| MÉMOIRE
EN MIETTES
je trouve parmi les débris de ma vie déchirée par le temps un morceau
de pensée qui pousse sur le crâne creux de ma géologie intime où
ma végétation humide attend gentiment le vent de la vieillesse en
se tordant les mains et tout à coup le rire se lève il faut tenter
de respirer même s'il est impossible de voir l'insecte qui me gratte
déjà la fesse gauche tandis que sous ce toit tranquille où cavale
les cafards des souvenirs obscurs qui broutent des fourmis rangées
en spirale dirigeant leurs cercles alchimiques vers des serpents
tordus qui se dévorent eux-mêmes en se creusant la tête triangulaire
ah la chair est vicieuse hélas et j'ai lu tous les bouquins pornos
mais je m'en fous je partirai un doigt dans la bouche oh lala que
d'amours fous dans des nuits sans nuit je rêverai la bite dans la
main en écoutant celui qui pleure ici si près de moi oh sois sage
oh ma douceur et chatouille le divin ennui de notre recueillement
sans rage ni désespoir de ne pouvoir savoir dans le noir revoir
les bons soirs remplis de nos illusions perdus dans les goémons
verts où une étincelle y pense à nos amants et pourtant je ne regrette
pas les murs écroulés de mon passé ah quelle boue dans le gouffre
de mon cou coupé dans le grand trou d'outre-tombe où j'attendrai
en vain de devenir un très méchant fou suspendu à mon sperme me
regardant me voir dans les îles chaudes du coeur croustillé d'or
las de l'amer repos la mer la merde
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