| Longtemps
je me suis plu à répéter : "les revues littéraires ne doivent
pas être luxueuses. Le luxe c'est la littérature, c'est de continuer
à écrire dans une société injuste toujours plus stupide."
Je
hurle aujourd'hui : "Vive Fusées, revue de luxe !".
Les
petits éditeurs constituent le dernier refuge de la littérature,
dont se désintéressent les grands éditeurs depuis plusieurs décennies.
Mais leur nombre croissant (des centaines, quand on comptait quelques
unités il y a 40 ans) étouffe la littérature, qu'elles devraient
protéger. Les rares oeuvres de qualité, les rares revues de qualité
sont noyées dans une surproduction noirâtre, au sein, au sein de
la laquelle deux courants opposés ont une importance majeure : 1.
un néo-dadaïsme narquois prononce la mort de la littérature; 2.
un académisme pseudo-philosophique ou descriptif pourrait nous dégoûter
des oeuvres du passé qu'il imite grossièrement.
Dans
cette période 1980-2000, des personnes en vue affirmaient avec une
insistance grandissante que la peinture était morte. Toute installation,
le moindre écran de télévision détourné, le plus petit des palais
de Tokyo (où des décorateurs du XVIème arrondissement reproduisent
les horreurs de banlieue) projetaient et ne cessent de projeter
à la face du public (applaudissements) une réalité dérisoire, tragique
et moralisatrice : "vous devez accepter un monde de déchets
et de destructions, ô cher Occident en armes".
L'inflation
éditoriale ne comportant aucune revue d'art et de littérature, Fusées
a dès lors décidé une opération magique : mourante littérature multipliée
par peinture morte crée la vie en annulant luxueusement la noirceur
régnante. |