.image-left { padding: 5px 5px 5px 5px; border: 2px solid #FF9500; } sept. 2006
sept. 2006
Mond e de Frédéric Dumond
dumond063

[Nous inaugurons ici une présentation de livres rares, ou au tirage limité. La littérature contemporaine, et c'est un constat, est loin des grands tirages. Si pour une part il y a des éditeurs, qui parviennent à publier des livres à quelques centaines d'exemplaires, voire quelques milliers pour les éditeurs nationaux, tel Verticale ou bien POL, force est de constater que beaucoup ont des tirages à moins de deux cents exemplaires. Ces présentations s'intéresseront non seulement à ces petites tirages, mais aussi à leur élaboration, à la manière dont ils sont été conçus, à l'inventivité éditoriale dont elles témoignent comme je vais essayer de le montrer dès cette première présentation]


monde, de Frédéric Dumond, Les cahiers de la Seine éditions Henri Lefebvre, 2005, 150 exemplaires, 15 €.

Présentation :
Ce livre, non paginé [30 pages], s'élabore comme la description poétique d'un univers en expansion qui serait l'otage d'un futur déjà annoncé, dès le commencement, dès la première page : "à un moment, quelque chose se contractera / pour retourner à sa singularité" et ceci sera aléatoirement déterminé, ceci sera systématiquement effectué. Et c'est justement dans cet écart , celui de la finitude, que l'écriture se donne, tant qu'il n'y a pas eu encore cette rétractation, tant que nous sommes dans la possibilité physique de la dissémination. L'écriture, ce qui est aussi en jeu là, donne alors à voir, à sentir — et ceci intuitivement — comment se réalise les processus de fragmentation de l'ordre, de dispersion, de causalité impossible, de déstructuration de toute possibilité de tenir une pure tension de cosmos, un ordre qui serait infragmentable. Car dans ce monde, celui des corps, et celui de l'écriture, tout se donne par transversalité, mutations, par des brisures.


Et c'est là que se joue la part graphique du livre : avec un insert calque d'une oeuvre ouverte : "intervention dans x décimale


|
Grandes espérances, Kathy Acker
kathy_acker074

Kathy Acker Grandes espérances, éditions Désordres/Laurence Viallet, traduction Gérard-Georges Lemaire, ISBN : 2-268-05906 5, 156 p. 18 € 90
[site éditions-désordres]

4ème de couverture :
Ma mère est une andouille, un morceau de méduse. La chose la plus répugnante au monde c'est elle. Mon pire cauchemar est celui où j'ai en moi un peu de cette méduse.
Ma mère, la méduse, veut que je sois comme je suis.
Je pique donc une crise. Je décide d'être totalement catatonique. Je suis incapable de savoir quoi que ce soit. Je n'ai pas de contacts humains. Je ne suis pas capable de comprendre le langage.

Grandes espérances est à ce jour l'oeuvre d'art la plus aboutie d'Acker. De par sa concentration formelle et sa structure toujours plus harmonieuse à chaque strate de lecture, ce livre répond aux exigences de Sterne ou Canetti envers le romancier"
Alain Robbe-Grillet*

Acker est une Colette postmoderne dont l'oeuvre a le pouvoir de refléter l'âme du lecteur.
William Burroughs

Kathy Acker est né en 1947 à New-York. Elle est morte en 1997 à Tijuana.

*N'ayant pas lu Grandes espérances à l'époque où cette citation fut reproduite sur la première édition américaine, Alain Robbe-Grillet ne peut en etre l'auteur. Toutefois, touché et amusé par cet hommage, il nus a aimablement autorisés à l'utiliser ici.

voir chronique

|
Un trou dans le monde, Lucien Suel
suel_trou

Lucien Suel Un trou dans le monde, éditions Pierre Mainard, ISBN : 2-913751-27-X, 38 p. 8 €
adresse de l'éditeur : Pierre Mainard, 14, place Saint-Nicolas, 47600 Nérac

extrait :
Sous la pâle peau des paupières, des cuisses, des reins, se boursoufle une incroyable larvée germination noire et labyrinthique.

Les idées s'extirpent masquées par le style scriptural de la bête pharmaceutique jamais lasse d'engouffrer la manne interstitielle.

Il arrive que les doigts s'enfoncent doucement de crainte de blesser chair comme boyau d'évacuation d'où sortent les tristes loups anoures et pansus.

À l'avant du bateau, dans une gerbe surf d'écume noirâtre, se campe l'énorme dure carcasse d'officier mangé de scorbut, pétrifié de goudron et piqueté de saumure.

Le sirocco publicitaire tourbillonne dans les méandres méningés avant d'être aspiré goulûment par la myéline optique.

voir chronique

|
Fusées n°10
fusees_10

revue Fusées, éditions Carte-Blanche, ISBN : 2-905045-46-9, 252 p. 27 € 50 [éditions carte-blanche]



Sommaire du numéro :
1. Charles Pennequin
2. Jean-Luc et François Poivret
3. Raymond Federman et Mathias Pérez
4. Romain Nicoleau
5. Alain KIRILI et le Jazz
6. Jazz Poetry
7. Voilà les EX/TXT
8. Travaux en cours
9. Partis-Pris

voir chronique
|
L'EXP. TOT., Dominiq Jenvrey
jenvrey067

Dominiq Jenvrey L'EXP. TOT, éditions è®e, ISBN : 2-915453-32-2, 89 p. 11 € [éditions è®e]

4ème de crture :
L'EXP. TOT (contraction de L'EXPÉRIENCE TOTALE) est une fiction théorique où s'expérimente une écriture du monde. Dominiq Jenvrey y explore les notions de volonté collective et de logique d'ensemble, impliquant à chaque ligne le lecteur, l'amenant à s'interroger sur la notion même d'action. C'est une dissection du monde, littéraire, poétique et ontologique qui se joue ici, passée au scalpel d'une langue singulière, radicale, tranchante jusqu'à la syntaxe. Il faut "bégayer son verbe" pour que la pensée se libère. Parce que l'expérience est totale, on croisera dan ce livre des extra-terrestres, la voix et le corps de Pierre Guyotat, mais aussi une méthode pour prendre le pouvoir et anéantir le capitalisme.
"C'est une pensée de l'action, de la volonté, matérialiste, qui cherche à modifier les actions, à contraindre par la pensée l'action. Pour cela il faut nuire aux représentations dominantes, avec la langue, la langue qui est compromise dans ces représentations auxquelles il faut nuire, la langue va être un enjeu alors. L'expérience est totale parce que tout s'implique, qu'il n'y a pas d'enjeux autonomes, que la langue est politique parce qu'elle est engagée dans le fonctionnement du monde. Et puisque la langue est un enjeu, ce dernier ne peut être porté que par la littérature" D. J

Premières impressions :
Éric Arlix, et les éditions è®e poursuivent leur exploration des formes radicales de la critique sociale et politique. Ainsi après l'excellente publication de Les Luddites/Bris de machines, économie politique et histoire, de Vincent Bourdeau, François Jarrige et Julien Vincent, qui a permis de revenir sur la question de la désinflation relationnelle à la technique et ouvert le débat par exemple dans un très bon dossier de Chronicart, la publication du texte de Jenvrey poursuit cette exploration des possibles formes critiques. Ceci n'est pas surprenant quand on connaît un peu le travail de Arlix et ses propres recherches menées, tout d'abord dans Mise à jour et Et hop aux éditions Al dante, puis Le monde jou aux éditions verticales.
Le texte de Dominiq Jenvrey développe le rapport de polémos — et ceci au coeur d'une langue travaillée par la modernité — entre la raison et l'exp. tot qui se signifie selon l'excroissance psychologique de la logiq d'ensemble. La raison, comme le souligne ce texte est l'abstraction d'éléments qui dès lors sont disjoints et posés en séparation. Tout au contraire, l'action, pour être, ne peut se détacher de la logiq d'ensemble, à savoir de la totalité Dumonde, au sens où "l'être n'existe pas indépendamment Dumonde". L'action, si elle est celle de corps dans l'espace et le temps, se donne alors pour Dominiq Jenvrey, et en cela il croise Progénitures de Guyotat, dans la littérature, qui est exp. tot Dumonde en tant qu'une "langue fabrique Unmonde".
Avec cette publication, les éditions è®e montre en quel sens, il est possible de se tenir encore dans l'ouverture de l'horizon moderne de la critique, sans retomber dans les attraits parfois usés justement de certaines formes de formulations qui prétendent à la révolution. PB



|
Arrête arrête continue continue, si tu veux, Claude Yvroud
yvroud061

Claude Yvroud Arrête arrête continue continue, si tu veux, éditions PROPOS/2, ISBN : 2-912144-40-X, 58 p., 9 € [www.propos2editions.net]

4ème de couverture :
"Voilà ce que nous épuisons désespérant avec les jours plus ou moins comme ceci ou comme cela ce qui ressemble à quoi on se met là mettez vous là assis non pas debout non non pas de presque d'approximatif rien retournez-vous je saute nue! au repos et dans le champ ! en mouvement très acide ! très mais dans le champ on pourrait décrire on pourrait déclencher qu'elle on pourrait une habitude de la vision oeuvrant vous nue une copie plus ou moins exacte au repos !"

Premières impressions :
Quatrième de couverture, comme couverture (qui est une photographie de Claude Yvroud), l'ensemble du livre se pose en liaison à la pose, à cette pause demandée par le photographe afin de saisir ce qui fait face à l'objectif : femme, monde, espace quasi-insituable. Objectif de vue et de saisie : ici le livre-photographe. En une longue prosodie monologuée, hachée, aux exclamations nombreuses, nous suivons cette opération de la photographie, les interrogations qu'elle implique ("n'oublie jamais que l'écran a trois dimensions déchirées entre !"), et ses fins : "l'univers où la beauté s'affirme en nécessité absolue !". Selon un rythme trépidant de la phrase, qui se bouscule, se bouleverse, s'effondre pour se reprendre, peu à peu, cette beauté du monde dont parle Yvroud, se révèle être non pas le plan général d'un monde harmonieux, mais le détail focalisé : "notre préférence va vers ce qui est très rapproché ! c'est à dire y est déjà la bouche contre !" qui de plan photographique en plan photographique varie temporellement et infiniment. Plus qu'une simple prosodie, Claude Yvroud, qui travaille aussi beaucoup la photographie et la vidéo, explique son rapport à cette captation et le met en liaison avec le travail de la langue. PB

|
Eaux fortes, Loïc Robin [CD-ROM]
robin062

Loïc Robin Eaux fortes, CD-rom, 15 € [contact pour les commandes : robin.loic@free.fr]

Présentation de libr-critique.com :
Eaux fortes se présente comme une élaboration cartographiée du rapport entre la langue et la surpuissance des éléments : ici la mer et son rapport à la terre. Tel que Loïc Robin l'exprime dans un entretien que nous faisons actuellement : "le sentiment esthétique (ici les bords de mer) est tellement puissant qu'il rend la langue muette". Au lieu de tenir la langue dans la profusion phénoménologique du réel, la langue se rétracte, se refuse quasi à sa donation, pour ne plus se rencontrer que dans des traces d'elle-même. Non pas langue de l'auteur, mais trace de la langue humaine, trace d'écrits en bordure de mer (affiche, panneaux de commerces) qui sont resitués dans le contexte de cette présence maritime. En quelque sorte, le travail de Loïc Robin prend le contre-pied de la tentation de reconstruction du fourmillement du réel, pour ne donner à voir que d'infimes détails de la langue humaine qui s'est installée sur les bords de mer. Proche en cela de la poésie concrète, de la poésie visive ou élémentaire au sens de Blaine, il travaille sur des déplacements de motifs linguistiques essaimés et les recontextualise par collage et selon des variations permises à partir de la programmation en flash. PB

|