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| Philippe
Boisnard |
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editions
Al Dante — 2005 — 20€. |
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Avec
Héroïnes, il est certain
que Christohe Fiat se place dans l’horizon qui fut ouvert
avec Ladies in the dark et les ritournelles
constituant les vies de Louise Brooks, Lady Diana Spencer et Tracy
Lord. Héroïnes, livre sombre,
qui tourne autour de destins qui se sont tracés en ligne
de résistance, qui trace les trajectoires de femmes, qui
en chacun de leur temps ont du lutter pour être, pour tout
simplement être femme dans des temps où les hommes
dominent et marquent de leur emprunte la mémoire. Comme on
le voit avec Wanda, après avoir pensé que «
le temps est loin pour elle où elle voulait devenir écrivain
comme un homme » et qui après sa séparation
de Léopold de Sacher-Masoch, « réalise
son rêve d’être écrivain comme les hommes
et comme Léopold et d’avoir de l’expérience
comme les hommes et comme Léopold et ne plus avoir peur de
la vie comme les hommes et comme Léopold » (p.169).
Mais, si une tonalité ressort de ce livre, il me semble qu’il
faudrait se référer au texte qu’il consacra
à björk dans JAVA n°21-22. Inaugurant son
texte par une déclaration de björk sous forme indirecte:
« björk dit qu’elle aime l’imprévu
», peu à peu il déconstruit la mythologie de
la chanteuse pour montrer que cet imprévu, ce qui échappe
à toute anticipation, n’est autre pourtant que ce qui
appelle par essence l’existence : la mort et les structures
qui en tissent la démesure pour l’existence, le temps
et sa juxtaposition de circonstances. « björk dit
que l’avenir est un combat imprévisible contre la mort
et contre l’ennui et contre le pouvoir et contre le démon
». Au lieu d’un discours sur sa musique : un nom
(1) qui déréalise
— en étant plongé dans l’univers pragmatique
d’une existence — les mythes qui y sont associés.
« La plus grande crainte de björk c’est l’ennui
qui est un ennui qui est lié à l’avenir qui
est un combat imprévisible contre l’ennui ». Cet
imprévisible aurait pu être l’exergue de cette
lecture de Héroïnes. Tout
semble s’y condenser : la mort tout d’abord, parmi les
5 femmes suivies, le destin de Sissi s’achève le 10
septembre 1898 à 14h40, victime d’une agression. Isadorra
Duncan meurt d’un accident de voiture au début des
années 20, prise dans la furie d’un combat existentiel
contre Sergueï Essénine. Madame Mao, dans la lutte pour
sa reconnaissance de femme face à une société
dévouée à Monsieur Mao, finit son existence
en se suicidant. Quant aux deux autres, non pas mortes tragiquement,
mais hantées par la mort, pour Courtney Love par celle de
Kurt Cobain, pour Wanda de Sacher-Masoch, par celle de Leopold de
Sacher-Masoch, son ex-mari, dont elle retracera une vie 11 ans après
son décès : Meine Lebensbeichte. Mais aussi, les démons,
le pouvoir et l'ennui. |
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| (1) Il est indéniable que la force du nom, en tant qu’il est inscrit et répétable, identifiable comme densité affective et cognitive particulier, est important chez Christophe Fiat. Celui-ci analyse depuis ses premiers textes, la force du nom propre. Ainsi dans björk, à la dernière page de son texte, juste avant de passer à la valeur d’échange liée au nom de björk, il écrit : « björk = björk© », à savoir la représentation copy-rightée du nom synthétise l’ensemble des plans qui la constituent (sensible, musical, époqual, économique, etc…). Cf. mon article dans Fusées n°7 : poésie au galop. (2)L’un des exemples marquant de ce processus de présentification et d’aplanissement temporel, apparaît au début de la partie sur Madame Mao : « L’action de cette histoire se passe dans une ville de Chine du Nord au début du XXème siècle. La ville s’appelle Zucheng dans la province du Shandong. C’est une amie qui fait la sage femme. Le père n’est pas là. Il se saoule. » (p.175) Par ce présent permanent, toute mise en tension dramatique est déchargée.Ce présent constant vient renforcer le travail qui est opéré par les ritournelles, et même peut venir s’y substituer, en assumer leur stratégie. L’idée d’une poésie excessive que se fait Christophe Fiat, tient dans « l’excès de langue poétique qui jeette la poésie dans un acte poétique qui fait jouer le montage linguistique contre la description mondaine et la manière stylistique contre les essences et la flexion/torsion des énoncés contre l’inflexion de la langue et le rythme qui fracture contre la mélodie qui harmonise » (La ritournelle, p.39). Dans Héroïnes le présent permanent indiqué par la récurrence des deux formules … dit que et on voit que, se joue ainsi dans la boucle d’une ritournelle. (3) Cf. mon article sur Une épopée, une aventure de batman.Pour l'exprimer rapidement, Christophe Fiat construit avec Batman une double dimension de constitution du personnage : 1/ plan fictif de ses aventures; 2/ plan économique de sa fabrication commerciale. (4)Se joue ici le croisement entre la stratégie liée à l’image photographique pour Sisi et de l’autre l’impact cinématographique des films où Romy Scheider lui a donné ses traits. Fiat insiste avec ce croisement sur le fait que l’image que nous nous faisons à partir d’un nom, et donc que le corps qui est supposé être sous ce nom, sont d’abord le résultat d’une représentation. En l’occurrence pour Sissi, celui de la photographie car « le cinéma n’est pas encore inventé et la photogénie irradie sa lumière partout » (p.56). Et cette représentation peut avoir de l’impact, au point que l’on puisse se demander « comment les gens tiennent du cinéma toutes leurs idées sur la vie romantique » |