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Des Modernes et des anti-modernes, par Fabrice Thumerel
Des modernes et des anti-modernes par Fabrice Thumerel.
Début de l'article :

"Mais comment peut-on encore être moderne ?, telle est la question que ne cessent de marteler depuis un quart de siècle tous ceux qui sont demeurés étrangers aux avant-gardes des années 60-70 ou qui ont pris leurs distances par rapport aux derniers avatars de la modernité. Dès 1981, dans Le Ruban au cou d'Olympia, le déjà classique Michel Leiris stigmatisait la «merdonité», cette dérive spectaculaire qui, suivant l'irrésistible flux capitaliste, tend à confondre modernité et actualité : «Notion stimulante mais caduque [...], la modernité [...] n'a-t-elle pas, camouflet à son nom même, cessé d'être moderne ?» (Gallimard, p. 248). Débutait une ère souvent qualifiée de «postmoderne», où l'on ne se contentait pas de dénoncer la dégradation de la modernité en modernisme — cette quête effrénée de la nouveauté —, ou encore les excès formalistes (purisme) et idéologiques (activisme révolutionnaire) : l'heure de la revanche sonnait pour tous les naufragés de la vague textualiste, qui s'empressaient de sonner l'hallali des avant-gardes pour claironner le retour à des valeurs sûres."


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Poéthique de l'amitié, à propos de la démocratie chez Prigent, par Philippe Boisnard
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Nous inaugurons ici, la publication de petits essais (éditions Trame-Ouest, collection critiK). Seul le début est donné, pour lire la suite vous pouvez commander aux éditions Trame-ouest (22 rue pasteur, 62000 Arras) pour le prix de 5 Euros (+1 Euro de port, chèque à l'ordre de "association Trame-Ouest") ce premier essai. Il comporte 44 pages. ISSN : 2-914557-08-6. Sont données à lire les 2 premières parties (les 4 premières pages)

Poéthique de l'amitié
(quelques propos dur la liaison entre démocratie et littérature chez Christian Prigent)

[n° HAL-SHS-00009845]

« la liberté n’est rien si elle n’est celle de vivre au bord des limites où toute compréhension se décompose »
Georges Bataille


D’une étrange relation — Il pourrait apparaître fort étrange, de voir un poète comme Christian Prigent, mettre en liaison, la poésie et la démocratie. Liaison au sens où pour lui, « dans les obscurités, la difficulté, la cruauté de la poésie (dans ses pointages du mal et dans sa résistance à la détermination du sens a priori) devraient s’énoncer allégoriquement quelques motifs du choix démocratique » (AQBP, p.41). Étrange énoncé, pour celui qui pose avec radicalité la question de la modernité et des modernes, pour celui qui peut dire « j’écris plutôt contre. Contre ce qui reconduit la croyance au lien (verbal, sexuel, social) et donc noue le lien lui-même » (EdN, p.211). « Parlant de livres, je dis seulement : « voici les livres dont j’ai besoin, et voici ceux qui m’encombrent ». Il s’agit d’affirmer des partis pris, dans leur arbitraire et leur violence » (CQM, p.28). Étrange, dans la liaison du terme de démocratie qui semble renvoyer à la tolérance et de cette cruauté propre à la revendication moderne. Étrange comme cette affirmation de la déliaison sociale, qui apparaît antinomique avec ce qu’intuitivement on imagine être la démocratie. Étrange, car ce terme de « démocratie », se fait rare dans ses écrits, et pourtant, vient hanter quelques textes, étant le seul concept politique qui semble en relation fondamentale avec ce que pense depuis plus de 10 ans Prigent de la littérature.
On pourrait même se demander si ce qu’il dit de la démocratie ne serait pas abusif, un tant soit peu excessif, venant faire effraction de ce qui ne cesse d’être dit pour enclore la démocratie dans une définition. En effet, la démocratie semblerait être le lieu même de la communauté, du rassemblement de la concorde, de l’égalité. En tout cas, c’est ce que le politique prétend venant garantir la pérennité de sa représentativité et de sa reproductibilité. C’est ce que la sphère politique occidentale revendique, et construit, rabattant la démocratie sous le principe de l’égalité arithmétique, la communauté des frères.
Mais face à ce discours convenu, cela fait longtemps que certains nous ont appris à en finir avec les utopies morales du politique, avec le dogme de sa fraternité de droit, cela fait longtemps, oui, Machiavel nous en est témoin, ainsi que Spinoza, que nous ne voyons plus les hommes tels que l’on voudrait qu’ils fussent, mais tels qu’ils sont et apparaissent : être de passions, de déchaînements et de haines, de désirs et de jalousies, d’anxiété quant à son existence et à ses devenirs potentiels, de petits ou grand intérêts.
Et c’est pourquoi derrière cette étrangeté d’une liaison qui pourrait être interdite et rejetée comme impropre, se cache peut-être une question encore impensée, question de ce rapport entre démocratie et littérature. En quel sens Prigent, tout en se déclarant en dissension, peut-il toutefois penser que la disjonction, le parti-pris pourrait fournir une allégorie de la démocratie ?

La démocratie comme crise du politique — Pour comprendre un peu mieux ce qui se cache et se tisse dans cette étrange relation, il est nécessaire d’analyser en quel sens, peut-être, la démocratie, loin d’être un état politique défendu et énoncé comme celui devant rassembler les hommes en une communauté, est celui qui a été honni, mis au ban des états possibles ou des états qui raisonnablement conviennent aux hommes. Dès Platon, et jusqu’à fort récemment à travers ce siècle, la démocratie apparaît comme cette impossibilité du politique au niveau théorique. Ce que rappelle parfaitement Derrida, dans son livre Voyous. La démocratie serait l’État impossible, ou bien encore la constitution de l’impossible de l’État au sens où, elle pose la question de la liberté et de la neutralisation de tout critère de partage de l’espace politique par sa redistribution et sa responsabilité proprement individuelle. D’où le rejet platonicien, son exaspération, face à cet État de « bazar de constitution », où tout un chacun peut se permettre de tout dire, de dire tout ce qui s’attache à ses désirs, sans jamais pouvoir être bridé. La démocratie, lieu du multiple, de la circulation moléculaire sans reconnaissance de centre, de la fragmentation, des principes d’existence hétérogènes, au sens où très étrangement, d’égalité, il n’y aurait que dans la reconnaissance de l’altérité de l’autre, de sa possibilité de se poser en différence, de différer de la place à laquelle on aurait voulu qu’il soit. Oui, la démocratie, à y regarder de près, serait le système politique impossible, aporétique par ses contradictions, qui demanderait selon Rousseau d’être des dieux, or Aristote nous l’a dit par avance, si l’homme est un être politique (zoon politikon) c’est qu’il n’est ni ange ni bête. De la démocratie : à la fois l’ange et la bête, à la fois nécessité de reconnaître cette part irréductible du singulier qui s’actualise par ses désirs, se monstrualise, et de l’autre la possibilité d’un lien politique demandant que les singularités puissent cohabiter, vivre en bonne intelligence.
La démocratie, Platon avait raison de le dire d’emblée, est le lieu de la perte des partages, de l’absence de mesure, de l’in-signifiance dès lors que rien ne garantit et vient ordonner a priori le sens et sa déposition en signification, l’effacement de la bonne répartition, de la répartition selon un critère de partage a priori qui permet de se doter d’une égalité. La démocratie est ainsi le lieu où tout peut être dit, ou la puissance du dire n’est jamais selon une instance transcendante, jamais émasculée, castrée de son style, de son stylet, de ce qui en tout dire délié, peut faire front, éperonner ce qui est, ébranler l’ordre établi. La démocratie est le lieu impossible de toute politique voulant encercler le possible en le canalisant dans un simple virtuel, un prédonné au niveau formel. Car elle est l’état où les citoyens peuvent assouvir leurs désirs, qui ne correspondent pas aux idéaux de la morale.
La démocratie est ainsi une institution dangereuse pour le politique car elle l’ouvre tout simplement au possible non cadastré, alors que l’art de la polis est un art de la canalisation, du règlement des mouvements par des lois, de la mise au ban. La démocratie serait ainsi la limite de toute politique de l’expression, de sa restriction, de son égalisation, de sa possible censure.
Ce qu’aurait peut-être aperçu Prigent, dans sa liaison, c’est en quel sens cette ouverture indéfinie de la démocratie à la parole correspond, et est peut-être même mise en question, par la littérature.



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À propos d'une critique d'Olivier Céna dans Télérama, par Philippe Boisnard

Dans le Télérama du 1er février 2006 (n°2925), Olivier Céna, critique téléramiste, une nouvelle fois se distingue par son parti pris, par sa verve empâtée de bons sentiments et de visions métaphysiques. D'Olivier Céna, on sait qu'il sévit depuis déjà un certain temps dans ce magazine TV à destination des intellectuels. C'est ainsi que déjà en 1995, dans le Télérama hors série sur la photographie, il défendait une photographie humaniste, au sens où pour lui "l'un des intérêts fondamentaux de la photographie (...) peut être la révélation du regard universel de l'homme, de son état amoureux, de son humanité possible". Grande déclaration, qui non seulement fait fie de ce que pourrait être précisément l'Humanisme (celui du XVIème siècle), mais qui en plus réduit l'histoire de la photographie à la première moitié du siècle.
Dans son article Passer la main, Olivier Céna repart en guerre contre certains processus d'abstraction et d'installation, en prenant comme prétexte l'exposition Notre Histoire, visible jusqu'au 7 mai au Palais de Tokyo. Dans cet article, comparant l'installation de Kader Attia, proposant un labyrinthe de matraques fixées à un mur, et de l'autre une peinture de Yan Pey-Ming qui a servi de couverture pour le Télérama du nouvel an, et qui représente une main brandissant une matraque, il se lance dans une attaque en règle des artistes post-modernes, artistes sans main, artiste designer, artiste qui aurait perdu, oublié, le rôle de la main dans la conception de l'oeuvre. C'est en ce sens qu'il établit une apologie de la main : "la main, comme le regard, est ce qui dès la naissance nous accueille ou nous repousse. En art, elle n'est pas qu'un simple outil au service d'un concept. Quel que soit le talent de l'artiste, le geste déforme, même imperceptiblement, révélant la personnalité de l'auteur (...). La main — le corps à l'oeuvre — dit ce que les mots ne peuvent énoncer. Elle ne ment pas, elle ne triche pas, elle révèle : l'être, l'humanité — cette empreinte émouvante sur le mur d'une grotte".
La vision qu'il défend de l'art, je le souligne d'emblée, est héritière de l'analyse qu'a pu avoir Heidegger dans Qu'appelle-t-on-penser ? La verve d'Olivier Cena ressemble à celle de la vision phénoménologique de Heidegger, et implique le même horizon métaphysique : "L'oeuvre de la main est plus riche que nous ne le pensons habituellement. La main ne fait pas que saisir et attraper, que serrer et pousser. La main offre et reçoit (...). La main trace des signes, elle montre, probablement parce que l'homme est un monstre. (...) Mais les gestes de la main transparaissent partout dans le langage, et cela avec la plus grande pureté lorsque l'homme parle en se taisant. (...) Toute oeuvre de la main repose dans la pensée" [p.90, PUF].
Pour juger de l'exposition du Palais de Tokyo, Olivier Céna pose ainsi a priori un prisme d'analyse, qui non seulement permet de légitimer ou d'illégitimer ce qui est présenté, mais qui en fait projette a priori ce que devrait être d'abord et avant tout une oeuvre d'art : à savoir qui postule une essence trouvant son incarnation par le seul travail de la main.
Il est bien évident ici que nous pouvons apercevoir une démarche épistémologique qui ne réfléchit pas sur sa propre logique. Tout d'abord, Olivier Céna, au lieu de s'interroger sur la démarche posée par l'oeuvre, et non pas seulement par l'artiste, part de présupposés esthétiques qui subordonnent toute phénoménalité artistique à ses propres critères de vérité. Ici, l'art donc obéit à une essence, celle de la manoeuvre, qui correspond seulement à certaines déterminations historiques de sa concrétion. Il y a une confusion entre d'un côté les principes qui peuvent émerger de certaines démarches et de l'autre la possibilité de poser une vérité en art. Ce qui détermine certaines démarches est hypostasié en tant que critère de vérité, et vient de là condamner a priori toute autre démarche. Dès lors, c'est une inversion de la relation cause/effet qui va commander son discours, ce qui n'était qu''effet en tant que discours devient causalité de tout regard sur les oeuvres qui apparaissent.
Ceci le conduit à ne pouvoir s'interroger sur ce qui surgit dans l'art contemporain, notamment celui qui prend forme par les installations. Cet aveuglement l'empêche de comprendre en quel sens par moment, et notamment aujourd'hui, un certain tournant épistémologique en esthétique est impliqué par les oeuvres contemporaines qui se constituent au niveau numérique.
Sa démarche est contradictoire avec ce que tente d'observer, entre autres, Mario Costa, dans Internet et globalisation esthétique (L'Harmattan) : "La dimension esthétique de l'époque qui s'ouvre sera de moins en moins celle de l'art, et s'approchera de plus en plus de celle, que j'ai commencé à indiquer il y a vingt ans sous le nom de "sublime technologique". Mario Costa, défend un tournant épistémologique du regard sur l'art, en tant que celui-ci dépend non seulement de ses conditions époquales d'apparition (d'où la nécessité de réfléchir au démarche de ready-made depuis Duchamp comme impliqué par des conditions socio-économiques impliquant une interrogation artistique), mais en plus des conditions technologiques de sa propre concrétion. Ainsi, si Olivier Céna peut mettre en critique l'artiste-concepteur, il témoigne par là de sa mécompréhension de l'usage par exemple des technologies en art, du fait que les oeuvres ne sont plus le résultat d'un artiste singulier, mais de réalisations de groupe, où le concepteur peut travailler avec informaticiens, avec des graphistes, afin de concrétiser son projet.
De même, alors que ce que privilégie Olivier Céna, tient à la re-présentation, et en cela à une mimésis qui serait à penser au sens de l'impensé de Hegel (voir sa description de la main de Yan Pey-Ming), l'art au XXème siècle s'est consacré davantage à la question de la présentation. Les installations, comme celle de Kader Attia, ne re-présentent pas, mais présentent, sont des présentations d'abord et avant tout, qui ne correspondent aucunement à la figuration d'une expression. "Les productions" comme le souligne Mario Costa, "ne sont plus caractérisées par le symbolique et par les suggestions nébuleuse qui en découlent, mais possèdent une essence cognitive indispensable et claire (...) Le travail esthétique devient une véritable investigation intellectuelle".
Ce qui est alors reproché aux artistes post-modernes ne peut que faire sourire, car reposant sur une certaine inconsistance épistémologique et esthétique. Tout l'enjeu tient justement à réfléchir aux démarches post-modernes selon une analyse rigoureuse des oeuvres qui apparaissent. Aussi bien, au niveau artistique, qu'au niveau littéraire.

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La guerre des préfixes, encore un effort pour penser la modernité, par Philippe Castellin
L’expression « post-moderne » est désormais largement reçue et utilisée pour appréhender les caractéristiques du monde contemporain. Il s’agit ici de montrer en quoi cette expression peut paraître linguistiquement inadéquate pour fournir une représentation de la modernité, abordée dans sa relation au développement des sciences et à leur histoire, depuis le XVII° siècle. Il va de soi que ce texte laisse en retrait nombre de thèmes et aspects essentiel, la question de l’art notamment.. Il s’agit seulement d’ouvrir un chantier et un débat.

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L'oeil sociopoétique de Jérôme Meizoz, par Fabrice Thumerel
La métaphore utilisée par Jérôme Meizoz dans le titre de son dernier essai, qui offre un clin d'œil à un autre critique genevois, le réputé Jean Starobinski (L'Œil vivant, Gallimard, 1961), convient parfaitement à l'optique choisie : exposer la spécificité d'une sociologie du champ dont la dimension dominante est spatiale, la féconde intersection entre sociologie et littérature, après un siècle de méfiance ou d'ignorance réciproque. C'est dire que l'auteur prend soin de rappeler les principaux apports du modèle théorique progressivement mis au point par Pierre Bourdieu (1930-2002) en une trentaine d'années : l'objectivation du rapport aux modèles dominants (par exemple, l'historicisation du textualisme permet d'échapper à la fétichisation du texte) et l'explication du conservatisme critique («les catégories de la critique littéraire sont souvent des conceptualisations calcifiées de poétiques anciennes qui ont réussi» — p. 42) ; sur le plan méthodologique, la constitution d'un objet et d'un corpus d'étude indépendamment du système normatif, la construction de l'espace des possibles — c'est-à-dire des problématiques, des valeurs, ou des auteurs en vogue — comme condition sine qua non de toute analyse des œuvres retenues, la redéfinition des notions d'«auteur», de «genre», ou de «style», et, toujours grâce au mode de pensée relationnel, la fructueuse confrontation des textes littéraires aux autres discours sociaux…


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De l'intellectuel Critique, par Fabrice Thumerel
Dans son dernier livre, Les Fils maudits de la République. L'avenir des intellectuels en France (Fayard, 2005), l'historien Gérard Noiriel oppose aux intellectuels de cour et aux prophètes révolutionnaires — dont il fustige ces figures archétypales que sont pour lui Sartre et Nizan — ceux qui, par delà leurs divergences, peuvent et doivent se regrouper en communauté pour mettre leurs savoirs et savoir-faire particuliers au service du débat démocratique. Il ne fait ainsi que reformuler la position de Pierre Bourdieu, qui disqualifie les intellectuels traditionnels et les faux intellectuels (doxosophes) au profit des intellectuels spécifiques, qu'il invite à se réunir en collectifs.



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