Cet
entretien est une introduction au colloque Bernard Desportes
qui aura lieu à l'Université d'Artois. C'est une véritable
exploration de la littérature du XXème siècle qui s'y instaure, à
partir des questions de Fabrice Thumerel.
Bernard Desportes :
Pour qu'il y ait bilan sans doute faudrait-il que j'aie le
sentiment d'avoir affaire à quelque chose d'achevé... Or je ne
considère pas les 15 volumes de Ralentir travaux comme une entité,
mais plutôt comme une «oeuvre» morcelée, éclatée, fragmentaire, en
quelque sorte un élément hybride que je revendique néanmoins comme
prenant place au sein du travail publié sous mon seul nom. Fragment
de mon propre travail donc, mais «oeuvre» de compromis. Celui très
précisément qu'il m'a fallu passer entre l'action et l'écriture.
Compromis issu d'une histoire et d'un engagement social et
littéraire singuliers..
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Cet entretien
s'est décidé suite à l'envoi par Loïc Robin de son Cd-rom Eaux
Fortes. Ayant trouvé sa démarche intéressante, celle-ci allant je
crois dans le sens d'une interrogation tant linguistique
qu'esthétique de ce qui se produit avec certaines nouvelles
poésies, je lui ai proposé de répondre à mes questions. .
Début de l'entretien :
Philippe Boisnard : Tout d’abord, avant de parler de
ton CD-Rom, d’où provient pour toi l’intérêt pour le
verbi-visuel ?
Loïc Robin : Le verbi-visuel, c’est quand même
l’histoire de la poésie. Il faut la connaître et la regarder
pour la comprendre. C’est une question d’héritage.
Après, il y a le goût pour les arts visuels et en particulier pour
l'art conceptuel. L'image comme "représentation visuelle d'une
idée" : cette expression me convient, enfin, je veux dire que
j'essaie d'utiliser l'image comme cela.
Et puis le verbi-visuel, c’est avant tout les inscriptions,
les affiches, les publicités, les panneaux, tous ces mots
qui, dans l'espace public, sont devenus les
véritables objets de nos sensations. La relation au paysage
fait office d'exception. En exagérant un peu, on peut dire que le
reste de la perception est régie par la langue. La langue se
regarde elle-même.
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Dans le cadre du
partenariat avec 22 (Montée) des poètes, nous publions
l'entretien qu'a consacré Franck Doyen à Maïté Kessler dans le
n°46
22(M)dP : « Maïté Kessler, depuis quand existe
broch. # ? Et quelles y sont vos intentions?
Maïté Kessler : Ce projet est né en septembre 2004
et, au départ, je voulais faire quelque chose d'informatif surtout
( d'où la matière de la revue : photocop', noir & blanc, de
simples agrafes, du A4, brut de décoffrage !). Le rythme de
publication idéal aurait été celui des semestres universitaires.
Comme un enseignant, j'aurais fourni la matière première première,
au lecteur ensuite de faire son travail, comme l'étudiant "traduit"
les polycopes qu'il reçoit quotidiennement. L'autre chose
importante dans ce projet est d'essayer de mixer : des auteurs
connus, d'autres moins, d'autre nullement ; et mixer les médias, le
texte et l'image notamment.
22(M)dP : Comment diffusez-vous broch. # ?
Maïté Kessler : Je n'arrive pas à prendre le temps
et à m'organiser mieux pour la diffuser davantage. Il faut que cela
change ! Pour l'instant je profite des événements existant comme le
Salon des Revues, le Printemps des Poètes, etc, pour la diffuser,
mais je dois arranger cela. Une autre chose intéressante était sa
présentation lors du festival vidéo au Centre d'Art Contemporain
d'Hérouville Saint-Clair. Hors contexte ou en tous cas confrontée à
d'autres média, elle prenait une dimension toute autre,
enrichissante ; telle un virus qui arrive à pénétrer plusieurs
corps, à s'étendre à plusieurs champs. Et voilà d'ailleurs le texte
qui accompagnait les brochures, imprimé en parallèle :
«Riche d'un ôte-agrafes horizontal, de plusieurs chargeurs de
documents automatiques & manuels, d'une agrafeuse intégrée,
exécutant plus de 50 photocopies à la minute, autant de recto/verso
s'il le faut, le copieur Océ 3165 est le partenaire idéal des
structures, petites ou grandes, dont le but est d'informer et de
diffuser largement et pour un moindre coût tout type de
connaissance.Riche de personnalités du monde de l'art, de
personnalités évoluant dans des univers poétique et de boucherie,
d'une extrême rigidité ou d'une souplesse sans bornes, doté d'un
militaire, d'une pâtissière, d'un électricien, ..., mon carnet
d'adresse est mon partenaire idéal lors des moments de grande
lassitude que je connais en ne fréquentant qu'un seul et même
corps, ne labourant qu'un seul et même champ.Fatiguée de tourner en
rond et, tel un mixeur Bosch, j'ai à élaborer un plat homogène, un
tout, un même où se rencontrent mineurs & majeurs, bons, bruts,
et truands, chacun restant bien dans son camp à tout prix; car
c'est dans ce Même composé d'individus autonomes que vont se créer
les différences qui en feront la richesse.Le résultat étant à la
hauteur des moyens investis.»
22(M)dP : Vous souhaitez passer du support papier
à l’événementiel. Où en êtes-vous?
Maïté Kessler : J'ai réussi pour le premier n° à
organiser dans un atelier à Paris une soirée avec quelques
participants, uniquement parisiens. Mais la chose devient
compliquée ensuite lorsqu'il s'agit de faire venir des gens de
province et de leur financer au moins leurs déplacements,
logements, etc… Quand je reste seule à travailler là-dessus
sans m'organiser pour recevoir des subventions; chose à laquelle je
pense sans pour autant prendre le temps d'y travailler
encore.
22(M)dP : Comment rencontrez-vous vos auteurs (et
récipoquement) ?
Maïté Kessler : Les participants à la brochure font parti de mes
environnements sonore,
visuel et gustatif. Il s'agit de personnes rencontrées lors de
manifestations de poésie, d'expositions pour la plupart ; d'autres,
trouvées en chemin pendant mes 6 années passées dans des écoles des
Beaux-Arts ; des autres encore, vus, lus & entendus, sur disque
& sur papier auxquelles j'ai dans un second temps envoyées des
propositions de participations, comme celle-ci, à Serge Pey :
« Bonjour,
Nous ne nous sommes jamais parlé de vive voix mais je vous avais
dejà ecrit il y a quelques années, pour un projet de bras de fer,
d'un répertoire de poète ; je fabrique aujourd'hui une brochure en
photocopie à laquelle a participé Georges Hassoméris ; il me semble
qu'il vous l'a montré au dernier Marché de la Poésie, place
Saint-Sulpice. Et je vous envoie aujourd'hui ce mail pour
1 - vous demander une adresse postale à laquelle vous envoyer un
exemplaire
2 - vous proposer de participer au n° 3, cet automne.
J'espère que cela vous ira.
Maïté Kessler »
22(M)dP : Pouvez-vous nous en dire plus sur le
prochain broch# (numéro 2 ettroisième du nom) ?
Maïté Kessler : Dans le troisième numéro, très en
retard, il y a plusieurs éléments nouveaux : Laurence Dénimal,
éditée chez Al Dante et rencontrée au Salon des Revues par
l'intermédiaire de Georges Hassoméris ; Serge Pey donc, et une
personne complètement extérieure aux autres, rencontrée ni dans un
salon ni dans un festival mais lors d'un goûter et autour d'un
verre de vin un dimanche après-midi, Jérôme Laperruque, musicien et
auteur d'une chronique dans le magasine Chronicart, qui ne connait
pas les autres participants, et la réciprocité doit pouvoir se
vérifier. Je me dis qu'il participe bien à la richesse de
l'ensemble, par sa nature d'étranger à tout cela ; ou peut-être pas
et, cela ne réside peut-être qu'uniquement dans mon fantasme
d'arriver à une mixité totale et assumée et perceptible.
22(M)dP : Avez-vous de l'événementiel en prévision
pour 2006 ?
Maïté Kessler : Toujours cette volonté d'organiser
quelque chose dans les locaux de l'Université de la Sorbonne; un
possible qui engendrerait sans doute une confrontation intéressante
entre le public et les auteurs. D'autres endroits seraient
évidemment accessibles mais, comme je l'ai dis plus haut, je dois
d'abord me résoudre à trouver les moyens financiers pour le faire
au mieux.
Voilà. »
[extrait 1ère question] : "1. Charles, pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Je suis né à Cambrai
dans le Nord en 1965. J’écris des textes qui ressemblent
parfois à ceux publiés par P.O.L (bibi)
ou par Al Dante (Dedans).
Il m’arrive d’écrire des poèmes en vers
(Bine,
chez le Corridor Bleu, ou Le père ce
matin, chez Carte Blanche).
Beaucoup disent qu’ils ont du mal à lire mes poèmes. Cela
m’étonne, parce que pour moi c’est comme ça que je vois
l’écriture. Je pense qu’il faut lire Céline, les proses
de Beckett, le journal de Nijinski, la graphomanie de Parant, le
verbe de Novarina, et on comprendra peut-être un peu mieux après.
Mais il faut faire ce travail là, cette traversée (Rabelais !
Proust ! – que j’ai pas encore lu cela dit !), et on ne
peut guère la faire pour lui (le lecteur). Faudrait-il lire ce que
j’ai lu pour me lire (les écrits bruts, un peu d’Ernst
Jandl, de Maurice Roche, du Corbière, beaucoup de Prigent, une
pincée de Gertrude Stein…), ce qui m’a intrigué,
attiré, repoussé, laissé sur le carreau (l’effet Cadiot,
époque « Art
poétic’ », l’épaisseur
feuilletée d’un Hubert Lucot, la beauté complexe d’un
vers de Philippe Beck, le cut-up de Burroughs…) ? Et comment
lire ça ? Comment j’ai touché ça de la vue ? Comment
j’ai senti physiquement le corps écrit d’Artaud, par
exemple ? Qu’est-ce qu’on fait comme expérience, quand
on découvre tout ce petit monde ?"
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