Textes de la Thaïlande
Plus qu'un
dodo, texte de pré-départ
envoyé de Lethbridge (Alberta), le 1 novembre
2002; Voir Bangkok et mourir,
texte de Bangkok envoyé le 10 novembre
2002; Voir Koh
Chang et
vouloir y revenir, texte de Koh Chang
envoyé le 17 novembre à partir de
Bangkok Vive le Loy
Kratong, texte de Chiang Mai envoyé le
25 novembre; Avant
Rangoon, texte envoyé de Bangkok le 29
novembre 2002 soit au retour de la Birmanie
Plus qu’un
dodo...Vendredi, 1 Nov 2002
15:33:43 +0100
(CET)Lethbridge,
Halloween
2002
Ouahahahhahhahh...C'est
pas pour vous faire peur que je vous écris mais bien pour vous dire que
votre patience sera bientôt récompensée car je vous annonce
officiellement que nous quitterons le plusse beau pays du monde demain soir. En
effet, nous prenons le vol de Calgary a 20:30 (18:30 heure de l'est) pour
Vancouver et de là, directo to
Bangkok....J'espère
donc que vous aurez une douce pensée pour nous lorsque vous
préparerez votre souper. Que vous nous imaginerez bras dessus, bras
dessous en train de prendre place dans notre luxueux aéronef pourvu de
deux gros moteurs qui viennent d'être tchékés, et dont les
pneus 4 saisons viennent d'être
remplacés.Et pour les
ceuses que l'ombre de cette pensée rend vert de jalousie, si ça
peut vous faire moins mal, dites-vous que le vol va durer à peu
près une journée, que je ne saurai pu comment me mettre
après deux heures seulement, que j'aurai des impatiences din jambes, que
j'aurai envie de pisser vingt fois à l' heure et que naturellement les
toilettes seront toujours occupées, que les agents/agentes de bord
d'Air-Canada (les ''space waitress'', comme les appelle mon chum) ne diront pas
un verrrat de mot français, que ça va me faire pomper, que
ça va énerver mon chum, qu'on va finir par se chicaner et qu'on va
arriver à Bangkok en beau
maudit...Un vrai beau voyage
en perspective je vous
dis...Hastal
huegoMucho
besosPedrito y
Trebor___________________________________________Voir
Bangkok et mourirDimanche, 10
Nov 2002 15:33:43 +0100
(CET)Bangkok10
novembre 2002Après les
deux dernieres semaines passées au côté de bopepa pis
bellememan, deux adeptes de la nicotine foncée, dans la merveilleuse
ville de Lethbridge (capitale du steak de bison pour les incultes parmi vous qui
ne connaissent pas Lethbridge), à respirer l'équivalent de trois
paquets de cigarettes Mark Ten par jour en fumée secondaire, dire qu'on
avait hâte de changer d'air est un
euphémisme...Eh bien on
avait rien vu. Ou plutôt on avait rien senti encore. On pourrait
même dire qu'on avait rien entendu puisque ces trois facultés sont
trèèèèèsss sollicitées dans la
merveilleuse ville de Bangkok, étrangement baptisée Ville des
Anges par ces inhabitants (comme disent nos amis franco-Ontariens), on ne sait
trop pourquoi d'ailleurs.Aller
à Bangkok pour se reposer c'est un peu comme amener sa mère de 82
ans à la Ronde pour l'aider à faire passer son souper. Je vous le
dis tu-suite, Bangkok est bien énervante. Depuis notre arrivée
samedi dernier, nous ne cessons de parcourir la ville (fascinante au demeurant)
en pensant qu'à un moment donné quelqu'un en quelque part va tirer
la plogue et que le bruit va arrêter mais c'est rêver en
couleur.Prenez par exemple, en
ce moment d'astheure je vous écris dans un Café Internet
spécialisé dans le jeu et les pré-ados. Il y a une
vingtaine d'ordis, tous branchés sur des jeux différents, dont la
caractéristique commune se situe au niveau du bombardement
systématique et de l'attaque intersidérale impliquant force
bazookas et autres Karachnikovs. Et tous ces beaux enfants s'amusent innocemment
à se tirer dessus SANS ÉCOUTEURS. Je ne sais pas comment je fais
pour garder mon calme et de ne pas aller tous les déploguer pis les
envoyer se coucher. Il est quand même dix heures du soir, verrat.
Cout-donc, y'ont pas de parents ces enfants-là
?Bangkok donc. Le point commun
entre cette ville débile et le Quebec, c'est qu'au deux endroits on est
six millions. Bien qu'au Quebec on soit tout aussi débile, mettons que
chez-nous on a plus de place pour le montrer... Pour échapper à
la frénésie ambiante, le touriste effrayé essaie de trouver
refuge dans les petites ruelles, les allées étroites entre deux
canaux ou au coeur d'un temple boudhiste dont regorge la ville. Et à sa
surprise générale, il trouve soudainement le calme, la
quiétude, la sérénité. Et c'est là tout le
contraste qu'offre Bangkok. Alors que la ville est turbulente au possible, ces
habitants eux sont calmes, Zen comme douze Dalaï Lama. Pas étonnant
quand on sait que 98% de la population est boudhiste. Ce qui est bien avec cette
religion, c'est que les gens croient dur comme fer qu'il ne faut pas voler, pas
faire usage de violence etc. pour gagner leur Nirvanha. Sinon, si y sont pas
fins, dans la prochaine vie ils vont revirer en quelque chose de pas le fun
comme un tapis, une brosse à dent ou en Georges Bush.
Première des
conséquences de cet état de fait: il ya un temple à tous
les coins de rues. Chaque temple est construit pas loin d'une école, pas
loin d'un hôpital, pas loin d'un centre pour personnes agées...
Bref, la Thailande est dûe pour une révolution
tranquille.Êtes-vous des
ceuzes qui disent que lorsqu'ils ont vu un temple ils les ont tout vu ? Ben vous
avez pas vu le temple qui est à côté du Palais du Roi Rama
V, rendu célèbre par Yul Bryner dans "The King and I" (c'est comme
ça que je fais comprendre à ma mère les places que je
visite). Le palais est un ensemble de constructions toutes plus
dégoulinantes d'or les unes que les autres, couvertes de verroteries et
de stucs à rendre mauve de jalousie un gâteau de noces italiennes.
Nous avons passé une journee complète à visiter ce haut
lieu spirite de la culture Thai et passé deux rouleaux de film Kodak sans
parler de la demie-heure filmée sur vidéo par mon chum qui
insistait pour que je commente devant la camera tout ce que je voyais devant
moi. Quand on a vu un temple on les a tout
vu...
Bien sûr, vous allez me
dire que ce serait beaucoup plus intéressant si on comprenait la langue.
Mais le hic, c'est que le thaïlandais est une langue que seuls les
Thaïlandais comprennent. C'est une langue qui se peut pas. Avec 44
consonnes et 28 voyelles, chantées sur cinq notes différentes,
c'est beaucoup demandé aux touristes de passage, je trouve. Après
une semaine ici, je maîtrise parfaitement deux mots. D'ailleurs, soit dit
en passant, je trouve que pour un pays où le tourisme est la premiere
entrée de devises étrangères, les Thais sont pas
pressés d'apprendre l'anglais. C'est rafraîchissant de voir a quel
point les gens arrivent à se foutre complètement de l'anglais. Ils
sont très auto-suffisants sur le plan culturel. Ce qui a certains
avantages. Genre que nous n'avons pas entendu Céline depuis que nous
sommes arrivés... D'ailleurs, contrairement à bien des peuples,
les Thais écoutent peu la musique. Du moins en public. Il est en effet
très rare d'entendre de la musique dans les lieux publics. Ce que
mononcle apprécie beaucoup. Bien sûr, il y en a qui se
lâchent lousses dans des restos qui font Karaoke mais bon. On peut pas
trop en demander.C'est pas ici
non plus que nous allons perdre nos petits tailleurs (Chanel pour moi et
Michelin pour mon chum). Bangkok est une grosse popote roulante. Je devine que
la moitié de la ville cuisine pour l'autre moitié. En plus des
innombrables restaurants, il ya de la bouffe partout dans les rues, les ruelles,
le long des canaux etc. J'ai même vu un restaurant qui faisait terrasse
dans un parking de garage Shell. Ouache! Et mon chum qui veut à tout prix
me faire découvrir la bouffe du terroir dans ce qu'elle a de plus
pittoresque. L'avenir nous dira si je vais survivre a mon nouvel
apprentissage.Il y aurait
encore beaucoup à dire sur Bangkok. C'est une ville fascinante et
très très riche, mais après une semaine, mettons que j'en
ai assez. C'est pourquoi demain nous levons le fly pour une destination moins
dure pour le gros nerf. En effet, nous avons découvert sur la mappe,
à a peine quatre heures d'ici, une petite île pas laide du tout du
nom de Koh Chang.Il parait
qu'en plus du soleil et la mer, ils ont
lnternet.Je vous tiens au
courant de tout.Je vous
embrassePierre
___________________________________________Voir
Ko Chang... et vouloir y
revenir.Dimanche, 17 Nov
2002Oui je
le jure. Quand le bon Dieu a inventé la terre (et créer l'enfer en
même temps), il a oublié des petits bouttes de Paradis icitte et
là... Pas étonnant à l'âge qu'il avait! Et bien ne le
dites surtout pas à personne (surtout au monde que vous voulez pas voir
en vacances), mais un de ces petits paradis oubliés s'appelle Koh Chang :
"Koh" pour "île" et "Chang" pour éléphant...
Comme vous pouvez le
constater, mon Thaïlandais s'améliore tranquilement pas vite. Je
vous ai dit que c'était une langue impossible. Après deux
semaines, je maîtrise parfaitement deux mots : bonjour et merci. La
semaine prochaine ce sera "C'est combien" et "T'es-tu malade?!". Contrairement
à mes voyages précédents, je ne me suis pas procuré
de petits livres de "phrases toutes faites". J'ai réalisé que
c'était un couteau à deux tranchants. C'est très vicieux
comme truc. Ça te prend vingt minutes à mémoriser une
phrase (qui sonne inévitablement comme le français des
hôtesses d'Air Canada. Je suis convaincu qu'elles ne comprennent
même pas ce qu'elles disent quand elles font les annonces dans leur
micro). Et quand tu te présentes en face de l'autochtone que tu veux
blower en parlant sa langue, il te répond tout sourire 875 mots tous
attachés serrés les uns aux autres dans une phrase qui ne semble
avoir ni sujets, ni verbes, ni complements... Juste des sons ... Tu restes
là, planté, tout sourire benêt, alors que tout ce que tu
voulais savoir c'était la direction des toilettes les plus proches. Donc
maintenant, c'est le langage des signes qui est à l'honneur. Quelques
gestes, deux grimaces et surtout un sourire et ça y
est...Alors Koh Chang ? Oui
c'est un paradis. Imaginez l'île de Gilligan. Tout l'exotisme qu'on veut
mais avec toutes les commodités (vous vous souvenez de Ginger dans
l'île de Gilligan? Elle n'avait jamais la même robe sur le dos alors
qu'elle était partie soit disant pour une petite "ride" de deux heures en
bâteau. Et le millionnaire et sa femme qui n'étaient jamais a court
de scotch pour les 5 à 7 !) Ben Koh Chang c'est comme ça. Tout ce
que tu penses qu'un paradis doit avoir incluant l'eau courante et l'air
climatisée.Les petites
huttes de paille sur le bord de la mer, le soleil et la plage déserte de
sable blanc ... mais aussi, de la bière froide, des bons restaurants, des
magasins (pour acheter l'anti-bibite que t'as oublié) et pas trop
d'Allemands. Et surtout, ce qui a l'heur de plaire à mon chum qui est
aussi le trésorier du couple, c'était vraiment pas
cher...L'île,
découverte selon les guides de voyages dans les années 90 (avant,
ça pouvait pas exister car aucun étranger n'y allait) est
parsemée le long de sa côte ouest de petits villages de
pêcheurs. De la crevette, du poisson et du calmar, en veux-tu en vla.
D'ailleurs, parlant de calmars, nous étions un peu inquiets de voir la
rangée de chalutiers qui prenaient place chaque soir au large de la
côte, avec leurs petites lumières pour attirer le calmar. Il y en
avait tellement qu'on aurait dit Longueuil vu du Pont Jacques-Cartier. Mon chum
y a vu là une des causes du changement climatique et une entorse aux
accords de Kyôto.Donc,
un jour les touristes sont arrivés, surtout des routards, entrainant avec
eux le développement de l'industrie touristique. Il n'y a pas encore
d'Hilton mais ça ne saurait tarder. Comme on cherchait avant tout la
paix, on a pas pris de chance, on est allé au bout de l'île,
passé les plages de jeunes Australiens en vacances (je sais pas pourquoi,
par les temps qui courrent on se tient loin des jeunes Australiens en vacances)
qui ne pensent qu'à faire la rumba comme nous lorsqu'on avait 20 ans
(d'ailleurs la ressemblance avec nous, les jeunes des années 70, est
saisissante: même anti-coupe de cheveux, même grand culotte pas de
fond, même grand-jupe indienne, même allergies au rasage et au
savon) après une marche d'un demi kilomètre dans la jungle nous
avons abouti dans ce magnifique petit Resort tenu par un jeune Thaï du nom
de Chang (quelle idée d'appeler son enfant comme ça, une fois que
tu sais ce que ça veut dire. Et en plus le monsieur avait des grandes
oreilles...).Mais ne croyez
surtout pas que nous nous sommes "fait dorer la rondelle pendant une semaine"
comme disent les Riffaud. Ma fine complexion me l'interdit (je ne veux pas que
ma rosacée finissent en rougeassez). Comptant sur les vers qui habitent
la partie postérieure de mon chum, on ne peut passer plus d'une heure
sans faire de petits projets. J'ai pu éviter à venir
jusqu'à date son projet d'aller visiter l'urgence d'un hôpital
local histoire de prendre la mesure de l'état des investissements en
santé dans le
pays.Ainsi, nous avons failli
nous perdre dans la mer de Siam en allant faire de l'apnée à deux
heures de la côte (c'était trop simple d'en faire devant notre
hutte), le moteur du raffiot sur lequel nous avions pris place en compagnie de
nos deux amis Parisiens a fait des siennes dans le milieu de l'océan et
tout de suite j'ai pensé à Gilligan. Finalement, au bout d'une
heure, après quelques toussotements, le moteur a fini par redemarrer dans
un gros nuage noir puant et salissant. C'est dans ces moments-là que tu
envies les Allemands qui ont choisi la croisière de luxe avec le "all you
can eat" et les concours de Makarena toute la
journée.Un autre jour,
toujours accompagnés par nos amis Parisiens (eux nous appelaient les
Canadiens), nous avons fait le tour de l'île avec des motos louées
à un pêcheur du village. Inutile de vous dire que ce n'était
pas les beaux petits modèles 2003. À quelques kilomètres du
retour, en plein milieux d'une côte qui descendait comme le Monstre de la
Ronde, la chaine de la moto des Parisiens a pété. La Parisienne,
elle, a pété les plombs dans la face du pauvre pêcheur "qui
n'y pigeait que dalle". Bref, j'ai décidé que c'était les
parisiens qui nous portaient la gigne et j'ai refusé d'entreprendre
d'autes petits projets avec eux. D'autant plus que le suivant c'était de
faire une excursion à dos de
Chang!On aurait bien repris
d'un peu plus de paradis. Mais mardi, nous voulons être a Sukotaï,
l'ancienne capitale ThaÏ située au centre du pays, pour le festival
de l'eau et de la lumière. On appelle ça le festival du Loy
Kratong. Il paraît que c'est très
charmant.Les détails
dans le prochain carnet...P.S.
Plusieurs personnes m'ont fait part du plaisir qu'ils ont à lire mes
petits carnets. Ce n'est rien comparé au plaisir que j'ai à les
écrire pour vous.Je
vous embrasse
Pierre
___________________________________________Vive
le Loy KrathongLundi, 25 Nov
2002 14:58:00 +0100
(CET)Chiang
Mai,le 25 novembre
2002Sawadee de Chiang Mai ou
nous sommes depuis mardi dernier pour célébrer le nouvel an
Thaïlandais et le Festival du Loy
Krathong.Ceux et celles qui me
connaissent savent ce que je pense des festivals. Je sais que ça en
prend, mais c'est comme le hockey: y'en aurait pas que je m'en porterais pas
plus mal. Je peux pas en dire autant du baseball. À la quantité de
joutes que regarde mon chum a la TV, s'il n'y avait pas de baseball je m'en
rendrais compte c'est sûr. Mais je suis pas certain que ce serait meilleur
pour mon couple... Entécas
!Donc, en cette
première semaine de pleine lune du calendrier thaï (saviez-vous
qu'ici on est en l'an 2545), les Thaïs fêtent le Loy Krathong, (Loy
qui veut dire "cours d'eau" et Krathong qui veut dire "Krathong": un petit
vaisseau qui se veut une représentation stylisée de fleur de
lotus, fabriqué à partir de feuilles de bananiers tressées
à la manière des rameaux d'antan. Ceux et celles qui parmi vous
sont né-es avant les Olympiques (de Montréal) n'ont sans doute
aucune idée de ce qu'a l'air un rameau tressé. Je les inviterais
donc à allez-voir sur Internet pour parfaire leur
éducation.
Trevor veut que je
mentionne qu'il y a deux sortes de Krathong : les naturels, qui sont faits de
matières naturelles et donc biodégradables, et les autres qui sont
faits à base de styromousse et qui posent des problèmes
environnementaux. Mais c'est dommage, ce genre de commentaires ne fittent pas
dans mes histoires. Alors j'en parle pas. Ce n'est pas assez exotique. Ou
trop... c'est
selon! Toujours
est-il que le Loy Khrathong est comme une version asiatique de notre Action de
grâce qu'on fêterait le 25 décembre à cause des
lumières et des décorations. Pour remercier le dieu des moissons
(et de la mousson) pour ses largesses. Sous la lumière bienveillante de
la pleine lune, femmes et enfants s'avancent sur le bord des cours d'eau pour
pousser tranquillement leur petit Krathong agrémenté de fleurs et
de chandelles, qui, emporté par l'onde, les soulage du même coup du
poids des péchés commis pendant l'année. C'est comme
ça qu'est présenté l'événement dans les
guides touristiques, probablement par des journalistes sur l'acide ou sous
l'effet de quelques opiomacées
locales.Comment cette paisible
manifestation religieuse qui remonte à la nuit des temps a-t'elle pu
revirer en Festival du pétards à mèche toutes
catégories confondues et du gros carnaval burlesque ou Gilda aurait l'air
d'une robineuse???? Cherchez-moi
!En début de
soirée, quand nous sommes descendus du train (une minute de silence
à la mémoire de la personne qui a inventé ce merveilleux
moyen de transport, et deux pour l'autre qui a inventé l'air
climatisée qui vient avec), la ville était déjà en
effervescence. La madame qui conduisait le Touk-Touk ( je vous ai-tu
parlé de ce petit véhicule traumatisant, croisement entre le
Rickshaw des livres de Tintin et le bicycle à gaz de Peter Fonda dans
Easy Rider ? Comme le cognac, c'est à consommer à petite dose !),
nous a avertit qu'en raison des rues fermées et de la circulation
Bangkoesque, qu'elle ne pourrait nous laisser plus loin qu'à
l'entrée du pont, non loin de notre
hôtel.C'est donc "dinde
froide" (j'adore cette expression anglaise), sac-au-dos, et broue dans le toupet
que nous fûmes acceuillis à l'entrée de ce pont, par
mille-et-un pétards lancés par autant de petits maudits
délinquants qui trouvaient ben le fun de faire mourrir d'une crise
cardiaque les plus de quarante ans, les mononcles et les matantes, se trouvant
inopinement dans le quadrilatère attaqué d'aussi infâme
manière. Ni vus ni connus, on se débarasse des baby-boomers et
à nous toutes les belles jobs (dont je n'ai, personnellement, jamais vu
l'ombre...).Après avoir
survécu je ne sais comment à cet atroce bombardement en
règle, nous avons eu droit à un défilé qui n'en
finissait plus de chars allégoriques en forme de gros "Kratongs",
degoulinants d'or tous surmontés d'une nymphette (ou d'un nympheau...
"commercial") d'au moins 13 ans, d'au plus 17, elle aussi dégoulinante
d'or et de paillettes. Bon. Je sais pas si j'aimais ça mais dans le
doute, j'ai toute tépé ("tépé", comme dans
enregistré avec une caméra vidéo) Et de Boum en Boum, de
nuages de boucane en nuages de boucane, la nuit s'est effritée comme elle
avait
commencée...
En un mot comme en cent,
typico ou pas, ce festival, qui a duré en tout quatre jours et trois
nuit, n'était rien pour me vendre les festivals. J'haïssais cela,
j'haïs toujours cela et probablement que j'haïrai toujours
cela.Parlant de nymphettes sur
des chars allégoriques, vous ai-je parlé de cet infâme
buzziness qui s'affiche à pleine page dans les journaux et qui consiste a
matcher de jeunes Thaïlandaises avec des gros monsieurs blancs d'agecanonix
? Oui, oui. J'invente rien. Et à voir se gambader main dans la canne,
ces couples mal assortis au possible dans les rues des bourgades locales, il
paraît que le négoce fonctionne bien. Par ailleurs, pour payer
leurs études, les étudiants (mâles et femelles) de ChiangMai
se prostituent à qui mieux mieux (en première page du Bangkok Post
on parlait l'autre jour de 50%). En plus de payer les frais de scolarité,
ce petit travail à temps partiel permet également de se "procurer"
(terme consacré par tous ceux et celles qui comme moi n'ont pas le droit
"d'acheter" des affaires), les petits plaisirs de la vie tels que telephones
cellulaires, vêtements griffés, et autres bebelles
facheunebeuls.Si la
Thaïlande témoigne d'une vitalité économique
évidente (malgré le crash de 1997, il n'y a qu'à voir le
nombre de grattes-ciels et de gros chars dans les rues pour s'en convaincre), il
est tout aussi évident que la richesse accumulée ne profite
qu'à une infime minorité (il n'y a qu'à voir le nombre de
taudis qui ceinturent les mêmes rues sur lesquelles circulent les
mêmes gros chars...). Pourtant, si vous regardez la
télévision vous verrez dans les commerciaux nombre de produits de
consommation destinés à la classe moyenne, dont l'image ressemble,
yeux bridés en moins, à la famille moyenne Longueuilloise. Mais
là s'arrête la comparaison car avec un salaire moyen de 50$ CDN par
mois, pour rejoindre les deux bouts, les gens doivent travailler douze heures
par jour, six jours par semaine... Comment certains arrivent-ils a se payer des
Mercedez ??? La réponse se trouve en quelque part entre "corruption" et
"abus de toutes sortes". D'ailleurs, j'ai dû lire un peu trop les journaux
ces derniers temps car il me semble qu'il n'est question que de corruption dans
l'actualité.Mais
heureusement, pour revenir de tout cela, les Thaïlandais ont une expression
merveilleuse "Mai pen rai". Ce qui veut dire "Never mind" en
français...Alors, la
prochaine fois que vous en aurez ras-le-bol de quelque chose, pensez à
moi et à la Thaïlande et dites-vous
:Mai Pen
RaiPierre___________________________________________Avant
RangoonBangkok, 29 novembre
2002, 29 degrés Celsius (45 avec le facteur
humidex)Plus que quelques
heures avant notre vol pour Rangoon, la ville maudite, capitale de la Birmanie,
elle-même renégate de la communauté internationale car
gouvernée par un gouvernement militaire depuis 40 ans, qui se fout des
droits de la personne et du monde en général comme de sa
dernière chaussette. Pour mes amis français de France, quand je
dis "droit de la personne" j'inclus aussi les
hommes...Alors donc, comme il
fait chaud pour mourrir (je sais, vous voulez pas le savoir: j'ai reçu au
moins une dizaine de courriels m'informant du temps qu'il fait chez-nous. Et
vous savez quoi ? Moi non plus je veux pas le savoir...), nous avons
décidé, Trev et moi, d'égrener ces quelques heures en
venant causer avec vous et nous sommes retournés à notre petit
café Internet à côté, celui-même qui abrite un
champs de bataille virtuelle et des petits maudits délinquants qui crient
autant que leurs bazookas bazoukent... Je m'étais dit naïvement
qu'en plein coeur de l'après-midi, le lieu serait déserté,
car les enfants à cette heure de l'aprème sont HABITUELLEMENT
à l'école. Du moins dans les sociétés
civilisées comme les nôtres ou quand on fait la guerre c'est pour
de vrai. Mais non! Les postes étaient tous occupés par les petits
maudits qui en ont remis juste a me voir la
face.
Le bruit de fureur ambiant va donc
me servir de toile de fond pour vous raconter quelque chose que je n'avais pas
encore abordé tant que tout danger n'était pas
écarté. En effet, alors que je gambadais tranquillement sur
l'île de Chang, j'ai été mordu par un petit crisse de chien
déguisé en carpette, qui, à la vue de mon gras de jambe
alléché, m'a littéralement sauté dessus au passage
et m'a pris une bonne mordée.
De retour à ma hutte, je suis
allé prendre une douche en nettoyant bien la plaie qui à mon grand
soulagement ne paraissait qu'une simple scratche. J'ai dit à mon chum,
"Pense-tu qu'il y aurait des dangers que j'ai attrapé la rage ?". Avec
son humour typiquement bloke il me répondit: "Si tu commences à
baver un peu plus que d'habitude, on ira voir le docteur, mais en attendant
inquiete-toi pas. Il devait s'agir d'un chien raciste comme il y en a plein en
Afrique... surtout en Afrique du Sud."
Inutile de vous dire que le
diagnostic émis par mon amoureux n'avait rien pour soulager mon angoisse.
De retour a Bangkok, soit cinq jours plus tard, je suis allé tcheker dans
Internet ce qu'on disait de la R.A.G.E . "Enfer et damnations" me suis-je
écrié lorsque je pris connaissance des fiches documentaires
émises sur le sujet par le prestigieux Institut Pasteur. Si j'avais
été aussi moumoune que mon chum le laisse parfois sous-entendre,
je me serais évanoui sur le sol. Mais je ne l'ai pas fait car je trouvais
que l'endroit était mal scéant (et le plancher pas
propre).
Donc, pour faire une histoire
courte, il s'agit d'une maladie MORTELLE dont il n'existe aucun remède,
ou la personne mordue voit apparaître les premiers symptômes alors
qu'il est trop tard pour intervenir soit de deux à huit semaines
après l'événement. Ne reste alors plus qu'à laisser
la pauvre victime s'éteindre dans d'atroces douleurs
généralement des maux de têtes épouvantables
agrémentés de fièvre brulantes et de gros delirium
très mince. Des fois un filet de bave s'écoule
légèrement de la bouche mais ca c'est juste pour ajouter de
l'effet dramatique. Il y avait aussi une description de ce que pouvait avoir
l'air le chien enragé. Rien à voir avec l'image de cartoons qui
nous est souvent présentée car la plupart des chiens atteints sont
plutôt dociles et souvent deguisés en carpette... Merci beaucoup
thank you !... Meilleure chance la prochaine fois, le programme va
s'éteindre car votre temps est écoulé. N'oubliez pas que le
gros lot de la 6/49 est rendue à 22 millions. Et que by the way, mon chum
m'apprend qu'en lisant le Bangkok Post, il appert que la premiere victime de la
RAGE en Écosse depuis cent ans vient de s'éteindre (dans d'atroces
douleurs).
Foudroyé n'était pas
le mot pour me décrire. Je suis revenu a l'hôtel tout raconter
à mon chum (l'épais et son histoire de chien raciste, il m'avait
même préparé à l'éventualité de
recevoir une grosse seringue douloureuse dans le milieu du foie... Ouache! Je
lui ai dit que son rôle était de me supporter et non de me rachever
avant mon temps et que je n'avais rien à foutre de la
réalité). Je lui ai sommé de me trouver le meilleur
spécialiste de la Rage dans les heures qui suivront. De mon
côté, j'allais m'alliter et me bourrer de Motrin en attendant les
atroces douleurs.
Inutile de vous dire que je
regrettais amèrement avoir refusé le vaccin préventif que
m'avait si aimablement offert l'infirmière de la clinique du voyageur de
Montréal avant mon départ. Mais à 350$ les deux doses, je
lui avais répondu que j'irais voir le vétérinaire du chien
de ma chum Maryse qui fait cela pour 25$. Elle n'a pas eu l'air de goûter
ma plaisanterie et m'a même fait signer un papier disant "refuse le
vaccin". Avoir su...
Je vécus donc dans un
espèce de bulle éthérée jusqu'à ce que je
rencontre un charmant médecin Thaï parlant un anglais empeccable
dans un luxueux hôpital 5 étoiles de Chiang Mai. (J'ai attendu
d'être rendu à Chiang Mai car la perspective d'avoir à
traverser le traffic de Bangkok pour trouver un hôpital faisait
déja apparaître les atroces douleurs). Si chez-nous on parle de
médecine à deux vitesses, ici on parle plutôt de
médecine à vélo c'est-à-dire à dix-douze
vitesses. À notre arrivée à l'urgence, l'infirmier de
faction à côté de la porte faisait des mots croisés
et les deux nurses derrière le comptoir tricotaient en écoutant le
dernier soap à la télévision. En tout, j'ai eu droit
à cinq personnes pour s'occuper de ma R.A.G.E. De mon entrée
à la sortie de l'urgence, en passant par la caisse il s'est
écoulé un gros 30 minutes. Ou bien les gens sont pas malades, ou
bien ils ont pas les moyens de payer cet Hôtelpital ? Qu'est-ce que vous
pensez vous-autres ?... Bon, je dois avouer sincèrement qu'en dedans de
moi, j'étais bien content d'avoir un service si diligent et courtois. Au
Québec, c'est sûr que j'aurais
mordu...*
Donc, vous vous demandez
sûrement si oui ou non je vais m'en sortir ou si vous devez déja
prévoir un événement post-mortem pour souligner mon agonie
dans d'atroces douleurs et surtout comment vous allez vous séparer mes
bijoux. Ben non! Je vais m'en sortir. Tant que les symptômes
n'étaient pas sortis, j'étais correct. Fiou ! Mais je dois au
total recevoir cinq doses de vaccins (qui font pas mal pantoute, heureusement la
technique a évoluée) réparties les jours suivants 1/3/7/14
et 30. J'ai reçu les trois premiers dans mon hôtelpital de Chiang
Mai et j'ai acheté les deux derniers en prévision de me les faire
administrer en Birmanie. Et le plus beau, c'est que tout ça est
remboursé par l'assurance-voyage... Il faut payer pour le
préventif mais le curatif est gratif
!
C'est donc avec un optimisme tout
neuf de bébé naissant que me revoici de retour a la vie,
après avoir vécu d'atroces douleurs psychologiques (ça
aussi ça compte dans la vie) et que j'entreprends cette deuxième
tranche de mon périple
asiatique.
Et maintenant que je suis
immunisé, les petits maudits chiens ont intéret à se tenir
loin de mon gras de jambe ! Un pied est si vite parti
!
Je vous
embrasse
* Trevor me prie de vous dire que
ceci n'est pas une apologie des systèmes privés de santé et
qu'au Québec j'aurais sans aucun doute reçu AUSSI un excellent
service. Quelques heures plus tard dans les Maritimes mais un bon service quand
même... Ce que je ne remets sûrement pas en question. Vous me
connaissez quand même...
Je vous
embrasse
Pierre
Pour voir d'autres photos sur
la Thaïlande et voir le vidéo, visiter la page suivante: http://homepage.mac.com/simardcook/Menu35.html
Posted: Jeud - Octobre 2, 2003 at 11:48
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Published On: octo 03, 2003 05:05
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