ARRIVÉE EN VILLE La 18eme édition du festival de Melun (anciennement « chantons sympa » et rebaptisé « Le bruit de Melun » promet d'être un excellent cru tant par sa programmation riche et variée que du fait d'un climat a la fois clément sans pour autant être oppressant. La douceur est au rendez vous et les festivaliers se sont déplacés en masse. Une foule résolument jeune venue de l'ensemble de la région est venu participer a cet événement a échelle très humaine. Quelques milliers de places, pas plus, pour venir voir cette programmation éclectique et novatrice. Des artistes confirmes côtoient des groupes émergeants d'un excellent niveau.
Démonstration : samedi 25 juillet.
EUFORIAH : Ouverture du festival sur la petite scène par un groupe local, euforiah. Quatre ans d'existence, un CD 4 titres à leur actif, un album en préparation pour début 2006 et déjà une maturité sonore, une grande force créatrice à l'épreuve des meilleures scènes. cette formation de cinq musiciens d'une moyenne d'age de 25 ans nous assène un hardcore progressif d'une grande créativité, oscillant entre métal brutiste mâtiné de ska et rock progressif sur des partitions décousues aux asymptotes improbables. Si l'on rajoute a cela la prestance scénique de Jeff qui occupe l'espace avec une efficacité absolue. Le public, qui certes connaît déjà cette formation est acquis d'entrée mais leur succès est franchement mérité. A découvrir impérativement sur scène en attendant la sortie de l'album.
MAGID CHERFI, Ex chanteur de zebda, reprend la main pour inaugurer la grande scène. Il prend le risque de commencer sa prestation par un petit discours militant, ne reniant pas ses origines associatives qui l'ont pousse vers la musique. Magid conserve également la couleur musicale par laquelle il a connu le succès : des comptines tantôt naïve tantôt mélancolique louvoyant entre reggae, musette et son oriental. Un jeu de scène un peu long a se mettre en place pour le public qui reste plutôt attentiste. Et puis d'un coup c'est le déclic, la mécanique de ce grand professionnel de la scène prend son essor et le public se laisse prendre au jeu. L'osmose se fait et l'euphorie gagne la piste et 4000 personnes entrent dans la danse. Un grand moment de concert.
NEÏMO, Ce trio de franciliens compose de musicien déjà largement confirmes dans d'autres formations nous propose au bout d'a peine un an des compositions électro rock d'une grande précision et d'une redoutable efficacité. Bruno au chant, Camille à la guitare et matthieux aux "machines" nous offrent une musique festif et rugueuse à la mise en place implacable distillée avec finesse et détermination. Dans la lignée de groupe comme "the strokes" leur rock nerveux rehausse de boucles électroniques typées années 80 hypnotise le public subjugue par l'omniprésence et le charisme de Bruno ainsi que par ses interventions décalées : "on nous a dit que ce serait bien de faire une ballade ou une chanson d'amour parce que c'est bien pour vendre les disques donc on a fait une chanson sur les gens qui tombent amoureux quand ils sont saouls". A découvrir de toute urgence.
BABYLON CIRCUS. Un des groupes phare de la programmation, Babylone circus est une monstrueuse machine festive débordant d'énergie et de bonne humeur. Leur ska débridé soutenu par leur fabuleuse section de cuivre est aussi efficace que le raggamuffing muscle qu'ils sont capables d'offrir à un public qui leur est acquis d'office. Leurs percus frénétiques conduisent immanquablement à l'hystérie collective où a la transe. Leur jeu de scène ultra percutant et leur mobilité ne nous laisse pas le temps de prendre nos marques et l'on est accapare par cette énergie débordante. Un véritable marathon festif ou les transes dub nous permettent de souffler quelques minutes avant de replonger dans la folie douce. Un grand moment du festival. |
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MALI Le chanteur guitariste de tryo s'offre, tout comme ses acolytes, une petite escapade en solo pour nous livrer quelques compositions intimes. dans la même veine "chanson a texte écolo mélancolique" mais déguisé en chemise et cravate en soie, mali, seul au piano, part dans des délires pseudo prétentieux hilarants en faisant participer le public avec une facilite déconcertante. Une prestation qui n'est pas sans rappeler Bénabar ou Aldebert. Sympathique et gentiment décale, une bonne recréation tant pour le public que pour l'artiste lui même qui peut ainsi se permettre certaines libertés inenvisageables en groupe.
AMADOU ET MARIAM comme ray Charles ou stevie Wonder on pu nous montrer que les difficultés ou les handicaps ne devaient jamais briser la courses de nos rêves, amadou et Mariam, duo d'artiste mal voyant, ont su nous donner une grande leçon d'espoir. Accompagnés de 4 musiciens hautement doues, cette formation nous embarque pour un voyage musical unique. Entre musique traditionnelle et variété africaine musclée rehaussée d'électronique, nous voyageons aussi loin et fort qu'avec des groupes comme toure kounda. Des réserves de fêtes tribales qui ont métamorphosé la piste de la grande scène en une marée humaine déchaînée. Magnifique.
DOMB Découverte de la scène locale, décidément de qualité, domb est un concept musical hallucinant base sur une composition rythmique puissante emmenée par guillaume et fabien, et une collection incroyable d'instruments exotiques (cithare, darbouka, kelah...) sous les mains expertes de Mike le tout soutenu par la basse, le didjeridoo et le chant de johan. Un véritable OVNI sonore, puissant, générant une onde rythmique brutale conduisant irrémédiablement a la transe tribale acoustique à grande échelle. L'hystérie s'empare de la foule qui attendait visiblement cette prestation avec une impatience non dissimulée. Un moment de très haute énergie tout a fait dans l'esprit des kaophonic tribu avec lesquels ils ont déjà collaboré a plusieurs reprises S'ils passent près de chez vous aucune excuse ne sera acceptée pour les louper. Exceptionnel.
SINSEMILIA Tête d'affiche très attendue de cette fin de soirée, sinsemilia fait partie des groupes phare incontournable de scène française alternative et festive. Tout comme Babylone circus quelques heures auparavant, ces joyeux trublions très engages politiquement sont passes maîtres dans l'art du ska du reggae et de la musique festive sous tous ses angles possibles. Ces grands pros de la scène savent nous délivrer leur message tout en restant humbles et conscients de leur place de catalyseur de fête. Une prestation dynamique emportée par une section de cuivre ultra efficace et une mobilité scénique hors du commun y compris sur des reprises de bob marley ou de... georges brassens. La foule en folie fini de déferler contre la scène dans une apothéose magnifique. Une belle fin de soirée.
Dimanche 26. Un temps gris et pluvieux qui s'est abattu sur Melun pendant la nuit comme une gueule de bois de fin de concert. Coté positif de le chose, la fraîcheur toute récente qui vient baigner le lit de le seine devrait autoriser les débordement festifs des le début de l'après midi. En espérant que le public ne boude pas ces conditions, nous nous préparons à une nouvelle journée de performance scénique.
STUCK IN THE SOUND Quatuor rock nerveux et sauvage, "Stuck" est une autre révélation locale d'un niveau incroyablement élevé. Avec des riffs rapides soutenu par la basse oppressante d'Arno au service d'une musique brutiste et entêtante sans concession, stuck in the sound se positionne comme un des un des futurs de la scène rock française. Manu, José, François et Arno nous offrent un grand moment d'ivresse post punk et de rage musicale a la correspondance française de "the rapture". Le ton est donné et une nouvelle journée de festival commence avec puissance et délectation que vous pourrez également vivre prochainement (fin Août) lors du festival « Rock en Scène » car ils partageront l'affiche avec des monstres sacrés du rock comme les Pixies, Queens of the Stone Age ou Frantz Ferdinand.
ASYL Un an a passe depuis la dernière fois que j'ai vu asyl en ouverture des Francofolies de la rochelles sur la place St jean d'acres et force m'est de constater que leur son s'est sévèrement affirme. Leur répertoire tourne définitivement au noise rock agressif et le chanteur mathieux tient toujours aussi bien sa place sur scène sur ces nouveaux riff post rock expérimentaux. Une belle évolution stylistique justifiée par un désir commun de "retour aux sources" et catalysée par leur enregistrement récent a Londres avec Andy Gill (ex gang of four) dont le résultat semble prometteur. Dommage que le public ne soit que moyennement au rendez vous et réserve un accueil mi figue mi raison a une prestation scénique pourtant énergique et bien aboutie.
MADINKA. Quatuor électro rock tendance new wave régressive, Madinka nous sert des compos lancinantes, noires et teigneuses quelque peu en décalage avec cette chaude après midi. Il est d'autant plus dommage que le public ne soit pas au rendez vous tant il a déjà été sollicite par les groupes précédents. Une prestation malgré tout très aboutie et percutante. Des morceaux simples mais riches et magnifiquement mis en place. Les amateurs de cure devraient hautement apprécier la performance de cette formation a la fois novatrice et sachant jouer sur des cordes déjà bien rodées.
TIKEN JAH FAKOLI Transfuge politique ivoirien échoué en France depuis quelques années déjà, tiken jah se pose en délivreur u reggae africain en mission en europe. Une musique ensoleillée et positive, un jeu de scène entraînant a souhait, des textes engages voire enrages et un contact inné avec le public caractérisent ce grand monsieur de la scène. si l'on rajoute a cela une formation ragga-dub irréprochable et des enchaînements ne laissant aucune place au temps mort, l'alchimie finale donne une fête hypnotique folle ou le public se laisse embarquer dans une fête marathonienne et folle. Un grand moment dans l'ambiance générale du festival que vous pourrez bientôt vivre "a domicile" car bientôt en tournée aux Francofolies de Montréal
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FRENCH PARADOXE Ce trio rock noir à la basse entêtante distille des compositions noires et minimalistes émaillées de sonorités tendances grunge influencées par Jeff buckley. Des morceaux longs et progressifs qui hélas, n'accrochent sur un public qui ne semble pas réceptif a ces influences dépressives après 1h30 de reggae. Le groupe ne constitue pas en soi une faute de goût dans la programmation mais il ne tombe a point nomme dans le fil de l'enchaînement stylistique.
LUKE La formation rock phare de ces dernières années revient en force et galvanisée a bloc pour assener un live brutal et sans demi mesure très attendu parle public. Enfin nous sommes heureux d'entendre quelques titres de leur premier opus "la vie ou presque" réarrangés pour des orchestrations très rock. on appréciera aussi des interprétations très nerveuses des titres du dernier album "la tête en arrière" mais hélas le son qui a fait connaître cette formation a totalement disparu derrière des murs de guitare saturées. On regrettera aussi l'interdiction de prendre des photos pendant la performance. Décision difficile à comprendre pour l'ensemble des photo reporters présents pour couvrir l'événement. Malgré tout une ambiance de concert dectique et un public aux anges.
DEPORTIVO Cette formation noise rock néo punk prend le public a contre pied avant de lancer son premier accord en diffusant "la mauvaise réputation" de georges Brassens (décidément très en vogue au cours de ce festival) puis bouscule tout le monde en lâchant des rythmes ska punk endiables. La marre humaine se rue sur les barrières de sécurité, les photographe de presse sont évacués d'urgence (au cas ou...) puis, histoire de lancer un peu d'huile sur le feu, le groupe enchaîne directement sur "parmi eux", leur tube de la fin 2004. Puis reprennent les riffs de guitare frénétiques avec plus de rage encore. La petite scène est bondée de milliers de festivaliers déchaînes. Un magnifique moment de furie musicale qui ne lâche pas un pouce du terrain conquis jusqu'a la fin de la prestation. De l'authentique ambiance d'énergie punk qui n'est pas sans rappeler les ramones pour ceux qui ont eu la chance de les connaître.
LOUISE ATTAQUE final très attendu de cette fin de festival, cette formation folk rock que l'on ne présente plus décide de temporiser et de commencer sagement sa prestation par une ballade pour casser le rythme frénétique de la journée et reprendre la soirée en main. Mais il ne faut pas s'y fier. Le violon endiable ne tarde pas a électriser les milliers de festivaliers masses sous le chapiteau principal. Des arrangements live intelligemment construits pour prendre le public et l'emmener a l'hypnose rock. Les corps flottent au dessus de la foule sur les riffs de guitares nerveux et les syncopes folles. Louise Attaque n'a rien perdu de sa superbe pendant ces années de pause et se révèle toujours aussi redoutable pour faire hurler la foule et la faire partir en vrille. A voir en concert au moins une fois dans sa vie.
Enfin le tableau ne saurait être complet si je ne félicitais pas dans un premier temps toute l'équipe de l'organisation de ce festival qui sait rester à dimension humaine et promouvoir des formations émergeantes de grande qualité. Un grand bravo à tout le staff pour sa disponibilité, sa gentillesse et son efficacité. mention spéciale également au public présent tout au long de ces deux jours : une atmosphère très positive et bon enfant a régné du début à la fin, la participation devant les scènes et la réceptivité étaient magnifique et tout s'est admirablement bien passé. Un grand bravo donc a la ville de Melun, ses habitants et ses acteurs de la vie culturelle.
Olivier Durand pour Francophonie Express. |
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