Jeud - Octobre 2, 2003

Textes de la Thaïlande


Plus qu'un dodo, texte de pré-départ envoyé de Lethbridge (Alberta), le 1 novembre 2002;
Voir Bangkok et mourir, texte de Bangkok envoyé le 10 novembre 2002;
Voir Koh Chang et vouloir y revenir, texte de Koh Chang envoyé le 17 novembre à partir de Bangkok
Vive le Loy Kratong, texte de Chiang Mai envoyé le 25 novembre;
Avant Rangoon, texte envoyé de Bangkok le 29 novembre 2002 soit au retour de la Birmanie

Plus qu’un dodo...
Vendredi, 1 Nov 2002 15:33:43 +0100 (CET)



Lethbridge, Halloween 2002









Ouahahahhahhahh...

C'est pas pour vous faire peur que je vous écris mais bien pour vous dire que votre patience sera bientôt récompensée car je vous annonce officiellement que nous quitterons le plusse beau pays du monde demain soir. En effet, nous prenons le vol de Calgary a 20:30 (18:30 heure de l'est) pour Vancouver et de là, directo to Bangkok....

J'espère donc que vous aurez une douce pensée pour nous lorsque vous préparerez votre souper. Que vous nous imaginerez bras dessus, bras dessous en train de prendre place dans notre luxueux aéronef pourvu de deux gros moteurs qui viennent d'être tchékés, et dont les pneus 4 saisons viennent d'être remplacés.

Et pour les ceuses que l'ombre de cette pensée rend vert de jalousie, si ça peut vous faire moins mal, dites-vous que le vol va durer à peu près une journée, que je ne saurai pu comment me mettre après deux heures seulement, que j'aurai des impatiences din jambes, que j'aurai envie de pisser vingt fois à l' heure et que naturellement les toilettes seront toujours occupées, que les agents/agentes de bord d'Air-Canada (les ''space waitress'', comme les appelle mon chum) ne diront pas un verrrat de mot français, que ça va me faire pomper, que ça va énerver mon chum, qu'on va finir par se chicaner et qu'on va arriver à Bangkok en beau maudit...

Un vrai beau voyage en perspective je vous dis...

Hastal huego

Mucho besos

Pedrito y Trebor

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Voir Bangkok et mourir
Dimanche, 10 Nov 2002 15:33:43 +0100 (CET)


Bangkok

10 novembre 2002

Après les deux dernieres semaines passées au côté de bopepa pis bellememan, deux adeptes de la nicotine foncée, dans la merveilleuse ville de Lethbridge (capitale du steak de bison pour les incultes parmi vous qui ne connaissent pas Lethbridge), à respirer l'équivalent de trois paquets de cigarettes Mark Ten par jour en fumée secondaire, dire qu'on avait hâte de changer d'air est un euphémisme...

Eh bien on avait rien vu. Ou plutôt on avait rien senti encore. On pourrait même dire qu'on avait rien entendu puisque ces trois facultés sont trèèèèèsss sollicitées dans la merveilleuse ville de Bangkok, étrangement baptisée Ville des Anges par ces inhabitants (comme disent nos amis franco-Ontariens), on ne sait trop pourquoi d'ailleurs.

Aller à Bangkok pour se reposer c'est un peu comme amener sa mère de 82 ans à la Ronde pour l'aider à faire passer son souper. Je vous le dis tu-suite, Bangkok est bien énervante. Depuis notre arrivée samedi dernier, nous ne cessons de parcourir la ville (fascinante au demeurant) en pensant qu'à un moment donné quelqu'un en quelque part va tirer la plogue et que le bruit va arrêter mais c'est rêver en couleur.

Prenez par exemple, en ce moment d'astheure je vous écris dans un Café Internet spécialisé dans le jeu et les pré-ados. Il y a une vingtaine d'ordis, tous branchés sur des jeux différents, dont la caractéristique commune se situe au niveau du bombardement systématique et de l'attaque intersidérale impliquant force bazookas et autres Karachnikovs. Et tous ces beaux enfants s'amusent innocemment à se tirer dessus SANS ÉCOUTEURS. Je ne sais pas comment je fais pour garder mon calme et de ne pas aller tous les déploguer pis les envoyer se coucher. Il est quand même dix heures du soir, verrat. Cout-donc, y'ont pas de parents ces enfants-là ?

Bangkok donc. Le point commun entre cette ville débile et le Quebec, c'est qu'au deux endroits on est six millions. Bien qu'au Quebec on soit tout aussi débile, mettons que chez-nous on a plus de place pour le montrer... Pour échapper à la frénésie ambiante, le touriste effrayé essaie de trouver refuge dans les petites ruelles, les allées étroites entre deux canaux ou au coeur d'un temple boudhiste dont regorge la ville. Et à sa surprise générale, il trouve soudainement le calme, la quiétude, la sérénité. Et c'est là tout le contraste qu'offre Bangkok. Alors que la ville est turbulente au possible, ces habitants eux sont calmes, Zen comme douze Dalaï Lama. Pas étonnant quand on sait que 98% de la population est boudhiste. Ce qui est bien avec cette religion, c'est que les gens croient dur comme fer qu'il ne faut pas voler, pas faire usage de violence etc. pour gagner leur Nirvanha. Sinon, si y sont pas fins, dans la prochaine vie ils vont revirer en quelque chose de pas le fun comme un tapis, une brosse à dent ou en Georges Bush.

Première des conséquences de cet état de fait: il ya un temple à tous les coins de rues. Chaque temple est construit pas loin d'une école, pas loin d'un hôpital, pas loin d'un centre pour personnes agées... Bref, la Thailande est dûe pour une révolution tranquille.

Êtes-vous des ceuzes qui disent que lorsqu'ils ont vu un temple ils les ont tout vu ? Ben vous avez pas vu le temple qui est à côté du Palais du Roi Rama V, rendu célèbre par Yul Bryner dans "The King and I" (c'est comme ça que je fais comprendre à ma mère les places que je visite). Le palais est un ensemble de constructions toutes plus dégoulinantes d'or les unes que les autres, couvertes de verroteries et de stucs à rendre mauve de jalousie un gâteau de noces italiennes. Nous avons passé une journee complète à visiter ce haut lieu spirite de la culture Thai et passé deux rouleaux de film Kodak sans parler de la demie-heure filmée sur vidéo par mon chum qui insistait pour que je commente devant la camera tout ce que je voyais devant moi. Quand on a vu un temple on les a tout vu...



Bien sûr, vous allez me dire que ce serait beaucoup plus intéressant si on comprenait la langue. Mais le hic, c'est que le thaïlandais est une langue que seuls les Thaïlandais comprennent. C'est une langue qui se peut pas. Avec 44 consonnes et 28 voyelles, chantées sur cinq notes différentes, c'est beaucoup demandé aux touristes de passage, je trouve. Après une semaine ici, je maîtrise parfaitement deux mots. D'ailleurs, soit dit en passant, je trouve que pour un pays où le tourisme est la premiere entrée de devises étrangères, les Thais sont pas pressés d'apprendre l'anglais. C'est rafraîchissant de voir a quel point les gens arrivent à se foutre complètement de l'anglais. Ils sont très auto-suffisants sur le plan culturel. Ce qui a certains avantages. Genre que nous n'avons pas entendu Céline depuis que nous sommes arrivés... D'ailleurs, contrairement à bien des peuples, les Thais écoutent peu la musique. Du moins en public. Il est en effet très rare d'entendre de la musique dans les lieux publics. Ce que mononcle apprécie beaucoup. Bien sûr, il y en a qui se lâchent lousses dans des restos qui font Karaoke mais bon. On peut pas trop en demander.

C'est pas ici non plus que nous allons perdre nos petits tailleurs (Chanel pour moi et Michelin pour mon chum). Bangkok est une grosse popote roulante. Je devine que la moitié de la ville cuisine pour l'autre moitié. En plus des innombrables restaurants, il ya de la bouffe partout dans les rues, les ruelles, le long des canaux etc. J'ai même vu un restaurant qui faisait terrasse dans un parking de garage Shell. Ouache! Et mon chum qui veut à tout prix me faire découvrir la bouffe du terroir dans ce qu'elle a de plus pittoresque. L'avenir nous dira si je vais survivre a mon nouvel apprentissage.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur Bangkok. C'est une ville fascinante et très très riche, mais après une semaine, mettons que j'en ai assez. C'est pourquoi demain nous levons le fly pour une destination moins dure pour le gros nerf. En effet, nous avons découvert sur la mappe, à a peine quatre heures d'ici, une petite île pas laide du tout du nom de Koh Chang.

Il parait qu'en plus du soleil et la mer, ils ont lnternet.

Je vous tiens au courant de tout.

Je vous embrasse

Pierre



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Voir Ko Chang... et vouloir y revenir.
Dimanche, 17 Nov 2002




Oui je le jure. Quand le bon Dieu a inventé la terre (et créer l'enfer en même temps), il a oublié des petits bouttes de Paradis icitte et là... Pas étonnant à l'âge qu'il avait! Et bien ne le dites surtout pas à personne (surtout au monde que vous voulez pas voir en vacances), mais un de ces petits paradis oubliés s'appelle Koh Chang : "Koh" pour "île" et "Chang" pour éléphant...

Comme vous pouvez le constater, mon Thaïlandais s'améliore tranquilement pas vite. Je vous ai dit que c'était une langue impossible. Après deux semaines, je maîtrise parfaitement deux mots : bonjour et merci. La semaine prochaine ce sera "C'est combien" et "T'es-tu malade?!". Contrairement à mes voyages précédents, je ne me suis pas procuré de petits livres de "phrases toutes faites". J'ai réalisé que c'était un couteau à deux tranchants. C'est très vicieux comme truc. Ça te prend vingt minutes à mémoriser une phrase (qui sonne inévitablement comme le français des hôtesses d'Air Canada. Je suis convaincu qu'elles ne comprennent même pas ce qu'elles disent quand elles font les annonces dans leur micro). Et quand tu te présentes en face de l'autochtone que tu veux blower en parlant sa langue, il te répond tout sourire 875 mots tous attachés serrés les uns aux autres dans une phrase qui ne semble avoir ni sujets, ni verbes, ni complements... Juste des sons ... Tu restes là, planté, tout sourire benêt, alors que tout ce que tu voulais savoir c'était la direction des toilettes les plus proches. Donc maintenant, c'est le langage des signes qui est à l'honneur. Quelques gestes, deux grimaces et surtout un sourire et ça y est...

Alors Koh Chang ? Oui c'est un paradis. Imaginez l'île de Gilligan. Tout l'exotisme qu'on veut mais avec toutes les commodités (vous vous souvenez de Ginger dans l'île de Gilligan? Elle n'avait jamais la même robe sur le dos alors qu'elle était partie soit disant pour une petite "ride" de deux heures en bâteau. Et le millionnaire et sa femme qui n'étaient jamais a court de scotch pour les 5 à 7 !) Ben Koh Chang c'est comme ça. Tout ce que tu penses qu'un paradis doit avoir incluant l'eau courante et l'air climatisée.

Les petites huttes de paille sur le bord de la mer, le soleil et la plage déserte de sable blanc ... mais aussi, de la bière froide, des bons restaurants, des magasins (pour acheter l'anti-bibite que t'as oublié) et pas trop d'Allemands. Et surtout, ce qui a l'heur de plaire à mon chum qui est aussi le trésorier du couple, c'était vraiment pas cher...

L'île, découverte selon les guides de voyages dans les années 90 (avant, ça pouvait pas exister car aucun étranger n'y allait) est parsemée le long de sa côte ouest de petits villages de pêcheurs. De la crevette, du poisson et du calmar, en veux-tu en vla. D'ailleurs, parlant de calmars, nous étions un peu inquiets de voir la rangée de chalutiers qui prenaient place chaque soir au large de la côte, avec leurs petites lumières pour attirer le calmar. Il y en avait tellement qu'on aurait dit Longueuil vu du Pont Jacques-Cartier. Mon chum y a vu là une des causes du changement climatique et une entorse aux accords de Kyôto.

Donc, un jour les touristes sont arrivés, surtout des routards, entrainant avec eux le développement de l'industrie touristique. Il n'y a pas encore d'Hilton mais ça ne saurait tarder. Comme on cherchait avant tout la paix, on a pas pris de chance, on est allé au bout de l'île, passé les plages de jeunes Australiens en vacances (je sais pas pourquoi, par les temps qui courrent on se tient loin des jeunes Australiens en vacances) qui ne pensent qu'à faire la rumba comme nous lorsqu'on avait 20 ans (d'ailleurs la ressemblance avec nous, les jeunes des années 70, est saisissante: même anti-coupe de cheveux, même grand culotte pas de fond, même grand-jupe indienne, même allergies au rasage et au savon) après une marche d'un demi kilomètre dans la jungle nous avons abouti dans ce magnifique petit Resort tenu par un jeune Thaï du nom de Chang (quelle idée d'appeler son enfant comme ça, une fois que tu sais ce que ça veut dire. Et en plus le monsieur avait des grandes oreilles...).

Mais ne croyez surtout pas que nous nous sommes "fait dorer la rondelle pendant une semaine" comme disent les Riffaud. Ma fine complexion me l'interdit (je ne veux pas que ma rosacée finissent en rougeassez). Comptant sur les vers qui habitent la partie postérieure de mon chum, on ne peut passer plus d'une heure sans faire de petits projets. J'ai pu éviter à venir jusqu'à date son projet d'aller visiter l'urgence d'un hôpital local histoire de prendre la mesure de l'état des investissements en santé dans le pays.

Ainsi, nous avons failli nous perdre dans la mer de Siam en allant faire de l'apnée à deux heures de la côte (c'était trop simple d'en faire devant notre hutte), le moteur du raffiot sur lequel nous avions pris place en compagnie de nos deux amis Parisiens a fait des siennes dans le milieu de l'océan et tout de suite j'ai pensé à Gilligan. Finalement, au bout d'une heure, après quelques toussotements, le moteur a fini par redemarrer dans un gros nuage noir puant et salissant. C'est dans ces moments-là que tu envies les Allemands qui ont choisi la croisière de luxe avec le "all you can eat" et les concours de Makarena toute la journée.

Un autre jour, toujours accompagnés par nos amis Parisiens (eux nous appelaient les Canadiens), nous avons fait le tour de l'île avec des motos louées à un pêcheur du village. Inutile de vous dire que ce n'était pas les beaux petits modèles 2003. À quelques kilomètres du retour, en plein milieux d'une côte qui descendait comme le Monstre de la Ronde, la chaine de la moto des Parisiens a pété. La Parisienne, elle, a pété les plombs dans la face du pauvre pêcheur "qui n'y pigeait que dalle". Bref, j'ai décidé que c'était les parisiens qui nous portaient la gigne et j'ai refusé d'entreprendre d'autes petits projets avec eux. D'autant plus que le suivant c'était de faire une excursion à dos de Chang!

On aurait bien repris d'un peu plus de paradis. Mais mardi, nous voulons être a Sukotaï, l'ancienne capitale ThaÏ située au centre du pays, pour le festival de l'eau et de la lumière. On appelle ça le festival du Loy Kratong. Il paraît que c'est très charmant.

Les détails dans le prochain carnet...

P.S. Plusieurs personnes m'ont fait part du plaisir qu'ils ont à lire mes petits carnets. Ce n'est rien comparé au plaisir que j'ai à les écrire pour vous.

Je vous embrasse

Pierre



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Vive le Loy Krathong
Lundi, 25 Nov 2002 14:58:00 +0100 (CET)

Chiang Mai,

le 25 novembre 2002

Sawadee de Chiang Mai ou nous sommes depuis mardi dernier pour célébrer le nouvel an Thaïlandais et le Festival du Loy Krathong.

Ceux et celles qui me connaissent savent ce que je pense des festivals. Je sais que ça en prend, mais c'est comme le hockey: y'en aurait pas que je m'en porterais pas plus mal. Je peux pas en dire autant du baseball. À la quantité de joutes que regarde mon chum a la TV, s'il n'y avait pas de baseball je m'en rendrais compte c'est sûr. Mais je suis pas certain que ce serait meilleur pour mon couple... Entécas !

Donc, en cette première semaine de pleine lune du calendrier thaï (saviez-vous qu'ici on est en l'an 2545), les Thaïs fêtent le Loy Krathong, (Loy qui veut dire "cours d'eau" et Krathong qui veut dire "Krathong": un petit vaisseau qui se veut une représentation stylisée de fleur de lotus, fabriqué à partir de feuilles de bananiers tressées à la manière des rameaux d'antan. Ceux et celles qui parmi vous sont né-es avant les Olympiques (de Montréal) n'ont sans doute aucune idée de ce qu'a l'air un rameau tressé. Je les inviterais donc à allez-voir sur Internet pour parfaire leur éducation.





Trevor veut que je mentionne qu'il y a deux sortes de Krathong : les naturels, qui sont faits de matières naturelles et donc biodégradables, et les autres qui sont faits à base de styromousse et qui posent des problèmes environnementaux. Mais c'est dommage, ce genre de commentaires ne fittent pas dans mes histoires. Alors j'en parle pas. Ce n'est pas assez exotique. Ou trop... c'est selon!



Toujours est-il que le Loy Khrathong est comme une version asiatique de notre Action de grâce qu'on fêterait le 25 décembre à cause des lumières et des décorations. Pour remercier le dieu des moissons (et de la mousson) pour ses largesses. Sous la lumière bienveillante de la pleine lune, femmes et enfants s'avancent sur le bord des cours d'eau pour pousser tranquillement leur petit Krathong agrémenté de fleurs et de chandelles, qui, emporté par l'onde, les soulage du même coup du poids des péchés commis pendant l'année. C'est comme ça qu'est présenté l'événement dans les guides touristiques, probablement par des journalistes sur l'acide ou sous l'effet de quelques opiomacées locales.

Comment cette paisible manifestation religieuse qui remonte à la nuit des temps a-t'elle pu revirer en Festival du pétards à mèche toutes catégories confondues et du gros carnaval burlesque ou Gilda aurait l'air d'une robineuse???? Cherchez-moi !

En début de soirée, quand nous sommes descendus du train (une minute de silence à la mémoire de la personne qui a inventé ce merveilleux moyen de transport, et deux pour l'autre qui a inventé l'air climatisée qui vient avec), la ville était déjà en effervescence. La madame qui conduisait le Touk-Touk ( je vous ai-tu parlé de ce petit véhicule traumatisant, croisement entre le Rickshaw des livres de Tintin et le bicycle à gaz de Peter Fonda dans Easy Rider ? Comme le cognac, c'est à consommer à petite dose !), nous a avertit qu'en raison des rues fermées et de la circulation Bangkoesque, qu'elle ne pourrait nous laisser plus loin qu'à l'entrée du pont, non loin de notre hôtel.

C'est donc "dinde froide" (j'adore cette expression anglaise), sac-au-dos, et broue dans le toupet que nous fûmes acceuillis à l'entrée de ce pont, par mille-et-un pétards lancés par autant de petits maudits délinquants qui trouvaient ben le fun de faire mourrir d'une crise cardiaque les plus de quarante ans, les mononcles et les matantes, se trouvant inopinement dans le quadrilatère attaqué d'aussi infâme manière. Ni vus ni connus, on se débarasse des baby-boomers et à nous toutes les belles jobs (dont je n'ai, personnellement, jamais vu l'ombre...).

Après avoir survécu je ne sais comment à cet atroce bombardement en règle, nous avons eu droit à un défilé qui n'en finissait plus de chars allégoriques en forme de gros "Kratongs", degoulinants d'or tous surmontés d'une nymphette (ou d'un nympheau... "commercial") d'au moins 13 ans, d'au plus 17, elle aussi dégoulinante d'or et de paillettes. Bon. Je sais pas si j'aimais ça mais dans le doute, j'ai toute tépé ("tépé", comme dans enregistré avec une caméra vidéo) Et de Boum en Boum, de nuages de boucane en nuages de boucane, la nuit s'est effritée comme elle avait commencée...




En un mot comme en cent, typico ou pas, ce festival, qui a duré en tout quatre jours et trois nuit, n'était rien pour me vendre les festivals. J'haïssais cela, j'haïs toujours cela et probablement que j'haïrai toujours cela.

Parlant de nymphettes sur des chars allégoriques, vous ai-je parlé de cet infâme buzziness qui s'affiche à pleine page dans les journaux et qui consiste a matcher de jeunes Thaïlandaises avec des gros monsieurs blancs d'agecanonix ? Oui, oui. J'invente rien. Et à voir se gambader main dans la canne, ces couples mal assortis au possible dans les rues des bourgades locales, il paraît que le négoce fonctionne bien. Par ailleurs, pour payer leurs études, les étudiants (mâles et femelles) de ChiangMai se prostituent à qui mieux mieux (en première page du Bangkok Post on parlait l'autre jour de 50%). En plus de payer les frais de scolarité, ce petit travail à temps partiel permet également de se "procurer" (terme consacré par tous ceux et celles qui comme moi n'ont pas le droit "d'acheter" des affaires), les petits plaisirs de la vie tels que telephones cellulaires, vêtements griffés, et autres bebelles facheunebeuls.

Si la Thaïlande témoigne d'une vitalité économique évidente (malgré le crash de 1997, il n'y a qu'à voir le nombre de grattes-ciels et de gros chars dans les rues pour s'en convaincre), il est tout aussi évident que la richesse accumulée ne profite qu'à une infime minorité (il n'y a qu'à voir le nombre de taudis qui ceinturent les mêmes rues sur lesquelles circulent les mêmes gros chars...). Pourtant, si vous regardez la télévision vous verrez dans les commerciaux nombre de produits de consommation destinés à la classe moyenne, dont l'image ressemble, yeux bridés en moins, à la famille moyenne Longueuilloise. Mais là s'arrête la comparaison car avec un salaire moyen de 50$ CDN par mois, pour rejoindre les deux bouts, les gens doivent travailler douze heures par jour, six jours par semaine... Comment certains arrivent-ils a se payer des Mercedez ??? La réponse se trouve en quelque part entre "corruption" et "abus de toutes sortes". D'ailleurs, j'ai dû lire un peu trop les journaux ces derniers temps car il me semble qu'il n'est question que de corruption dans l'actualité.

Mais heureusement, pour revenir de tout cela, les Thaïlandais ont une expression merveilleuse "Mai pen rai". Ce qui veut dire "Never mind" en français...

Alors, la prochaine fois que vous en aurez ras-le-bol de quelque chose, pensez à moi et à la Thaïlande et dites-vous :

Mai Pen Rai

Pierre

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Avant Rangoon
Bangkok, 29 novembre 2002, 29 degrés Celsius (45 avec le facteur humidex)

Plus que quelques heures avant notre vol pour Rangoon, la ville maudite, capitale de la Birmanie, elle-même renégate de la communauté internationale car gouvernée par un gouvernement militaire depuis 40 ans, qui se fout des droits de la personne et du monde en général comme de sa dernière chaussette. Pour mes amis français de France, quand je dis "droit de la personne" j'inclus aussi les hommes...

Alors donc, comme il fait chaud pour mourrir (je sais, vous voulez pas le savoir: j'ai reçu au moins une dizaine de courriels m'informant du temps qu'il fait chez-nous. Et vous savez quoi ? Moi non plus je veux pas le savoir...), nous avons décidé, Trev et moi, d'égrener ces quelques heures en venant causer avec vous et nous sommes retournés à notre petit café Internet à côté, celui-même qui abrite un champs de bataille virtuelle et des petits maudits délinquants qui crient autant que leurs bazookas bazoukent... Je m'étais dit naïvement qu'en plein coeur de l'après-midi, le lieu serait déserté, car les enfants à cette heure de l'aprème sont HABITUELLEMENT à l'école. Du moins dans les sociétés civilisées comme les nôtres ou quand on fait la guerre c'est pour de vrai. Mais non! Les postes étaient tous occupés par les petits maudits qui en ont remis juste a me voir la face.

Le bruit de fureur ambiant va donc me servir de toile de fond pour vous raconter quelque chose que je n'avais pas encore abordé tant que tout danger n'était pas écarté. En effet, alors que je gambadais tranquillement sur l'île de Chang, j'ai été mordu par un petit crisse de chien déguisé en carpette, qui, à la vue de mon gras de jambe alléché, m'a littéralement sauté dessus au passage et m'a pris une bonne mordée.

De retour à ma hutte, je suis allé prendre une douche en nettoyant bien la plaie qui à mon grand soulagement ne paraissait qu'une simple scratche. J'ai dit à mon chum, "Pense-tu qu'il y aurait des dangers que j'ai attrapé la rage ?". Avec son humour typiquement bloke il me répondit: "Si tu commences à baver un peu plus que d'habitude, on ira voir le docteur, mais en attendant inquiete-toi pas. Il devait s'agir d'un chien raciste comme il y en a plein en Afrique... surtout en Afrique du Sud."

Inutile de vous dire que le diagnostic émis par mon amoureux n'avait rien pour soulager mon angoisse. De retour a Bangkok, soit cinq jours plus tard, je suis allé tcheker dans Internet ce qu'on disait de la R.A.G.E . "Enfer et damnations" me suis-je écrié lorsque je pris connaissance des fiches documentaires émises sur le sujet par le prestigieux Institut Pasteur. Si j'avais été aussi moumoune que mon chum le laisse parfois sous-entendre, je me serais évanoui sur le sol. Mais je ne l'ai pas fait car je trouvais que l'endroit était mal scéant (et le plancher pas propre).

Donc, pour faire une histoire courte, il s'agit d'une maladie MORTELLE dont il n'existe aucun remède, ou la personne mordue voit apparaître les premiers symptômes alors qu'il est trop tard pour intervenir soit de deux à huit semaines après l'événement. Ne reste alors plus qu'à laisser la pauvre victime s'éteindre dans d'atroces douleurs généralement des maux de têtes épouvantables agrémentés de fièvre brulantes et de gros delirium très mince. Des fois un filet de bave s'écoule légèrement de la bouche mais ca c'est juste pour ajouter de l'effet dramatique. Il y avait aussi une description de ce que pouvait avoir l'air le chien enragé. Rien à voir avec l'image de cartoons qui nous est souvent présentée car la plupart des chiens atteints sont plutôt dociles et souvent deguisés en carpette... Merci beaucoup thank you !... Meilleure chance la prochaine fois, le programme va s'éteindre car votre temps est écoulé. N'oubliez pas que le gros lot de la 6/49 est rendue à 22 millions. Et que by the way, mon chum m'apprend qu'en lisant le Bangkok Post, il appert que la premiere victime de la RAGE en Écosse depuis cent ans vient de s'éteindre (dans d'atroces douleurs).

Foudroyé n'était pas le mot pour me décrire. Je suis revenu a l'hôtel tout raconter à mon chum (l'épais et son histoire de chien raciste, il m'avait même préparé à l'éventualité de recevoir une grosse seringue douloureuse dans le milieu du foie... Ouache! Je lui ai dit que son rôle était de me supporter et non de me rachever avant mon temps et que je n'avais rien à foutre de la réalité). Je lui ai sommé de me trouver le meilleur spécialiste de la Rage dans les heures qui suivront. De mon côté, j'allais m'alliter et me bourrer de Motrin en attendant les atroces douleurs.

Inutile de vous dire que je regrettais amèrement avoir refusé le vaccin préventif que m'avait si aimablement offert l'infirmière de la clinique du voyageur de Montréal avant mon départ. Mais à 350$ les deux doses, je lui avais répondu que j'irais voir le vétérinaire du chien de ma chum Maryse qui fait cela pour 25$. Elle n'a pas eu l'air de goûter ma plaisanterie et m'a même fait signer un papier disant "refuse le vaccin". Avoir su...

Je vécus donc dans un espèce de bulle éthérée jusqu'à ce que je rencontre un charmant médecin Thaï parlant un anglais empeccable dans un luxueux hôpital 5 étoiles de Chiang Mai. (J'ai attendu d'être rendu à Chiang Mai car la perspective d'avoir à traverser le traffic de Bangkok pour trouver un hôpital faisait déja apparaître les atroces douleurs). Si chez-nous on parle de médecine à deux vitesses, ici on parle plutôt de médecine à vélo c'est-à-dire à dix-douze vitesses. À notre arrivée à l'urgence, l'infirmier de faction à côté de la porte faisait des mots croisés et les deux nurses derrière le comptoir tricotaient en écoutant le dernier soap à la télévision. En tout, j'ai eu droit à cinq personnes pour s'occuper de ma R.A.G.E. De mon entrée à la sortie de l'urgence, en passant par la caisse il s'est écoulé un gros 30 minutes. Ou bien les gens sont pas malades, ou bien ils ont pas les moyens de payer cet Hôtelpital ? Qu'est-ce que vous pensez vous-autres ?... Bon, je dois avouer sincèrement qu'en dedans de moi, j'étais bien content d'avoir un service si diligent et courtois. Au Québec, c'est sûr que j'aurais mordu...*

Donc, vous vous demandez sûrement si oui ou non je vais m'en sortir ou si vous devez déja prévoir un événement post-mortem pour souligner mon agonie dans d'atroces douleurs et surtout comment vous allez vous séparer mes bijoux. Ben non! Je vais m'en sortir. Tant que les symptômes n'étaient pas sortis, j'étais correct. Fiou ! Mais je dois au total recevoir cinq doses de vaccins (qui font pas mal pantoute, heureusement la technique a évoluée) réparties les jours suivants 1/3/7/14 et 30. J'ai reçu les trois premiers dans mon hôtelpital de Chiang Mai et j'ai acheté les deux derniers en prévision de me les faire administrer en Birmanie. Et le plus beau, c'est que tout ça est remboursé par l'assurance-voyage... Il faut payer pour le préventif mais le curatif est gratif !

C'est donc avec un optimisme tout neuf de bébé naissant que me revoici de retour a la vie, après avoir vécu d'atroces douleurs psychologiques (ça aussi ça compte dans la vie) et que j'entreprends cette deuxième tranche de mon périple asiatique.

Et maintenant que je suis immunisé, les petits maudits chiens ont intéret à se tenir loin de mon gras de jambe ! Un pied est si vite parti !

Je vous embrasse

* Trevor me prie de vous dire que ceci n'est pas une apologie des systèmes privés de santé et qu'au Québec j'aurais sans aucun doute reçu AUSSI un excellent service. Quelques heures plus tard dans les Maritimes mais un bon service quand même... Ce que je ne remets sûrement pas en question. Vous me connaissez quand même...

Je vous embrasse


Pierre


Pour voir d'autres photos sur la Thaïlande et voir le vidéo, visiter la page suivante: http://homepage.mac.com/simardcook/Menu35.html

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