ルモンド:イラク問題は、太平洋戦争の教訓に学べ!
ポンス記者の分析記事。今イラ
クでアメリカがやっていることは、理想主義を無理やり広めようとして太平洋戦争で日本がやったことによく似ていると。日本の戦前の歴史について相当好意的
な書き方をしているのでニッポンナショナリスト達も読んでうれしいはず。「真珠湾攻撃は、アメリカのいう“予防的先制攻撃”だ」と言うくだりには思わず
笑って同感。時間があったら訳すけれど、とりあえずオンラインに掲載されているうちに全文コピー。
analyse
Les enseignements oubliés de la guerre du
Pacifique,
par Philippe
Pons
LE MONDE | 01.09.05 |
13h42 • Mis à jour le 01.09.05 |
13h42
e
front européen de la seconde guerre mondiale est trop proche, son
histoire
trop explorée, pour qu'il se prête à des assimilations
simplificatrices. Plus lointaine, se déroulant dans des pays à
l'histoire peu connue, la guerre du Pacifique, qui prit fin avec la
signature,
le 2 septembre 1945, de l'acte de capitulation du Japon, donne lieu en
revanche
à une foule de clichés et d'analogies
réductrices.
Comme celle
à laquelle vient de se livrer une fois de plus George Bush, sur la base
navale de San Diego lors de la célébration du
60e
anniversaire de la reddition du Japon, en comparant la démocratisation
de
l'Archipel à la situation en
Irak.
Sur le premier
registre les clichés , la guerre du Pacifique est une source
intarissable. Ainsi,
les pilotes-suicides ou kamikazes sont-ils l'archétype du fanatique, le
raccourci pour désigner les terroristes qui se tuent avec leurs
victimes.
Assimilation erronée : le seul point commun est l'exploitation de
l'idéalisme de jeunes parfois à peine sortis de
l'adolescence.
Les
pilotes-suicides japonais étaient pour la plupart moins volontaires que
contraints. Ils ne partaient pas la joie au coeur mais la peur au
ventre, et ils
mouraient moins pour l'empereur qu'en pensant protéger leur famille.
C'étaient enfin des soldats, obéissant aux ordres, non des
terroristes. Leurs cibles étaient des objectifs militaires, non des
populations civiles. Autre stéréotype : l'attaque surprise japonaise
sur la base américaine de Pearl Harbor en décembre 1941. L'acte de
traîtrise par excellence. Certes. Mais si on se place dans la
rhétorique de l'administration Bush, c'était simplement une attaque
"préemptive" destinée à prévenir une offensive
américaine, écrit l'historien de la guerre du Pacifique John
Dower.
L'éloignement
et la
méconnaissance ne sont pas les seules raisons de ces
simplifications.
Elles tiennent
aussi au caractère manichéen d'une guerre sans quartier, plus sauvage
que sur le front européen :
"Racisme,
déshumanisation de
l'ennemi et extermination furent sans
précédent
, écrit John
Dower dans War
Without Mercy,
Race and Power in the Pacific War
(Pantheon book). Il n'y eut
jamais dans le cas des Japonais l'équivalent du 'bon
Allemand'." Pour les Alliés,
l'orgie de violence en Europe fut "nazie" plus que le fruit de
dispositions
culturelles ou psychologiques germaniques. En Asie, les atrocités
étaient simplement "japonaises". En niant toute individualité,
singularité ou pluralité à l'ennemi, celui-ci était
d'entrée de jeu
déshumanisé.
En
dépit des interrogations sur le caractère "libérateur" de la
guerre en Irak qui se font jour aux Etats-Unis, le Japon après la
défaite reste pour George Bush le précédent à
l'éclosion d'une démocratie sous la houlette de l'occupant
américain. Une analogie qui défie l'histoire. En six ans d'occupation
(1945-1951), pas un soldat américain ne fut tué dans l'Archipel. Si
les Japonais acceptèrent la défaite, c'est que les Américains
avaient un plan d'occupation, et surtout que les Japonais étaient
prêts à un retour à la démocratie et à renouer avec une
expérience libérale, certes incomplète mais qui n'en constituait
pas moins un
précédent.
Etat de
droit, l'Archipel avait connu une vie parlementaire et une presse
d'opinion qui
avait combattu en faveur des idéaux démocratiques dès la fin du
XIXe
siècle. Avant qu'il ne sombre dans le militarisme au début des
années 1930, le Japon avait été le foyer des idées
socialistes pour le reste de l'Asie. La pensée libérale y avait fait
souche.
Dans les
grandes villes,
de ce qu'il est convenu d'appeler la "démocratie de Taisho"
(1912-1926),
avait fleuri une culture de masse protéiforme, véhiculant de nouveaux
modes de vie et de pensée influencés par l'Occident. Le Japon
bénéficiait, enfin, d'une cohésion sociale et d'une forte
identité culturelle conjuguées à un niveau d'éducation
élevé.
œuvre de
l'idéalisme du New Deal (politique libérale et progressiste du
président Franklin
Roosevelt).
Apportant la
démocratie et une relative justice sociale, celle-ci avait une
légitimité. Perçue par les Japonais comme un
"american
interlude"
non comme une rupture, elle
fut réintégrée à l'expérience nationale.
"Ce
fut une libération, non
une humiliation" , commente l'historien
Akira Iriye. L'occupation n'entama pas la dignité
nationale
comme en Irak, estime Akira Mizuguchi,
de l'Institut du Proche-Orient à
Tokyo.
ANALOGIES
TROUBLANTES
L'histoire de
l'Asie jusqu'au lendemain de la guerre du Pacifique est surtout riche
d'enseignements sur le registre des erreurs. Ainsi, la création par le
Japon, en 1932, de l'Etat fantoche de Manchukuo présente-t-il en
dépit d'évidentes différences des analogies troublantes avec
l'Irak : dans les deux cas est à l'oeuvre le radicalisme de droite
d'une
superpuissance (régionale dans le cas nippon, mondiale dans le cas
américain) conjuguée à une manipulation de l'opinion et à un
défi aux règles internationales, note le politologue Kang Sang-jung.
Dans les deux cas, une guerre d'agression est poursuivie au nom d'une
vision
messianique (la
"libération"
de l'Asie ; la
"démocratisation"
du Moyen-Orient) et de la conviction que la supériorité militaire
viendra à bout de tout : la création de l'Etat de Manchukuo marqua, en
fait, le début d'une guerre de quinze
ans.
Autre
enseignement : la
Corée du Sud. Affranchie du joug colonial nippon (1910-1945), la
péninsule fut sur-le-champ spoliée de cette libération.
Divisée en deux par les grandes puissances, elle fut occupée par des
armées étrangères (américaine au sud et soviétique au
nord). Confisquant le droit à l'autodétermination des Coréens en
refusant de reconnaître les autorités qu'ils avaient mises en place,
les Etats-Unis installèrent un régime militaire en conservant les
hommes qui avaient servi les Japonais. En dépit d'élections, le pays
sombra dans la confusion : grèves, insurrections et répressions
sanglantes.
La Corée du
Sud, entre 1945 à 1950, est la tragique illustration de la bévue qui
consiste à assimiler la fin d'une tyrannie (ici le colonialisme nippon)
à l'avènement de la démocratie et à croire pouvoir imposer
celle-ci sans tenir compte des voeux d'une population et de son besoin
de
dignité. En juin 1950, le régime du Nord, pensant tirer partie de la
confusion au Sud, déclenchait une guerre
fratricide.
La "vision"
messianique de George Bush, enfin, rappelle singulièrement le message
rédempteur des militaristes japonais lorsqu'ils envahirent l'Asie :
"Sans
véhiculer la
prétention à l'universalisme des Etats-Unis, l'idéologie
impérialiste japonaise puisait à la même
source
, écrit l'historien
américain spécialiste du Japon Herbert Bix, auteur de
Hirohito
and the Making of a
Modern Japan (Harper Collins),
on
apprenait aux Japonais à
croire en leur supériorité morale et à être fier de la
Lumière dont ils étaient porteurs. Comme les Américains
aujourd'hui. Et lorsque ceux-ci rencontrent une résistance dans les
pays
qu'ils envahissent, ils ne se conduisent pas mieux que les Japonais en
Chine."
Pas si lointaine,
décidément, la guerre du
Pacifique...
Philippe
Pons
Article
paru dans
l'édition du 02.09.05
Posted: Fri - September 2, 2005 at 04:40 PM
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Published On: Sep 02, 2005 04:42 PM
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