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Jérôme Mauche Superadobe, éditions Bleu du ciel, isbn : 2-915232-26-1, 330 pages, 25€.
4ème de couverture :
Au-delà des constructions nouveaux riches, iconiques et pharaoniques, l'Iranien Nader Khalili, Prix Aga Kahn d'Architecture 2004, a développé un prototype d'habitat - système dit Superadobe. La technique de base de cette construction consiste dans le remplissage de sacs avec de la terre et leur disposition sur un plan circulaire par couches successives. Pour stabiliser l'ensemble, du fil de fer maintient la structure en assise. Parce qu'elle utilise des ressources locales (la main d'oeuvre et la terre), cette entreprise représente un excellent exemple de viabilité (aptitude à vivre d'un organisme).
J.-M. P., Architecture Aujourd'hui, n°238.
Premières impressions :
Jérôme Mauche dès cette 4ème de couverture, nous amène dans l'horizon de la structure, des esthétiques de la construction, des ressources et des efforts pour former celle-ci. D'emblée, nous sommes confrontés à la monstruosité d'un enfant,"atteint d'une maladie appelée progéria statistiquement dans à peu près l'apparence d'un homme de quatre-vingt dix". D'emblée construction monstrueuse qui appelle moyens et ressources personnels : "Aidez ses parents à réaliser son rêve qui est de récolter le plus de stylos publicitaires, fonctionnant ou pas, afin qu'i puisse se voir inscrit dans ce livre". Superadobe s'ouvre donc comme la mise en évidence, et ceci dans la disruption, du décadrage constant de la phrase, de la possibilité de construire face à la circonstance, face à toute forme de circonstance. Vies individuelles, architectures, Etats, Construction Européenne, etc = structures, esthétiques de la mise en espace et en circonstance. Cet effort, s'il apparaît avec le foisonnement ininterrompu des petites histoires, des détails de description de lieux, de choses, de bâtisses, de véhicules, d'espaces, reste qu'il est celui d'abord et avant tout, de ce Je témoin, qui approfondit lui-même un espace, s'en fait l'expérimentateur linguistique. Car c'est bien une sorte de résistance dynamique dans lequel la narration hachée nous entraîne. Résistance dynamique aux événements, à l'anodin qui implique des rapports de spatialisation, de structuration de la circonstance.
Avec Superadobe, Jérome Mauche semble poursuivre son travail d'exploration tout à la fois de Fenêtre, porte et façade, [du fait de cette omni-présence des éléments de spatialisation et de leur juxtaposition rapide, et sans cohérence accentuée par le fait que "l'usage de la langue tombe régulièrement sur le plus mauvais coté de la pièce ou quelque fois sur son tranchant" (FPF, p.62)] et d'Electuaire du discount, qui proposait un certain nombre d'application et de zone d'application de l'électuaire, "substance employée pour combattre la maladie", électuaire transformé en anecdotes tranchantes rapide, aux narrateurs distincts.
[Jérome Mauche] [superadobe] [Le Bleu du ciel] [Littérature contemporaine] [Libr-critique]

Les juins ont tous la même peau, Chloé Delaume, éditions La chasse au Snark, isbn : 2-914015-36-4, 10 €.
4ème de couverture :
"Je ne sais pas parler aux morts. Enfin, aux morts que je ne connais pas, que je n'ai jamais connu, que je ne pourrais jamais connaître. Parler aux anciens morts tous proches minaudant déjà loin, je sais. Autant qu'aux déjà presque morts. Mais aux corps étrangers, à ces osso-buco filandreux génétiques, à ceux qui ne m'ont jamais parlé, jamais parlé à moi, au moins une fois à moi toute seule. Là, c'est une autre histoire. Je ne sais plus rien du tout. Comment on parle à ces morts-là. Quel ton on se doit d'employer. Sur les cordes vocales amorcer si mineur aigues charmilles, ou plutôt fa profond, le dièse de la distance fourbu de violacé. Je ne sais rien du tout. Adopter quoi, le vouvoiement le tutoiement. Lino marbré troisième personne du singulier majuscule à pompons, ou le i creusé, au contraire. Personne ne sait. Comment on parle à ces morts-là. Personne n'ose forcer la serrure, en tout cas officiellement.
Alors un mort comme celui-là, comme mon mort, mon mort principal, je dois m'y prendre comment avec. Comment avec un mort qui ne m'a jamais parlé et qui pourtant m'a dit. Il ne m'a jamais fait que cela, rien d'autre de visible à l'oeil nu. Comment parler à ce mort-là, c'est une question, je me demande. Peut-être que. Je ferais mieux de la fermer, ça réglerait des problèmes."
[Chloé Delaume] [Boris Vian] [Poésie] [Littérature contemporaine]

Action-Writing (manuel), Sylvain Courtoux, éditions -Dernier Télégramme-, ISBN : 2-9524151-0-2, prix 10 €.
4ème de couverture :
"Les "avant-gardes" (modèle XXème siècle), sont mortes. Oui. Est-ce que ça a tué ce qui fit qu'il y eut des avant-gardes ? Non. Rien ne tue en art, la passion de l'inouï. Qu'est-ce que l'inouï ? Ce qui détruit les représentations mortes. Quelles représentations ? Celles du monde. La littérature est posée face au réel — dont la violence insensée la défie. Réel ? Rien à voir avec la "réalité" — qui n'est que le réseau des représentations codées, l'articulation du possible (l'idéologie). Rien n'y répond de l'expérience que nous faisons du monde. Tout y vide cette expérience de sens, la mortifie. Tout nous y voue à l'assentiment stupide du lieu commun. De quoi est fait ce réseau ? Des langues qui chaque jour socialement nous parlent. Elles sont médiatiques, politiques, publicitaires, pornographiques, mercantiles, psychiatriques. C'est même plus qu'un réseau : c'est un mur. Il faut le traverser, sauf à ne jamais rien toucher du réel. Traverser est une action. Une action d'écriture : action writing, comme on a dit action painting. C'est donc un geste (une performance), d'abord intransitif. Il s'identifie à sa propre énergie négative : couper, cut-uper, monter, sampler, rythmer au fil de cette passion destructrice des discours de l'idéologie. Mais il est aussi transitif (critique) : il fonde en acte son refus du monde tel qu'il est et de la réalité qui nous programme bêtes de somme des procès d'aliénation. Et il dessine, en creux, un autre réel, irreprésentable — mais identifiable à l'innommable énergie qui impulse la traversée du mur. Voilà ce que tente Sylvain Courtoux. Salut à son formidable effort. Salut à sa rage d'expression."
Christian Prigent.

Matière à l'autre bout l'esprit, de Paul Wûhr, traduit de l'allemand par Jean-René Lassalle, éditions Grèges, ISBN : 2-915684-01-4, 238 pages, 20 €.
extrait de Dans la proximité du vrai ou le rire d'un faux de Jean-René Lassalle en post-face de sa traduction :
"Allemand né en 1927, "fils de boulanger qui lisait Hölderlin", instituteur dans l'Allemagne en ruines, avant-gardiste bavarois, Paul Wûhr vit maintenant retiré dans un village italien. Il a écrit une vingtaine de pièces radiophoniques puis des narrations décalées comme Gegenmûnchen (antimûnich, 1970) ou das Falsh Buch (Le faux livre, 1983). Là comme dans ses recueils de poèmes Grüss Gott / Rede (Hanser 1976-80) et Sage (Renner, 1988) reviennent l'autonomiee fiévreuse de la parole et des voix multiples, les glissements entre le vrai et le faux, une critique carnavalesque du conservatisme. Les restes de langue nazie, la propagande de l'État catholique de Bavière, l'idéalisme allemand sont déconstruits et réutilisés ironiquement, tandis qu'un dialogue plus attentif s'engage avec Hölderlin"
premières impressions :
Il y a des jours, c'est un vrai plaisir d'ouvrir le SP qui nous parvient dans la boîte aux lettres. Avec ce livre reçu tel est le cas. De Paul Wühr, je ne connais rien, de Hölderlin, presque tout, jusqu'aux éditions rares publiés par Beauffret. Alors que par moment, face aux modes françaises de la poésie je ressens une certaine lassitude, voyant peut-être de trop prêt certains jeux de reprise, d'effets d'actualité, de postures maladroites, là, avec ce texte, je redécouvre une certaine fraîcheur qui d'emblée est annoncée : Salve Res publica Poetica. En exergue de cette partie inaugurale : trois citations sur la poésie (Bacon, Flaubert et Sophocle). [lire la suite dans la chronique]

OUSTE, n°14, Printemps été 2006, 5€, éditions Féroce marquise, Les grandes arcades, rue du Vallon, 24 000 Périgueux.
La revue OUSTE sort ici un numéro très conséquent, plus de 90 pages de poésie (avec en moyenne 2 pages par auteur). On y trouvera tout à la fois de très bons textes et de plus faibles, des expériences visuelles, aussi bien à partir d'éléments concrets que dans l'horizon spatialiste. La revue OUSTE est à l'image du Festival dirigé par son directeur : lieu de croisements et d'échanges, où ce qui est recherché ce n'est pas de défendre telle école poétique ou bien tel courant, mais de montrer la diversité poétique selon des principes de cohérence interne pour chaque poète.
En ce sens, c'est une lecture à conseiller, qui pour le prix n'est vraiment pas cher.

Caisse à outils, Un panorama de la poésie française aujourd'hui, Jean-Michel Espitallier, Pocket, 6 €, ISBN : 2-266-13140-0
4ème de couverture :
"Faisant suite à l'anthologie Pièces détachées qui présentait 33 poètes de l'extrême contemporain, Caisse à outils livre aujourd'hui le mode d'emploi pour remonter les pièces. Cet essai invite à une exploration des territoires les plus saillants de la poésie contemporaine en France, en cartographie les courants, analyse les tendances fortes et donne des pistes afin que chacun puisse se repérer dans cet univers foisonnant et incroyablement vivant.
Qu'est ce que la "modernité négative" ? Où en sont la poésie sonore, la performance, les écritures à contraintes ? Qui sont les fils de Dada ? Où se situent le rock, le slam, la chanson ? Quels sont les outils, les formes et ls techniques de la poésie contemporaine ?
Autant de questions qui trouvent sous la plume joyeusement impertinente et très informée de Jean-Michel Espitallier de nombreux éléments de réponses."
Premières impressions :
Voici enfin la sortie d'un livre tant attendu. Histoire de rire avant de donner mes premières impressions : en mai sortira chez Al dante, mon essai sur la poésie contemporaine : [Mécano] sans mode d'emploi... Et tout cela sans que nous nous en parlions. Donc, voici la caisse à outils de Jean-Michel Espitallier : un ensemble d'angles sur la poésie actuelle qui tente de définir, non seulement les enjeux des différentes expériences poétiques, mais qui s'interroge aussi sur les modalités matérielles (linguistiques, sonores, vidéos) qui leur sont propres. C'est ainsi que chaque chapitre questionne des formes, des postures, des modalités poétiques, en donne un axe problématique pour finir sur des indications bibliographiques entre autres. Se présente-là une véritable mine du point de vue du champ contemporain, qui par son côté didactique, ne s'adresse pas seulement aux initiés, mais peut permettre à tout lecteur extérieur à ce champ de comprendre ce qui s'y joue. En bref, un livre pour tous, qui loin de s'enfermer dans une seule logique, dans la défense d'un seul courant, comme c'est trop souvent le cas (et ceci selon des enjeux de monopole et de mainmise historique) ouvre l'horizon de la contemporanéité poétique. À suivre une chronique du livre dans quelque temps...

L'Almanach Dada, Les Presses du Réel, 2005, 17€, ISBN : 2-84066-144-6.
L'almanach Dada est réédité par Les Presses du réel [2005]. Edité à l'origine par Richard Huelsenbeck (Erich Reiss Verlag, Berlin 1920), puis en 1980 chez Champ Libre en France, la nouvelle édition, traduite par Sabine Wolf, est agrémentée de notes de Michel Giroud. Cet almanach retrace les quelques années de la fondation du dadaïsme, et laisse une grande part à des textes théoriques entre autre de Huelsenbeck qui a eu l'idée de ce livre et qui s'occupa de sa publication. Mais qu'est-ce que cet almanach ? Tel qu'il l'écrit lui-même dans son introduction, en partie IV : "Ce livre est un ensemble de documents de l'expérience dadaïste. Il ne soutien pas de thèse. Il parle de l'homme dadaïste mais il n'en fait pas un modèle. Il décrit mais n'analyse pas. La conception qu'ont les dadaïstes du dadaïsme est très variable et cela se manifestera avec ce livre" (p.170). Est-ce à dire quee nous n'aurions à lire dans ce livre que des traces événementielles, un agglomérat de données éparses et sans horizon ?
Certainement pas, car derrière cet avertissement se dissimule la perspective de Huelsenbeck, qui tient à mettre en évidence l'apport historique du dadaïsme notamment à travers ses divers manifestes et manifestations. C'est en ce sens, qu'en toute contradiction, justement, Huelsenbeck expose les différentes tentatives de définir le dadaïsme, notamment la sienne propre, qui précède celle de Tzara, et qui date d'avril 1918 : il écrit dans celui-ci "Le plus grand art sera celui qui présentera par son contenu de conscience les multiples problèmes de son époque, celui qui fera ressentir qu'il a été secousé par les explosions de la semaine précédente (...) Les meilleurs artistes, les plus forts et les plus insolites, sont ceux qui, à chaque heure, arrachent et réassembleent les lambeaux de leur corps à partir du chaos des cataractes de la vie, ceux qui saignant des mains et du coeur, saisissent avec acharnement l'intellect de leur époque" (p.194-195). Suit à cela une critique de l'expressionnisme, pour en arriver à un positionnement vis-à-vis des moyens d'expression propre au dadaïsme :
"Le poème BRUITISTE, prend un tram pour ce qu'il est — il décrit l'essence du tram y compris les baîllements du rentier Schulze et le cri des freins.
Le poème SIMULTANE rend le chassé-croisé fébrile dde toutes les choses
Le poème statique transformee les mots en individus; des lettres forêt surgit la forêt avec des cimes et des arbres, les uniformes des forestiers" (p.197).
En bref, cet Almanach est un livre indispensable, tout à la fois pour découvrir les manifestations du dadaïsme en Suisse et à Berlin, mais aussi pour comprendre aussi bien l'intentionalité qui a dirigé le dadaïsme et les discussions qui l'ont animées.
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