Préface d'Hubert Lucot
  Retour :
 
Le luxe et la vie, la mort au carré

Longtemps je me suis plu à répéter : "les revues littéraires ne doivent pas être luxueuses. Le luxe c'est la littérature, c'est de continuer à écrire dans une société injuste toujours plus stupide."

Je hurle aujourd'hui : "Vive Fusées, revue de luxe !".

Les petits éditeurs constituent le dernier refuge de la littérature, dont se désintéressent les grands éditeurs depuis plusieurs décennies. Mais leur nombre croissant (des centaines, quand on comptait quelques unités il y a 40 ans) étouffe la littérature, qu'elles devraient protéger. Les rares oeuvres de qualité, les rares revues de qualité sont noyées dans une surproduction noirâtre, au sein, au sein de la laquelle deux courants opposés ont une importance majeure : 1. un néo-dadaïsme narquois prononce la mort de la littérature; 2. un académisme pseudo-philosophique ou descriptif pourrait nous dégoûter des oeuvres du passé qu'il imite grossièrement.

Dans cette période 1980-2000, des personnes en vue affirmaient avec une insistance grandissante que la peinture était morte. Toute installation, le moindre écran de télévision détourné, le plus petit des palais de Tokyo (où des décorateurs du XVIème arrondissement reproduisent les horreurs de banlieue) projetaient et ne cessent de projeter à la face du public (applaudissements) une réalité dérisoire, tragique et moralisatrice : "vous devez accepter un monde de déchets et de destructions, ô cher Occident en armes".

L'inflation éditoriale ne comportant aucune revue d'art et de littérature, Fusées a dès lors décidé une opération magique : mourante littérature multipliée par peinture morte crée la vie en annulant luxueusement la noirceur régnante.