Jeud - Octobre 2, 2003

Texte du Cambodge


Des nouvelles du Cambodge, un texte écrit à HoChiMinh Ville après notre séjour au Cambodge, Lundi, 27 janvier 2003

Des nouvelles du Cambodge


Lundi, 27 janvier 2003
HoChiMinh Ville,

Une des choses plates qui arrivent quand les communistes prennent le pouvoir c'est qu'ils se mettent à changer le nom des villes, scrappant en même temps tous les souvenirs agréables qui s'y rattachent. Du moins pour les romantiques occidentaux comme moi qui n'ont rien subi de fâcheux dans ces villes. C'est le cas notamment de Saint-Petersbourg qui s'est appelé Leningrad pendant trop longtemps et de Saigon qui est devenue HoChiMinh Ville depuis 1973. Pour moi, Saigon évoque Tintin et le Lotus Bleu, l'amoureux chinois de Marguerite Durras et le "Quiet American" de Graham Greene relaté sous les éventails de l'Hôtel Continental. Alors qu'HoChiMinh Ville... Mais heureusement, la plupart des habitants continuent à dire "Saigon" au grand dam de mon chum qui s'insurge devant si peu de rectitude politique...



Mais là je devance. Avant de vous entretenir du Vietnam, je dois d'abord vous parler de notre passage au Cambodge. Reportons-nous donc fin décembre, alors que nous traversions la frontière Thailandaise en direction de Siem Reap, haut-lieu de pélerinage où on retrouve Anchor Wat, une des huit merveilles du monde juste à côte des pyramides d'Egypte, du Machu-Pichu du Pérou, du Centre Eaton et des guichets automatiques. Pour votre gouverne, le mot Wat veut dire "temple" en langage Tibéto-birman d'où originent plusieurs langues parlées d'Asie : on retrouve donc tout plein de beaux Wats en Thailande et en Birmanie, deux pays où nous avons passés ces deux derniers mois. Alors quand on nous demande aujourd'hui quels sont nos Wats préférés on répond : "Wat Evoeur" et "Wat Dephoc"... Mais bon ! Allez au Cambodge sans aller a Anchor Wat (encore what ?) ça l'air que ça se fait pas... Donc on y est allé.


Le site est très imposant. Des hectares de magnifiques ruines presque flambant neuves, où on peut voir encore après mille ans d'intempéries, des kilomètres de bas-reliefs relatant dans le menu la vie trépidante des empereurs successifs, tous plus sanguinaires les uns que les autres, qui n'avaient de cesse de contrôler le monde avec le soutien de milliers d'esclaves enthousiastes, leurs sabres, leurs flèches et la bénédiction de Bouddha qui n'est jamais très loin en arrière.

Notre guide, un honorable monsieur cambodgien d'environ 125 ans qui parlait français comme un Esquimo le cerbo-croate, avait entrepris de nous expliquer roche par roche toute la symbolique profonde qui se cachait derrière chacune d'elle. Je riais tout seul quand j'imaginais nos amis de France qui avaient eu recours aux services de notre guide avant nous... surtout quand on sait qu'ils ont besoin de sous-titres quand ils regardent des films québécois ! Mais ce n'était rien comparé à la face de mon chum qui avait tout vu ce qu'il y avait à voir après 5 minutes... Mais bon! Comme dirait Johanne Doré, "C'est fait', ben fait', bonne affaire de fait'".



La vie des anciens empereurs Khmers a sans doute inspiré les Khmers Rouges, la gang de morons qui ont suivis quelques siècles plus tard et les auteurs du génocide qui a marqué leur règne au courant des années 70. Comment peut-on survivre après de telles horreurs ? C'est la question que nous nous sommes posée tout au long de notre séjour au Cambodge et que nous nous posons aujourd'hui également au Vietnam. Il semblerait que la force de vie l'emporte sur tout le reste.


C'est ce que nous avons retenu du Cambodge et de notre visite au Killing Field (dont l'histoire est racontée de magistrale façon par Rolland Joffé dans le film du même nom). Au fameux musée de Phnom Penh, témoin des sévices qu'ont fait subir à tous leurs opposants la gang d'illuminés qui parcouraient un idéal de société à travers leurs opérations de purification. Pour nous qui au pire devont subir les grimaces de Jean Chrétien, il y a là matière à réfléchir. Quoi qu'avec Mario Dumont ... Au fait, il parait qu'il descend dans les sondages. C'est-t-y vrai ?

Après deux mois de trimbalage à travers les chemins cahoteux de la Birmanie et du Cambodge, nous étions dûs pour un gros farniente sur le bord de la playa. Avant, pour faire plaisir a mon Dolittle de chum, nous sommes quand même allés voir les dauphins Irrawaddy d'eau douce (en voie d'extinction, comme tout ce qui est beau) dans le nord du pays. Ensuite nous sommes redescendus à SihanoukVille (du nom du prince qui règne toujours sur le pays et qui doit avoir à peu près le même âge que notre guide d'Ankor Wat), sur le golfe de Siam, où la mer est bleue et le sable est blanc.



Une semaine mémorable à se bourrer de fruits frais et de queues de langoustes vendus par une myriade d'enfants qui au début nous tombait un peu sur les nerfs ("J'ai dit pas tu-suite, stu clair ?) mais avec lesquels nous sommes finalement tombés en amour. Faut dire que la moitié sont orphelins et que l'autre moitié sont soutiens de famille ! Lina, une femme d'une trentaine d'années, règne sur ce petit monde. Moitiée Marie-Madeleine, moitiée Mère-Courage. Elle organise des tours en bateau aux îles environnantes pour les touristes et des cours d'anglais pour les enfants sur le bord de la plage au coucher de soleil. Avec Gary et Barbara (un couple d'Anglais adorable) nous sommes devenus, le temps de quelques folles baignades à balancer les enfants au bout de nos bras, les parrains d'occasion dont ces enfants ont étés cruellement privés. Chaque soir, lorsqu'on se quittait, ces petits garçons et ces petites filles, pendus à nos cous exigeaient de nous la promesse de revenir le lendemain. J'ai le coeur encore tout chamboulé au souvenir de leurs rires. Comment peut-on survivre à de telles séparations ?



Les enfants nous disaient toujours "Same, same... but different". Cela voulait dire que malgré leur ressemblance, ils étaient différents. Pourtant, lorsqu'on connaît tout ce qu'a connu le pays, on serait plutôt porté à dire "Different, different... but the same".


Je vous reviens à la fin du mois pour mon petit carnet sur le Vietnam.

Je vous embrasse

Pierre
Pour voir d'autres photos du Cambodge et voir la vidéo, rendez-vous à la page suivante: http://homepage.mac.com/simardcook/Menu35.html



Posted at 03:45     Read More  


©