Texte du Laos


Lettre du Laos: texte écrit le mardi 11 mars à partir de Ventiane

Mardi, 11 Mar 2003
Lettre du Laos

Février/Mars 2003

Sabadhi tout le monde,

Le Laos, que l'on appelle Lao (tout comme sa population d'ailleurs) était le dernier sur notre itinéraire de voyage. Un petit pays coincé entre la Chine au nord, le Vietnam à l'est, la grosse Thailande au sud et la Birmanie à l'ouest. Au cours des guerres millénaires que se sont livré ces valeureux empires, le Lao a toujours servi de tampon, comme dans "auto tamponneuse", vous voyez le genre ?

Quand ça fait un petit bout que tu parcoures la région, comme c'est le cas pour la personne qui vous écrit en ce moment, tu t'apperçois que tous les beaux "Smiling Countries" et tous les "Yours to discover" que tu voies sur les publicités, c'est de la bouillie pour les chats. En fait, ici tout le monde s'haït. La Thaïlande est en Ta contre la Birmanie qui arrête pas de faire passer sa dope et ses réfugiés à travers ses frontières, le Cambodge est en Ta contre la Thaïlande qui revendique la propriété d'Angkor, le Vietnam est en Ta contre le Cambodge qui revendique la propriété du Delta, la Chine est en Ta contre le Vietnam qui ne veut pas leur rendre certaines îles stratégiques du Pacifique et finalement tout le monde est en Ta contre la Chine que tout le monde agui cordialement ! Et le Lao est au milieu de tout ça, sans pouvoir aucun contre ces puissants voisins, sinon que de regarder le train passer et d'écouter le riz pousser ... Il fait toujours l'enjeu de chantage entre la Thaïlande qui voudrait y investir tranquillement et le Vietnam qui domine la vie politique comme économique. Tout comme ce dernier, le Lao sort de trente ans de guerre. Mais contrairement au Vietnam, le pays peine à s'en remettre faute de moyens.

Donc c'est sûr qu'il y a certain sujet que tu ne peux pas aborder avec l'autochtone au risque de voir disparaître son beau smile de sa face de lune. Comme par exemple, "qui sont les monsieurs qui ont arrêté le petit autobus et zigouillé les innocents touristes qui se rendaient à Vang Vieng la semaine avant que nous y étions ?" Silence ... C'est que ça brasse dans les bambous ! Il y a rebellion qui anguille sous la roche... Mais cela ne transpire d'aucun pore de peau du Lao qui est une personne très très zen. Quand tu vois le pays, tu te rends compte qu'il n'y a pas que le riz qu'ils écoutent pousser. Ils font la même chose avec les routes, les maisons et tout ce qui malheureusement pour le pays, fait son charme.

Après avoir passé un mois avec les poux bioniques de Vietnamiens, mettons que ça faisait du bien de se retrouver dans un environnement plus mollo. Ventiane, la capitale est un gros bourg tranquille sur les rives du majestueux Mekong (eh! oui, encore lui), où nous avons rejoint nos copines Kim et Kate avant de repartir tous ensemble pour Vang Vieng, petit village touristique un peu plus au nord, malgré les rumeurs de Banditos qui menaçaient les routes.

Une renommée contradictoire entoure cette petite bourgade. Voici un bel exemple de maldéveloppement comme dirait l'illustre René Dumont. Vang Vieng est située au bord d'une douce rivière qui serpente paresseusement le long d'une chaine de montagnes réellement spectaculaire : on dirait la Baie d'Halong sans la baie. Ce serait un petit espace de paradis si ce n'était de la présence d'un certain type de touristes attirés par la facilité à se procurer de l'opium et autres stupéfiants. Comme disait un Québécois que nous avons connu au Camdodge : "ce sont les égoûts de Kao San Road (la rue Hyppie de Bangkok) qui se rendent jusqu'ici".

Je trouvais au début qu'il n'y allait pas avec le dos de la main morte mais quand j'ai vu tous ces beaux vagabonds célestes évachés à coeur de jour sur la petite langue de terre qui sépare la rivière de la terre ferme, des restants de rasta avec des perruques en terre cuite (ou des bouses de vaches) sur la tête, les yeux dans la graisse de bine et les mouches sur le bord de la bouche, j'ai compris ce dont notre ami Québécois parlait.

Passe encore qu'ils boycottent le savon et qu'ils refusent de se mettre du d'sous bras. Je vais jamais assez proche d'eux pour être incommodé. Mais qu'ils écoutent leur musique à pleine tête, dans un lieu public alors qu'il y a déjà 3 autres musiques qui jouent tout aussi à pleine tête, mon oncle fulmine. Faut dire à leur décharge que ce n'est pas eux qui mettent la musique. Ce sont les petits commerçants du coin, propriétaires de buvettes improvisées un peu partout, qui pour plaire à leur très sélect clientèle, pollue l'air de ce BOUM BOUM incessant.

Je ne sais pas à partir de quand Vang Vieng est-il devenu cette espèce de repère pour White Trash mais une chose est sûr, le village n'a pas su absorber cet arrivée massive de gros étroncs. Un système d'égoût qui en absorbe un autre, c'est difficile pour un petit village. Même si la plupart ne se lave pas, ils vont quand même aux toilettes et ils mangent: de la junk américaine et des pizzas offertes par la myriade de restaurants ouverts récemment sur la grand-rue.  Un charmant Canadien qui habite le Lao depuis un an, nous disait qu'il y a seulement 4 mois, le village comptait trois petites compagnies qui organisaient des tours de kayak sur la rivière. Aujourd'hui on en dénombre 14 ...  Résultat de ce développement exponentiel ? L'infrastructure sanitaire ne suit pas. Ce qui fait qu'on a l'impression par moment de se promener dans une décharge à ciel ouvert, entre les belles montagnes et la belle rivière. Very charming ! Ce qui ne nous a pas empêché de profiter des attraits locaux tels que la visite des caves environnantes et la descente de rivière en "trip de truck" (chambre à air de pneu de camion pour mes ami-es de l'Hexagone).

Nos amies Kim et Kate sont parties une journée avant nous pour Louang Prabang où nous nous étions donné rendez-vous quelques jours plus tard. Elles ont eu droit à une randonnée en autobus sans pare-brise après qu'une roche l'ait pété en milles miettes. Kim a offert gracieusement ses lunettes fumées au chauffeur pour éviter qu'ils ne se fassent crever les yeux par une grosse mouche qui, à la vitesse où roulait l'autobus, lui aurait traversé la tête de bord en bord ... Peu après leur arrivée à destination, des hommes en kaki et mitrailleuses sont montés leur rendre visite dans le camion. Etait-ce pour les protéger d'une menace imminente ou faire une visite de courtoisie ? L'histoire le dit pas, l'accent Lao étant trop difficile à déchiffrer.

Louang Prabang, "dernier refuge des rêveurs" comme l'annonce les dépliants. "En souhaitant que ce ne soit pas les mêmes rêveurs que ceux de Vang Vieng", que je me disais ... Mais non, quelle belle ville ! Ici ce serait plutôt des rêveurs genre Nelligan, alors qu'à Vang Vieng ce serait plutôt Bukovsky ou Jim Morrison. Classée Patrimoine Mondial, elle peut bénéficier de subsides de l'Unesco qui lui garantissent le maintien et l'entretien de ses magnifiques maisons, temples et pagodes. Ce qui la protège également des promoteurs qui auraient quelques velleités d'y construire des beaux Hollyday Inns. Et c'est justement parce qu'ils faisaient des travaux de réfections majeures qu'ils ont dû couper l'électricité pendant les trois jours où nous y étions.

Au Québec, on le sait depuis la tempête de verglas de 1998, l'électricité c'est important dans la vie. Mes amis de East-Farnham dans les Cantons de l'Est qui ont vécu trois semaines sans électricité (ils se chauffaient au bois et cuisinaient au gaz), n'ont plus jamais mangé aux chandelles depuis. Mais à Louang Prabang, nonobstant le manque d'air dans la chambre parce qu'il n'y avait pas de ventilateur, tout prenait des airs féériques. Partout des petits lumignons accrochés, le marché de nuit éclairé complètement à la bougie ... Et avez-vous remarqué que les gens parlent pas fort quand il fait sombre ? Déjà en partant que les Lao parlent pas fort, il fallait quasiment se promener avec des cornets dans les oreilles.  Et comme je le faisais remarquer à tout le monde qui voulait bien l'entendre : Y A PAS DE MUSIQUE !!!!! Bref les mononcles ont ben aimé ça.

Nous sommes revenus quelques jours plus tard, plus riches d'images et de souvenirs colorés (vous devriez voir les beaux tissus que j'ai ramenés), à Ventiane pour prendre le train de nuit qui nous ramenait vers Bangkok. Avant de monter dans le train, mon chum m'a envoyé chercher des cochonneries pour le voyage. Au cas où j'aurais un creux j'imagine...

De retour à Bangkok, un soir que nous passions dans la petite ruelle qui menait à notre hôtel, nous sommes passés devant une madame qui avait devant elle le plus beau display de bibites auquel l'insectarium de Montréal pourrait rêver. J'ai dit à mon chum : It's now or never. Donc, nous avons sélectionné deux belles grosses chenilles, deux coquerelles géantes (Ies bonnes là!), trois-quatres cafards qu'on connaissaient pas, deux sauterelles géantes (celles avec des cuisses de grenouille) et pour finir, un scorpion qui avait l'air en chocolat... On a tout filmé ça pour la postérité parce que vous pouvez être sûrs que cela ne se reproduira plus jamais. Vous me connaissez, j'ai l'esprit ouvert (mon chum n'est pas une référence, il mange n'importe quoi), mais là c'est vraiment trop.

Comme dirait Diane Mockle : pour dire que oui ? Non ! Passe encore pour les chenilles. Une fois frites on dirait ... des frites. Même chose pour les sauterelles. Mais là où ça passait plus, c'est quand j'ai mangé la grosse coquerelle et sous ma dent s'est répendu une sorte de gros liquide épais. J'ai dit à Trevor, "je suis sûr qu'elle venait de manger du riz en plus...". Pis le scorpion, je l'ai laissé à mon chum qui en a laissé la moitié sous prétexte qu'il était frette !

Alors c'est ça qui est ça. C'est ainsi que prennent fin les histoires de mononcle Pierre et mononcle Trevor en Asie-du-Sud-est. J'ai adoré vous faire part de ce que nous vivions et je sais d'après les mots que vous m'avez envoyés que vous avez aimé ça aussi. J'ai même, oh suprême compliment, donné le goût à certaines personnes de découvrir ce coin du monde à leur tour.

En attendant le livre (!!!) on va s'occuper des portraits.  Je vous annonce que d'ici à ce que je me trouve une job, j'avais pensé utiliser mes temps libres à la confection d'un site web où en plus de l'intégrale de nos textes, on pourrait retrouver les meilleures photos... Et non Daniel Haché, ça s'appelera pas "La sacoche et SON sac-à-dos en Asie"...

Nous partons demain pour notre île enchanteresse et nous revenons à Montréal le 31 mars, juste à temps pour célébrer le printemps. Je vous enverrai sans doute des petits messages d'ici là, genre "les best of..." où quelque chose du genre.
Je vous embrasse tous et toutes très fort et j'ai bien hâte de vous revoir

Asiatiquement vôtre Pierre

Posted: Vend - Octobre 3, 2003 at 05:02      


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