Une voiture noire t'attend.
Tu peux rentrer.
Bio
Dans
les forêts du Gabon, puis au Sénégal, il y a parfois au
loin des percussions, des chants et des sons étranges. Mon
père - travaille dans la coopération, excellent musicien de
jazz et de blues à ses heures - passe parfois des 33 tours
de Chet, Miles, Duke, Count , Charlie, Dizzy, Thelonious,
etc... On entend aussi à la maison des chansons comme "Le
gorille", Quatre boules de cuir", "A bicyclette", "Les
bourgeois", "La valse à mille temps" et "L'aigle noir"...
Enfant, on ne comprend pas ces paroles, mais on voit les
acquiescement, les sourires, les oOOh choqués, le plaisir,
la réprobation, les poils qui se dressent, les doigts et
les chaussures qui battent la mesure, l'émotion quoi. On se
dit qu'il y a peut-être quelque chose de sympa chez les
adultes.

Adolescent
Retour
en France. Rochefort.
A l'âge où l'on approche sa première Demoiselle.
Je
m'impose de travailler un peu à l'école pour mériter une
guitare, avec la ferme intention de devenir John Lennon.
Dès que je connais deux accords, je compose une chanson
avec les deux mots d'anglais que je connais aussi. Deux
mots, deux accords. Le rockn'roll.
Je joue aussi des trucs New-Orleans avec papa à la
trompette ou au piano.
Sweet Georgia brown, black & blue, After you've
gone...
Mon
premier groupe se nomme "The Offensive médecine band" nous
répétons dans ma chambre des morceaux qu'on espère inspirés
par Dylan et les Beatles. Parfois les voisins dépourvus de
boules Quies appellent les flics. Nous faisons quelques
concerts mémorables (enfin, pour nous), notamment au lycée
Pierre Loti de Rochefort* .
Les années passent avec désinvolture, je joue les trucs
rock du moment dans divers groupes éphémères, comme celui
formé au bahut où se consume ma révolte adolescente, à
Saintes. A cette époque, les concerts tournent souvent à la
sauce punk, parfois au vinaigre. Un jour, je décide de
réciter un poème à moi, façon Plume d'ange, rien que ça,
dans un cataclysme musical, devant une salle chauffée au
blanc de blanc. J'aime les tomates, mais là ça frôlait
l'indigestion.
Mon
autre passion est picturale (cf la pochette de Passages
Avides et toutes les autres d'ailleurs).
N'ayons pas peur des clichés. Des cartes postales. Le bac
dépasse encore de ma poche, je fonce à Paris préparer les
Beaux Arts. La bohème, chambres de bonne, galères et tout
ça.
Petit à petit je gagne ma vie comme illustrateur et je
gratte plus le papier que la guitare.
Une mélodie se joue quand même, mais en sourdine. En
sous-sol oui. J'y construis mon désordre, prends note des
frissons, des passions incontrôlées, de mon absolue nullité
avec les femmes, du vide qu'on tente tous de fuir. Estomac
vide ou coeur vide selon le rang social.
Je m'amuse beaucoup et plonge aussi sans filet dans le
noir, en explorateur. Je me vois un peu comme une éponge
qu'on a oublié d'essorer. Ça viendra.
La quête débile du bonheur occidental est trop saoulante.
Je ne m'y fait pas.
Il y a ce bref retour en Afrique. Mais ce n'est plus avec
un regard d'enfant. On y côtoie des humains qui n'ont
absolument rien et qui vous accueillent avec un vrai
sourire sur une musique qui sait rythmer la vie, de celles
qui font se gondoler les baobabs et les ventilateurs. On y
croise pas mal d'exploiteurs puants aussi.
Mes accords deviennent plus migraineux et biscornus,
inspirés par une sorte de mélancolie en tache de fond et le
piano jazz/blues si particulier de papa, tout en restant
fasciné par Clash et Cure. Je lis beaucoup Henri Miller,
Baudelaire, Freud et... Hara kiri. Et je redécouvre les
fondamentaux Barabara, Nougaro, Brassens, Creedence,
Hendrix, Stones, Lennon, Cohen, Dylan, Neil young, Bowie...
Dans les clameurs des années 80, Gainsbourg encore un peu
et puis Higelin et Bashung surtout, avec quelques autres,
font vivre l'esprit, les mots et la musique que j'aime.

Au milieu des années 90
Il faut
se décider enfin à construire ce projet musique bondieu. Il
est là, tout mûr, incontournable, légitime, tout prêt, dans
ma tête et mes doigts. Ne lisant pas la musique, j'ai gardé
en mémoire tous mes plans, mes trouvailles, mes riffs, en
les répétant inlassablement sur ma guitare et mon clavier.
Comme des boucles infernales. Pour pas oublier. Il faut en
vrai arriver à s'en débarrasser, à l'inscrire quelque part,
comme de gros trucs encombrants. Des choses comme ça, vous
habitent toute une vie.
C'est pas ça qu'on appelle pompeusement aujourd'hui un
"univers" ? Ok ça marche.
J'achète bientôt un Fostex 4 pistes à K7 et se remplissent
des cartons entiers de rubans magnétiques.
Et là, déception :
c'est nul.
Personne ou presque n'écoutera cette, comment dire...
Je reconnais mes vrais amis alors, qui m'encouragent et me
font des critiques constructives malgré mon passage à vide.
Les boulets sont tout de même déposés me dis-je, et d'un
coup on se sent plus léger oui c'est ça, prêt à autre
chose. Je garderai tout de même de ce matériel les
prémisses ou la structure de nombreux titres, comme
La fille au répondeur.
Alors ok,on ne se laisse pas démonter. Je cherche des vrais
zicos, un chanteur ou mieux, une chanteuse ! Une Patti
smith croisée Blondie fera l'affaire. Ma voix
d'outre-tombe, je n'y pense même plus. J'arpente les boites
à concerts, les rades de Paris et des environs. Un vendredi
soir tard, aux puces, je rencontre une chanteuse et un
bassiste dans un café concert. Un groupe se forme. On
répète à La porte de Pantin le samedi. Mais la direction
prise me déplaît. Mon idée est trop personnelle sans doute,
et je n'ai pas l'âme d'un dictateur. Disons que j'ai juste
un caractère de merde.
Je
ré-enregistre mille fois mes compos, et me décide à envoyer
quelques CD à des labels : rien. Une fois, deux fois, dix
fois. Rien.
Je laisse tomber oui. Looser oui. Maman ne lis pas
ça.
FORT ALAMO d'après JL Murat
Un peu
plus tard, j'achète un jour un disque bouleversant. DOLORES
de Jean Louis Murat. Je le passerais en boucle sans
interruption dans mon atelier d'illustrateur pendant deux
mois. Je vous le conseille. Il m'a redonné envie de faire
des chansons, et peut-être bien d'autres choses encore.
Je profite d'une période financièrement faste pour acheter
un bon micro et un korg 01/w.
Après des crashs et des dérives privés, j'enregistre comme
par exorcisme tout un tas de chansons sombres, comme
L'amour noir. Puis
plein d'autres, sur un magneto numérique (Akai dr4). Ce
projet prend un nom : MIXTURES MIXTES. Il y a du progrès
mais c'est toujours mal foutu, avec un son en purée de
pois.


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En 2001
une odyssée à travers L'île de France nous mène au
Noisyland, après des années passées à Paris la barbare,
j'investis avec les miens une petite maison dans la
prairie, mais ne deviens pas fan de country pour autant.
En 2005, je découvre le logiciel Garage Band sur le Mac X.
C'est le moyen de mettre en forme toutes mes chansons sans
me faire bouffer par la technique. Les maquettes deviennent
presque correctes, des possibilités inespérées de
corrections, de rajouts, d'arrangement...
Mais le Noisyland porte bien son nom : on entend tout dans
les pièces du haut. Alors j'ai mis au point une façon de
susurrer la nuit qui convient très bien à mes ambiances
intimistes. Oui c'est ça, on peut dire que je susurre dans
mon Shure, ok.
C'est mieux insonorisé maintenant.
Je poste mon premier titre sur le net Tu dis que tu je crois, ou une première mouture de Bonifacio. Le site s'appelle Audiofanzine**. S'y apposent des avis, des encouragements, des écoutes, des collaborations, des conseils et des baffes à la tomate aussi. Tout ça fait avancer et on se prend au jeu, tranquille. J'ai la quarantaine bien entamée, je ne rêve que de partage, de musique, d'écriture et de faire reconnaître mon projet qui s'affine. De plus il me reste des cheveux ce qui est appréciable dans ce milieu à fort taux narcissique.
Je commence à recevoir des offres alléchantes sur le net, qui s'avèrent toutes plus ou moins bidons, voire pas nettes. Ainsi en janvier 2007, quand un certain R. Scultore se propose de me produire, je n'y prête pas trop attention.
Puis il me re-contacte et me donne rendez-vous il me propose de faire un disque avec le trio des "Mots bleus" de Christophe (entre autres) ...
La suite, c'est maintenant...
Philippe Rochefort
* (les deux autres membres du début sont devenus des musiciens professionnels, je les ai retrouvé sur le net).
**Mon commentaire préféré sur Audiofanzine me vient de la chanteuse de jazz Frederique Lapasset (Frifrie) :
"Tu as vraiment une jolie plume msieur Rochefort et un joli grain de voix , j'adore ton petit côté "désinvolupture" ( new word made in Frifrie ) .