.image-left { padding: 5px 5px 5px 5px; border: 2px solid #FF9500; }
[Nous inaugurons ici une présentation de livres rares, ou au tirage limité. La littérature contemporaine, et c'est un constat, est loin des grands tirages. Si pour une part il y a des éditeurs, qui parviennent à publier des livres à quelques centaines d'exemplaires, voire quelques milliers pour les éditeurs nationaux, tel Verticale ou bien POL, force est de constater que beaucoup ont des tirages à moins de deux cents exemplaires. Ces présentations s'intéresseront non seulement à ces petites tirages, mais aussi à leur élaboration, à la manière dont ils sont été conçus, à l'inventivité éditoriale dont elles témoignent comme je vais essayer de le montrer dès cette première présentation]
monde, de Frédéric Dumond, Les cahiers de la Seine éditions Henri Lefebvre, 2005, 150 exemplaires, 15 €.
Présentation :
Ce livre, non paginé [30 pages], s'élabore comme la description poétique d'un univers en expansion qui serait l'otage d'un futur déjà annoncé, dès le commencement, dès la première page : "à un moment, quelque chose se contractera / pour retourner à sa singularité" et ceci sera aléatoirement déterminé, ceci sera systématiquement effectué. Et c'est justement dans cet écart , celui de la finitude, que l'écriture se donne, tant qu'il n'y a pas eu encore cette rétractation, tant que nous sommes dans la possibilité physique de la dissémination. L'écriture, ce qui est aussi en jeu là, donne alors à voir, à sentir — et ceci intuitivement — comment se réalise les processus de fragmentation de l'ordre, de dispersion, de causalité impossible, de déstructuration de toute possibilité de tenir une pure tension de cosmos, un ordre qui serait infragmentable. Car dans ce monde, celui des corps, et celui de l'écriture, tout se donne par transversalité, mutations, par des brisures.
Et c'est là que se joue la part graphique du livre : avec un insert calque d'une oeuvre ouverte : "intervention dans x décimale

Kathy Acker Grandes espérances, éditions Désordres/Laurence Viallet, traduction Gérard-Georges Lemaire, ISBN : 2-268-05906 5, 156 p. 18 € 90
[site éditions-désordres]
4ème de couverture :
Ma mère est une andouille, un morceau de méduse. La chose la plus répugnante au monde c'est elle. Mon pire cauchemar est celui où j'ai en moi un peu de cette méduse.
Ma mère, la méduse, veut que je sois comme je suis.
Je pique donc une crise. Je décide d'être totalement catatonique. Je suis incapable de savoir quoi que ce soit. Je n'ai pas de contacts humains. Je ne suis pas capable de comprendre le langage.
Grandes espérances est à ce jour l'oeuvre d'art la plus aboutie d'Acker. De par sa concentration formelle et sa structure toujours plus harmonieuse à chaque strate de lecture, ce livre répond aux exigences de Sterne ou Canetti envers le romancier"
Alain Robbe-Grillet*
Acker est une Colette postmoderne dont l'oeuvre a le pouvoir de refléter l'âme du lecteur.
William Burroughs
Kathy Acker est né en 1947 à New-York. Elle est morte en 1997 à Tijuana.
*N'ayant pas lu Grandes espérances à l'époque où cette citation fut reproduite sur la première édition américaine, Alain Robbe-Grillet ne peut en etre l'auteur. Toutefois, touché et amusé par cet hommage, il nus a aimablement autorisés à l'utiliser ici.
voir chronique

Lucien Suel Un trou dans le monde, éditions Pierre Mainard, ISBN : 2-913751-27-X, 38 p. 8 €
adresse de l'éditeur : Pierre Mainard, 14, place Saint-Nicolas, 47600 Nérac
extrait :
Sous la pâle peau des paupières, des cuisses, des reins, se boursoufle une incroyable larvée germination noire et labyrinthique.
Les idées s'extirpent masquées par le style scriptural de la bête pharmaceutique jamais lasse d'engouffrer la manne interstitielle.
Il arrive que les doigts s'enfoncent doucement de crainte de blesser chair comme boyau d'évacuation d'où sortent les tristes loups anoures et pansus.
À l'avant du bateau, dans une gerbe surf d'écume noirâtre, se campe l'énorme dure carcasse d'officier mangé de scorbut, pétrifié de goudron et piqueté de saumure.
Le sirocco publicitaire tourbillonne dans les méandres méningés avant d'être aspiré goulûment par la myéline optique.
voir chronique

Dominiq Jenvrey L'EXP. TOT, éditions è®e, ISBN : 2-915453-32-2, 89 p. 11 € [éditions è®e]
4ème de crture :
L'EXP. TOT (contraction de L'EXPÉRIENCE TOTALE) est une fiction théorique où s'expérimente une écriture du monde. Dominiq Jenvrey y explore les notions de volonté collective et de logique d'ensemble, impliquant à chaque ligne le lecteur, l'amenant à s'interroger sur la notion même d'action. C'est une dissection du monde, littéraire, poétique et ontologique qui se joue ici, passée au scalpel d'une langue singulière, radicale, tranchante jusqu'à la syntaxe. Il faut "bégayer son verbe" pour que la pensée se libère. Parce que l'expérience est totale, on croisera dan ce livre des extra-terrestres, la voix et le corps de Pierre Guyotat, mais aussi une méthode pour prendre le pouvoir et anéantir le capitalisme.
"C'est une pensée de l'action, de la volonté, matérialiste, qui cherche à modifier les actions, à contraindre par la pensée l'action. Pour cela il faut nuire aux représentations dominantes, avec la langue, la langue qui est compromise dans ces représentations auxquelles il faut nuire, la langue va être un enjeu alors. L'expérience est totale parce que tout s'implique, qu'il n'y a pas d'enjeux autonomes, que la langue est politique parce qu'elle est engagée dans le fonctionnement du monde. Et puisque la langue est un enjeu, ce dernier ne peut être porté que par la littérature" D. J
Premières impressions :
Éric Arlix, et les éditions è®e poursuivent leur exploration des formes radicales de la critique sociale et politique. Ainsi après l'excellente publication de Les Luddites/Bris de machines, économie politique et histoire, de Vincent Bourdeau, François Jarrige et Julien Vincent, qui a permis de revenir sur la question de la désinflation relationnelle à la technique et ouvert le débat par exemple dans un très bon dossier de Chronicart, la publication du texte de Jenvrey poursuit cette exploration des possibles formes critiques. Ceci n'est pas surprenant quand on connaît un peu le travail de Arlix et ses propres recherches menées, tout d'abord dans Mise à jour et Et hop aux éditions Al dante, puis Le monde jou aux éditions verticales.
Le texte de Dominiq Jenvrey développe le rapport de polémos — et ceci au coeur d'une langue travaillée par la modernité — entre la raison et l'exp. tot qui se signifie selon l'excroissance psychologique de la logiq d'ensemble. La raison, comme le souligne ce texte est l'abstraction d'éléments qui dès lors sont disjoints et posés en séparation. Tout au contraire, l'action, pour être, ne peut se détacher de la logiq d'ensemble, à savoir de la totalité Dumonde, au sens où "l'être n'existe pas indépendamment Dumonde". L'action, si elle est celle de corps dans l'espace et le temps, se donne alors pour Dominiq Jenvrey, et en cela il croise Progénitures de Guyotat, dans la littérature, qui est exp. tot Dumonde en tant qu'une "langue fabrique Unmonde".
Avec cette publication, les éditions è®e montre en quel sens, il est possible de se tenir encore dans l'ouverture de l'horizon moderne de la critique, sans retomber dans les attraits parfois usés justement de certaines formes de formulations qui prétendent à la révolution. PB

Claude Yvroud Arrête arrête continue continue, si tu veux, éditions PROPOS/2, ISBN : 2-912144-40-X, 58 p., 9 € [www.propos2editions.net]
4ème de couverture :
"Voilà ce que nous épuisons désespérant avec les jours plus ou moins comme ceci ou comme cela ce qui ressemble à quoi on se met là mettez vous là assis non pas debout non non pas de presque d'approximatif rien retournez-vous je saute nue! au repos et dans le champ ! en mouvement très acide ! très mais dans le champ on pourrait décrire on pourrait déclencher qu'elle on pourrait une habitude de la vision oeuvrant vous nue une copie plus ou moins exacte au repos !"
Premières impressions :
Quatrième de couverture, comme couverture (qui est une photographie de Claude Yvroud), l'ensemble du livre se pose en liaison à la pose, à cette pause demandée par le photographe afin de saisir ce qui fait face à l'objectif : femme, monde, espace quasi-insituable. Objectif de vue et de saisie : ici le livre-photographe. En une longue prosodie monologuée, hachée, aux exclamations nombreuses, nous suivons cette opération de la photographie, les interrogations qu'elle implique ("n'oublie jamais que l'écran a trois dimensions déchirées entre !"), et ses fins : "l'univers où la beauté s'affirme en nécessité absolue !". Selon un rythme trépidant de la phrase, qui se bouscule, se bouleverse, s'effondre pour se reprendre, peu à peu, cette beauté du monde dont parle Yvroud, se révèle être non pas le plan général d'un monde harmonieux, mais le détail focalisé : "notre préférence va vers ce qui est très rapproché ! c'est à dire y est déjà la bouche contre !" qui de plan photographique en plan photographique varie temporellement et infiniment. Plus qu'une simple prosodie, Claude Yvroud, qui travaille aussi beaucoup la photographie et la vidéo, explique son rapport à cette captation et le met en liaison avec le travail de la langue. PB

Loïc Robin Eaux fortes, CD-rom, 15 € [contact pour les commandes : robin.loic@free.fr]
Présentation de libr-critique.com :
Eaux fortes se présente comme une élaboration cartographiée du rapport entre la langue et la surpuissance des éléments : ici la mer et son rapport à la terre. Tel que Loïc Robin l'exprime dans un entretien que nous faisons actuellement : "le sentiment esthétique (ici les bords de mer) est tellement puissant qu'il rend la langue muette". Au lieu de tenir la langue dans la profusion phénoménologique du réel, la langue se rétracte, se refuse quasi à sa donation, pour ne plus se rencontrer que dans des traces d'elle-même. Non pas langue de l'auteur, mais trace de la langue humaine, trace d'écrits en bordure de mer (affiche, panneaux de commerces) qui sont resitués dans le contexte de cette présence maritime. En quelque sorte, le travail de Loïc Robin prend le contre-pied de la tentation de reconstruction du fourmillement du réel, pour ne donner à voir que d'infimes détails de la langue humaine qui s'est installée sur les bords de mer. Proche en cela de la poésie concrète, de la poésie visive ou élémentaire au sens de Blaine, il travaille sur des déplacements de motifs linguistiques essaimés et les recontextualise par collage et selon des variations permises à partir de la programmation en flash. PB

Christian Zorka SIEGES / Urbs flammis delebatur, Le Quartanier , isbn : 2-923400-10-0, 31 pages, 7 €.
Quatrième de couverture :
Cela pourrait se passer dans une salle d'opéra ou de ballet, entre une saillie de princesse et la survenue de bergers. Une annonce diffusée par les haut-parleurs interrompt la pièce : le roi qui faisait la guerre chez les voisins pour leur voler des dragées, a été assassiné. Bref, c'est le désordre, mais aussi le retour de l'ordre. Les spectateurs, affolés, montent sur scène et renversent les comédiens pour gagner les cintres et voir la rue par un oeil de boeuf.
Première impressions :
voir la chronique

Denis Ferdinande théoriRe, actes (essai), Atelier de l'agneau , isbn : 2-930188-85-5, 101 pages, accompagné du DVD : " Dolly ou les oies sauvages" 15 €.
4ème de couverture :
"... la voix, telle voix comme il est plus que susceptible d'en passer dans l'air du temps, de qui passe et pense : "Où en est-on (où en êtes-vous, littérateurs) avec cela qui s'appelle "littérature" ? Que s'y passe-t-il encore ? Y a-t-il une justification (un sens) à cet "encore" de la littérature ? Qui peuvent bien être les acteurs d'un tel "encore" à l'heure où se pose la question de sa justification (de son sens) ? Quelle heure est-il d'ailleurs, ou alors : ... de quand date-elle, cette heure ? Sauraient-ils — fût-ce un seul d'entre vous ces acteurs — se dérober à la question, voire : sauraient-ils s'y dérober si la question leur était posée de sorte qu'ils ne puissent s'y dérober ? Si oui, qu'advient-il ? Et qu'advient-il de la question si rien n'advient ? À l'inverse, qu'advient-il si aucun ne s'y dérobe ?"
Un essai — voire "essai d'essai" — essai de réponse, réponse si possible, en fait : façon (singulière) de réponse, à la demande — hier formulée par nombre d'aînés, non des moindres, à l'adresse des jeunes auteurs — de s'atteler à quelque chose comme la théorie-en-littérature... Théorire, donc : il y aura eu de toute évidence malentendu de ma part, ou alors aurais-je initialement souhaité répondre de façon stricte, avant la survenue de tel incident, fâcheux : l'auriculaire dérapant sur le clavier, faisant intervenir dans le mot "théorie" la lettre dont la chance voulait qu'elle ne fût pas complètement méconnue... Pas méconnue, en effet, depuis A. Jarry qui au début du XXème siècle" l'introduisit, puis reprise à bon compte par C. Prigent (Ceux qui merdRent) et J.-P. Bobillot (la FaRce cRachée de la pRoésie au XXème siècle). — Vous avez dit (et rit) "filiation" ? ThéoriRe, donc : ou un certain sens du toucher, au sens exactement mallarméen du terme (traduisez : " on a touché... à la théorie en littérature !"). Toucher de prime abord irrecevable — est-ce à dire sacrilège ? — qu'il s'agira de maintenir comme tel afin d'explorer ou plutôt exposer, en tant que fable, le socle ou le principe de toute recevabilité en la matière. Est-ce à dire de façon toute théorique ? Ne serait-ce pas là précisément le risque, risque d'aporie ? Pour autant...
Denis Ferdinande est né en 1978 à Lille et vit actuellement à Montpellier. Il a déjà publié, chez le même éditeur, Critère du cratère (collection architextes), et anime la revue littéraire et critique Marge 707.
Premières impressions :
Ce texte, accompagné d'un DVD, se présente bien en effet comme un essai sur l'essai. Essai, non pas à comprendre en tant qu'objet intellectuel, formaté universitairement, mais essai compris dynamiquement, en tant que tentative. Ce livre se présente comme un essai : il regroupe par fragments, par grappes de remarques, par colonnades, par chapitres qui se juxtaposent, par textes qui sont biffés, ordonnés, un ensemble de remarques, d'injonctions, de détails, concernant cette question de la possibilité d'une pensée théorique concernant la langue, la poésie. Essai qui dès lors se découvre théorire : à savoir qui en chacun de ses instants vient nier le sérieux de ce qui est énoncé, le travestit, le parodie, en montre les mécanismes, les logiques, les stratégies et ceci par le glissement constant tout aussi bien de la langue que de ses argumentations.
D'emblée, le livre de Denis Ferdinande, frappe par sa qualité et sa maturité critique. De même le DVD, "Dolly ou les oies sauvages", film documentaire fictionné sur la possibilité de faire un film, de raconter cette histoire là dont il sera question, témoigne d'un travail très maîtrisé, entre Godard et Léo Carax.
À n'en point douter je reviendrai sur ce très bon livre de Denis Ferdinande en chronique. PB

Revue QQ n°1 94 pages (revue non paginée), 5 €.
Commande : 16 boulevard de Belfort 59 000 Lille.
4ème de couverture :
Prétention d'édition effectuée le mardi six juin deux mille six de neuf heures à dix heures trente minutes par Ariane Bart, avec des textes écrits par Ariane Bart, Antoine Boute, Lucille Calmel et Charles Pennequin sur la liste de diffusion "cu_cu_clan"
Impressions :
Cela travaillait cette liste de diffusion. Depuis un certain temps se posait la question de la publication de la textualité immanente de cette liste où se déversent aussi bien les retours-détour-retors réflexifs de Lucille Calmel, les injonctions énervées de Charles Pennequin, les délires post-lettristes d'Ariane Bart ou les textualités réticulaires d'Antoine Boute. Voilà, c'est publié.
Que peut-on lire dans cette copieuse revue ?
Tout d'abord, un type de relations linguistiques qui est permis par le net et qui s'est ouvert par son biais. Même s'il est vrai que le texte de Thth publié par Camera Animales rend davantage cette dynamique réactive, du fait de l'inventivité idiolectale constante qui est la sienne et de la conjonction permanente à une actualité dans laquelle il est immergé. De fait, la revue QQ, peut paraître décevante de ce point de vue, même si apparaissent des passages complets d'échange web.
Ensuite, des expériences littéraires reliées à la spécificité de chaque intervenant. C'est en ce sens que nous pouvons y lire la mystérieuse Ariane Bart, dont la textualité n'est pas sans rappeler certains textes d'Antoine Boute dans le numéro 13 de OUSTE. De là à penser qu'ils ne font qu'un, voilà un pas que je suis prêt à franchir. De même que nous pouvons y saisir à la volée les textes précipités de Pennequin.
Dans l'ensemble cette revue, qui se place dans l'auto-dérision et qui avoue sa donation dérisoire, permet de passer un moment amusant.

Xki Zone DHead, éditions Le Quartanier , 32 pages, ISBN : 2-923400-11-9, 7 €.
4ème de couverture :
Et vox in tabula rasa, échos, symptômes, et vox en coulée gargouille, vous dit, vous dit, tout ce que le skull-être vomit de dB, de pathos, de délires, en dolby technicolor. Et le gore ne suffit pas, ni le stupre, ni la haine de soi, in vitro pourriture de l'ego gâchis, vous dit, vous dit, tout ce que les trépans ont foré, profond de profundis dans les tranchées nerveuses, jusqu'au bulbe en extinction, jusqu'aux neurones en friture, alors on comprend mieux le sens de cette mort cérébrale, dégorgée et scénarisée ici sous le nom de code DHead.

Joël Hubaut Re-mix épidémik Esthétique de la dispersion, éditions Les Presses du réel (col. écart absolu) , 320 pages, ISBN : 2-84066-160-8, 32 €.
4ème de couverture :
" Joêl Hubaut épidémique, en tout et partout, est une figure et une force excentrique dans le paysage de l'art contemporain en France : hors limite, irrégulier, à l'entrecroisement des domaines (dessinateur, peintre, vidéaste, chanteur, écrivain, organisateur d'événements, enseignant). C'est une entreprise proliférant qui zigzague en France depuis plus de trente ans.
Si l'art est Action alors Hubaut est un actant qui construit des échanges et des interactions. Artiste trans-media, doué d'une énergie centripète et centrifuge, il est l'architecte mobile d'une chaotique trans-historique. Oeuvre vivante en gestation permanente, Hubaut est devenu une entreprise de projets collectifs, en utopien rebelle à toutes les soumissions. On the road, avec Kerouac et Pelieu, Satie et Duchamp, Picabia et Beuys, Malevitch et Filliou, Pierre Dac et Rabelais, Fourier, Brisset, Artaud et Luca. Vociférateur burlesque, tendance carnaval, Guignol et Pinocchio, terrien et vivant. Cette première monographie donne le ton de la sarabande qu'il danse depuis 1972 et les divers témoignages tentent de cerner (avec ses commentaires) ses activités dipersives et mouvantes
La collection l'écart absolu, dirigée par Michel Giroud, se consacre aux formes de pensée novatrice, dans les arts, dans le domaine social et spirituel, refusant la frauduleuse séparation entre la transformation sociale et l'innovation esthétique""
Premières impressions :
Livre extraordinaire aussi bien quant à sa confection (de très nombreux documents couleurs, de nombreux dessins des projets d'installations et de performances), que quant à la présentation du travail de Joël Hubaut : d'assez bonnes préfaces — qui cependant n'interrogent pas assez la question politique, comme nous tenterons ici d'y revenir —. Cet ensemble donne un aperçu de l'ensemble de la trajectoire de Hubaut et permet de saisir une réelle cohérence dans cette diversité d'expériences qui le caractérise. Un livre essentiel pour qui s'intéresse aussi bien à ce créateur de génie qu'à l'art contemporain français. PB
articles en rapport à cette entrée : [Chronique sur Lissez les couleurs (Aldante) par P. Boisnard] [lire +]
vidéo en rapport à cette entrée : [Lecture à de Joël Hubaut Lodève-2006 remixée P. Boisnard] [voir]

Sébastien Lespinasse R, éditions Pneuma 01 , CD 15 pièces sonores, 12 €.
renseignements : seblesp@voila.fr
commande : Sebastien Lespinasse - 20 rue Henri Moissan - 31200 Toulouse
présentation par Sebastien Lespinasse :
" Les poèmes partitions présentés ici ne sont que des points de départ pour construire des improvisations vocales et verbales. Tous ces textes - ou prétextes devrais je dire - ne cessent de se réécrire au fur et à mesure que je les interprète, ils ne sont en aucun cas fixés, ils dessinent seulement pour moi une direction à suivre, un chemin possible entre le sens et le sensible. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas hésité à faire entendre sur ce disque des versions différentes d'un même poème"
Premières impressions :
C'est à Lodève que nous avons découvert et rencontré Sébastien Lespinasse. Qui apparaît comme l'un des poètes sonores les plus remarquables de la jeune génération. Nous l'avons entendu lors des soirées off à l'atelier de Sophia Burns et Karim Blanc, soirées organisées par Franck Doyen 22MdP. Outre le fait qu'il soit un très bon lecteur (travail de voix, travail d'intonation, de bruitisme, de respiration), ses poèmes-partitions réfléchissent en plus intensément la tradition de la poésie sonore née depuis le début du siècle. Loin de toute fausse originalité, ou encore de jeux quelconques comme on peut l'apercevoir de temps à autre chez certains poètes sonores qui confondent calembours ou jeux de mots avec poésie sonore, Sébastien Lespinasse réfléchit dans chacun de ses travaux la question de la densité sonore, de son rapport à la langue et à son contenu. C'est pourquoi aussi bien les 4 versions du poème R que les 2 versions du poème Z, ne sont pas accessoires, mais témoignent de la réélaboration, de la réécriture sonore de chaque interprétation. PB

Vincent Tholomé COUPLES etc (BRUITS D'AMOUR), éditions Le Clou dans le fer , isbn : 2-9521854-0-9, 41 pages, 10 €.
extrait :
la matrice
la matrice
nous restons à la matrice
nous restons attachés à la matrice
il y a pour toujours un reste de nous
un bout de nous reste attaché à la matrice
comme un bouton est boutonné
nous sommes le bouton de la matrice
la matrice nous boutonne le bout
le petit bout de nous resté fixé à la matrice
un petit bout de nous resté fixé à la matrice
nous nous fixons toujours à la matrice
Première impression :
c'est avec joie que nous avons rencontré au marché de la poésie, les 2 animateurs de cette maison d'éditions, aux livres très soignés et à la mise en page originale (le Tholomé par exemple est imprimé sur des doubles pages qui se déplient). Le stand du clou dans le fer était avec celui de IKKO, et de MIX, et les trois éditions animaient le milieu de l'allée où ils étaient présents.

Christophe Fiat La reconstitution historique, une aventure de Louise Moore, éditions Aldante , isbn : 2-84761-132-0, 87 pages, 17 €.
4ème de couverture :
"Est-ce que vous croyez à l'enfer sur terre à cause d'une prison comme le camp X-ray ? C'est quoi l'enfer sur terre ? c'est où ? Combien de temps ça dure d'être en enfer quand on est sur la terre ? Est-ce que le temps passe plus vite quand on est au paradis sur une île comme Cuba ? Si le camp X-Ray, qui ressemble à un immense terrain de tennis avec ses grillages recouverts d'un tissu synthétique vert, est rempli de soldats en tenue de camouflage avec des armes à la main et des chiens en laisse, et de détenus en uniformes orange mais aussi de journalistes comme Louise Moore qui sont en visite, c'est justement pour montrer à tout le monde comment le paradis américain (ici tous les soldats sont Américains !) l'emporte sur l'enfer musulman (ici tous les prisonniers sont musulmans !)".
Premières impressions :
Il n'est plus possible de lire Christophe Fiat sans entendre sa voix lire, son accent si particulier qui traîne les terminaisons de phrase, qui accentue les "e" muets, les étire. Tout au long de la lecture de ce texte, c'est cette voix qui hante. Celle-ci étant en corrélation avec la syntaxe de ses textes, son travail de réduction de la langue, comme je l'avais mentionné déjà dans ma chronique de Héroïnes. La reconstitution historique, si elle poursuit le travail sur le décryptage des Etats-Unis (après New-York 2001 ou encore Qui veut la peau de Harry ?) toutefois croise cette recherche avec le problème soulevé dans Héroïnes : la question du féminin. Qui est Louise Moore ? Qu'est-ce qu'elle recherche à travers ce reportage qu'elle doit faire sur le camp X-Ray ? Est-ce certain que le seul horizon de cette histoire, est celui du rapport au politique, est-ce que Fiat ne mettrait pas en question aussi la construction, de l'identité de son héroïne, qui semble obsédée par sa propre image, par le temps qui vieillit son corps. La force des textes de Fiat est ce croisement constant entre les strates problématiques, conceptuelles, pragmatiques, symboliques ou idéologiques. Et cette force se retrouve dans La reconstitution historique.
.PB
articles en rapport à cette entrée : [Chronique sur Héroïnes par P. Boisnard][Héroïnes de Christophe Fiat]
[Christophe Fiat] [Reconstitution historique] [Aldante] [Littérature contemporaine] [Libr-critique]

Philippe Di Folco Salva éditions Denoël , isbn : 2-202-25443-7, 409 pages, 23 €.
4ème de couverture :
Dans quel monde vit Luca, persuadé d'avoir tué père et mère ? Est-ce le même personnage qui séjourne dans la clinique du Dr Ethel Sehnsuscht ? Est-ce encore lui qui fut, au cours de dérives nocturnes parisiennes, le compagnon du mystérieux LGT, alias Le Grand Thérapique ? Luca est-il un criminel ou un cobaye, un agent secret ou un fou ?
Déroulant les vies parallèles d'un personnage séducteur ou mythomane, capable d'épouser plusieurs voix, et plusieurs obsessions, ce roman est également l'histoire de salva, produit de consommation courante mais aussi psychotrope à haut risque gardé dans le secret des laboratoires.
Salva TM est ainsi l'odyssée d'un XXème siècle secret, où s'enchevêtrent histoire des neurosciences,, espionnages et aventures amoureuses, canulars, complots et journal intime de John Maynard Keynes.... et aussi la véritable recette du Coca-Cola.
Premières impressions :
Suite à la lecture faite par Philippe Di Folco à la galerie Eof lors de la manifestation Leurres, Sournoiseries et autres stratégies, nous ne pouvions résister de lire son roman salva trade Mark. En effet, la lecture fut jubilatoire, prenant tour à tour des voix inattendues pour lire le monologue d'un obsessionnel paranoïaque interrogé par une enquêtrice à la consommation, Philippe Di Folco nous a laissé apercevoir une partie de son roman d'aventure schizophrène. De même en commençant les premières pages, on trouve immédiatement un personnage complexe dont le monologue vif entraîne la lecture à travers une structure narrative singulière. On perçoit à travers cette écriture, tout l'intérêt que Di Folco porte aux recherches poétiques contemporaines, mais qu'il traduit de manière accessible, afin de faire un roman lisible par un grand nombre, tout en ne cédant pas aux facilités d'un roman classique.
.PB / HG

Guillaume Fayard Sombre Les détails éditions Le Quartanier , isbn : 2-923400-06-2, 31 pages, 7 €.
Extrait du texte :
Et trop près le détail Trop proche le détail ombre
Près le détail déborde Les objets prennent
Du lieu Regard Prennent lieu Les coagule
Un prisme-ballast Saisissent
Et le non-pertinent S'installe Dans l'inégalité
du nombre, d'une Marches, escaliers Pas N'avancent
à rien Qu'à Le passage des Heures, l'effacement d'un
Premières impressions :
Nous avons reçu trois jolis petits livres de la collection Phacochère des éditions Le Quartanier. Sombre Les détails de Guillaume Fayard, Sièges de Christian Zorka et DHead de Xki Zone. Collection graphiquement très réussie qui réunit de courts textes poétiques qui à première vue sont hétérogènes et hétéromorphes quant au travail de la langue. Le livre de Guillaume Fayard se présente comme une expérience de débordement de la langue au cours de pérégrinations dans une ville [on se doute que c'est Marseille au vue de la récurrence des hippocampes] où se mélangent et se se disjoignent des impressions visuelles, charnelles, sonores.
.PB / HG

Jacques Sivan Le bazar de l'hôtel de ville éditions aldante , isbn : 2-84761-131-2, 99 pages, 17 €.
Premières impressions :
Al dante en publiant ce texte de Jacques Sivan mis en page graphiquement par Bruno Mendoça, permet là de découvrir l'un des textes les plus politiques de l'auteur. En effet ce bazar n'est pas seulement une accumulation de biens manufacturés : barbecue, chaise électrique, tringle à rideau, etc, que l'on retrouve en bas de chaque page, mais c'est d'abord et avant tout un manifeste politique sur la question du rapport entre l'organisme et la société moderne : comment se détermine le plaisir ? Quelle résistance rencontre la vie dans son élan ? L'ensemble du texte se déploie comme s'il s'agissait dans l'enchevêtrement matériel, pictural, sonore du BHV de comprendre ce qui anime chaque intensité de vie. Derrière la graphie toujours aussi singulière de Jacques Sivan, se dévoile une nouvelle fois son obsession pour saisir comment la vie se détermine : par pourrissement, glissement, vitesses, excitation, pulsation, fracture, renouvellement.
.PB

Jean-Michel Espitallier Tractatus logo mecanicus éditions aldante , isbn : 2-84761-124-X, 60 pages, 12 €.
4ème de couverture :
Étant donné que ce qui est pensé comme impensable est pensable,
l'impensable sera tout ce qui n'a pas accès à la pensée.
Et donc l'impensable n'existe pas. Sauf si on ne le pense pas.
Premières impressions :
Dimanche 18 juin, fin du marché de la poésie, Al dante fête ses 10 ans. Lecture de Jean-Michel Espitallier, d'un extrait de son Tractatus logo mecanicus. Langue qui tourne en rond, mais autrement que celle de Christophe Fiat qui ce soir là lit, avec sa guitare à une corde le texte Tracy Lord de 1998. Si pour ce dernier la langue qui tourne en rond, se construit par agrégation et accumulation progressive des compléments, celle de Jean-Michel Espitallier fait tourner en rond la pensée dans la langue, la pensée ne pouvant se penser que si la langue en donne l'énoncé. Car ce Traité établit selon la logique des grands rhétoriqueurs le rapport de la pensée à elle-même, comment la pensée pour penser doit toujours se devancer dans une certaine pensée de sa pensée. Avec son habituelle tonalité de lecture, Jean-Michel Espitallier égraine ses lignes, fait sentir dans les circularités et les apories qu'il établit le jeu de la pensée qui se pense dans l'enjeu de sa puissance de pensée.
articles ayant un rapport à cet article : [Caisse à outils, de Jean-Michel Espitallier]
[permalien]
[Espitallier] [Tractatus logo mecanicus] [Al dante] [Littérature contemporaine] [Libr-critique]

Julien Blaine Bye Bye La perf, éditions aldante , isbn : 2-84761-129-0, 252 pages quadri + 1 CD + 1 DVD, 42 €.
4ème de couverture :
"Militant, prêcheur, représentant, depuis 1962 j'ai dit et remué ma poésie tout autour du monde, j'ai agi devant des foules et des déserts.
Je voulais convaincre par la confrontation avec eux, avec elles, avec tous. Les mettre en face de la poésie en chair& en os et à cor @ à cri.
Mais le monde est large, long, épais, dispersé; trop traversé, trop desservi.
Et le monde qui m'écoute, qui me voit n'a que deux oreilles mais mille langues : je renonce.
Julien Blaine"
Premières impressions :
Dans le dernier numéro de JAVA (n°27-28), dans le dossier qui lui est consacré, Julien Blaine donne à lire des notes sur la question de son écriture et sur la performance :
"C'est un corps
dans un espace
et c'est un son
dans un corps.
ce son est celui de mon corps
ou celui de cet espace,
c'est un son de nature :
voix, viande, &c.
ou un son d'artifice :
musiques, bruits, &c."
La performance, poésie action, poésie vivante, en chair & en os, n'est pas spectacle, n'est pas représentation. Mais chez Blaine elle se présente comme écriture immanente du corps sur le livre du monde. Car en effet, la performance est un acte d'inscription, qui trace sur le tissu de la nature des signes, qui doivent entrer en écho avec les signes de la nature et du monde. L'acte poétique tient à cette mise en relation à partir de l''élan de soi, entre signes de soi et signes du contexte. Donc la performance pour Blaine est cet événement qui vient présenter une rencontre, et qui par cette rencontre signifie, inaugure du sens.
L'ensemble de bye bye la perf, compose par fragments tout à la fois l'année de ce bye bye, et la genèse des 40 ans qu'il a traversé avec ses performances.
Découvrir ce livre n'est pas avoir dans les mains seulement un récapitulatif, mais c'est entrer dans l'univers d'écriture de Julien Blaine, sur son travail de composition, dans son espace d'interrogation de l'écriture. Car la nature étant pour lui le lieu d'une écriture totale (les mots étant aussi des productions de la nature), tout élément perçu par son oeil, devient signes dans l'espace d'écritures (l'oeil/feuille), signe à recevoir (oeil/vulve), à réécrire (oeil/plume), à laisser être, à déplacer, etc....
De cet univers d'écriture, s'il nous permet de découvrir l'origine de certaines performances, les fac similé des projets, il nous ouvre aussi ce qui a été abandonné, des pièces non réalisées, non écrites par le corps.
Ce livre est en ce sens indispensable, aussi bien pour percevoir le parcours de Julien Blaine, que pour comprendre les enjeux qui ont motivé cette démarche d'écriture singulière.
2 morceaux du CD sont dans l'audiocastpoétique.
articles ayant un rapport à cet article : [Traces de langage, à propos de Julien Blaine et des cahiers de la 5ème feuille]
[Julien Blaine][Al dante] [Littérature contemporaine] [Libr-critique]

Christophe Manon Grande Beuverie de poètes au ciel, éditions Le clou da , isbn : 2-9526347-1-8, 8 pages en affiche, 4 €.
Extrait :
En chemin on croise Andreï Biély.
Il agite les bras furieusement.
À croire que le soleil a cogné, cogné,
cogné sur son crâne en lévitation.
"Il y a des livres, dit-il, des livres qui réduisent au maximum
l'écart entre les CORDES DE LA LANGUE et L'AXE DA LA VIE.
Ils sont composés d'éléments divers et variés :
de sève et de sang, de vents et d'os, d'air et de chair.
Ils sont bleus, rouges, jaunes, verts, mauves, mauves, mauves.
Ils multiplient par -1 le rapport fondamental de la vie et du
vide et sont semblables à des points d'interrogation (????)."
Et le voilà qui nous entraîne bras dessus bras dessous
vers le Glossolalie, son troquet favori.
Premières impressions :
Cela m'a fait plaisir de recevoir cette petite publication. En effet, elle reprend le texte que j'avais commandé à Christophe Manon pour l'enquête sur la lecture que je menais pour la revue Fusées. Comme quoi ce texte a circulé, et a trouvé un lieu pour apparaître dans toute sa force. Belle initiative de la part du Clou dans le fer, même si, certains trouveront un peu cher ce A3 couleur recto-verso.

Jean-Louis Costes Grand-Père, éditions Fayard , isbn : 2-213-62553-0, 323 pages, 18 €.
4ème de couverture :
Garnick est né en 1900 dans une famille arménienne. Pour son petit-fils, qui le subit avec dégoût, c'est un "clodo, une merde". Pourtant, quelle vie ! Pour la saisir, il faut remonter à la révolution bolchevique : les Rouges ont massacré sa famille. Resté seul, le jeune Arménien rejoint les "Cosaques bouffeurs de cocos". Commence alors une cavalcade aventureuse à travers l'Europe, l'Afrique du nord et la Guyane, à travers un monde où l'innocence finit toujours les tripes à l'air.
Grand-Père est l'histoire d'un homme plongé dans la barbarie, mais racontée avec une force évocatrice et une drôlerie décapante qui sauvent le désespoir. On pense à du Mac Orlan secoué, du Cendrars explosé, du Céline ivre. Poisseux de sang, débordant de violence, sans aucun répit.
Costes s'inspire du fracas de wagons qui déraillent plutôt que du chant des oiseaux. Il en sort une musique inconnue, terrible, étourdissante.
Figure de l'Underground, Jean-Louis Costes est connu pour ses opéras pornos-sociaux, des performances crues et violentes qui ne respectent aucun tabou. Sans rien renier de sa rage, il fait une entrée fracassante dans la littérature avec ce roman en partie autobiographique.
Premières impressions :
Tout d'abord une mise au point par rapport à ce que dit Fayard, ce livre n'est aucunement une entrée dans la littérature, au sens où Costes a déjà publié aux éditions Hermaphrodite VIVA LA MERDA, roman-synopsis hallucinant qui décrypte par sa scato-narration le nihilisme qui touche la dimension politique provinciale et les inter-relations humaines qui le fonde. Avec Grand-Père, il est vrai que c'est un autre travail qui apparaît. Plus littéraire, même s'il est vrai que Jean-Louis Costes n'appartient aucunement à la dimension de la littérature contemporaine ou expérimentale. Dès lors on pourrait nous demander pourquoi nous en parlons : tout simplement parce que sur le fond, Costes appartient bien en effet d'une certaine manière à la modernité de la littérature, par son travail de performances, de chanteurs/poètes, par sa liaison avec des plasticien(nes) comme Anne Van der Linden. Tel que pouvait le signifier Jourde, renvoyant sur les bancs de l'école certains jeunes auteurs, il ne suffit pas de transgresser la syntaxe et les syntagmes pour faire oeuvre et être moderne. Ceci étant dit le livre de Costes, derrière un style facile d'abord, qui ne ressemble aucunement malgré la 4ème de couverture à du Céline, est très agréable à lire et assez percutant. Il peut permettre à un public qui ne pourrait supporter ses performances (pourtant si esthétiquement parfaites dans leur violence) d'aborder l'oeuvre d'un de nos contemporains essentiels. En effet, par ce récit souvenir, il donne accès à l'analyse de la morbidité et du nihilisme du monde et d'autre part à la genèse de son obsession pour la scatologie. Car rien ne reste indemne. Toutes les valeurs sont montrées dans leur monstruosité : le monde est un immense camp de la mort, où la liaison entre les hommes n'est aucunement l'amour (pauvre utopiste) mais bien plutôt la haine : raciale, politique, géographique, sociale, familiale, sexuelle. Il l'écrit : "même dans le dégueulasse, y a une logique" (p.177). Costes nous donne donc à lire un livre véritablement humaniste, de cet humanisme (comme je l'ai thématisé dans Poéthique de l'amitié — qui vient de paraître aux éditions Trame-Ouest) de Rabelais, de Machiavel, de La Boétie. Certainement pas de cet humanisme vicié empli de bons sentiments. "Tant qu'il y aura des hommes, il y aura des vices" écrivait Spinoza, et c'est bien ce qu'apprend et nous enseigne jean-Louis Costes par ce trajet temporel et géographique de son Grand-Père, de ce Grand-Papa, plus super-héros à laisser des cadavres derrière lui que super merde, plus professeur par le caractère scato de la merde qui lui colle à la chair que super-clodo sans saveur.
[Jean-Louis Costes] [Grand-Père] [Fayard] [Littérature contemporaine] [Libr-critique]

Charles Pennequin Entravés, éditions L'instant T [Hors série], issn : 1283 - 1808 pages, 5€.
4ème de couverture :
30 pages de témoignages et d'enquêtes. 30 pages de paroles et de portraits rêvés. 30 portraits d'entravés en travailleurs nés. 30 rêveurs en trêve qui parlent dans la page. Ils rêvent en ravalant. Et ça fait parler. 30 ravalements d'entravés travaillés depuis la naissance. Car depuis la naissance les portraits rêvent de travers. C'est-à-dire qu'ils parlent de travailler. 30 portraits parlants à entraver chez soi.
Premières impressions :
Tout débute par une déception. Une prise de conscience qui se boucle sur soi, qui fait retour sur un rêve avorté : le travail mode d'emploi n'est pas le travail qui fut rêvé, qui fut attendu. Et cela donne une figure biscornue de l'existence, un premier portrait à la bouche hagarde, à l'oeil gauche coincé, à la main tendue vers on ne sait quoi. Première page et déjà épitaphe des rêves qui se rapportaient à la société, à ses valeurs. Et l'ensemble du petit livre apparaît bien comme un commentaire ruminant de cet avortement. Pennequin ici laisse apparaître par bribes une parole, celle de l'autre, celle de l'incommensurable de l'autre, plus férocement entravée du réel social. Nulle boucle sur soi, mais des boucles (celles des dessins) tendues par la présence des autres. Rapport entre le trait et les mots, Si on découvre pour une part — comme nous l'avait déjà proposé — le talent de Pennequin en tant que dessinateur, ressort aussi que son souci se déplace par rapport à lui-même. Que la trouée autistique de la question même de son être (qui a traversé l'ensemble de ses écrits jusqu'à présent) se retourne vers ce mal-être contemporain qu'éprouve autrui. C'est pourquoi, avec cette réalisation se dessine peut-être un tournant. Peut-être. à suivre donc.
[Charles Pennequin] [entravés] [Instant T] [Littérature contemporaine] [Libr-critique]

Jérôme Mauche Superadobe, éditions Bleu du ciel, isbn : 2-915232-26-1, 330 pages, 25€.
4ème de couverture :
Au-delà des constructions nouveaux riches, iconiques et pharaoniques, l'Iranien Nader Khalili, Prix Aga Kahn d'Architecture 2004, a développé un prototype d'habitat - système dit Superadobe. La technique de base de cette construction consiste dans le remplissage de sacs avec de la terre et leur disposition sur un plan circulaire par couches successives. Pour stabiliser l'ensemble, du fil de fer maintient la structure en assise. Parce qu'elle utilise des ressources locales (la main d'oeuvre et la terre), cette entreprise représente un excellent exemple de viabilité (aptitude à vivre d'un organisme).
J.-M. P., Architecture Aujourd'hui, n°238.
Premières impressions :
Jérôme Mauche dès cette 4ème de couverture, nous amène dans l'horizon de la structure, des esthétiques de la construction, des ressources et des efforts pour former celle-ci. D'emblée, nous sommes confrontés à la monstruosité d'un enfant,"atteint d'une maladie appelée progéria statistiquement dans à peu près l'apparence d'un homme de quatre-vingt dix". D'emblée construction monstrueuse qui appelle moyens et ressources personnels : "Aidez ses parents à réaliser son rêve qui est de récolter le plus de stylos publicitaires, fonctionnant ou pas, afin qu'i puisse se voir inscrit dans ce livre". Superadobe s'ouvre donc comme la mise en évidence, et ceci dans la disruption, du décadrage constant de la phrase, de la possibilité de construire face à la circonstance, face à toute forme de circonstance. Vies individuelles, architectures, Etats, Construction Européenne, etc = structures, esthétiques de la mise en espace et en circonstance. Cet effort, s'il apparaît avec le foisonnement ininterrompu des petites histoires, des détails de description de lieux, de choses, de bâtisses, de véhicules, d'espaces, reste qu'il est celui d'abord et avant tout, de ce Je témoin, qui approfondit lui-même un espace, s'en fait l'expérimentateur linguistique. Car c'est bien une sorte de résistance dynamique dans lequel la narration hachée nous entraîne. Résistance dynamique aux événements, à l'anodin qui implique des rapports de spatialisation, de structuration de la circonstance.
Avec Superadobe, Jérome Mauche semble poursuivre son travail d'exploration tout à la fois de Fenêtre, porte et façade, [du fait de cette omni-présence des éléments de spatialisation et de leur juxtaposition rapide, et sans cohérence accentuée par le fait que "l'usage de la langue tombe régulièrement sur le plus mauvais coté de la pièce ou quelque fois sur son tranchant" (FPF, p.62)] et d'Electuaire du discount, qui proposait un certain nombre d'application et de zone d'application de l'électuaire, "substance employée pour combattre la maladie", électuaire transformé en anecdotes tranchantes rapide, aux narrateurs distincts.
[Jérome Mauche] [superadobe] [Le Bleu du ciel] [Littérature contemporaine] [Libr-critique]

Les juins ont tous la même peau, Chloé Delaume, éditions La chasse au Snark, isbn : 2-914015-36-4, 10 €.
4ème de couverture :
"Je ne sais pas parler aux morts. Enfin, aux morts que je ne connais pas, que je n'ai jamais connu, que je ne pourrais jamais connaître. Parler aux anciens morts tous proches minaudant déjà loin, je sais. Autant qu'aux déjà presque morts. Mais aux corps étrangers, à ces osso-buco filandreux génétiques, à ceux qui ne m'ont jamais parlé, jamais parlé à moi, au moins une fois à moi toute seule. Là, c'est une autre histoire. Je ne sais plus rien du tout. Comment on parle à ces morts-là. Quel ton on se doit d'employer. Sur les cordes vocales amorcer si mineur aigues charmilles, ou plutôt fa profond, le dièse de la distance fourbu de violacé. Je ne sais rien du tout. Adopter quoi, le vouvoiement le tutoiement. Lino marbré troisième personne du singulier majuscule à pompons, ou le i creusé, au contraire. Personne ne sait. Comment on parle à ces morts-là. Personne n'ose forcer la serrure, en tout cas officiellement.
Alors un mort comme celui-là, comme mon mort, mon mort principal, je dois m'y prendre comment avec. Comment avec un mort qui ne m'a jamais parlé et qui pourtant m'a dit. Il ne m'a jamais fait que cela, rien d'autre de visible à l'oeil nu. Comment parler à ce mort-là, c'est une question, je me demande. Peut-être que. Je ferais mieux de la fermer, ça réglerait des problèmes."
[Chloé Delaume] [Boris Vian] [Poésie] [Littérature contemporaine]

Action-Writing (manuel), Sylvain Courtoux, éditions -Dernier Télégramme-, ISBN : 2-9524151-0-2, prix 10 €.
4ème de couverture :
"Les "avant-gardes" (modèle XXème siècle), sont mortes. Oui. Est-ce que ça a tué ce qui fit qu'il y eut des avant-gardes ? Non. Rien ne tue en art, la passion de l'inouï. Qu'est-ce que l'inouï ? Ce qui détruit les représentations mortes. Quelles représentations ? Celles du monde. La littérature est posée face au réel — dont la violence insensée la défie. Réel ? Rien à voir avec la "réalité" — qui n'est que le réseau des représentations codées, l'articulation du possible (l'idéologie). Rien n'y répond de l'expérience que nous faisons du monde. Tout y vide cette expérience de sens, la mortifie. Tout nous y voue à l'assentiment stupide du lieu commun. De quoi est fait ce réseau ? Des langues qui chaque jour socialement nous parlent. Elles sont médiatiques, politiques, publicitaires, pornographiques, mercantiles, psychiatriques. C'est même plus qu'un réseau : c'est un mur. Il faut le traverser, sauf à ne jamais rien toucher du réel. Traverser est une action. Une action d'écriture : action writing, comme on a dit action painting. C'est donc un geste (une performance), d'abord intransitif. Il s'identifie à sa propre énergie négative : couper, cut-uper, monter, sampler, rythmer au fil de cette passion destructrice des discours de l'idéologie. Mais il est aussi transitif (critique) : il fonde en acte son refus du monde tel qu'il est et de la réalité qui nous programme bêtes de somme des procès d'aliénation. Et il dessine, en creux, un autre réel, irreprésentable — mais identifiable à l'innommable énergie qui impulse la traversée du mur. Voilà ce que tente Sylvain Courtoux. Salut à son formidable effort. Salut à sa rage d'expression."
Christian Prigent.

Matière à l'autre bout l'esprit, de Paul Wûhr, traduit de l'allemand par Jean-René Lassalle, éditions Grèges, ISBN : 2-915684-01-4, 238 pages, 20 €.
extrait de Dans la proximité du vrai ou le rire d'un faux de Jean-René Lassalle en post-face de sa traduction :
"Allemand né en 1927, "fils de boulanger qui lisait Hölderlin", instituteur dans l'Allemagne en ruines, avant-gardiste bavarois, Paul Wûhr vit maintenant retiré dans un village italien. Il a écrit une vingtaine de pièces radiophoniques puis des narrations décalées comme Gegenmûnchen (antimûnich, 1970) ou das Falsh Buch (Le faux livre, 1983). Là comme dans ses recueils de poèmes Grüss Gott / Rede (Hanser 1976-80) et Sage (Renner, 1988) reviennent l'autonomiee fiévreuse de la parole et des voix multiples, les glissements entre le vrai et le faux, une critique carnavalesque du conservatisme. Les restes de langue nazie, la propagande de l'État catholique de Bavière, l'idéalisme allemand sont déconstruits et réutilisés ironiquement, tandis qu'un dialogue plus attentif s'engage avec Hölderlin"
premières impressions :
Il y a des jours, c'est un vrai plaisir d'ouvrir le SP qui nous parvient dans la boîte aux lettres. Avec ce livre reçu tel est le cas. De Paul Wühr, je ne connais rien, de Hölderlin, presque tout, jusqu'aux éditions rares publiés par Beauffret. Alors que par moment, face aux modes françaises de la poésie je ressens une certaine lassitude, voyant peut-être de trop prêt certains jeux de reprise, d'effets d'actualité, de postures maladroites, là, avec ce texte, je redécouvre une certaine fraîcheur qui d'emblée est annoncée : Salve Res publica Poetica. En exergue de cette partie inaugurale : trois citations sur la poésie (Bacon, Flaubert et Sophocle). [lire la suite dans la chronique]

OUSTE, n°14, Printemps été 2006, 5€, éditions Féroce marquise, Les grandes arcades, rue du Vallon, 24 000 Périgueux.
La revue OUSTE sort ici un numéro très conséquent, plus de 90 pages de poésie (avec en moyenne 2 pages par auteur). On y trouvera tout à la fois de très bons textes et de plus faibles, des expériences visuelles, aussi bien à partir d'éléments concrets que dans l'horizon spatialiste. La revue OUSTE est à l'image du Festival dirigé par son directeur : lieu de croisements et d'échanges, où ce qui est recherché ce n'est pas de défendre telle école poétique ou bien tel courant, mais de montrer la diversité poétique selon des principes de cohérence interne pour chaque poète.
En ce sens, c'est une lecture à conseiller, qui pour le prix n'est vraiment pas cher.

Caisse à outils, Un panorama de la poésie française aujourd'hui, Jean-Michel Espitallier, Pocket, 6 €, ISBN : 2-266-13140-0
4ème de couverture :
"Faisant suite à l'anthologie Pièces détachées qui présentait 33 poètes de l'extrême contemporain, Caisse à outils livre aujourd'hui le mode d'emploi pour remonter les pièces. Cet essai invite à une exploration des territoires les plus saillants de la poésie contemporaine en France, en cartographie les courants, analyse les tendances fortes et donne des pistes afin que chacun puisse se repérer dans cet univers foisonnant et incroyablement vivant.
Qu'est ce que la "modernité négative" ? Où en sont la poésie sonore, la performance, les écritures à contraintes ? Qui sont les fils de Dada ? Où se situent le rock, le slam, la chanson ? Quels sont les outils, les formes et ls techniques de la poésie contemporaine ?
Autant de questions qui trouvent sous la plume joyeusement impertinente et très informée de Jean-Michel Espitallier de nombreux éléments de réponses."
Premières impressions :
Voici enfin la sortie d'un livre tant attendu. Histoire de rire avant de donner mes premières impressions : en mai sortira chez Al dante, mon essai sur la poésie contemporaine : [Mécano] sans mode d'emploi... Et tout cela sans que nous nous en parlions. Donc, voici la caisse à outils de Jean-Michel Espitallier : un ensemble d'angles sur la poésie actuelle qui tente de définir, non seulement les enjeux des différentes expériences poétiques, mais qui s'interroge aussi sur les modalités matérielles (linguistiques, sonores, vidéos) qui leur sont propres. C'est ainsi que chaque chapitre questionne des formes, des postures, des modalités poétiques, en donne un axe problématique pour finir sur des indications bibliographiques entre autres. Se présente-là une véritable mine du point de vue du champ contemporain, qui par son côté didactique, ne s'adresse pas seulement aux initiés, mais peut permettre à tout lecteur extérieur à ce champ de comprendre ce qui s'y joue. En bref, un livre pour tous, qui loin de s'enfermer dans une seule logique, dans la défense d'un seul courant, comme c'est trop souvent le cas (et ceci selon des enjeux de monopole et de mainmise historique) ouvre l'horizon de la contemporanéité poétique. À suivre une chronique du livre dans quelque temps...

L'Almanach Dada, Les Presses du Réel, 2005, 17€, ISBN : 2-84066-144-6.
L'almanach Dada est réédité par Les Presses du réel [2005]. Edité à l'origine par Richard Huelsenbeck (Erich Reiss Verlag, Berlin 1920), puis en 1980 chez Champ Libre en France, la nouvelle édition, traduite par Sabine Wolf, est agrémentée de notes de Michel Giroud. Cet almanach retrace les quelques années de la fondation du dadaïsme, et laisse une grande part à des textes théoriques entre autre de Huelsenbeck qui a eu l'idée de ce livre et qui s'occupa de sa publication. Mais qu'est-ce que cet almanach ? Tel qu'il l'écrit lui-même dans son introduction, en partie IV : "Ce livre est un ensemble de documents de l'expérience dadaïste. Il ne soutien pas de thèse. Il parle de l'homme dadaïste mais il n'en fait pas un modèle. Il décrit mais n'analyse pas. La conception qu'ont les dadaïstes du dadaïsme est très variable et cela se manifestera avec ce livre" (p.170). Est-ce à dire quee nous n'aurions à lire dans ce livre que des traces événementielles, un agglomérat de données éparses et sans horizon ?
Certainement pas, car derrière cet avertissement se dissimule la perspective de Huelsenbeck, qui tient à mettre en évidence l'apport historique du dadaïsme notamment à travers ses divers manifestes et manifestations. C'est en ce sens, qu'en toute contradiction, justement, Huelsenbeck expose les différentes tentatives de définir le dadaïsme, notamment la sienne propre, qui précède celle de Tzara, et qui date d'avril 1918 : il écrit dans celui-ci "Le plus grand art sera celui qui présentera par son contenu de conscience les multiples problèmes de son époque, celui qui fera ressentir qu'il a été secousé par les explosions de la semaine précédente (...) Les meilleurs artistes, les plus forts et les plus insolites, sont ceux qui, à chaque heure, arrachent et réassembleent les lambeaux de leur corps à partir du chaos des cataractes de la vie, ceux qui saignant des mains et du coeur, saisissent avec acharnement l'intellect de leur époque" (p.194-195). Suit à cela une critique de l'expressionnisme, pour en arriver à un positionnement vis-à-vis des moyens d'expression propre au dadaïsme :
"Le poème BRUITISTE, prend un tram pour ce qu'il est — il décrit l'essence du tram y compris les baîllements du rentier Schulze et le cri des freins.
Le poème SIMULTANE rend le chassé-croisé fébrile dde toutes les choses
Le poème statique transformee les mots en individus; des lettres forêt surgit la forêt avec des cimes et des arbres, les uniformes des forestiers" (p.197).
En bref, cet Almanach est un livre indispensable, tout à la fois pour découvrir les manifestations du dadaïsme en Suisse et à Berlin, mais aussi pour comprendre aussi bien l'intentionalité qui a dirigé le dadaïsme et les discussions qui l'ont animées.
[Dada] [almanach] [Poésie] [Littérature contemporaine] [IKKO] [présence du réel]

Tout d'abord, je laisse la parole à Julien D'Abrigeon, qui a pris son clavier le plus zélé pour annoncer la nouvelle :

On se souviendra ensuite de ce n°2 (tient, elle récidive) avec pour couverture un fameux téléphone, qui deviendra mythique, devenant la marque du site
TAPIN que l'un d'entre eux développera : Julien d'Abrigeon, Numéro 2, dont l'exergue au gai savoir nietzschéen précisait encore mieux le projet : "... tout y est pétulance, inquiétude, contradiction, comme un temps d'avril, si bien qu'on y est constamment rappelé à l'hiver encore tout récent comme la victoire remportée sur l'hiver, à cette victoire qui vient, qui doit venir, qui peut-être est déjà venue". Cette exergue, si elle correspondait bien à la date de publication (Printemps 1998), toutefois proclamait peut-être aussi, une sorte de nouvel élan dans la poésie contemporaine française, ce qui se fit avec la multiplication des revues à la fin des années 90 et au tout début du XXIème siècle (Facial, Poésie-Express, PlastiQ, TIJA, EvidenZ, etc...), venant renforcer l'élan pris depuis la fin des années 80 par Fusées (qui prenant la suitee de TXT en réévalue les enjeux généalogiques esthétiques et politiques) et JAVA dirigé par le trio de mousquetaire Espitallier, Maestri, Sivan. Dans ce nouveau numéro, une figure apparaissait, posant un nouvel horizon de devenir et d'affinité : Julien Blaine.
Cela fait déjà quelques années que nous recevons l'instant T, publié par le Triangle. Que cela soit les affiches slogans de Pennequin et de Suel, ou encore l'instant T consacré à Nicolas Tardy. Nous le présentons aujourd'hui, alors qu'est publié dans le n°16 — cahier poster au plis multiples — des textes et dessins de Charles Pennequin, où il est question de politique salariale, de cut'up, de poésies sociales, qui mixent société du spectacle et société du travail/chômage.
"LICENCIEMENT OBLIGATOIRE EXCLUSIF
SANS OBLIGATION DE VIVRE
TOUT A RIEN
EXPLOITATION ILLIMITÉE
MOURREZ À PRIX COÛTANTS
SATISFAIT OU DELOCALISÉ"
La violence critique qui apparaît dans ses détournements est accentuée par le collage qui recouvre tout l'intérieur, collage/affiche. Pennequin mélange avec des titres de presse, des photo de journaux, des logos de produits alimentaires, des visages qu'il a dessiné. Le résultat se donne en un chaos qui est articulé par ses figures, qui entrent en écho avec les éléments cutés.
Cette diffusion est gratuite, elle est tirée à 2500 exemplaires.
Le Triangle/BP 90160 / BD de Yougoslavie / 35201 Rennes Cedex 2
"

361° de BONHEUR, DVD collectif dirigé par Sabine Massenet, Collection Le point sur le i dirigé par Giney Ayme, ed. Incidences.
"Le POINT sur le i" dir. par Giney Ayme
Editions incidences
commande : Association incid 90, 1 rue St Mathieu, 13002 Marseille
DVD , ISBN : 2-9520388-3-X, 25€ + 3 € de port
4ème de couverture :
Cette oeuvre collective a été dirigée par Sabine Massenet. Les artistes de ce DVD-rom ont reçu une liste de slogans publicitaires. À eux de s'en emparer et en parlant de ces "messages" qui parient sur le subliminal pour susciter de banales envies de consommations, de transformer cette matière formelle en véritable création. De re-tisser le sens des mots, si mal utilisés qu'ils perdent toute signification, de les malaxer, de les re-aimer. Où on s'aperçoit que pour désenclaver des rêves à bon marché, des injonctions au bonheur préprogrampmé, il faut redevenir simple, aimer le froid, le silencee, l'ironie, ne pas rechercher à plaire à tout le monde. Quand la matière pauvree, fausse de la communication devient matériau artistique, elle donne cette oeuvre poétique, drôle, cruelle, qui nous pousse à fermer les yeux dans le métro, ne plus lire de magazine, zapper les trois quart des émissions télévisuelles, ne regarder que la composition des produits. Pratiquer l'écran noir pour devenir imperméable, mais ouvrir ses écrans aux oeuvres de l'esprit pour vivre son époque dans la conscience de ce que recouvrent ses signes. / Anne-Marie Morice /
Emmanuel Adely, Patrick André, Christian Barani, Nicolas Barrié, Patrick Bouvet, Sophie Coiffier, Frédéric Dumond, Sabine Massenet, Marc Mercier, Nicolas tardy, Brigitte Zieger.
Premières impressions : Il est évident que j'apprécie ce type de travail, et que pour une part, je ne peux que le défendre, en tant que proposition. Car, il est certain que le travail videopoétique, ou de poésiecinétique, opère certaines transformations par rapport aux textualités paginées, et peut de même poser des questions au poétique. Toutefois, derrière, cette initiative qu'il faut saluer : certaines questions se posent : quel est le statut du texte dans une videopoésie ? En quel sens faisons-nous face soit à de la vidéo, soit à une simple textualité dynamique ? Quelle relation s'initie du point de vue critique entre ce qui est créé et ce qui est interrogé ? Ces questions ne sont pas anodines, car je suis déçu du résultat pour certains travaux . Décu aussi bien du travail de vidéo-composition, que du rapport à la textualité. C'est ainsi que le travail de Sophie Coiffier n'est autre qu'un hyper-texte sans grande originalité. Que celui de Nicolas Tardy, ressemble beaucoup à un flash, ainsi que celui de Frédéric Dumond (même si chez Dumond, il y a une certaine recherche formelle de la dynamique textuelle)... Déception, au sens où, ce qui fait la teneur de la publicitéé, du slogan, de sa force de coercition, n'est jamais pratiquement interrogé. Il n'y a pas de mise en question de la logique esthétique, cognitive et technologique des processus publicitaires. Ainsi, ce DVD, de bonne qualité, me semble passer à côté de certaines questions sur la spectacularisation commerciale, et me paraît pour une part renvoyer à un certain nombre de présupposés pour le voir : 1/ accord a priori sur la question de la critique; 2/ supposition que l'on peut questionner la publicité et ses stratégies sans questionner ses structures et ses dynamiques. En ce sens nous sommes loin, des tentatives critiques et esthétiques qu'on initiait en leur époque les situationnistes, et qui est poursuivie à leur façon par les poètes qui réfléchissent objectivement sur la composition (poésie compositionnelle) ou la remédiation (poésie remédiée). Cf. le dernier numéro de Talkie-Walkie (La Rédaction, Franck Leibovici, A_K_S, Laurence Denimal, Yves Buraud, etc...)
[361 degré de bonheur] [Sabine Massenet] [Poésie] [Littérature contemporaine] [Giney Ayme] [Videopoetry]

Nihil, Inc._7 de Sylvain Courtoux,
éditions IKKO
adresse de commande : IKKO, 25, rue Jacques Louvel-Tessier, 75010 Paris
24 pages , ISBN : 2-916911-02-1, 3€
extrait (début) :
"NIHIL, INC._7
Plusieurs ont exploité vos mondes — TOUS LES CODES TRAQUÉS ONT ÉTÉ COMPROMIS — La révolution sera complète quand le langage sera parfait dit-elle — TOUS LES CODES TRAQUÉS ONT ÉTÉ COMPROMIS — Ils feront certainement exploser l'endroit derrière eux quand leurs préparatifs seront terminés dit-elle — La révolution sera complète quand le langage sera parfait — TOUS LES CODES TRAQUÉS ONT ÉTÉ COMPROMIS — Nous nous obstinons toujours à ne pas vouloir lire les signes d'une catastrophe future dit-elle —Nous connaissons leurs méthodes ce sont les nôtres"
Premières impressions : Extrait d'un travail en cours, que Sylvain Courtoux publie comme un single. Car, à lire les premières lignes, ce qui se révèle dans cette prose, c'est bien évidemment qu'elle travaille à partir de samples, de boucles, de rythmes phrasés qui viennent ponctuer le flux qui se déverse [TU PEUX FOUTRE ÇA EN BOUCLE]. Livre qui se rapproche au niveau de la thématique critique de celui de Jérôme Bertin, même si son rapport est davantage spéculatif, et métacritique. On retrouve ici la hargne et la violence face au monde occidental dominé par les techniques, telle qu'elle a initié fin des années 90 les relations qui se tissèrent dans Poésie-express.
[Sylvain Courtoux] [nihil] [Poésie] [Littérature contemporaine] [IKKO]

round 99 jérôme bertin
Editions al-dante
60 pages , ISBN : 2-84761-108-8, 13€
4ème de couverture :
"tirez! il hurle, bon sang mais tirez! tirez donc! shootez-moi ces putains de poules mouillées! (-49)"... guenille punk pousse chariot de bouffé érotique... avec la crosse puis enfonce le canon dans une narine de 46 chante le premier couplet de l'hymne à l'amour et boum!... "tas d'ordures chiens vérolés larves de putes!"
Smith et Wesson, cauchemars, rires et copulations : Jérôme Bertin entrechoque les mots de la violence, de la pornographie et de l'humour. De cette confrontation naît un texte aux prises avec lui-même, une écriture de lutte et d'expérimentations.
Premières impressions : Nous reviendrons sur ce livre lors d'une article, et il y aura aussi une interview qui lui sera consacrée par Sylvain Courtoux. Jérôme Bertin vient de l'horizon de la modernité, de ce qu'elle a donné de plus violent en tant qu'attaques du monde capitaliste et policier. Teen pre teen, que nous avions publié en 2001 traduisait déjà, avant Babylone-centre (Corrridor bleu 2003) cette perspective littéraire, fragmentant le langage, le jouant selon une hyperlittéralité. Dans une langue moins explosée, round 99 se donne comme un cauchemar éveillé, où, la langue se déploie selon l'impulsion de la dimension tout à la fois du sexe et de la violence.
[Jérôme Bertin] [round 99] [Poésie] [Littérature contemporaine] [Aldante]

Comment faire disparaître la terre ?
Emmanuelle Pireyre
Editions SEUIL, 234 pages , ISBN : 2-02-081987-2, 18€
4ème de couverture :
Parmi les personnages de Balzac figurait la femme de 30 ans, créature accablée, dont le rôle était des plus difficiles à porter. L'auteur, ayant passé la trentaine, s'aperçoit que tout va bien et décide de mettre à jour cette notion en redéfinissant une femme de 30 ans à l'enthousiasme neuf pour l'existence matérielle comme pour l'étude métaphysique.
Comment faire disparaître la terre ? est un livre qui pose des questions contemporaines (comment s'évader si on est prisonnier ? Quels sont les critères pour l'achat d'un pull ? pourquoi boire autant de verres d'eau et si peu de verres de vin ? comment s'orienter dans un lotissmeent de banlieue ?) et y répond en compulsant les documents disponibles, du site internet à la biographie litttéraire ou au feuilleton télé.
Ce texte hybride, poétique, philosophique et déjanté est une tentative sérieuse et désastreuse de la littérature pour être aussi un manuel pratique.
Emmanuelle Pireyre est née en 1969. Elle a publié deux livres aux éditions Maurice Nadeau : Congélations et décongélations et autres traitements appliqués aux circonstances (2000) et Mes vêtements ne sont pas des draps de lit (2001)
Premières impressions :
L'écriture d'Emmanuelle Pireyre, par sa clarté, parvient à créer, comme ce fut le cas avec ses précédents livres, des décalages constants par rapport aux situations classiques, ou à l'appréhension conventionnelle que l'on pourrait en avoir (ex : pp.89-97, sur Hamlet qui devient le prisme socio-psychologique d'une étude de la tristesse en Europe).Par un travail de notules (Enquêtes + définitions + circonstances + fiches + récapitulatifs), elle élabore lentement la réalité où se trouve immergé cette femme de 30 ans. Sans jamais quitter l'écart ironique, ou cynique, décalé, en fait, elle dépasse la simple ego-fiction, pour construire un reflet, parfois absurde, des clichés qui hantent la conscience ("un vrai génie ne s'habille pas en sportswear"). On retrouve en ce sens ce qui fait une partie de la littérature contemporaine actuelle : un formalisme ludique qui se réapproprie des logiques de présentations extra-littéraires, une langue qui a évacué les recherches de la modernité pour se constituer dans une sorte d'immédiate et de spontanée clarté (cf. Nathalie Quintane, Véronique Pittolo). Ce qui est remarquable c'est que cette voie est surtout explorée par des femmes, et que toute semble travailler sur le quotidien, sa matérialité anodine, ses représentations. Est-ce que delà on pourrait prétendre y voir une constante ? Enquête à poursuivre...

UP(roman) Ronald Sukenick
Editions al-dante, 400 pages , ISBN : 2-84761-101-0, 24€
site al dante
4ème de couverture :
"Oui, je suis un puritain dans l'âme, dit Ronnie. Et un petit-bourgeois comme toi. Et un artiste comme Otis, un révolté comme Slade, un raté comme Finch, un juif émasculé comme Bernie, un salaud comme Slim et un jouisseur comme tout le monde, et bien d'autres choses encore, si tu tiens à approfondir ce que je suis dans l'âme..."
Exposant les tribulations intellectuelles et affectives d'une bande de trentenaires à la fin des années soixante à New-York, UP, explore avec un humour vorace les modalités d'une écriture sans entraves.
Ronald Sukenick (1932-2004), auteur d'une dizaine de romans et essais critiques, reçut l'American Book Award (2000) et le Morton Zabel Prize de l'Académie américaine des arts et des lettres (2002) pour son oeuvre novatrice.
Premières impressions :
C'est avec une grande joie que nous accueillons ce roman d'Al dante. En effet, les romans novateurs et de bonne qualité se font rare. En publiant cet auteur, connu et populaire aux Etats-Unis, Al dante permet de faire un lien entre d'un côté la narrativité et de l'autre le travail d'exploration et expérimental qui est davantage relié à la poésie. Selon nous, il paraît urgent en France de défendre la publication de romans expérimentaux, qui tentent d'innover aussi bien au niveau de la langue que des schémas narratifs, au sens où ils semblent bien plus abordables — du fait de l'enjeu narratif — que les expériences poétiques, qui parfois peuvent rebuter.
JAVA revue n°27-28
60 pages , ISSN : 2-909951-13-6, 18€
pour commander le numéro :JAVA 116 avenue Ledru-Rollin - 75011 Paris
4ème de couverture :
"JAVA's not DEAD" Gilles Cabut
Premières impressions :
Il semblerait que cela soit le dernier numéro de JAVA, légendaire revue qui a traversé toutes les années 90, sous la direction d'un trio de choc : Jean-Michel Espitallier, Vannina Maestri et Jacques Sivan. Ayant accompagné les dernières annnées du XXème siècle, ils auront permis à de très nombreux auteurs d'apparaître, et de se démarquer de certains hééritages convenus de la modernité. Leur travail sans aucun doute restera comme l'un des plus importants au niveau des revues pour la poésie.
Dans ce dernier numéro : trois dossiers à ne pas manquer : Julien Blaine au superlatif; Joël Hubaut le bonhomme parodie et De la poésie suédoise contemporaine. Ces dossiers entourés tant de textes créatifs (Castellin, Courtoux, Manon, Helissen, Suel, Sivan, Pagès) que de textes théoriques (notamment Christophe Hanna).
Ce numéro s'achèvera sur une énigme, en quelque sorte une private-joke pour les initiés : un texte de Michalski, qui ressemble à s'y méprendre à un texte de Christophe Fiat. Quel est le mystérieuxx inconnu qui se cache derrière ce nom ? Est-il réel ? est-ce un simulacre ? est-ce une variation génétique de Christophe Fiat, un clône qui aurait mal tourné ? Une invention du professeur Tournesol (K$$Ddi E. Rabu), conçue comme arme poétique de destruction masive (APDM) ? Qui le saura, l'enquête continue, n'hésitez pas à nous contacter pour nous donner vos informations.

Elle est là de Raymond Federman & Mathias Pérez
Editions Carte Blanche, 24 pages , ISBN : 2-905045-45-0, 15€
site Fusées
4ème de couverture :
J'hésite
vais-je oser
oser
la toucher !
Premières impressions :
Mathias Pérez nous offre avec cette publication à 1200 exemplaires, la possibilité d'obtenir à un prix raisonnable, le fac-similé d'un livre d'artiste fait par lui-même et par Raymond Federman, redécouvert depuis deux ans en France, et auquel fut consacré le dernier numéro de Fusées (cf. le site Fusées, où est en ligne un dossier).Cette édition, tout en quadri, permet de découvrir aussi bien l'écriture manuscrite de l'écrivain, écriture qui tourne autour de la ligne sensuelle du sein et des cuisses de la femme, que la peinture tout en surface du corps féminin qu'accomplit Mathias Pérez. Cette rencontre permet d'entrer dans l'intersection de deux désirs, écriture et peinture, qui chacun à leur façon, se tiennent dans la suspension de la tension en direction du corps féminin : "je ... je ..." "Je veux les lécher les mordiller les... les ..."

mobiles de Vannina Maestri
Editions al dante, 143 pages , ISBN : 2-84761-098-7, 17€
4ème de couverture :
Mon but serait une écriture-carte dessinée comme un territoire passager où les discours s'entrecroisent sur une surface qui mimerait un discours vrai; mais ceci comme si le texte n'était pas vraiment dans un territoire exact ni utopique mais simplement variable... Comme pour le jeu de go où les pions occupent sur le damier une intersection de lignes; ils se combattent grâce à une imperceptible avancée : une armée de mots-pions (noirs et blancs de la page) ravageant le terrain par petites avancées et contournements, solitaires mais en groupes — accolés et formant cependant une linéarité."
"Mobile", l'écriture de Vannina Maestri libère le sens des significations fossiles. Mots, concepts et images émergent en écheveaux ou constellations, cernant les vides où se déploie une langue sans cesse mouvante et néanmoins tenue.
Vannina Maestri a déjà publié aux éditions Al dante : Suppressions des données (in Ouvriers vivants, ouvrage collectif, 1999) et Vie et aventures de Norton (2002).
Premières impressions : mobiles, tout à la fois structures en équilibre précaires et solides sur la page, aux croisements des pages, dans les intersections des échos de mots, et dynamique forcenée et parfois fugace de sens qui fusent et démultiplient chaque facette donnée par les expressions. Cet assemblage n'est pas simplement un cut'up, mais il est bien la mise à l'épreuve de la résistance de notre propre langue en ce temps. Car Vannina Maestri entreprend bien là, comme son chantier l'y pousse de plus en plus, un travail schizophrène de et dans la langue et ses ramifications au niveau de ce qu'elle dit. Que dit la langue quand on la saisit dans ses intercroisements, dans ses brisures, dans une cartographie qui ne répond plus aux cadastres artificiels donnés par des pouvoirs hégémoniques (le magazine, la radiophonie, le journal télévisé, l'affiche, etc...) ? Que dit la langue quand on la saisit dans sa prolifération phénoménale, dans son surgissment en tant que phénomène qui vient saturer l'espace cognitif de la conscience immergée dans le monde humain ? C'est l'expérience de cette question, à laquellle nous convie ici Vannina Maestri. Un livre magnifique, dont on ne pourra assurément jamais faire le tour.

Ce qui fait tenir de Christian Prigent
Editions POL, 169 pages , ISBN : 2-84682-111-9, 18€
4ème de couverture :
Soit un effet de cadrage (analyse, théorie); et, en creux dedans, justifié par et le tenant ouvert, l'ironie d'un noir lumineusement opaque (poésie). L'un avec et contre l'autre, indissolublement. Petits mouvements d'écriture dans ce dispositif alterné. Pour voir comment ça marche. Et ce que ça dit du complexe de nommable et d'inommable dit expérience. Scénario : 1) ouverture (peinture et poésie : Daniel Dezeuze et Paul Scarron) — 2) bref acte en vers —3) intermède : Paul Verlaine et les mères — 4) final voix off pour dénouer.
Premières impressions :
Prigent ne nous avait pas habitué à poser ainsi travail poétique et théorique, lui qui, tout au contraire de les tenir juxtaposés dans un seul élan, posait davantage la fusion, l'entrelacement, ou leur écart total (les deux appartenant à deux champs éditoriaux distincts), pouvant même se méfier parfois de travaux interrogeant la juxtaposition des genres. Dans ce livre il offre ainsi à suivre un travail de plans et de déplis qui à première lecture paraît avec difficulté parfois se replier, les langues étant peut-être trop distantes, hétérogènes, ne s'interrogeant pas assez certainement à certains instants. Certes, comme je le montrerai dans un prochain article critique, on retrouve de magnifiques formulations analytiques quant à la modernité (poétique et picturale, qui recoupent les magnifiques analyses de Rien qui porte un nom