HISTOIRE DE

                                   ST- SAUVEUR DE NUAILLÉ

 

 
 


 
 

 AUJOURD'HUI  SAINT  SAUVEUR  D'AUNIS



 
 


 

Vieille église romane de Saint-Sauveur de Nuaillé
aujourd'hui Saint-Sauveur d'Aunis
 



 
 

La mairie de Saint-Sauveur d'Aunis
 


 
 
 

"Si Saint-Sauveur d'Aunis m'était Conté"
extrait :  de 
 Plaquette réalisée par L'Association pour la fête annuelle
 à L'association du millénaire   979 - 1979
 
 
 
 

SAINT SAUVEUR D'AUNIS... EN BREF
 
 
 
 

Notre pays a été mêlé à presque tous les événements de notre Histoire. 
Les légions de César y dressèrent certainement leur camp. 
Quelques années avant l'an 1 000, le Comte Guillaume Bras de Fer
qui guerroyait dans nos régions fit don à l'abbaye de Nuaillé en Poitou 
des riches terres bordant les rives du Curé. 
 

     Les moines de Nuaillé y firent alors édifier le puissant 
prieuré de Saint-Sauveur

     L'Aunis fut l'enjeu des luttes franco-anglaises au XIV ième et XV ième siècle. 
Au XVI ième siècle, les guerres de religion ensanglantèrent notre contrée. 
L'Aunis connut la célébrité avec La Rochelle au XVII ième siècle... 
 

     La Révolution . . . L'Empire . . . 

     La grande époque, pour notre village, se situe au XIX ième siècle; 
le pays était riche grâce au commerce des eaux de vie et des chevaux. 
 

      Saint-Sauveur comptait 1 500 habitants. 

L'apparition du phylloxéra porta un coup très dur à 
l'économie du pays mais, à la suite d'une intelligente et rapide 
reconversion orientée vers l'élevage et les produits laitiers, Saint-Sauveur 
redevint un bourg actif doté d'un artisanat prospère. 
 

CESAR,  DU GUESLIN,  LOUIS XIII  et  RICHELIEU,  NAPOLÉON... 

c'est le Passé
 

     Aujourd'hui Saint-Sauveur demeure un bourg vivant et animé. 
Les exploitations agricoles en plus petit nombre certes qu'autrefois 
se sont dotées de moyens modernes de production.  L'artisanat et le commerce 
se sont adaptés aux exigences de l'économie de cette fin de XX ième siècle. 
Une importante usine de polystyrène expansé y est installée depuis plusieurs années. 
 

     La structure de la population a été modifiée : nombreux sont ceux 
qui partent chaque jour travailler à l'extérieur de Saint-Sauveur 
dans des entreprises de l'agglomération rochelaise.
 

     La commune de Saint-Sauveur est en effet dans la mouvance 
de la grande Cité toute proche;  elle doit s'organiser pour affronter les 
problèmes d'équipement, de conservation et d'amélioration du cadre de vie. 
 

Déjà pourvue d'équipements scolaires, sportifs et 
d'animation pour les jeunes et les anciens, animée par ailleurs par 
des bénévoles au grand coeur, Saint-Sauveur se développe grâce à la 
patiente et tenace volonté de tous; des lotissements d'habitations et 
d'activités artisanales et industrielles sont en cours de réalisation 
pour accroître les emplois et les ressources de la population. 
 

Ainsi, tout en vénérant les souvenirs de sont passé, 
la population vit dans le présent. Elle reste ouverte à toute initiative 
et sait se montrer hospitalière à ceux qui veulent venir vivre et 
travailler à l'ombre du vieux clocher de son Église. 
 
 


 

SAINT-SAUVEUR  D'AUNIS

Des Origines à La Révolution Française



 
 

par: Jean-Noel Luc, Agrégé de l'Université

extraits :

L'an 979 après Jésus-Christ :  Le Comte de Poitiers donne à l'abbaye de Nouaillé, en Poitou, la modeste bourgade de Ligoure. Ce modeste évènement, ignoré des chroniqueurs du royaume, allait déterminer l'existence de notre village et de ses habitants jusqu'à la Révolution Française de 1789.
 

Mille ans plus tard, en 1979, les habitants de Ligoure, devenu par la suite Saint-Sauveur d'Aunis, célèbrent leur millénaire, ou plutôt l'anniversaire d'une étape importante dans l'histoire de leur communauté, tant il est vrai qu'elle existait bien avant la donation de 979.
 

A des degrés divers, la célébration d'un tel anniversaire s'accompagne toujours d'une interrogation du passé, comme si, soudainement, s'imposait à la conscience l'image de sa profondeur et de son irréversibilité. Mais la reconstitution du passé d'un village anonyme comme le nôtre est une entreprise délicate. Pire, elle risque de décevoir la curiosité qui l'entoure. Point de noble seigneur triomphant dans les tournois. Point de gente dame attendant son chevalier à l'ombre du donjon. Point de ces intrigues dont les feuilletons et les films télévisés abusent pour donner du passé une image aussi pittoresque que falsifiée. Aussi loin que l'on remonte dans l'histoire de nos ancêtres, ils sont ce qu'était alors la grosse majorité des français :  de simples paysans. Faut-il le regretter ?  Depuis longtemps déjà, l'école historique universitaire française a montré que ce ne sont pas les princes qui font l'Histoire, mais les foules laborieuses, anonymes et silencieuses.
 

Comment connaîte l'histoire de tous les gens qui vécurent dans ce village depuis son origine ?  Comment connaître le passé de cette commune dont témoignent encore aujourd'hui son paysage, ses monuments, et ses lieux-dits ?  Pour les XIX ième et XX ième siècles on peut recourir aux documents conservés à la Mairie, et aux souvenirs, souvent irremplaçables, mais parfois érronés. Pour les temps plus reculés, il faut rechercher les vestiges abandonnés sur le sol de SaintSauveur par les époques antérieures, et interroger les textes conservés à la Direction des Archives de la Charente-Maritime, à La Rochelle.
 

Déjà, quelques moment privilégiés de l'histoire de notre village ont été arrachés à l'oubli du passé. Ce sont certains d'entre eux que nous portons aujourd'hui à votre connaissance. Mais que personne ne s'y trompe :  la tâche est loin d'être achevée !


 



 
 
 

Quand  Saint-Sauveur  s'appelait  Ligoure...
 

A l'époque où les Romains envahissent la Gaule, notre région appartient au pays des Santons qui donnèrent son nom à la Saintonge. La masse de terre allongée (65m x 10m) située en haut de la butte du Moindreau, à gauche de la route conduisant à Saint-Jean, est peut-être un vestige de cette civilisation santonne, en l'occurence un Tumulus signalant une frontière, recouvrant des tombes, ou honorant une quelconque divinité. Si c'est un tumulus funéraire, il ne faudrait surtout pas s'attendre à y trouver un trésor. Tout au plus des fouilles révèleraient-elles des ossements, de la céramique, et quelques armes et objets qui avaient coutume d'accompagner les morts dans leur dernière demeure.
 

Pour des raisons stratégiques et économiques, les Romains développent les voies de communication à travers les pays gaulois. D'après les vestiges de la voie romaine reliant Saintes à Nantes (une des six grandes voies qui desservaient Saintes, la capitale de la province) on peut penser qu'elle traversait le territoire actuel de notre commune, pour aller du Gue à Thaire. De nos jours, la route qui relie la Gare aux "Quatre Routes" porte le nom de "Chemin de Saintes". Peut-être est-elle située à l'emplacement de l'ancienne voie romaine ?
 

Dans la première moitié du XX ième siècle, un habitant de Saint-Sauveur, M. Rault a découvert dans des carrières de sable creusées en bas de la bute du Moindreau des ossements et divers objets gallo-romains :  deux très belles cruches, un bol, deux assiettes en céramique grise et rose, un élément d'armure (aujourd'hui disparu) et une monnaie d'or à l'effigie de l'Empereur Alexandre Sévère qui a régné sur le monde romain de 222 à 235 après Jésus-Christ. Ces objets témoignent de l'existence de tombes gallo-romaines sur le territoire de notre commune où passait une voie de communication importante. Peut-être ces tombes se trouvaient-elles à proximité d'une de ces étapes qui jalonnaient les voies romaines, et qui, souvent, devenaient le centre d'une petite agglomération ?
 

Une cruche découverte, il y a quelques années, auprès du domicile de M. et Mme R. Drapeaud  constitue un indice supplémentaire de l'ancienneté de notre commune. Cette cruche, blanchâtre et unie, était déposée à la tête d'un squelette situé dans une fosse creusée à même le sol. une pierre plate était posée au-dessus de cette fosse, au niveau de la tête. Cette fosse semble appartenir à un ensemble funéraire plus vaste, identifié grâce à de nombreux ossements retrouvés lors de travaux de terrassement entre le domicile déjà cité, et les bâtiments de l'Étrier Aunissien. Après avoir examiné plusieurs photographies de cette cruche, un spécialiste de l'Université de Besançon pense qu'elle date du VIII ième siècle après Jésus-Christ, peut-être déjà du VII ième siècle. Le rite funéraire plaiderait aussi en faveur de cette datation. La découverte de cette cruche rend plausible l'hypothèse d'un habitat très antérieur  à la donation de 979, hypothèse déjà étayée par les vestiges gallo-romains de la butte du Moindreau.
 
 

     L'acte de donation représente la première preuve écrite de l'ancienneté de Saint-Sauveur d'Aunis. Parmi les biens concédés par le Comte de Poitiers à l'Abbaye de Nouaillé, figurent, "dans le domaine appelé Ligoure, avec l'église érigée en l'honneur du Sauveur Jésus-Christ, les terres, les prés, les bois et la forêt appelée Corneto". Grâce à ce document, on sait qu'au  X ième siècle, existait sur le territoire de notre commune une agglomération (d'origine gallo-romaine ou carolingienne) rassemblée autour d'une église. Une grande partie du terroir était encore boisé, et la forêt de Corneto (dont il reste sans doute quelques lambeaux sur les champs qui nous entourent) appartenait à la grande forêt d'Argenson réduite de nos jours à la forêt de Benon.  Comme tout le pays d'Aunis, Ligoure appartenait à Guillaume fier à bras, Comte de Poitiers et Duc D'Aquitaine, un de ces puissants seigneurs qui, devant l'affaiblissement du pouvoir royal, se conduisaient comme de véritables souverains locaux.


 
 



 
 

Carte de la région
 


Click sur l'image pour voir le vidéo !



 

Champs de tournesols tout autour des villages
 



 
 

La  donation  de  Ligoure  à  l'Abbaye  de  Nouaillé
 

     A la fin du X ième siècle, et à l'approche de l'an Mille, nos ancêtres vivent dans la peur. Ils craignent, sinon la fin du monde, du moins de grandes calamités accompagnant les tentatives de Satan pour reconquérir la Terre d'où le Christ l'a chassé mille ans plus tôt. Les guerres, les famines, les épidémies (normales dans une économie primitive où l'homme se bat contre une nature hostile) entretiennent présente l'image de la mort, et sont interprétées comme la preuve du dérèglement général de l'univers et des progrès des forces du mal sur la Terre.  L'insécurité matérielle suscite l'insécurité au centre de la conscience collective. Chacun songe à sa mort, au jugement dernier, à son salut éternel.
 

     Le puissant Comte de Poitiers n'échappe pas à la règle ainsi qu'en témoigne le document qu'il fait rédiger en l'an 979, et qui est actuellement déposé aux Archives Départementales de la Vienne.
 

"Des calamités de plus en plus fréquentes nous apportent la preuve de la fin prochaine du monde. Or à notre époque, tout homme s'abandonne à sa fantaisie, alors qu'il lui conviendrait de disposer de ses biens de façon à mériter plus tard la vie éternelle. Et c'est ainsi que moi, Guillaume, au nom de Dieu, Comte de Poitiers et Duc d'Aquitaine, j'ai conclu de mes réflexions sur la crainte de Dieu et sur le salut éternel, qu'aux justes est attribuée la récompense, aux méchants la damnation, et surtout que ceux-là recoivent la vie éternelle qui font bon usage de leurs biens personnels. Et je souhaite du fond du coeur que la miséricorde du Seigneur, au dernier jour du grand jugement, daigne m'accorder son pardon".
 

Que va faire le Comte de Poitiers pour obtenir ce pardon divin ?  Solliciter l'aide de deux saints : Saint-Hilaire (évêque de Poitiers au IV ième siècle) et Saint-Junien (moine poitevin du VI ième siècle) en donnant des biens à une abbaye construite en leur honneur. Les saints reçoivent ces aumônes à travers le clergé qui entretient leurs sanctuaires. On considère que ces donations assurent le salut, car elles créent un lien entre donataires et donateurs, et assurent au seconds les faveurs des premiers. 
 

Ligoure, son église, ses terres et sa forêt appartiennent désormais à l'abbaye de Nouaillé (Canton de Villedieu-Vienne) fondée au VII ième siècle selon la règle de Saint-Benoit. C'est une chance pour un petit village comme Saint-Sauveur de posséder une référence historique aussi ancienne. La Charte de donation, écrite sur parchemin, sera conservée avec soin dans les archives de l'abbaye car elle prouve sa propriété.


 



 
 

Acte de donation du village de Ligoure 
(nom primitif de Saint?Sauveur)
à l'Abbaye de Nuaillé en Poitou, par 
Guillaume, Comte du Poitou, Duc d'Aquitaine 
en janvier 979
___________ 

Des calamités de plus en plus fréquentes nous apportent dès maintenant la preuve certaine de la fin prochaine du monde. Or, à notre époque, tout homme s'abandonne à sa fantaisie, alors qu'il lui conviendrait de disposer de ses biens de façon à mériter  plus tard la vie éternelle.  Et c'est ainsi que moi, Guillaume, au nom de Dieu, Comte de la Cité de POITIERS et duc d'AQUITAINE j'ai conclu de mes réflexions sur la crainte de Dieu et sur la rétribution éternelle, qu'aux justes est attribuée la récompense, aux méchants la damnation et surtout que ceux-là reçoivent la vie éternelle qui font bon usage de leurs biens personnels.  Et je souhaite du fond du coeur que la miséricorde du Seigneur, au dernier jour du grand jugement daigne m'accorder son pardon. 

C'est pourquoi (je donne) mon alleu seigneurial situé dans le pays d'Aunis, dans le village appelé LIGOURE, avec l'église érigée en l'honneur du Sauveur, Jésus Christ, notre Seigneur, les terres, les prés, les bois et la forêt appelée Corneto; et je donne ailleurs, dans le village appelé RIOUX, l'église consacrée à Sainte Marie, Mère de Dieu, Vierge, et deux moulins dans ce même village, et dans un autre lieu dans le village de VOUHE, deux moulins. 

Et l'alleu est ainsi circonscrit : de face et sur un côté par le domaine de BURCLACO jusqu'à la route du roi, puis par cette route du roi le long des "planches" appelées Alerias jusqu'aux marais nommés BOUHET et le village de RIOUX avec la forêt, et ainsi se trouve divisée la terre de Dothoealdo jusqu'au lieu appelé Aedorus.  Sur un troisième côté, il est limité à travers les marais jusqu'aux maisons Raynaldo. 

Tous ces biens susnommés, je les accorde et les donne irrévocablement à la fois pour le salut de mon âme et celui de mon père et  de ma mère à la congrégation du monastère de la Sainte Mère de Dieu, Marie, toujours vierge, construit en l'honneur du bienheureux Hylaire et de Saint-Junien, confesseurs du Christ, et que dirige on le sait, le seigneur Foulques, abbé, sous le gouvernement duquel les moines apprennent à servir Dieu. Et par cette lettre de cession, je vous délègue mon autorité afin que vous ayez tout pouvoir sur ces biens sans que personne y puisse trouver à redire. 

Et celà, il nous a plus, à moi, à mon fils Guillaume ainsi qu'à mon épouse, dame Emma, de l'indiquer de façon que si quelqu'un cherchait à annuler cette donation par quelque calomnie, s'il ne n'en corrige pas et continue d'être de mauvaise foi, qu'il subisse en premier lieu la colère du Dieu tout puissant, et qu'il soit éloigné de la Bienheureuse Vierge Marie et de Saint Pierre, Chef des Apôtres et de tous les Apôtres de Saint Étienne et du Choeur des Martyrs et aussi des bienheureux Confesseurs Hilaire pontife et Junien, notre vénérable seigneur, qu'il soit écarté de tous les Saints de Dieu et de la Communauté des Anges, qu'il soit précipité dans le feu de la Géhenne, et reste longtemps crucifié dans les flammes avec Dathan Chore et Abiron que la terre à angloutis vivants. Pour finir que le démon garda son âme dans les prisons de l'enfer en compagnie des esprits immondes et qu'il demeure sans fin avec eux dans les ténèbres et l'ombre de la mort. 

Puisse cette cession par lettre, Dieu aidant, durer à tout jamais avec les précisions qu'elle comporte. 

Au bas du document sont apposées les signatures des donateurs, des destinataires et des témoins : 

GUILLAUME, Comte, son fils GUILLAUME et son épouse EMMA, qui ont fait cette donation : KADELON, vicomte d'AULNAY 
MEDERIC, vicomte de CHATELLERAULT, AIMERI, vicomte de THOUARS, GISLEBERT, Abbé; KADELON et RADULFE, vicaires 
BOSON fils d'ADRALD, vicomte, SIMON, GÉRALD, INGELBALD, ADRALD, ACCARD, INGELIN, UCBERT, AUCHER, HUGUES, GAUZLIN, GAUTIER 
BERNEFRED, THIBAUD, FOULQUES, RODERIC, FOULQUES, GUILLAUME, FROTIER, MAYNARD, vicomte, GOMBAUD son fils, LAMBERT, prévot, 
ARMAND, ARCHAIMBAUD, prévot, GILBERT, prévot, ADABRAD, GERARD, prévot, ABIATE, vicaire, RAYNAUD, doyen de ST-HILAIRE, BENOIT 
ARMAND, GAUZBERT 
 

Puis figure la mention suivante : 
 

Donné au mois de Janvier, la seconde année du Roi ROBERT.   THIBAUD, moine, a écrit 


 


Cet évènement est un bon témoignage des "peurs" de l'an mille. Dans la société de la fin X ième siècle au cours duquel les conditions matérielles de la vie deviennet plus difficiles. Le chrétien cherche dans la religion un refuge et un remède. Le sentiment de l'omnisprésence du mal est vécu comme le châtiment des pêchés et remet en cause l'espoir dans le salut éternel. la crainte de la mort et l'obsession du salut font la fortune des ordres religieux qui, dans leurs monatères dédiés à des saints, à des apôtres ou à la Vierge, apparaissent comme des intercesseurs privilégiés en faveur de l'humanité. L'église tire ainsi profit de cette situation qu'elle entretient d'ailleurs par des prédications alarmantes sur la proximité de la fin du monde (annoncée entre autre dans le chapitre XX de l'Apocalypse).
 

En donnant Ligoure à l'Abbaye de Nouaillé, le Comte de Poitiers cherche à négocier son salut éternel. L'Histoire ne nous dit pas s'il a réussi... mais elle montre que cette donation détermine le sort de ce village et de ses habitants pour les siècles à venir, car de Ligoure, va bientôt sortir le Prieuré de SAINT-SAUVEUR EN AULNIS.


 
 



 
 

La  fondation  du  Prieuré  de  Saint-Sauveur  En  Aulnis
 
 

Pour exploiter le domaine, encadrer la population, et affirmer leur propriété, les moines de Nouaillé fondent un prieuré à Ligoure. Son titulaire devient seigneur du village. En l'an 996, une donation faite à ce petit monastère nous apprend qu'il s'appelle SAINT-SAUVEUR DE LIGOURE. En 1077, un prêtre donne à l'Abbaye de Nouaillé. les vignes, le pré et le cellier qu'il possède dans le village de Saint-Sauveur. A une époque où la première croisade et la prise de Jérusalem exaltent la personne du Christ, on constate que le vocable Saint-Sauveur devient prédominant. Il a en outre l'avantage de symboliser la protection accordée à l'agglomération par le saint patron de l'église. Le deuxième terme, Ligoure, empreint de paganisme, tombe progessivement en désuétue et disparaît à l'usage.
 

Par la suite, pour préciser la dénomination de notre village, on lui donne une spécificité géographique en se référant à la province environnante :  L'Aunis. En 1118, parmi les possessions de l'Abbaye de Nouaillé placées sous la protection du Saint Siège par une bulle du pape Célase II, figurent "Saint-Sauveur en Aunis avec le domaine et l'église de Rioux". En 1275, un contrat de location de terres mentionne à deux reprises le prieuré de "Saint-Sauveur d'Aunis". En 1294, le frère Hélie, prieur du "Prieuré de Saint-Sauveur en Aunis" est témoin d'un accord passé entre l'Abbaye de Nouaillé et le seigneur de Lusignan.


 
 



 
 

Comment  notre  village  a-t-il  perdu  puis  retrouvé  son  nom  originel ?
 

L'étude de tous ces textes anciens qui nous sont parvenus prouve que notre village s'est appelé Saint-Sauveur d'Aunis (ou en Aunis) quelque temps après la création du monastère. Pourquoi, au début du XX ième siècle, s'appelait-il Saint-Sauveur de Nuaillé comme s'en souviennent encore plusieurs de ses habitants ?
Plusieurs causes interfèrent pour expliquer ce phénomène :
 

- Le hasard :

À côté de Saint-Sauveur, apparaît puis se développe autour de son château le bourg de Nuaillé. Un document de 1041 mentionne l'existence de cette seigneurie.
 

- Le désir d'une localisation géographique plus précise :

Notre village n'est pas le seul à s'appeler Saint-Sauveur dans la province d'Aunis, et les provinces limitrophes. On éprouve le besoin de préciser sa localisation en se référant à l'importante seigneurie voisine :  Nuaillé. En 1254, un contrat de location de terres parle de "Saint-Sauveur près de Nuaillé".
 

- L'affirmation de l'autorité de l'Abbaye de Nouaillé :

Le monastère de Saint-Sauveur et ses habitants dépendent de l'Abbaye de Nouaillé en Poitou. Dès le XV ième siècle (et peut-être avant) apparaît l'expression "Saint-Sauveur de Nouaillé", qui concrétise dans le langage le pouvoir des moines poitevins.
 

- La confusion entre Nouaillé en Poitou, et Nuaillé d'Aunis.

Jusque vers 1850, le nom exact du village n'est pas encore fixé. Selon les textes, on trouve Saint-Sauveur de Nouaillé, de Noaillé, de Nuaillé. En 1667, le registre paroissial mentionne un mariage célébré dans la paroisse de Saint-Sauveur de Nouaillé. Mais en 1685, l'évêque de La Rochelle ordonne une enquête sur les moeurs et la conduite du curé de Saint-Sauveur de Nuaillé.  En 1720, une dispute oppose le prieur de Saint-Sauveur de Noaillé au Seigneur de Nuaillé à propos des droits seigneuriaux à percevoir dans le village. Mais en 1751, un document possédé actuellement par M. et Mme H. Huguet, nous apprend que M. Doutet est fermier de la terre et Seigneurie de Saint-Sauveur de Nuaillé. Au début de la Révolution, en 1789, le texte des plaintes de nos ancêtres porte le titre de "Cahier de Doléances de Saint-Sauveur de Nouaillé", mais en 1791, ce sont les mêmes personnes qui font une requête pour que Saint-Sauveur de Nuaillé devienne chef-lieu du canton.
 

Les archives municipales montrent que le nom "Saint-Sauveur de Nuaillé" s'impose dans le courant du XIX ième siècle (on trouve pourtant en 1861, l'adjudication de l'aménagement de la place de l'église de Saint-Sauveur de Nuaillé). La Révolution Française a supprimé la dépendance économique et juridique imposée à nos ancêtres par l'Abbaye poitevine. Le monastère, déjà fermé depuis longtemps, a été vendu. on en vient à oublier son origine, ou plus exactement à confondre Abbaye de Nouaillé et village de Nuaillé. En 1839, la "Statistique Gauthier", réalisée à la demande de la Préfecture, écrit que notre village dépendait autrefois de l'Abbaye de "Nuaillé", ce qui est totalement faux.
 

En 1937, Le Conseil Municipal, "considérant que le nom de la commune cause de nombreuses méprises et de nombreuses erreurs dans la correspondance par l'homonymie avec une commune limitrophe du nom de Nuaillé, émet le voeu que le nom de la commune soit changé en celui de Saint-Sauveur d'Aunis". Ce voeu est exaucé par un décret du 21 novembre 1937, publié au Journal Officiel du 2 décembre 1937, et annoncé au Conseil municipal le 26 novembre 1937. Mais les conseillers municipaux et les habitants de l'époque ignoraient qu'il ne s'agissait pas, en fait, d'un véritable changement. En redonnant à notre village le nom de SAINT-SAUVEUR D'AUNIS, les autorités ne faisaient que lui rendre son nom originel, que seules la dépendance à l'égard de l'Abbaye poitevine de Nouaillé, et la proximité d'un village de nom voisin :  Nuaillé lui avaient fait perdre au cours des siècles passés.


 



 
 

L'église  romane  de  Saint-Sauveur  d'Aunis.
 

Aux XI ième et XII ième siècle, une église construite en style roman remplace la première jugée trop modeste. Cet édifice témoigne de la richesse de l'ancien prieuré et de l'Abbaye de Nouaillé. Les donations, mais surtout les rentes prélevées sur le travail des paysans qui devaient des redevances aux religieux, seigneurs du village, ont assuré le financement de l'entreprise. L'église de notre village reste à tout jamais le symbole du labeur de nos ancêtres, l'expression du travail de la communauté. A ce titre, elle appartien à toute la collectivité.
 

A l'aide de cette église, on peut essayer de comprendre quelques caractéristiques de l'art roman. Entrons dans la nef, faisons quelques pas dans l'allée centrale, et levons les yeux. Le plafond s'appelle ici la voûte. Il existe plusieurs types de voûtes. Au dessus de la tribune, la voûte dessine un demi-cercle parfait (voir croquis I ci-dessous). On retrouve ce demi-cercle dans les deux bas-côtés, toujours au dessus de la tribune. Avançons dans l'allée centrale jusqu'à la limite des bancs. Au dessus de notre tête, la voûte ne dessine plus un demi-cercle parfait, on dit que c'est une voûte brisée (voir croquis 2). Passons maintenant dans le bas-côté droit (à votre droite quand vous entrez dans l'église) et avançons jusqu'au milieu de l'allée. On voit que la voûte est plus basse, et qu'elle est soutenue par 2 rangées de pierres, deux arcs qui se croisent, et qui constituent une ébauche de ce qu'on appelle des ogives (voir croquis 3).


 
 
 
 
 

 
 
 
Ces différents exemples montrent que la construction, réalisée en plusieurs étapes, a bénéficié de l'apparition de nouvelles techniques. ils permettent en outre de comprendre le problème essentiel rencontré par les constructeurs romans. Le matériau utilisé est la pierre de taille appareillée. Les pierres, taillées régulièrement, alignées, ajustées, superposées, remplacent les matériaux de formes diverses noyés dans un ciment que l'on utilisait dans les constructions précédentes. Elles contribuent à l'harmonie de l'édifice, mais, en raison de leur poids, la voûte a tendance à s'affaisser. Les risques d'effondrement sont une des contraites qui déterminent la taille de l'église, son plan, et son éclairage.

Plusieurs dispositifs permettent à l'architecte de prévenir l'effondrement.
 

1)  La structure de la voûte :

Dans la voûte en demi-cercle parfait, la tendance à l'effondrement est nette. De plus, les poussées obliques s'exercent d'une manière diffuse sur tout le mur. La voûte brisée représente déjà une amélioration :  les deux moitiés de l'arc s'équilibrent mutuellement. Mais c'est la voûte d'ogives qui constitue le progrès essentiel. les nervures de pierres renforcent et soutiennent la voûte. Elles canalisent les poussées selon des lignes vers les piliers. Les ogives de notre église sont encore primitives, lourdes, massives. Dans l'art GOTHIQUE (qui succède à l'art ROMAN), avec les progrès de la construction, les ogives constituent une armature dont il suffit de remplir les intervalles pour couvrir l'édifice. Par l'intermédiaire de ces ogives, la voûte ne repose plus que sur des piliers. La fonction de support du mur diminue  :   on peut le hausser, et y percer de larges fenêtres...  mais ceci est une autre histoire qui intéresse les grandes cathédrales gothiques :  Notre-Dame de Paris, Chartres, Reims ... et non notre petite église romane.
 
 

2)  des arcs de soutien :

A intervalles réguliers, des arcs de pierre perpendiculaires à l'allée centrale ou aux allées latérales soutiennent la voûte. Ils reposent sur des colonnes engagées dans les piliers.
 

3)  de robustes piliers :

Pour supporter les voûtes et leurs arcs de soutien, l'art roman utilise de robustes piliers dont on voit de bons exemples à gauche et à droite de l'allée centrale.
 

4)  des murs résistants, renforcés par des contreforts :

Malgré la présence des piliers, une grande partie des poussées exercées par les voûtes de pierres parvient jusqu'aux murs de l'édifice. Pour combattre ces poussées, les constructeurs ont élevé des murs épais, résistants, percés de fenêtres relativement étroites (à la différence des églises gothiques où les murs sont ajourés de vastes baies). A l'extérieur, de larges contreforts retiennent le mur et renforcent l'équilibre général de l'édifice (on les voit très bien dans la rue qui longe l'église sur sa droite).
 

Notre église a été initialement fortifiée, mais des réparations ultérieures ont fait disparaître le système de fortifications. Quand on regarde le choeur de l'extérieur, depuis la route qui conduit à la salle des fêtes, on voit nettement une différence dans la construction du mur. Jusqu'à un certain niveau, il est formé de grosses pierres bien taillées. Au dessus, un mur en blocage remplace l'ancien chemin de ronde et les fortifications.
 

L'arrière de l'église est la seule partie extérieure de l'édifice où subsistent quelques éléments de décoration, réduits à quatre colonnes et aux arcs des fenêtres. La façade et le portail sans ornements sont des aménagements postérieurs au Moyen-Äge. Ce chef d'oeuvre de mauvais goût serait dû à un curé qui, pour une raison encore mal éclaircie, a cru devoir faire masquer par un mur en applique la façade primitive. Il serait assez facile de vérifier le fait en enlevant une ou deux pierres de la façace extérieur.



 
 

Les  chapiteaux  de  l'église  de  Saint-Sauveur
 

Sur les chapiteaux des colonnes qui soutiennent la voûte, se retrouvent quelques uns des thèmes caractéristiques du décor roman :  fleurs et animaux stylisés (influences antiques et orientales), animaux affrontés, ou soudés, avec un corps ou une tête unique (influences turco-mongoles, scythes, parvenus en Europe grâce aux invasions du début du Moyen-Âge), allégories savantes, scènes de la vie des métiers et de la vie quotidienne, scènes religieuses destinées à l'instruction des fidèles.
 

R. Crozet, spécialiste de l'art roman poitevin, remarque plus particulièrement les chapiteaux du pilier qui se trouve à droite de l'allée centrale avant d'arriver au choeur. L'un d'entre eux présente deux personnages curieux encadrant une tête de monstre barbu ;  d'un côté, l'homme tire une langue qu'il élargit de ses deux mains, à moins qu'il ne porte à sa bouche une espèce de gâteau qu'il mange avec avidité, tandis que l'autre personnage, au fait d'un exercice de saut, les jambes en position de grand écart se tient les deux mêches de la chevelure dressée, à moins qu'il ne bradisse deux massues... L'autre chapiteau, situé du côté de la grande allée, présente trois bêtes monstrueuses sculptées dans la pierre. A gauche, un animal quadrupède entoure de sa queue le cou d'un autre animal, représenté au milieu de la scène, le corps recouvert d'écailles. La queue de ce dernier semble soutenir un panier, où un chien, assis parmi des arbres plonge la patte. On peut aussi interpréter ce "panier" comme un cadenas enchaînant les deux bêtes l'une à l'autre.
 

Au dessu de la sculpture, une inscription commente la scène représentée :  "PREBVIT  EXEMPLUM CUM :  FIT  DIABOLICE TEMP (VS ?)"  (traduction :  ELLE (la bête) servira d'exemple lorsqu'arrivera le temps du diable). Selon des recherches entreprises par l'Université de Poitiers, le texte de cette inscription fait penser au chapitres XII et XIII de l'APOCALYPSE, le dernier livre du NOUVEAU TESTAMENT. Le temps du diable auquel il est fait allusion correspondrait au règne momentané du dragon sur la terre. En sa compagnie, deux autres bêtes, l'une venue de la mer, la seconde de la terre, tenteront de séduire et d'égarer les hommes. A ces bêtes, seront donnés le pouvoir et la force de guerroyer contre les saints et même de les vaincre momentanément. Tous les habitants de la terre se prosterneront devant elles. L'étude de la forme des lettres permet aux spécialistes d'attribuer cette inscription à la deuxième moitié du XI ième siècle (entre les années 1050 et 1100).
 

Tous ces chapiteaux montrent comment se faisait l'éducation des fidèles à une époque où les gens ne savaient pas lire. Pour enseigner aux croyants les préceptes des écritures saintes, pour les convaincre du combat engagé par les forces du mal (souvent représentées par des animaux monstrueux) contre les forces du bien, et pour les persuader d'obéir à l'église et à ses commandements, le clergé utilisait, entre autres, les sculptures des églises. A Saint-Sauveur comme ailleurs, l'église est bien un "catéchisme de pierre".


 



 
 

Quelques  épisodes  de  la  vie  de  Saint-Sauveur,
 du  Moyen-âge  à  La  Révolution
 
 

L'histoire du prieuré, et par conséquent de notre village, est mal connue jusqu'au XVIII ième siècle. Pour le moment, nous devons nous contenter de quelques informations poctuelles glanées au hasard de nos découvertes. Fondé grâce aux dons d'un puissant seigneur soucieux de son salut, le prieuré de Saint-Sauveur va aussi bénéficier d'autres donations effectuées par des fidèles à l'approche de l'an mil. En 996, un seigneur d'Aunis, Raynus, donne au monastère des terres dans l'île d'Alons, et les droits de dîme (le dixième de la récolte que doit payer l'exploitant) qu'il y perçoit. En 1118, une bulle du pape Célase II place toutes les possessions de l'Abbaye de Nouaillé sous la protection du Saint-Siège. Parmi ces possessions, figurent :  "le monastère de Saint-Sauveur en Aunis, avec le domaine et l'église de Rioux, avec les moulins, les salines, les près, les terres et leurs autres dépendances". Il semblerait donc qu'à cette époque, Rioux soit rattaché à Saint-Sauveur. Ce document nous informe aussi sur les activités économiques du village :  la culture de céréales (qui nécessitent la présence de moulins vraisemblablement à eau) et la production de sel marin (la côte n'occupe pas le tracé actuel, elle est beaucoup plus proche de notre village). Il faut ajouter à ces deux activités la culture de la vigne, car un acte de 1077 nous apprend qu'un prêtre, Girbert, donne à l'Abbaye de Nouaillé les vignes et le cellier qu'il possède à Saint-Sauveur.
 

Dans les années 1340, alors que commence la guerre de cent ans, l'église de Saint-Sauveur est fortifiée pour protéger la population contre les incursions des soldats et des pillards. Tout au long du conflit, les troupes anglaises et françaises traversent et occupent plusieurs fois le village à l'occasion des attaques contre les châteaux de Nuaillé et Benon qui changent de mains selon le hasard des batailles.
 

En 1466, à l'occasion d'une rebellion d'une partie du Poitou contre le roi de France, le seigneur de Mirambeau, Olivier Harpedenne, allié au sénéchal du Poitou, emprisonne le prieur de Saint-Sauveur et ne le libère qu'en échange d'une rançon.
 

A partir des années 1550, l'Aunis, gagnée au protestantisme, est dévastée par les guerres de religion qui n'épargnent pas notre village. Au XVII ième siècle, le cardinal de Richelieu décide d'en finir avec les protestants : en 1628, l'armée catholique et royale vien assièger la place forte de La Rochelle. Pendant tout le siège, Saint-Sauveur et les villages voisins servent de base de ravitaillement à l'armée royale. Après la chute de La Rochelle, les protestants ne jouent plus aucun rôle politique. Mais ils restent nombreux dans certaines régions, et notamment en poitou. Vers 1680, des soldats logés dans les familles protestantes y maltraitent les gens jusqu'à ce qu'ils renient leur foi. Pour se soustraire à ces "dragonnades", les prostestant abjurent en masse avant que la révocation de l'Édit de Nantes, en 1685, interdise l'exercice de leur culte et ordonne la démolition de leurs temples. A la fin du XVII ième siècle, il n'y a plus officiellement un seul protestant à Saint-Sauveur. Victimes des persécutions, ils se cachent, se sont convertis, ou bien se sont enfuis.
 

Durant toute cette période, notre village dépend toujours de l'Abbaye de Nouaillé en Poitou. Seigneur du village, le titulaire du prieuré est le premier habitant de la communauté. C'est lui qui possède la plus grande partie du terroir :  les fiefs des Houmeaux, de la Graisle Voye, des Berthiolles, des Fallottes, des Fragnées, et le bois dit du Prieur. C'est en son nom que le juge de la seigneurie règle les conflits qui surviennent entre nos ancêtres. C'est à son régisseur que les paysans acquittent les redevances seigneuriales auxquelles ils sont soumis. Une modification importante survient toutefois à une époque indéterminée :  les moines quittent le monastère. Désormais, le prieuré de Saint-Sauveur D'Aunis n'est plus qu'une structure d'exploitation économique, un "bénéfice" concédé à un membre du clergé étranger à la paroisse. L'encadrement spirituel de la population n'étant même plus assuré, le prieuré n'a plus qu'une seule raison d'être :  prélever une partie du revenu paysan au profit du clergé.
 

Dans les années 1730, le prieuré de Saint-Sauveur appartient à Dom Pierre Barlange résidant à l'Abbaye de Saint-Thibéry (Hérault) dont il est aussi prieur. Autant dire qu'il ne vient pas une seule fois dans notre village, et qu'il se contente d'encaisser ses droits par l'intermédiaire d'un régisseur ou d'un fermier. A la veille de la Révolution de 1789, l'ensemble Prieuré-Seigneurie de Saint-Sauveur est la propriété de Dom Ignace-François Piot, prieur d'une abbaye normande dans laquelle il réside. Le revenu du prieuré (production des terres cultivées et droits seigneuriaux payés par les paysans) est estimé à 4 500 livres par an (à la même époque, le "salaire moyen" d'un ouvrier non qualifié employé aux travaux des routes est approximativement de 40 livres par mois). Un riche notable, M. Boutet, est le fermier des droits seigneuriaux sur les récoltes. Contre 2 700 livres versés annuellement au prieur, il prélève pour son compte les redevances dues par les paysans sur la production de leurs terres. Et quand ces redevances sont aquittées, les habitants de Saint-Sauveur, comme tous les membres du Tiers État, doivent encore payer les  impôts royaux dont sont presque totalement exemptés la noblesse et le clergé. Aux intempéries et à l'archaïsme des techniques, s'ajoutent, pour expliquer les conditions de vie misérable de nos ancêtres, cette exploitation dont ils sont victimes au profit des seigneurs, du clergé et du roi.


 



 
 

Les  droits  seigneuriaux  à  Saint-Sauveur  au  XVIII ième  siècle
 

Jusqu'à la Révolution, à Saint-Sauveur comme dans la plupart des paroisses d'Aunis et de Saintonge, la seigneurie demeure le cadre essentiel, économique et institutionnel, de l'exploitation du terroir et de l'existence villageoise. Les paysans n'ont qu'une propriété imparfaite et incomplète de leurs domaines. le seigneur du lieu conserve en effet la propriété "éminente" de toutes les terres de sa seigneurie. A ce titre, il perçoit des redevances (qui ne doivent pas être ferme) et impose des obligations aux tenanciers. Une même seigneuries peut s'étendre sur plusieurs  paroisses. Inversement, plusieurs seigneuries peuvent se "partager" la même paroisse. C'est ce qui se produit dans notre village, où certaines parties du terroir, et même du gourg, relèvent non pas de la seigneurie du prieuré, mais de seigneuries voisines, laïques ou religieuses.
 

Le titulaire du prieuré reste néanmoins le plus important seigneur du village. Comme écclésiastique, il perçoit la dîme, c'est à dire approximativement la dixième partie de toutes les productions. Comme seigneur, il prélève ensuite la sixième partie de ce qui reste sur les récoltes des paysans dont les terres sont situées dans sa seigneurie. Ces paysans veulent-ils vendre un camp ou une maison qui leur appartiennent ?  Ils doivent verser au seigneur la douzième partie du prix de la vente. Veulent-il moudre leurs grans ?  Cuire leur pain ?  Ils sont obligés d'utiliser le moulin ou le four du seigneur, et d'acquiter en échange une nouvelle redevance. Veulent-ils vendre quleques oeufs, des légumes, une bête, à l'occasion des foires organisées dans le village ?  Ils doivent encore payer au seigneur un droit de "plaçage et d'étalage". Veulent-ils pêcher dans la rivière qui traverse le bourg ?  Chasser dans les terres environnantes pour détruire le gibier qui dévaste les récoltes et améliorer leur régime alimentaire ?  Ils se heurtent à l'interdiction du seigneur qui se réserve le monopole de la pêche et de la chasse. Pour défendre ses droits et ses prérogatives, le seigneur dispose d'un pouvoir judiciaire qu'il exerce par l'intermédiaire d'un juge. Ainsi peut-il aisément faire condamner à une amende tout paysan récalcitrant qui refuse de payer les redevances, ou d'obéir aux règlements.
 

A des degrés divers, les deux autres seigneurs qui se partagent notre village possèdent tout ou partie de ces droits et privilèges. Le Baron de Nuaillé prélève une partie des récoltes dans les fiefs de la Poupillère et de La Raguenaudière, et un droit annuel sur certaines des maisons du bourg. Il possède aussi un four que des habitants sont contraints d'utiliser contre rétribution. Il se réserve le monopole de la chasse et de la pêche sur une partie du terroir, et prélève des droits à l'occasion de chacune des foires qui se tiennent à Saint-Sauveur. Un poteau, planté avec un écusson sur la place de l'église, symbolise d'ailleurs le pouvoir exercé par le seigneur de nuaillé sur une partie de la paroisse de Saint-Sauveur. Le troisième seigneur, l'abbé de La Grace-Dieu, exerce ses droits sur les terres et les tenanciers des fiefs des Loges, du Treuil Du Rivage, et de Plaimpoint. A la veille de la Révolution, rien de ce qui croît, vit et respire sur le sol de notre village n'échappe à l'emprise des seigneurs.
 

"Vue de près, on lui aurait donné soixante ou soixante dix ans tant sa taille était courbée, et son visage ridé et durci par le travail :  mais elle me dit qu'elle n'en avait que vingt huit...  Elle dit que son mari n'avait qu'un morceau de terre, une vache et un pauvre petit cheval, et que cependant ils avaient à payer à un seigneur une rente de 42 livres de blé et trois poulets, et à un autre, 108 livres d'avoine, un poulet et un sou, sans compter de lourdes tailles (impôts du roi) et d'autres impôts...  On dit qu'à présent quelque chose va être fait par de grands personnages, pour nous, pauvres gens, mais elle ne savait pas qui, ni comment; mais que Dieu nous envoie quelque chose de meilleur, car les tailles et les droits nous écrasent".


 



 
 
 

La  Révolution  a Saint-Sauveur d'Aunis
 

En fait, ce "quelque chose de meilleur" auquel aspire cette paysanne rémoise, et avec elle des millions de paysans français, allait venir non d'en haut, mais des principaux intéressés eux-mêmes. Durant le printemps 1789, des élections se déroulent dans le royaume pour désigner des députés aux États Généraux, convoqués par le roi pour trouver une solution aux difficultés financières de la monarchie. Partout, les sujets de Louis XVI s'assemblent pour choisir des députés et rédiger leurs cahiers de doléances. À Saint-Sauveur, les habitants se réunissent le 1er mars 1789. Ils désignent Pierre Rousseau, Pierre Moynard, Pierre Jarisson et Pierre Robelin pour représenter la paroisse à l'Assemblée de district qui fera la synthèse des cahiers de doléances. Dans leur cahier, nos ancêtres réclament la réunion régulière des États Généraux et la constitution d'une asseblée d'État  provinciaux propre à l'Aunis, ou à la rigueur rattachée au Poitou, mais pas à la Saintonge. Ils rappellent que les pensions et gratifications accordées au nobles "réduisent le peuple à la misère la plus cruelle", et demandent que la noblesse et le clergé ne soit plus dispensés de payer les impôts. Ils réclament aussi la supression des droits de douane intérieure qui gênent le commerce entre les provinces. Aucune allusion n'est faite aux droits exigés par les seigneurs...  La clé de l'énigme réside dans les conditions de  rédaction du cahier de doléances. Le président de l'Assemblée représentant le roi n'est autre que Pierre Boutet, avocat...  mais aussi fermier des droits perçus par le prieur de Saint-Sauveur, et surtout "juge ordinaire, civil, criminel et de police, de la châtellerie du prieuré dudit lieu de Saint-Sauveur".  la présence du juge seigneurial au milieu des habitants a pu empêcher les tenanciers d'exprimer toutes leurs revendications, ou du moins de les inclure dans le cahier de la communauté.  Cette hypothèse d'une auto-censure, ou d'une censure effective, a été vérifiée pour d'autres paroisses d'Aunis et de Saintonge.
 

Les doléances une fois rédigées dans un moment de grand enthousiasme, la paysannerie attend que satisfaction soit donnée à ses revendications. Les mois passent. À Paris, le roi, soucieux de conserver son pouvoir et de préserver les privilèges de la noblesse et du clergé, songe à dissoudre l'Assemblée Nationale par la force. Le projet échoue, le 14 juillet 1789, avec la prise de la Bastille par le peuple parisien. Dans les campagnes, la peur du complot aristocratique, la hantise de la famine, et le désir de se débarrasser de l'exploitation seigneuriale provoquent de nombreux troubles. A Benon comme dans d'autres paroisses, les paysans pillent le château et détruisent par le feu les vieux titres d'archives ou étaient consignés les vieux droits détestés. Pour mettre fin à ces insurrections, l'Assemblée nationale s'engage sur la voie des concessions. Le 4 août 1789, dans une séance nocturne où le calcul tactique se mêle à l'enthousiasme spontané, elle vote l'abolition de certains droits seigneuriaux, tout en laissant subsister les prélèvements sur les récoltes déclarés simplement rachetables. L'obligation du rachat imposée aux tenanciers apparaît comme un des éléments du compromis proposé par la bourgeoisie à la noblesse libérale pour stabiliser la Révolution. Les paysans prennent vite conscience des limites des réformes qui ont été consenties. S'ils ne peuvent ou s'ils ne veulent pas verser une forte indemnité aux propriétaires des redevances seigneuriales, ils doivent continuer à les acquitter.
 

De l'été 1789 à l'été 1792, le combat de la paysannerie contre le prélèvement seigneurial se poursuit par la contestation passive des droits maintenus. Dans notre village comme dans d'autres régions, les tenanciers refusent d'acquitter les redevances. Le fermier du prieuré, F. Boutet, intente des procès contre les paysans contestataires. Le seigneur de Bauregard, Charles Martin Chassiron, celui de Ferrières protestent auprès de la municipalité contre l'attitude de la population. Rien n'y fait. Une véritable guerre de chicane et d'usure contribue inexorablement à la désagrégation du prélèvement seigneurial. Nos ancêtres participent à cette vaste lutte pour la libération totale des terres qui oblige l'Assemblée à céder à une revendication essentielle de la paysannerie, et qui pousse la Révolution en avant. En août 1792, après la prise du château des Tuileries par le peuple parisien et les gardes nationaux de province, la République est proclamée, les droits seigneuriaux conservés depuis 1789 sont supprimés. La tenacité et la combativité populaires ont été récompensées.
 

Privée de ses droits seigneuriaux, l'Abbaye de Noaillé l'est aussi de son prieuré. En 1789, l'Assemblée avait décidé que tous les biens d'église seraient mis à la disposition de la Nation, à la charge pour elle de pourvoir d'une manière convenable aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres. Cette mesure donnait au gouvernement les moyens nécessaires à l'extinction de la dette publique, et apportait au clergé le détachement à l'égard des biens matériels dont il prêchait si souvent la vertu. Vendus aux enchères, les biens d'église sont achetés par les bourgeois citadins et par les paysans aisés qui augmentent ainsi leurs propriétés. Fermier de plusieurs métairies appartenant à la Grâce Dieu, François Bontemps est un de ceux-ci. Contre 21 200 livres, il achète, en compagnie de Pierre Suire et de J. Roblain, toutes les terres appartenant au prieuré du village. Il fait ensuite l'acquisition, contre 3 390 livres, de 8 journaux de près appartenant à l'Abbaye de Noaillé. J. Roblain, déjà co-acquéreur du domaine seigneurial, achète en plus le four auquel les habitants devaient faire cuire leur pain. Reste le bâtiment du prieuré, "consistant en plusieurs chambres basses, des greniers, deux jardins et un chai dans lequel est un treuil". Il est vendu à Pierre Girardeau contre 10 000 livres.
 

Huit siècles après la donation de notre village par Le Comte de poitiers, la Révolution française détruisait les liens de dépendance qui rattachaient Saint-Sauveur à l'Abbaye de Noaillé en Poitou. Désormais, nos ancêtres ne verraient plus confisquer une fraction de leurs revenus par un clergé lointain et privilégié. Ainsi se trouvait partiellement réalisé le programme proposé par le député montagnard Saint Just à la Convention Nationale :
 

"Que l'Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux ni un oppresseur sur le territoire français; que cet exemple fructifie sur la terre; qu'il y propage l'amour des vertus et le bonheur".


 
 


 
 
zzzzzzzzzzzzzz Résumé chronologique  zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Siècle
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz - Ligoure:  communauté gauloise ?
- Année  58  avant Jésus-Christ : invasion de la Gaule par  les Romains
- Début de l'ère chrétienne
- Ligoure : étape sur une voie romaine ?
VIII ième - Ligoure :  village carolingien ?
- An 800 :  couronnement de Charlemagne.
X ième
- 979 :  donation de Ligoure à l'Abbaye de  Nouaillé
- 980 / 985 :  fondation du prieuré de Saint-Sauveur de Ligoure.
- 987 :  Hugues Capet monte sur le trône.
XI ième et
XII ième
- Construction de l'église de Saint-Sauveur, et adoption du nom de Saint Sauveur en Aunis.
- 1096 - 1099 :  Première croisade.
XIV ième et
XV ième
- 1337 - 1452 :  Guerre de Cent ans. - à la même époque, fortification de l'église.
XVI ième Guerres de religion.
XVII ième - 1643 :  Louis XIV  devient roi. Pierre Chiasson  et sa famille à Saint-Sauveur de Nuaillé
- 1661 :  début de la construction de Versailles Son fils Guyon Denis Chiasson et Jeanne Bernard en Acadie
- 1680 : "dragonnades" pour obliger les protestants à renier leur foi.
XVIII ième - 1715 :  mort de Louis XIV - 1730 :  le prieuré de Saint Sauveur appartient à un abbé de l'Hérault.
- 1750 :  le prieuré appartient à un abbé normand.
- mars 1789 :  rédaction du cahier de doléances de Saint-Sauveur.
- 14 juillet 1789 :  Prise de la Bastille.
- 10 août 1792 :  Prise du palais des Tuileries.
- 25 août 1792 :  suppression des droits féodaux.
- 21 septembre 1792 :  Proclamation de la 1ère République.

extrait :  de "Si Saint-Sauveur d'Aunis m'était Conté"
 Plaquette réalisée par L'Association pour la fête annuelle
 à L'association du millénaire   979 - 1979
 
 
 
 

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