deux-là) n'ont rien perdu le jour où le mur de Berlin a pris
le bord. Alors qu'au
Vietnam... on trouve de tout. "Name it, y l'ont". Le touriste
héberlué est surpris de voir s'afficher tout le long des
autoroutes et des grandes avenues les grandes marques de chars, de TV, de
cellulaires ... Tellement qu'on se croirait en Thaïlande. Mais comme le
revenu moyen de l'individu moyen est en moyenne de 500 US par année,
on se demande bien comment la personne peut se payer toutes ces belles
bébelles, souvent faites au Vietnam par ailleurs.
Non, sans farce, regardez dans
vos affaires. Je vous jure que vous devez avoir des trucs "Made in Vietnam".
Moi, ma sacoche et mon sac à dos sont faits ici (j'entends
déjà Daniel Haché et d'autres vilaines langues que je
connais faire les gorges chaudes en transformant ces deux objets anodins
en subtile métaphore genre: La sacoche et le sac à
dos au Vietnam !.).Ce type
d'économie, d'après mon chum qui a fait un travail
là-dessus, s'apparente beaucoup plus au capitalisme sauvage qu'au
capitalisme d'État auquel aimerait nous faire croire les dirigeants
du pays. Mon chum va même jusqu'à dire que ce modèle
marchand ressemble à s'y méprendre au FACHISME... oui, oui ! Les
dirigeants du pays s'accaparent les moyens de production du capitalisme, empoche
les bénéfices et socialise les pertes (sounds familiar
?).
Prenez un exemple au
hasard: la cigarette. Comme bien de consommation (mon chum dirait plutôt
"mal de consommation" mais bon ). Personne en a les moyens mais tout
le monde fume. On trouve partout des Rothmans, des Malboro, des Craven A,
et même (tenez-vous bien) des Alain Delon... Mais j'ai pas vu de Mark Ten.
J'pense qu'ici aussi c'est kétaine. Au Vietnam ce ne sont pas
les Indiens qui en font la contre-bande (ce serait trop dispendieux de les
faire venir: l'avion, l'hôtel etc. Le paquet reviendrait trop cher),
mais bien des madames vietnamiennes qui ont l'air des madames
vietnamiennes comme celles qui nous passent entre les jambes chez Waldman. Du
moins jusqu'à ce qu'elles s'enroulent leurs paquets de cigarettes
autour des jambes, de la taille, des bras... tous maintenus entre eux par des
LASTIQUES DE FACTEURS ! Elles tentent de dissimuler le tout en portant d'amples
vêtements... Voyons donc ! Faudrait qu'elles se mettent sur le dos les
tentes du Cirque du Soleil pour pas que ça se voient ! Avec tout ce
qu'elles s'enroulent sur eux-autres, elles pèteraient les coutures des
robes de Lise Payette. Elles ont l'air du bonhomme Michelin qui ferait de
l'annonce pour du
Baloné !En tous
cas. Proche des frontières avec le Cambodge, dans le milieu du Delta du
Mekong, on en a vu une délégation envahir notre autobus. Mon
chum pis moi, on voulait mourrir tellement qu'elles étaient drôles.
On en croyait pas nos yeux. Comment elles faisaient pour s'assoeir ? Le Bon
Dieu le sait et le Diable s'en doute comme dirait ma mère... Si j'avais
pas eu peur de me faire casser mon Kodak sur la tête, c'est sûr que
j'aurais pris des portraits. Mais fallait pas rire. C'était quand
même de la contrebande qui se déroulait devant nous. D'ailleurs
ça m'étonne que mon chum ne les ait pas dénoncées
aux autorités "on the spot", tuant ainsi dans l'oeuf la chose qui
l'écoeure le plus au monde après Georges Bush...
Autre
moment mémorable : notre visite aux Tunnels de Cu
chi, à trois heures de route de Ho-Chi-Minh Ville, un
réseau long de plusieurs kilomètres reliant le nord au sud qui a
permis aux guerilleros de la fameuse guerre de sévir au coeur même
du territoire contrôlé par les alliés des américains.
Quoi de mieux pour accompagner une telle visite qu'un
vétéran qui a servi de traducteur aux américains
pendant la guerre et qui a vécu les sympathiques camps de
ré-éducation ? Et qui peut-être plus attentif et
intéressé par le discours de ce noble soldat de la
liberté qu'un groupe de jeunes américains en vacances dont la
moyenne d'âge mental est à peu près à la même
hauteur que la taille de leur pantalon ? Comme complément de programme,
nous avions droit au champs de tir, où pour quelques dollars, on pouvait
vider une cartouche complète de beaux pétards pis faire comme si
que... Nous en avons été malades...
Vous qui nous connaissez
bien savez que l'histoire ne s'est pas terminée-là. Après
avoir dit assez sèchement au guide traducteur vendu-aux-américains
que son discours n'était ni plus ni moins que de la contre-information et
du révisionnisme historique (en vietnamien ça donnait quelque
chose comme : iou fou lov chitte ), nous sommes remontés aux hautes
instances de la compagnie et implorer de grâce qu'on libère ce
pauvre homme de la tâche ingrate de raconter une épisode de sa vie
qui l'avait fait terriblement souffert et dont il ne pouvait parler sans dire
des insanités. Et pour finir en beauté, mon chum a écrit un
texte de deux pages qu'il a envoyé au "Lonely Planet" pour dissuader les
gens de faire afffaire avec "Saigon Travel". Et pan dans les
dents...Comme je suis
maintenant de retour à Bangkok pour une couple de jours et que j'ai
accès à un ordi au coin de la rue, je vais m'arrêter ici et
vous reviendrai demain pour la continuation de nos palpitantes
aventures...Demain, tout sur
Saïgon (heu! Ho-Chi-Minh Ville) ... and more
!A tout de
suitePierre______________________________________Lettre
du Vietnam (troisième
partie)Vendredi, 7 Mars
2003Ho-Chi-Minh Ville,
Comment s'appelle une
personne qui vit à Ho-Chi-Minh Ville ? Un Ho-Chi-Minet/Minette
ou un Ho-Chi-Minou-Minoune ? Vous voyez ben que ça se peut pas !
Donnez des noms d'hommes à une ville ! Quelle horreur ! Tôt ou
tard, tu t'en mords les doigts. Pensez à Léningrad et Stalingrad
qui sont redevenues St-Petersbourg et Volgograd. Monsieur Staline, le petit
père du peuple dont on ne sait même plus comment
célébrer l'anniversaire de sa mort... On l'a-tu empaillé
celui-là ? Parlant de
momies, avez-vous vu les images du dernier Congrès du parti Communiste
Chinois? Ca avait l'air d'un Conventum de la Secte des adeptes du Gracian
Formula dont Camille Laurin au Québec était le porte-parole.
Faudrait leur dire: "Hey! Youhou! On peut pas avoir 105 ans pis les cheveux
Blue-Jet ! C'est impossible..." Les faiseurs d'images chinois auraient
intérêt à se recycler en thanatologie. Ils le savent-tu que
depuis qu'on a la TV en couleur, on ne peut plus utiliser la pottée pour
les chars comme
maquillage ?Inutile de
vous dire que j'ai sauté à Ho-Chi-Minh Ville, la visite de la
momie d'Ho-Chi-Minh... (après vérification, il s'avère que
la momie est plutôt à Hanoi). On le voit suffisamment partout: sur
les billets de banque et dans tous les endroits publics. Un peu comme le roi de
la Thaïlande ou plus près de nous, notre chère Elizabeth II.
Pauvre Prince Charles: il était aux couches quand sa mère fut
couronnée et au rythme où vont les choses, il le sera à
nouveau quand il montera enfin sur le trône
!Bref, je suis contre le culte
de la personnalité et le donnage de nom de bonhomme à des villes.
Je l'ai déjà dit : pensez aux noms qu'on aurait si on changeait le
nom de Montréal pour Jacques-Parizeau, Jean-Chrétien ou
Pierre-Elliot-Trudeau (qui se transformerait très vite en PET Ville et
nous les Péteux et les Péteuses).
Je crois que mon chum et moi,
on était les deux seuls à utiliser le terme Ho-Chi-Minh Ville
(politically correcness oblige) car à part les brochures touristiques et
les formulaires officiels, tout le monde dit Saïgon. Ville que
personnellement j'ai adorée: c'est gros, ça bouge, y'a plein
d'animation partout et c'est délinquant juste ce qu'il faut. Mais c'est
encore loin de Bangkok sur le plan de la densité de population, de
pollution et surtout, de circulation automobile. Même qu'ici, l'auto est
remplacée par la moto... Le sous-titre du dernier guide "Lonely Planet"
sur le Vietnam était: "From Ho-Chi-Minh to the Honda Dream !" Ca m'a pris
un petit bout avant de réaliser que le "Honda Dream" ne faisait pas
référence au rêve de tous les Vietnamiens d'avoir une moto
(même si c'est ça pareil) mais se rapportait plutôt
froidement au modèle Honda du même
nom...
La moto est ici beaucoup
plus qu'un moyen de transport. L'utilisation qu'en font les habitants du Sud-est
Asiatique en général et du Vietnam en particulier est tout
à fait ahurissante. On s'en sert bien sûr pour se déplacer
d'un point à un autre: j'ai vu jusqu'à 4 personnes se balader
allègrement sur une moto dont deux filles assises en Amazones ! C'est
vrai qu'elles étaient pas grosses mais quand même! Mais on s'en
sert aussi pour transporter des marchandises diverses: des vitres, des miroirs,
des animaux (cochons, poules...), pour donner des courses à des cyclistes
fatigués (les gens s'accrochent en grappe à la moto), et
même pour dormir. On y ajoute une remorque et ça devient un
Touk-Touk (le taxi collectif du
peuple).Non seulement la
plupart des gens conduisent-ils leur moto sans permis, mais ici le port du
casque, c'est pour les singes. La famille au complet avec le bébé
de deux ans s'accrochant comme il peut assis sur le réservoir à
essence et "Lets Go" on embraye. On compte en moyenne à Saïgon
seulement, autour de trois accidents mortels par jour. Les statistiques ne
parlent pas de l'âge des victimes. Le gouvernement veut bien essayer
d'exercer un certain contrôle mais si vous voyiez le nombre de motos dans
les rues, vous comprendriez que ça se fait pas en criant
ciseau.
Le nombre hallucinant de motos
dans les rues font de leur traversée une aventure en soi. Comme au
Québec, traverser à un passage clouté ne veut absolument
rien dire pour le fou qui s'en vient à fond la
caisse. Quiconque est venu au Vietnam vous racontera sa petite histoire sur
le traversage de rue. Quant à nous, une Américaine du Texas
(donc très Western elle-même) nous a enseigné sa
méthode : tu fixes un point l'autre côté de la rue et
tu commences à marcher, tu gardes toujours le même rythme pour
permettre aux motocyclistes d'évaluer la distance et le temps qui vous
sépare et SURTOUT TU N'ARRÊTES PAS ! Prenant notre courage à
deux mains, nous avons expérimenté la méthode et ...
ça marche ! A la fin, j'étais tellement à l'aise que je me
suis planté au beau milieu de la rue pour prendre une photo de la horde
de motos qui s'en venait ! Méchant malade
!On ne pouvait venir à
Saïgon sans aller jeter un coup d'oeil au fameux musée sur les
objets témoins de guerre (traduction boiteuse du "Museum on War Remains")
qui s'appelait pas très subtilement jusqu'à la visite de Bill
Clinton en 1993, "Museum of American War Crimes". Aussi heavy que le
musée du même genre que nous avons visité à Pnom Penh
au Cambodge, on y souligne lourdement les conséquences de la guerre sur
la population dont les malformations congénitales engendrées par
les produits chimiques. Et comme par hasard, en sortant du musée, un cul
de jatte manchot nous attendait pour nous offrir sa marchandise: en l'occurence
des livres sur les horreurs de la guerre... Et dire que les Boudhistes croient
en la réincarnation ! Mettons que cet homme a encore une couple
de vies devant lui avant d'atteindre le
Nirvahna. Demain je vous
reviens avec le Centre du Vietnam. Trevor et moi avons calculé qu'en un
mois nous avons fait 2 heures d'avion, 10 heures de train, 10 heures
de bateau et 65 heures d'autobus ... Nous sommes en train de calculer tout
ça pour l'ensemble du voyage. Nous vous ferons part bien sûr des
statistiques finalesA
tantôtPierre__________________________________________Lettre
du Vietnam (quatrième
partie)Samedi, 8 Mar
2003Chères amies,
chers amis, Veuillez
considérer mes lettres comme une humble tentative pour vous
distraire l'esprit des horreurs dont nous nous
préparons à être témoins sous les hospices de
notre ami Georges Bouche et ses généraux
sanguinaires.Vous
écrire me permets à moi d'oublier leur existence au moins pendant
quelques heures...Bonne
lecture Salut
le sud, bonjour le Centre, allo le Centre-sud
!Non, non, c'est une
farce. Le Centre du Vietnam n'a rien à voir avec le Centre-sud... Mais
avant de vous raconter cette partie de notre périple, j'aimerais
répondre à une question qui m'a été posée par
une fidèle lectrice, laissée perplexe par l'expression "jeunes
filles assises en amazone sur des motos" utilisée dans mon dernier
"Blurb" (comme disent les anglais). Comme je suis certain que mes nièces
en ont jamais entendu parler non plus, je vais partager ma connaissance
encyclopédique avec vous
tous.Alors, dans le temps
où tout le monde se promenait à cheval, les jeunes filles de bonne
famille, avec leurs robes longues et leurs crinolines, ne trouvaient pas
très pratique d'enjamber le cheval pour s'assoeir dessus. Et probablement
que la religion aurait pas aimé ça non plus de peur que ça
leur donne des sensations interdites... Alors elles s'assoyaient de
côté sur le cheval, les deux jambes sur le même bord. On le
voyait pas à cause de leurs grandes robes mais sur la selle, il y avait
un petit mognon qu'elles serraient entre leurs jambes pour se retenir... et
probablement pour se procurer des sensations interdites aussi. Mais ça,
on le sait pas!. Cherchez-moi pourquoi on appelle ça s'assoeir en amazone
mais bon, c'est comme ça que ça s'appelle. Et maintenant de
grâce, ne me demandez pas ce que c'est que des "sensations interdites"
!Ceci dit, ce n'est pas assis
en Amazone en moto que nous avons découvert le Centre du Vietnam
mais bien en autobus. Croyez-le ou non, ça nous a coûté $21
US chacun pour un billet ouvert en autobus, air-climatisé, pour faire le
voyage entre Saïgon et Hanoi (1 700 km) incluant des arrêts d'une
durée illimitée : à Nah-Trang, pour permettre à
mon Cousteau de chum de faire de la plongée sous-marine ; à Hoi
Han, une petite ville joyau classée Patrimoine Mondial par l'Unesco, pour
célébrer le nouvel an chinois qui tombait cette année le
1er février ; à Hue (prononcez Houwé), ancienne ville
impériale ou repose en paix la Dynastie des N'Guyen qui ont
régné pendant plus de 150 ans sur le pays; et finalement Hanoi, la
capitale, que nous avons tous les deux adorée et qui est, parmi toutes
les villes que nous avons visitées ces derniers mois, celle où
j'habiterais volontier pendant un certain
temps.Parmi toutes les
beautés qui nous ont été données de
voir, soulignons celle des gens. Les Vietnamiennes et les Vietnamiens sont
très beaux. Ils ont tous l'air d'avoir 20 ans jusqu'à ce qu'ils en
aient 35, puis à partir de 40, par un curieux phénomène,
ils ont l'air d'en avoir 55 ! Un jour à Hoi Han, alors que je visitais
une magnifique demeure bourgeoise de marchand chinois, datant du XVIIème
siècle, époque où le port de la ville était un des
plus importants de la région avant que la rivière ne se
dessèche, j'étais accompagné de l'hôte de la maison,
fier représentant de la septième génération à
y loger: un vénérable monsieur à qui je donnais autour
de 70 ans. Nous prenions du thé vert, assis confortablement sur
d'immenses coussins de soie vert-de-gris, devisant tels des mandarins sur le
cours du WonTon, lorsque je m'enquérai-je : "Vous devez trouver ça
untipeu plate de rester tuseul dans cette belle grande maison, qui malgré
ces belles dorures et son parquet lustré n'en craque quand même
passablement beaucoup, non ?" "Pas du toutdutout", me répondit
mon honorable ami. "Je ne suis pas tuseul, j'habite avec ma maman". "Oh!"
supris-je, "Votre maman doit bien avoir autour de 100/105 ans, si je me fie
à la céleste vision que j'ai devant moi". "Hihihihi... mais non,
je n'ai que 48 ans, vous savez !". Heureusement que j'étais
déjà assis, le choc fut ainsi mieux absorbé. J'aimerais
bien savoir qu'est-ce que les Vietnamiens mangent (boivent ou fument) pour ainsi
l'éviter et me prémunir de l'engeance qui semble tous les frapper
de cette étrange
façon.
Depuis les cinq derniers mois,
le seul jour où il a plu coïncidait (d'après le calendrier
lunaire chinois) avec le jour où nous avons visité les tombes des
empereurs de la dynastie N'Guyen à Hue en moto. Mon chum a
attrapé une bronchite et moi je crois que j'ai attrapé ce qu'on
appelle "des hémorroïdes" ? Quelque chose dont j'ignorais
jusqu'à ce jour les pernicieuses caractéristiques. A la pharmacie,
bien qu'armé de deux "phrases book" et d'un dictionnaire
anglais/vietnamien, je n'arrivais pas à trouver le mot pour
décrire auprès de la pharmacienne le mal qui me rongeait là
où vous savez. En faisant des signes pointant la région
affectée, la souriante dame me ramena des produits contre la
dhiarrée, j'ai dit non, contre la constipation, j'ai dit non... J'ai
dû me résoudre à faire appel à mes talents d'artiste
et lui dessiner un petit rond avec des petits poils tout le tour. "Yes,
yes" s'exclama Fleur de lotus. Et elle revint quelques minutes plus
tard avec des gouttes pour les yeux... Je les ai achetées au cazou
!
Enfin Hanoi ! On ne peut
s'imaginer cette ville avant d'y être allé. Le vieux Hanoi est
lui aussi "Patrimoine Mondial Proof". C'est donc là que nous avons
élu domicile lors de notre séjour. Vous qui ne manquerez pas
d'aller voir "The Quiet American" remarquerez que le film a été
tourné à Hanoi pour les scènes qui se déroulaient
dans le Saïgon des années 50, et à Hoi Han pour
représenter Cholon, son quartier chinois. Ce qui frappe en premier
c'est l'extraordinaire fraîcheur du climat et puis c'est
l'élégance des gens. Les femmes, littéralement
enveloppées dans leur Ao Dai, robe de soie moulante fendue sur le
côté à la hauteur de la cuisse (mais portée avec un
pantalon durant le jour, quand même), se transforment en de fines
chrysalides, visions éphémères mais hors de la
portée du temps. Les vêtements de soie ne sont qu'une des belles
choses que l'on peut se procurer à des prix défiant toute
concurrence. La Maryse Perreault en moi s'en est donné à coeur
joie dans les beaux magasins dont regorge la ville
!C'est aussi à Hanoi
que nous avons lié connaissance avec Kate et Kim, un couple
d'Australiennes tout à fait charmantes parties en voyage pour un an, qui
collent à nos bottes depuis que nous leur avons souri... C'est pas
qu'à deux on s'ennuie mais mettons que ça fait du bien
d'échanger à quatre pour faire changement. Les deux ont dans la
vingtaine, Kate, enseignante au secondaire est rasée et tatouée
sur les bras. Kim, maitresse d'école au primaire, arbore fièrement
sa boucle d'oreille dans le nez et son clou dans la bouche. Je suis sûr
qu'elles n'enseignent pas dans une école
catholique.En même temps
que nous avons connu Kim et Kate, nous avons découvert la Bia Hoi :
excellente bière en fût offerte au prix ridicule de 15 sous le
grand verre dans toutes les gargottes de Hanoi. Mais je dois vous faire
quand même un aveu. Moi qui parle mieux l'anglais que je ne le comprends,
j'ai untipeu de misère avec le gros accent de mes nouvelles amies. J'ai
dit à Trevor que si des fois j'avais l'air dans le coma après
quelques heures en leur compagnie, ce n'est pas nécessairement à
cause des Bia Hoi... Mon chum
a aussi profité de la présence de nos amies autour de la table au
restaurant pour mettre ses plans sanguinaires à exécution et ainsi
faire porter sur quatre paires d'épaules le poids de son
méfait : manger du chien... Pour que ça passe bien, vous
n'avez qu'à boire une couple de Bia Hoi avant et penser que vous croquez
le chien du voisin qui vous réveille à tous les matins à 5
heures. C'est ce que j'ai fait et j'ai tout très bien
digéré. On ne peut pas dire que ce soit mauvais, ça
goûte entre le porc et le poulet, mais ça goûte surtout le
chien du voisin...Pour
terminer en beauté cette partie du voyage, avant d'entreprendre la
découverte du grand-nord, nous nous sommes payé la plus belle des
excursions en bateau sur la magnifique Baie d'Halong (elle aussi classée
!). Imaginez des pains de sucre comme celui de Rio, dont on ne voit que le
sommet, poindre par centaines dans une baie brumeuse perçée ici et
là par des rayons de soleil...
Bon, je vous ai assez
écoeuré pour
aujourd'hui.A tout de suite
pour la suite de nos aventures dans le grand-nord
VietnamienPierre____________________________________________Lettre
du Vietnam (derniere
partie)Lundi, 10 Mar
2003Cher vous
autres,Enfin nous voici
arrivés à la dernière portion et non la
moindre de notre périple Vietnamien. Au rythme où je vous ai
inondé ces derniers jours, certaines personnes auraient pu se
désabonner de la liste d'envoies. Personne ne l'a fait. Je vous en
remercie. Evidemment, je n'ai aucun moyen de vérifier quels sont ceux et
celles qui ont identifié mes carnets comme étant du SPAM. Vous
savez ces petits messages non sollicités qui tous les jours obstruent nos
boîte de courriels
? Sans plus tarder et
sans d'autres préambules, retournons à nos
moutons.Le Grand-Nord
VietnamienAvant de monter
sur le train de nuit qui nous amenait dans les montagnes vers Sapa, Trevor me
conseilla d'aller au coin de la rue m'acheter quelques bricoles à
grignoter. Quelle bonne idée ! Je suis comme ma mère: lorsque
la faim m'assaille, je dois impérativement manger quelque chose,
n'importe quoi, sinon je mange la personne la plus proche. Et comme cette
personne est souvent mon chum, même s'il en a à revendre, mettons
qu'il est un peu tanné de se faire prendre des bouchées.
Arrivé au magasin du
coin de la rue, au moment de payer les quelques bricoles qui permettraient
à Trevor de garder tous ces morceaux du moins pour la nuit, je
constatai avec horreur que je n'avais plus mon porte-feuille. Panique et
épouvante. Je courus rendre compte de cette macabre découverte
à Trevor qui m'intima sur le champs de retourner au restaurant que nous
venions de quitter pendant que lui revirait de fond-en-comble nos deux sacs
à dos. Le restaurant!
Faut le dire vite. La plupart du temps les restos que nous fréquentons
sont du style bui-bui improvisé sur le trottoir consistant en un petit
étal de délicieuses soupes offertes pour trois
fois rien, que le chaland savoure assis sur de petits bancs conçus
pour les enfants, devant une toute aussi petite table faite du même
plastique que la chaise. J'arrive donc en haletant "au restaurant" et commence
à demander autour si quelqu'un avait vu par hasard un beau gros
porte-feuille en cuir de vache fine-fleur contenant $300 US en petites coupures,
une carte de crédit VISA Gold, l'équivalent de $200 US en Dongs
vietnamiens et deux petites photos de passeport avec ma face dessus ? Personne
n'avait vu l'ombre ne serait-ce que d'un porte-feuille en vinyle ! Pas
chanceux ! Mine de rien je suis revenu à la petite table où
nous étions et en jetant un coup d'oeil en dessous, j'ai pu voir
que mon porte-feuille y était, caché dans l'obscurité.
Fiou, vous dites ? Heureusement que Trevor m'avait conseillé d'aller
m'acheter des cochonneries avant de monter sur le train sinon nous aurions fait
un voyage assez maigre merci et je n' aurais pas pu m'acheter toutes les belles
affaires dont regorge le marché de Sapa.
Sapa, une ancienne station
climatique développée par les Français au temps de
l'Indochine, nichée au creux d'une cuvette entourée de magnifiques
montagnes bleues sur lesquelles les nuages rendent des effets chatoyants. C'est
le rendez-vous des Montagnards: des Hmongs de toutes les couleurs (noir, rouge
et fleuri), des Dao rouges et des Day, pour ne nommer que les plus
importants. Ils y viennent pour s'approvisionner certes mais aussi
pour y vendre leur magnifique artisanat aux touristes qui
débarquent en car complet. Le temps de prendre quelques
clichés, d'acheter une ou deux bébelles (les tissus sont trop
colorés pour les occidentaux qui aiment les couleurs "sobres") et
voilà ils repartent souvent le lendemain de leur arrivée. Les
agences touristiques organisent pour les plus aventureux de beaux trecking
pour aller visiter les village éparpillés un peu partout dans
les montagnes.
Aussi belle et fascinante
qu'elle fût, Sapa n'était pas notre destination principale. Notre
Eldorado à nous, c'était Dien Bien Phu situé à
quelques 300 km plus loin, aux confins du Vietnam, aux frontières du
Laos. Les agences de voyage que nous avons consulté ne comprenait pas
trop ce que nous voulions aller faire à Dien Bien Phu : "Y a rien
là" nous assurait Belinda N'Guyen de l'agence "Easy Vietnam" de
Hanoi. Et là il fallait expliquer que pour mon chum il s'agissait
vraiment du pélerinage à la Mecque. Qu'il était né
le même mois que l'armée Française y
fut défaite, le 7 mai 1954 ... mettant ainsi fin à
près de 100 ans de régime colonial (je soupçonne Trevor
d'entretenir des fantasmes liant sa venue sur terre et la libération du
Vietnam mais je n'ose lui en parler, étant de tempérament
ombrageux...). Toujours est-il qu'on pouvait si on y tenait, louer un
Jeep à Sapa et faire le voyage au péril de notre vie par Monts et
par Vaux jusqu'à Dien Bien Phu. Et de là, revenir en avion
jusqu'à Hanoi. Y a rien là, mais ya au moins un aéroport
!Le jeep en question avec
chauffeur s'est avéré un peu cher pour notre porte-feuille
(même s'il était assez bien garni comme nous avons pu le constater
plus haut). On nous demandait $250 US pour un voyage de deux jours d'à
peu près 300 kilomètres. A notre grand regret, il a fallu se
résigner à l'irrésignable : prendre le bus local,
communément appelé "Chiken Bus" dont le "Lonely Planet"
disait ceci : "... à éviter en raison du nombre incroyable
d'accidents et de l'affreuse condition des routes. A
éviter spécialement par toutes personnes souffrant
D'HEMORROÏDES !" J'ai relu trois fois le paragraphe pour voir si mon nom
n'y serait pas tant qu'à y être ! Je pleurais rien
qu'à penser à ce qui m'attendait.
Levée du corps à
5hAM, debout sur le coin de la rue à 7hAM à se les geler pendant
deux heures (dans les montagnes le matin il fait autour de zéro),
à attendre le premier autobus qui se rendait à Lai Chau
(première étape de notre route vers DBP). Quand le "Chiken
Bus" est finalement arrivé, il était déjà plein
à craquer et nous fûmes autorisés à y monter
moyennant dix fois le prix exigé pour les autres, pour avoir le
privilège de rester debout au milieu de l'allée se retenant comme
on pouvait avec les deux pieds coïncés entre des piles de
boîtes et un jeune homme qui avait décidé de se coucher
dans le milieu de la place pour finir sa nuit... Deux heures que cela a
duré, le temps que se libèrent deux places situées au
dessus du moteur de l'autobus, nous laissant ainsi tout le loisir d'admirer le
paysage qui vraiment était fantastique. Trevor et moi avons
décidé qu'il s'agissait sans doute des plus beaux que nous ayons
vus dans tout notre voyage, après la Baie d'Halong.
A midi, nous fûmes
invités à changer de Chiken Bus, une petite camionette ayant
vécu des jours meilleurs, conçue pour six mais où vingt
personnes pouvaient étonnamment prendre place ! Dans le transfert
d'autobus nous avons pu voir notre gros chauffeur escroc remettre entre les
mains du nouveau chauffeur l'équivalent du dixième de ce qu'il
nous avait escroqué alors que normalement il aurait dû lui en
remettre la moitié. Mon oncle Trevor a failli aller le puncher
!
Pour faire une histoire
courte, nous avons finalement abouti à Dien Bien Phu le lendemain sain et
sauf avec tous nos morceaux (malheureusement pour moi, j'aurais bien aimé
laisser derrière certains petits bouts qui continuaient de
m'harceler nuit et jour). Dien
Bien Phu, lieu mythique s'il en est un, highlight du voyage de Trevor qu'en
bon amoureux j'ai suivi. Nous y sommes restés trois jours avant de
prendre le vol qui nous ramena à Hanoi. Heureusement qu'on y est
resté trois jours d'ailleurs car si on y était resté qu'un
jour je n'aurais pas eu une bonne idée de la ville. En effet, le
jour de notre arrivée le ciel était couvert et la ville semblait
triste. On fermera bientôt Lai Chau dont je parlais plus haut, qui
sera submergé par les flots d'une rivière harnachée en vue
de la construction d'un barrage hydro-électrique. DBP devenant le nouveau
centre régional, on y construit toute sorte de beaux bâtiments de
style "néo-mao" dont seuls les Chinois ont le secret. C'est laid pour
mourrir.
Mais quand le soleil se pointe
on voit apparaître les montagnes tout autour. Et on comprend vraiment pas
comment les Français en 1954 ont pu penser qu'ils ne se feraient pas
attaquer alors qu'ils étaient en plein milieu de la vallée,
vulnérable à quiconque pourrait les attaquer
à partir des montagnes. Leur grosse erreur a été de penser
que les Vietnamiens ne pourraient transporter jusqu'à DBP de canons assez
puissants pour les atteindre, à partir des montagnes justement. Big
mistake ! Le poids du nombre prend toute sa signification quand on pense aux
Vietnamiens. Le musée de la place, organisé de façon
très pédagogique explique avec force détails et maquettes,
comment l'ingéniosité, le courage et la détermination ont
pu assurer aux Vietnamiens la victoire. Dont ils n'ont pu jouir très
longtemps car les accords de Genèves qui ont suivi n'ayant pas
été respectés, le pays repartait en guerre pour les vingt
années qui ont suivi... contre vous savez
qui.Et l'histoire semble
malheureusement vouloir se répéter par les temps qui courent.
C'est ici que se termine notre
périple au Vietnam. Ensuite nous avons pris le bord du Laos dont je vous
parlerai plus tard. Pour l'instant mon oncle va prendre un tibrake car il
commence à sentir son épicondylite ...
Nous sommes encore à
Bangkok pour une couple de jours en attendant d'aller s'évacher trois
semaines à Koh Chang. Vous vous souvenez l'île enchanteresse dans
le sud de la Thaïlande où un petit crisse de chien m'a mordu
? Oui ? C'est là. Mais maintenant que je suis immunisé et que
je sais que le chien, ça se mange, toute la race canine n'a qu'à
bien se tenir !Envoyez-nous un
petit mot en passant. Ca fait toujours
plaisir.Au
plaisirPierreOn
peut voir d'autres photos du Vietnam en allant sur notre site Souvenirs d'Asie:
http://homepage.mac.com/simardcook/Menu35.html
Posted: Vend - Octobre 3, 2003 at 05:00
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Published On: octo 04, 2003 04:04
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