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juin 2006
Salva(TM), Philippe Di Folco
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Philippe Di Folco Salva éditions Denoël , isbn : 2-202-25443-7, 409 pages, 23 €.

4ème de couverture :
Dans quel monde vit Luca, persuadé d'avoir tué père et mère ? Est-ce le même personnage qui séjourne dans la clinique du Dr Ethel Sehnsuscht ? Est-ce encore lui qui fut, au cours de dérives nocturnes parisiennes, le compagnon du mystérieux LGT, alias Le Grand Thérapique ? Luca est-il un criminel ou un cobaye, un agent secret ou un fou ?
Déroulant les vies parallèles d'un personnage séducteur ou mythomane, capable d'épouser plusieurs voix, et plusieurs obsessions, ce roman est également l'histoire de salva, produit de consommation courante mais aussi psychotrope à haut risque gardé dans le secret des laboratoires.
Salva TM est ainsi l'odyssée d'un XXème siècle secret, où s'enchevêtrent histoire des neurosciences,, espionnages et aventures amoureuses, canulars, complots et journal intime de John Maynard Keynes.... et aussi la véritable recette du Coca-Cola.

Premières impressions :
Suite à la lecture faite par Philippe Di Folco à la galerie Eof lors de la manifestation Leurres, Sournoiseries et autres stratégies, nous ne pouvions résister de lire son roman salva trade Mark. En effet, la lecture fut jubilatoire, prenant tour à tour des voix inattendues pour lire le monologue d'un obsessionnel paranoïaque interrogé par une enquêtrice à la consommation, Philippe Di Folco nous a laissé apercevoir une partie de son roman d'aventure schizophrène. De même en commençant les premières pages, on trouve immédiatement un personnage complexe dont le monologue vif entraîne la lecture à travers une structure narrative singulière. On perçoit à travers cette écriture, tout l'intérêt que Di Folco porte aux recherches poétiques contemporaines, mais qu'il traduit de manière accessible, afin de faire un roman lisible par un grand nombre, tout en ne cédant pas aux facilités d'un roman classique.
.PB / HG



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Sombre Les détails, Guillaume Fayard
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Guillaume Fayard Sombre Les détails éditions Le Quartanier , isbn : 2-923400-06-2, 31 pages, 7 €.

Extrait du texte :
Et trop près le détail Trop proche le détail ombre
Près le détail déborde Les objets prennent
Du lieu Regard Prennent lieu Les coagule
Un prisme-ballast Saisissent
Et le non-pertinent S'installe Dans l'inégalité
du nombre, d'une Marches, escaliers Pas N'avancent
à rien Qu'à Le passage des Heures, l'effacement d'un

Premières impressions :
Nous avons reçu trois jolis petits livres de la collection Phacochère des éditions Le Quartanier. Sombre Les détails de Guillaume Fayard, Sièges de Christian Zorka et DHead de Xki Zone. Collection graphiquement très réussie qui réunit de courts textes poétiques qui à première vue sont hétérogènes et hétéromorphes quant au travail de la langue. Le livre de Guillaume Fayard se présente comme une expérience de débordement de la langue au cours de pérégrinations dans une ville [on se doute que c'est Marseille au vue de la récurrence des hippocampes] où se mélangent et se se disjoignent des impressions visuelles, charnelles, sonores.
.PB / HG



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Le bazar de l'hôtel de ville, Jacques Sivan
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Jacques Sivan Le bazar de l'hôtel de ville éditions aldante , isbn : 2-84761-131-2, 99 pages, 17 €.

Premières impressions :
Al dante en publiant ce texte de Jacques Sivan mis en page graphiquement par Bruno Mendoça, permet là de découvrir l'un des textes les plus politiques de l'auteur. En effet ce bazar n'est pas seulement une accumulation de biens manufacturés : barbecue, chaise électrique, tringle à rideau, etc, que l'on retrouve en bas de chaque page, mais c'est d'abord et avant tout un manifeste politique sur la question du rapport entre l'organisme et la société moderne : comment se détermine le plaisir ? Quelle résistance rencontre la vie dans son élan ? L'ensemble du texte se déploie comme s'il s'agissait dans l'enchevêtrement matériel, pictural, sonore du BHV de comprendre ce qui anime chaque intensité de vie. Derrière la graphie toujours aussi singulière de Jacques Sivan, se dévoile une nouvelle fois son obsession pour saisir comment la vie se détermine : par pourrissement, glissement, vitesses, excitation, pulsation, fracture, renouvellement.
.PB



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Tractatus logo mecanicus, Jean-Michel Espitallier
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Jean-Michel Espitallier Tractatus logo mecanicus éditions aldante , isbn : 2-84761-124-X, 60 pages, 12 €.

4ème de couverture :
Étant donné que ce qui est pensé comme impensable est pensable,
l'impensable sera tout ce qui n'a pas accès à la pensée.
Et donc l'impensable n'existe pas. Sauf si on ne le pense pas.

Premières impressions :
Dimanche 18 juin, fin du marché de la poésie, Al dante fête ses 10 ans. Lecture de Jean-Michel Espitallier, d'un extrait de son Tractatus logo mecanicus. Langue qui tourne en rond, mais autrement que celle de Christophe Fiat qui ce soir là lit, avec sa guitare à une corde le texte Tracy Lord de 1998. Si pour ce dernier la langue qui tourne en rond, se construit par agrégation et accumulation progressive des compléments, celle de Jean-Michel Espitallier fait tourner en rond la pensée dans la langue, la pensée ne pouvant se penser que si la langue en donne l'énoncé. Car ce Traité établit selon la logique des grands rhétoriqueurs le rapport de la pensée à elle-même, comment la pensée pour penser doit toujours se devancer dans une certaine pensée de sa pensée. Avec son habituelle tonalité de lecture, Jean-Michel Espitallier égraine ses lignes, fait sentir dans les circularités et les apories qu'il établit le jeu de la pensée qui se pense dans l'enjeu de sa puissance de pensée.



articles ayant un rapport à cet article : [Caisse à outils, de Jean-Michel Espitallier]
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Bye-Bye la perf, Julien Blaine
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Julien Blaine Bye Bye La perf, éditions aldante , isbn : 2-84761-129-0, 252 pages quadri + 1 CD + 1 DVD, 42 €.

4ème de couverture :
"Militant, prêcheur, représentant, depuis 1962 j'ai dit et remué ma poésie tout autour du monde, j'ai agi devant des foules et des déserts.
Je voulais convaincre par la confrontation avec eux, avec elles, avec tous. Les mettre en face de la poésie en chair& en os et à cor @ à cri.
Mais le monde est large, long, épais, dispersé; trop traversé, trop desservi.
Et le monde qui m'écoute, qui me voit n'a que deux oreilles mais mille langues : je renonce.
Julien Blaine"

Premières impressions :
Dans le dernier numéro de JAVA (n°27-28), dans le dossier qui lui est consacré, Julien Blaine donne à lire des notes sur la question de son écriture et sur la performance :
"C'est un corps
dans un espace
et c'est un son
dans un corps.
ce son est celui de mon corps
ou celui de cet espace,
c'est un son de nature :
voix, viande, &c.
ou un son d'artifice :
musiques, bruits, &c."
La performance, poésie action, poésie vivante, en chair & en os, n'est pas spectacle, n'est pas représentation. Mais chez Blaine elle se présente comme écriture immanente du corps sur le livre du monde. Car en effet, la performance est un acte d'inscription, qui trace sur le tissu de la nature des signes, qui doivent entrer en écho avec les signes de la nature et du monde. L'acte poétique tient à cette mise en relation à partir de l''élan de soi, entre signes de soi et signes du contexte. Donc la performance pour Blaine est cet événement qui vient présenter une rencontre, et qui par cette rencontre signifie, inaugure du sens.
L'ensemble de bye bye la perf, compose par fragments tout à la fois l'année de ce bye bye, et la genèse des 40 ans qu'il a traversé avec ses performances.
Découvrir ce livre n'est pas avoir dans les mains seulement un récapitulatif, mais c'est entrer dans l'univers d'écriture de Julien Blaine, sur son travail de composition, dans son espace d'interrogation de l'écriture. Car la nature étant pour lui le lieu d'une écriture totale (les mots étant aussi des productions de la nature), tout élément perçu par son oeil, devient signes dans l'espace d'écritures (l'oeil/feuille), signe à recevoir (oeil/vulve), à réécrire (oeil/plume), à laisser être, à déplacer, etc....
De cet univers d'écriture, s'il nous permet de découvrir l'origine de certaines performances, les fac similé des projets, il nous ouvre aussi ce qui a été abandonné, des pièces non réalisées, non écrites par le corps.
Ce livre est en ce sens indispensable, aussi bien pour percevoir le parcours de Julien Blaine, que pour comprendre les enjeux qui ont motivé cette démarche d'écriture singulière.

2 morceaux du CD sont dans l'audiocastpoétique.

articles ayant un rapport à cet article : [Traces de langage, à propos de Julien Blaine et des cahiers de la 5ème feuille]



http://homepage.mac.com/philemon1/trameouest/textelibrecritik/blaine_boisnard.html


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Grande Beuverie de poètes au ciel, Christophe Manon
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Christophe Manon Grande Beuverie de poètes au ciel, éditions Le clou da , isbn : 2-9526347-1-8, 8 pages en affiche, 4 €.

Extrait :
En chemin on croise Andreï Biély.
Il agite les bras furieusement.
À croire que le soleil a cogné, cogné,
cogné sur son crâne en lévitation.
"Il y a des livres, dit-il, des livres qui réduisent au maximum
l'écart entre les CORDES DE LA LANGUE et L'AXE DA LA VIE.
Ils sont composés d'éléments divers et variés :
de sève et de sang, de vents et d'os, d'air et de chair.
Ils sont bleus, rouges, jaunes, verts, mauves, mauves, mauves.
Ils multiplient par -1 le rapport fondamental de la vie et du
vide et sont semblables à des points d'interrogation (????)."
Et le voilà qui nous entraîne bras dessus bras dessous
vers le Glossolalie, son troquet favori.

Premières impressions :
Cela m'a fait plaisir de recevoir cette petite publication. En effet, elle reprend le texte que j'avais commandé à Christophe Manon pour l'enquête sur la lecture que je menais pour la revue Fusées. Comme quoi ce texte a circulé, et a trouvé un lieu pour apparaître dans toute sa force. Belle initiative de la part du Clou dans le fer, même si, certains trouveront un peu cher ce A3 couleur recto-verso.

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Grand-Père, Jean-Louis Costes
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Jean-Louis Costes Grand-Père, éditions Fayard , isbn : 2-213-62553-0, 323 pages, 18 €.

4ème de couverture :
Garnick est né en 1900 dans une famille arménienne. Pour son petit-fils, qui le subit avec dégoût, c'est un "clodo, une merde". Pourtant, quelle vie ! Pour la saisir, il faut remonter à la révolution bolchevique : les Rouges ont massacré sa famille. Resté seul, le jeune Arménien rejoint les "Cosaques bouffeurs de cocos". Commence alors une cavalcade aventureuse à travers l'Europe, l'Afrique du nord et la Guyane, à travers un monde où l'innocence finit toujours les tripes à l'air.
Grand-Père est l'histoire d'un homme plongé dans la barbarie, mais racontée avec une force évocatrice et une drôlerie décapante qui sauvent le désespoir. On pense à du Mac Orlan secoué, du Cendrars explosé, du Céline ivre. Poisseux de sang, débordant de violence, sans aucun répit.
Costes s'inspire du fracas de wagons qui déraillent plutôt que du chant des oiseaux. Il en sort une musique inconnue, terrible, étourdissante.

Figure de l'Underground, Jean-Louis Costes est connu pour ses opéras pornos-sociaux, des performances crues et violentes qui ne respectent aucun tabou. Sans rien renier de sa rage, il fait une entrée fracassante dans la littérature avec ce roman en partie autobiographique.

Premières impressions :
Tout d'abord une mise au point par rapport à ce que dit Fayard, ce livre n'est aucunement une entrée dans la littérature, au sens où Costes a déjà publié aux éditions Hermaphrodite VIVA LA MERDA, roman-synopsis hallucinant qui décrypte par sa scato-narration le nihilisme qui touche la dimension politique provinciale et les inter-relations humaines qui le fonde. Avec Grand-Père, il est vrai que c'est un autre travail qui apparaît. Plus littéraire, même s'il est vrai que Jean-Louis Costes n'appartient aucunement à la dimension de la littérature contemporaine ou expérimentale. Dès lors on pourrait nous demander pourquoi nous en parlons : tout simplement parce que sur le fond, Costes appartient bien en effet d'une certaine manière à la modernité de la littérature, par son travail de performances, de chanteurs/poètes, par sa liaison avec des plasticien(nes) comme Anne Van der Linden. Tel que pouvait le signifier Jourde, renvoyant sur les bancs de l'école certains jeunes auteurs, il ne suffit pas de transgresser la syntaxe et les syntagmes pour faire oeuvre et être moderne. Ceci étant dit le livre de Costes, derrière un style facile d'abord, qui ne ressemble aucunement malgré la 4ème de couverture à du Céline, est très agréable à lire et assez percutant. Il peut permettre à un public qui ne pourrait supporter ses performances (pourtant si esthétiquement parfaites dans leur violence) d'aborder l'oeuvre d'un de nos contemporains essentiels. En effet, par ce récit souvenir, il donne accès à l'analyse de la morbidité et du nihilisme du monde et d'autre part à la genèse de son obsession pour la scatologie. Car rien ne reste indemne. Toutes les valeurs sont montrées dans leur monstruosité : le monde est un immense camp de la mort, où la liaison entre les hommes n'est aucunement l'amour (pauvre utopiste) mais bien plutôt la haine : raciale, politique, géographique, sociale, familiale, sexuelle. Il l'écrit : "même dans le dégueulasse, y a une logique" (p.177). Costes nous donne donc à lire un livre véritablement humaniste, de cet humanisme (comme je l'ai thématisé dans Poéthique de l'amitié — qui vient de paraître aux éditions Trame-Ouest) de Rabelais, de Machiavel, de La Boétie. Certainement pas de cet humanisme vicié empli de bons sentiments. "Tant qu'il y aura des hommes, il y aura des vices" écrivait Spinoza, et c'est bien ce qu'apprend et nous enseigne jean-Louis Costes par ce trajet temporel et géographique de son Grand-Père, de ce Grand-Papa, plus super-héros à laisser des cadavres derrière lui que super merde, plus professeur par le caractère scato de la merde qui lui colle à la chair que super-clodo sans saveur.



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Entravés, Charles Pennequin
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Charles Pennequin Entravés, éditions L'instant T [Hors série], issn : 1283 - 1808 pages, 5€.

4ème de couverture :
30 pages de témoignages et d'enquêtes. 30 pages de paroles et de portraits rêvés. 30 portraits d'entravés en travailleurs nés. 30 rêveurs en trêve qui parlent dans la page. Ils rêvent en ravalant. Et ça fait parler. 30 ravalements d'entravés travaillés depuis la naissance. Car depuis la naissance les portraits rêvent de travers. C'est-à-dire qu'ils parlent de travailler. 30 portraits parlants à entraver chez soi.

Premières impressions :
Tout débute par une déception. Une prise de conscience qui se boucle sur soi, qui fait retour sur un rêve avorté : le travail mode d'emploi n'est pas le travail qui fut rêvé, qui fut attendu. Et cela donne une figure biscornue de l'existence, un premier portrait à la bouche hagarde, à l'oeil gauche coincé, à la main tendue vers on ne sait quoi. Première page et déjà épitaphe des rêves qui se rapportaient à la société, à ses valeurs. Et l'ensemble du petit livre apparaît bien comme un commentaire ruminant de cet avortement. Pennequin ici laisse apparaître par bribes une parole, celle de l'autre, celle de l'incommensurable de l'autre, plus férocement entravée du réel social. Nulle boucle sur soi, mais des boucles (celles des dessins) tendues par la présence des autres. Rapport entre le trait et les mots, Si on découvre pour une part — comme nous l'avait déjà proposé — le talent de Pennequin en tant que dessinateur, ressort aussi que son souci se déplace par rapport à lui-même. Que la trouée autistique de la question même de son être (qui a traversé l'ensemble de ses écrits jusqu'à présent) se retourne vers ce mal-être contemporain qu'éprouve autrui. C'est pourquoi, avec cette réalisation se dessine peut-être un tournant. Peut-être. à suivre donc.



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