Jeud - Octobre 2, 2003Texte de la BirmanieBonne année
2003: Texte envoyé de Bangkok
après le voyage en Birmanie le dimanche, 29 Décembre
2002,
Bonne année
2003
Dim, 29 Décembre
2002,
Bangkok, 29 décembre 2003,
Ciel que je suis en retard ! Et Dieu que j'aguis ça ! Moi qui me faisais un devoir de vous entretenir de nos périgrinations au moins une fois par semaine. Histoire de ne rien oublier et surtout, de ne pas essayer de condenser dans quelques lignes, plein d'aventures qui normalement prendraient quelques pages à être racontées. Pas facile de reprendre après un mois d'absence. Où en étions-nous? Juste avant de partir pour le Myanmar le 28 novembre dernier (les militaires ont décidé il y a quelques années de façon unilatérale de changer le nom du pays mais l'Occident continue de dire Birmanie juste pour faire chier les généraux), je vous avais préparé un dernier carnet ou je vous entretenais de mes problèmes de rage et d'autres alléas de la vie en brousse. Pour des raisons techniques, je n'ai pu vous l'envoyer à cette date. Ce n'est qu'à mon retour à la civilisation, c'est-à-dire à Bangkok avant-hier, que j'ai pu vous l'envoyer. Durant tout ce dernier mois, j'ai été en effet coupé du reste du monde et sans vouloir rattraper le temps perdu (je suis en retard de 4 messages) je vais essayer de vous restituer l'essentiel de notre séjour.
Le 29 novembre dernier nous avons donc pris la machine à voyager dans le temps et nous avons abouti au beau milieu du Moyen-Age à Rangoon, la capitale de la Birmanie. Nous savions que nous devions nous attendre à un choc car nous avions participé avant notre départ du Canada, à une conférence organisée par les "Amis canadiens de la Birmanie" (pas besoin de vous dire qu'avec un nom comme ca, c'est sûr que c'est canadien-anglais), portant sur la situation des droits humains (de l'Homme pour les Français). Je vous épargnerai le cours d'histoire 101 sur la Birmanie (ceux et celles qui sont inscrit-es sur la liste de mon chum ne seront pas épargné-es) mais le voyageur moyen doit au moins savoir que le pays est controlé par un gouvernement militaire qui s'est accaparé le pouvoir il y a trente ans et qui malgré les pressions internationales, continue d'opprimer la population composée d'une majorité de l'ethnie birmane et d'une demie-douzaine de groupes minoritaires, de la façon la plus ignoble et la plus cruelle possible. Après la conférence, on s'était juré de tout faire pour que le gouvernement puisse bénéficier le moins possible de nos devises. Et donc d'encourager les petits commerçants qui depuis peu, ont la permission de faire du négoce avec les touristes. Ce que nous avons fait d'ailleurs. C'est donc bourrés de préjugés défavorables que nous avons atterri à la capitale qui a le charme fou d'une cité endormie, dévorée par la jungle tout autour, oubliée de la modernité, avec tous les avantages du Moyen-Âge (pas de pollution, pas de traffic automobile, pas de motos, pas de MacDo et vous ne me croirez pas, pas de Céline...), et tous les désavantages : pas d'électricité la moitié du temps, les routes étant dans un état lamentable, ça prend une éternité pour se déplacer, pas moyen d'avoir les horaires d'autobus par téléphone, il faut se déplacer au terminus (faut voir le terminus!), t'arrive là, tout est en Birman (comme le Thaï, c'est une langue pas possible: 32 consonnes, 22 voyelles, mais dont la calligraphie est très agréable à regarder, on dirait un allignement de petites bulles de savon), et comme une demie douzaine d'entreprises se partage le réseau de transport du pays au grand complet, tu peux être sûr que tout est booké une semaine à l'avance. Quant aux trains, étant hors de prix et appartenant au gouvernement, il n'était tout simplement pas question d'y penser. Deux jours après notre arrivée à Yangoon (Rangoon pour les Occidentaux) et après trois heures de niaisage au terminus sous un soleil tout ce qu'il y a de plus tropical (faut voir le terminus, je le répète, et faut me voir après trois heures de niaisage avec le packsac sul dos pis tous les gréments qui me pendent tout autour, et mon déodorant qui commence à me lâcher et partout où je regarde je ne vois que des ballounes, je n'entends que des ballounes, j'ai dit a mon chum : c'est combien déjà la location d'une voiture avec chauffeur? Ce qui fut dit fut fait. Je passerai sous silence le prix de cette folie mais ceux et celles qui sont inscrites à la liste de mon chum y auront sûrement droit... Le lendemain, nous partions à l'aventure non plus en machine à voyager dans le temps (ce qui n'est quand même pas donné en passant !) mais bien à bord d'une magnifique camionnette vieille d'à peine 15 ans équipée d'un chauffeur bête comme ses pieds mais efficace, qui machouillait trois mots d'anglais au travers ses monstrueuses chiquées de noix de betel qu'il consommait à la caisse.
Tous ceux et celles qui ont voyagé en Asie savent à quel point cette horreur de noix de betel, non seulement défigure la population en leur laissant les dents et les gencives comme celles que l'on peut admirer sur les paquets de cigarettes canadiennes, mais aussi est responsable de toutes ces petites flaques rouges dégueuses qui colorent les pavés sur lesquels l'étranger insouciant pose les pieds et part à glisser à tout bout de champ. On a beau dire, c'est pratique une voiture avec chauffeur. Même si ce dernier est bête comme ses pieds. T'as pas besoin de penser où tu vas aller, où tu vas coucher, où tu vas manger, qu'est-ce que tu vas manger... Bref, le bonheur. Surtout qu'après deux jours de ce traitement princier, mon chum a trouvé le tour de se fouler la cheville en se levant de sa chaise (ou après les excès que je m'apprête à vous raconter plus bas), l'obligeant à claudiquer et le faisant hurler au moindre mouvement (une vraie foulure d'homme!). A tel point que nous pensions etre obligé de tout annuler jusqu'à ce qu'il se rétablisse. En effet, il y avait au programme le pélerinage obligé au Rocher d'or juché au sommet d'une montagne située a Kyaikhtiyo (ça m'a pris 4 jours à pouvoir prononcer ce mot-là. Imaginez avec les ballounes qu'est-ce que ça donne !). Ce qui impliquait une escalade d'une heure pour l'atteindre. Inutile de vous dire qu'il n'y avait ni funiculaire et encore moins d'ascenseur. "Qu'à cela ne tienne!", s'est exclamé notre air bête de chauffeur entre deux crachats rouges et trois mots d'anglais déglutinés de la même couleur. Le pied (sans jeu de mots) de la montagne fourmille de sièges à porteurs qui ne demandent pas mieux que de faire léviter le pélerin incommodé sois par l'âge, un surplus adipeux ou une foulure d'homme (j'allais dire d'homo mais non...). Et mon chum était pas loin de répondre aux trois critères... À peine Trevor a t-il eu le temps de réaliser ce qui lui arrivait, qu'il fut emporté au mépris des lois de la gravité par quatre porteurs gros comme des bicycles tout en nerfs et en musles, jusqu'au sommet de la montagne. Heureusement, Trevor avait pris soin d'amener avec lui son petit "phrase book birman" grâce auquel il a pu dire à ses quatre porteurs "Homme blanc pesant !", "Porteurs fins !", "Rocher encore loin !?". Bref un grand moment historique que nous avons immortalisé sur vidéo...
Oui je sais. Dans un carnet précédent je vous disais que je doutais de l'efficacité de ces petits livres qui prétendent aider le touriste moyen à se sortir des situations les plus courantes. Non pas que les formules proposées ne soient pas pertinentes mais tout simplement parce que trop souvent on ne comprend pas les réponses à nos demandes. Je dois avouer qu'en Birmanie, nous nous sommes procuré ce genre de petit livre et qu'après réflexion, je les trouve des plus pratiques. Ils permettent en effet de lier conversation avec l'autochtone de façon très amusante. Vous me direz que ça ne fait pas de grandes discussions mais pour le bavardage, c'est très adéquat. Bien entendu, notre petit livre contenait son lot de phrases niaiseuses du genre : "Ma grand-mère veut aller au restaurant", "Il fait froid aujourd'hui" (quand tu sais que la moyenne de température est de 30 degrés pour l'année...), "Comment s'appelle votre coiffeur?"... On a bien rigolé avec ça! Mais pas autant qu'avec les affichettes et messages écrits un peu partout dans un anglais aproximatif. A l'entrée d'un temple on a vu : "Foot wearing prohibited" (littéralement "défense de porter des pieds" faut savoir qu'on doit se déchausser avant d'entrer dans les lieux sacrés). Dans un restaurant on pouvait commander des "Tom calling", tout en dégustant des "Fired tail of Hamilton's crap" (au lieu de Fried tail of Hamilton's carp), mais peut-être préférons-nous manger un "cup sandwich" avec un "Coca-Cola Coke" ?. Mais le meilleur c'était quand notre voisin Suisse de chambre d'hôtel nous a demandé au réveil si son "snorkeling" nous avait empêché de dormir... Un autre avantage à voyager avec chauffeur c'est que tu pars à l'heure que tu veux et tu arrêtes quand et où tu veux. Ainsi, en traversant un petit hameau de rien du tout, on est passé à coté d'une fête villageoise où on semblait bien s'amuser. On a demandé à l'air bête d'arrêter. On a découvert que le party était pogné sous une tente où on célébrait le festival des Nats, ces esprits d'origines païennes correspondant plus ou moins à nos saints cathos. On les implore quand ça va mal et on s'en fout la balance du temps... Munis de notre caméscope et de notre caméra, on s'est glissés sous le petit chapiteau. Sitôt aperçus, nous fûmes invités à prendre place dans les premières loges (c'est-à-dire assis par terre parmi les enfants) où on avait une vue imprenable sur la représentation d'allure burlesque qui se déroulait sur la scène. En effet, les Nats sont majoritairement interprétés par des travestis qui n'ont rien à envier à nos folles du Village. Quand elles nous ont vus apparaitre dans le décor, elles sont devenues deux fois plus folles, se sont précipitées sur nous et nous ont obligés à tour de rôle à monter sur scène pour les accompagner dans une danse lascive propre à exciter les esprits. Je ne saurais dire pourquoi mais ce sont plutôt les rires hystériques du public que nous avons déchainés. Le village au grand complet était plié en deux! En ce qui me concerne, les travestis ne m'ont pas toffer trop longtemps à leurs côtés considérant sans doute que je leur faisais de l'ombre.
Mais fallait voir Trevor ! Moi-même qui suis avec lui depuis 16 ans, je ne le soupçonnais pas capable d'exécuter de telles contorsions ni de tels mouvements de hanche (contorsions il y eut effectivement puisque le lendemain il n'arrivait plus à marcher). Et je vous le donne en mille : quand est venu le temps d'immortaliser Trev pour la postérité je me suis rendu compte avec consternation que je n'avais plus de pellicule et la batterie de la vidéo était à terre !!!! Je pense que j'en ai pas dormi de la nuit tellement j'étais déçu... Mais bon. Faut en revenir. Parmi les autres moments forts du voyage, notons le lac Inle transformé en jardin flottant par l'ingéniosité de ses pêcheurs. Le voyage en bateau entre Mandalay et Bagan sur la rivière Ayeyarwady. Une journée complète à se faire bercer sur les flots de cette rivière magnifique, à longer des villages oubliés sur ces rives perdues. Je n'ai jamais vu le Nil mais je suis certain que c'est comme ça. Bagan est certes inoubliable également. Avec ces 2000 temples mêlant les styles Birman, Tibétain et Khmer, datant du XIième et XIIième siècle, il s'agit certainement d'un des sites archéologiques les plus importants au monde. Nous n'oublierons jamais nos promenades en petite calèche à cheval. C'est ce qui tient lieu de taxi avec les Rickshaws dans de nombreux petits villages. Nos marches à pied sous le ciel étoilé où la pleine lune fait luire dans la nuit les coupoles dorées des nombreux temples. Plein de belles images que nous gardons de ce pays trouble, aux frontières du temps, à la beauté émouvante. Mais tout ça ne serait pas suffisant pour charmer le voyageur endurci que je suis si ce n'était des gens. Leur bonté, leur gentillesse spontanée, leur sourire resplendissant (pour ceux qui ne consomme pas l'hideuse Betel). Il est impensable que ce peuple si vibrant ne puisse un jour accéder à la démocratie. C'est sans doute le souhait le plus cher que je fais pour eux pour cette année 2003.
J'ai évoqué pour vous les souvenirs les plus vifs de notre périple en Birmanie. Si j'avais plus de temps, je vous raconterais bien d'autres choses mais nous quittons demain pour trois semaines au Cambodge et je ne crois pas qu'il y ait la-bas d'Internet. Ensuite, nous serons au Vietnam pour un mois. J'espère que là-bas, lnternet sera accessible. J'en profite pour vous souhaiter à vous tous et toutes une merveilleuse année 2003, pleine de surprises, de rires, de défis, de victoires, d'amour, d'amitié et de tendresse. De retour après le Cambodge sinon, après le Vietnam Pierre Ze Globetrotteur... Pour voir d'autres photos sur la Birmanie et voir le vidéo, visiter la page suivante: http://homepage.mac.com/simardcook/Menu35.html Posted at 02:44 Read More |
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