EUROCKÉENNES DE BELFORT 2005
DIMANCHE 16h00
MARCELLO D2 C’est sous un chaud que Marcello D2 ouvre cette dernière journée de festival sous le chapiteau. Ce maître du hip hop fait partie de la sélection éclectique de groupes et artistes brésilien invités cette année à venir participer aux Eurockéennes. du Brésil, on connaît la samba, la carioca et Gilberto Gil. L’enjeu de ces participation est de faire découvrir la richesse des ressources musicales, la capacité que les artistes ont de pouvoir s’inspirer des courants musicaux, de se les approprier et de les enrichir de leurs racines culturelles. Pari réussit dans le cas de Marcello D2, collectif de 8 vrai musicien et d’un rapper, qui distille un musique enter reggae et funk pleine de soleil et de bonne humeur. Les musiciens sont visiblement ravis d’être sur scène, fut-ce devant un parterre pourtant maigre de festivaliers. Des harmonies très travaillées, de vrais chœurs, des scratch vinyle tout en finesse, de petites poussées de percussions, guitare bossa… tous les ingrédients pour une prestation d’une grande qualité musicale émaillée de belles trouvailles scénique. Que du bonheur. Difficile de mieux commencer cet nouvelle journée de festival. Merci Marcello.
TOXIC KISS Dans le registre « machine à broyer les nerfs », Toxic Kiss nous propose u jeu de question réponse entre le chanteur et ses deux choriste qui jouent les petites filles sages, le tout au milieu d’un rock balançant entre noirceur et bestialité. Les guitares passent d’un son rock classique versions « Shadows » à un mur de bruit infranchissable. Voilà qui semble correspondre à une fraction du public qui doit trouver les sonorités brésiliennes trop délicates pour cet après midi. A découvrir pour le jeu de scène déjanté des choristes, mais de préférence dans une cave bien sombre aménagée en chambre de torture.
MONSIEUR Z La loggia résonne au son d’un électro-ragga particulièrement tonique appuyé par des guitares lourdes et supporté par un trio vocal très en place. Un prestation très bien accueillie par un public de plus en plus nombreux. Les quelques annonces totalement décalées du style « bonjour, nous sommes les Beatles » ou autres sottises n’enlèvent rien au caractère revendicatif des textes écrits sans doute avec un mélange de bile et de vitriol. Une musique très bien emmenée qui arrache des hurlements au public et le fait sauter haut et fort à chaque attaque de guitare rageuse. Concept intéressant à surveiller du coin de l’œil.
THE KILLERS Ce quatuor de Las Végas (sic), tête d’affiche très attendue de cette dernière journée, inaugure sous un soleil de plomb la grande scène devant un public qui commence à prendre consistance. Cette formation pop rock aux sonorités trop anglaises pour l’être vraiment nous offre des compositions aériennes et incisives avec un peu de retenue en de début de concert. La voix de Brandon Flowers, tout de blanc vêtu, dirige tranquillement la foule jusqu’à l’explosion au moment où retentit « Somedy told me ». Quelques 23 000 personnes se déchainent et offrent aux enfant terrible de Las Végas un accueil dont seuls les festivaliers des Eurock’ ont le secret.
TOM ZÉ Vieux baroudeur de la chanson contestataire brésilienne, Tom Zé débarque sur la plage avec sa formation de six musiciens tout en bleu de travail. Des prolétariens de le musique ? Peut être. Mais avant tout une alchimie incroyable qui sait catalyser toutes les inspiration possibles. Samba, carioca, reggae, chanson populaire et tout cela au service d’une gentillesse et d’une simplicité incroyable. Chaque chanson fait l’objet d’une explication préalable, anecdotes, contexte historique ou économique, Tom Zé ne ménage pas sa peine pour nous expliquer son message en anglais, portugais, français… il prend le temps de nous apprendre chaque refrain avant de commencer à chanter ses textes ou il dénonce les inégalités sociales de son brésil natal, la prostitution infantile. Un engagement qui semble passer un peut au dessus de la tête des festivaliers qui veulent avant tout pouvoir danser sur ces rythmes ensoleillés. Certes, les compositions ciselées comme des joyaux peuvent sembler en décalage avec la gravité des thèmes abordés mais nous savons, grâce à des artistes comme Manu Chao que fête et esprit contestataire ne sont pas forcément contradictoires mais la foule de cet après midi ne semble pas disponible pour ce genre d’expérience. Dommage car Tom Zé, outre un concert d’une grande qualité, donne beaucoup à un public qui ne lui rend pas grand-chose. |
|
LE TIGRE Attention ces filles ne sont pas à prendre avec des pincettes. Le rose bonbon n’est qu’un camouflage pour tromper l’ennemi. Ces trois fleurs vénéneuses sont d’authentiques punks teigneuses qui savent doser ce qu’il faut d’électro pour ajouter à leur guitares brutales et lâcher des bombes aussi dansantes que dissonantes qui sentent bon les vieilles sonorité des années 80, comme une collaboration improbable entre Nina Hagen et Depeche Mode. Le style enlevé bouscule le public qui déjà rebondit au son de la boite à rythme désuète. Quelques stases à la frontière de la Cold Wave minimaliste version Siouxie and the Banshees renforcée par de méchantes attaques acidulées de clavier. Une belle représentation pour ce trio féminin aussi bien capable de vous inviter au sautillement que de vous forcer à vous jeter contre les murs. A découvrir de préférence en concert.
MASS HYSTERIA Voilà du lourd, du massif, du rageur. Mouss et ses acolytes écumes les scènes et les tympans depuis 10 ans avec leur Hardcore brutal qui a fait d’eux les précurseurs du genre pour la scène française. Dès la première mesure, l’osmose est immédiate et des milliers de fans se déchainent et rebondissent sur les riffs bestiaux et les harangues vindicatives de Mouss. Des dizaines de corps survolent la foule à bout de bras, les bouteilles d’eau dispersées au dessus du public sont les bienvenues pour limiter la montée de la température. Le sol martelé par des milliers de pieds laisse échapper un panache de poussière irrespirable. Les attaques de grosse caisse broient impitoyablement le moindre désir de passivité. Le groupe se donne à fond et le public le lui rend bien. Une orgie sauvage de sueur et de décibels mutuellement partagée. Espérons que cette performance ne vide pas les dernières réserves d’énergie des festivaliers car la soirée est loin d’être terminée.
BALKAN BEAT BOX Ce curieux combo à vocation multi culturelle est un incroyable cocktail d’influence du bassin méditerranéen au sens large du terme. Chants arabes, boucles électroniques, section de cuivre, boites à rythme, fanfare d’Europe de l’est, chanson traditionnelle africaine. Uns ambiance tribale électrique garantie et une plage résolument trop petite pour accueillir les danseurs. Une fête débridée et follement positive, rebondissante et polymorphe. On se croit dans un film d’Emir Kusturica et l’instant suivant on se réveille en pleine comédie musicale Bollywoodiennne… Des textes fermement engagés pour l’amitié entre les peuples, contre l’oppression et les hégémonies. Des artistes qui improvisent un jeu de scène au détriment de toute préparation pour mieux donner et partager avec un public totalement séduit par cette magie et ces partitions aussi improbables qu’intelligentes. Une présence scénique comme on en a peu vu au cours de ces 17ème Eurockééenes et on en redemande. Enorme, génial et une fabuleuse gestion de l’ambiance. A ne louper sous aucun prétexte.
SONIC YOUTH Plus de 20 après la sortie de leur premier opus en 1982, le quatuor New Yorkais à muté en quintet et n’a rien perdu de son génie bruitiste. Même dissonance à vriller les nerfs, même partition pseudo décousues, même fausse douceur prête à donner le change à des passages extrémistes dans la recherche de « l’Anti Accord Absolu ». Pour cette prestation, le sono est vraiment réglée à la perfection. Les basses ne submergent pas l’ensemble du spectre sonore, et ce réglage fin nous laisse profiter de chaque note faussement anarchique. Le public est dans l’expectative, attend une explosion qui n’arrive pas. C’est plutôt un crescendo insidieux qui construit pierre à pierre l’ambiance. Ces morceaux en apparence simples, basés sur des empilements de gimmick de guitare basiques, sont en fait de véritables petits bijoux de recherche sonore d’une incroyable complexité qui prennent feu dès qu’on les écoute trop longtemps. Un vrai plaisir de retrouver cette figure emblématique du rock indépendant, même si le jeu de scène laisse un peu à désirer. Une alchimie qui prend tout son temps pour se réaliser mais qui, au final, offre le résultat attendu : la sensation d’avoir vécu et participer à une expérience sonore hors du commun.
PLANTLIFE Depuis Jamiroquai, on savait que le funk n’était pas totalement moribond ou la chasse gardée d’une bande de dinosaure hors d’âge comme James Brown. Plantlife oppose un démenti cinglant à ce genre de considération. Non seulement on sait le funk est en pleine forme mais également en pleine (r)évolution. Tous les ingrédients y sont : rythmiques guitares irrésistibles, petites touches de cuivre tranchantes et dynamisante à souhait, le clavier tout en douceur et en rondeur et un duo vocal diaboliquement en place. De grandes dégoulinades de sensualité ensoleillées et un groove tout en souplesse en totale contre point avec le rock expérimental qui sévit à l’autre bout du site. Des sourires de pur bonheur éclairent tous les visages et chaque syncope fait hurler la foule. De long gimmicks instrumentaux font monter la température et une douce onde de douceur et de folie déferle sue la plage. Délicieux comme une glace engloutie sous une louche de caramel.
TURBO TRIO Autre combo brésilien invité à cette journée spéciale, Turbo Trio propose une formation entre breakbeat et phrasé rap. Des variations surprenantes en temps réel rehaussées de petites spirales cristallines et aigrelette. Un résultat en demi teinte car malgré les réels efforts du groupe et une qualité musicale indéniable, le public semble attendre quelque chose de plus musclé |
|
KRAFTWERK Les pionniers de la musique électronique minimaliste sont exhumés pour un retour exceptionnel. Toujours attachés à leur thème de recherche autour de la cybernétique, les 4 allemands nous ouvrent leur univers froid et précis qui a inspiré des centaines d’artistes depuis les 30 dernières années. Un spectacle dans tous les sens du terme où les yeux sont autant sollicités que nos oreilles mais moins que la partie la plus primal de notre cerveau. Des voix robotisées inintelligibles ouvre cette grande messe et nos quatre mutants apparaissent, découpé en ombre chinoise par une lumière rouge sang sur un rideau couleur aluminium qui s’escamote pour découvrir Ralf, Florian, Fritz et Henninng comme il nous avait laissé 20 ans auparavant dans le clip « Roboter », en rang d’oignons derrière leur pupitre. Un voyage aussi psychédélique que froid, totalement hypnotique et effrayant de rigueur. Un moment de transe introspective d’une beauté absolu. Si minimaliste et éthérée que soit la musique de ces initiateurs involontaires de la musique techno, l’alchimie merveilleuse opère sans peine et la foule dense sous la chapiteau se laisse partir dans une grande rêverie électronique.
LOUISE ATTAQUE Une semaine après le festival de Melun revoici Gaétan et sa bande pour leur grand retour en cette année 2005. Il est clair que le public, déjà en train d’ovationner une grande scène pourtant vide, a fermement l’intention d’en découdre et d’offrir un accueil sans doute aussi chaleureux qu’à Cali hier soir. Le combo folk rock décide de temporiser et de commencer sagement sa prestation par une ballade pour casser le rythme frénétique de la journée et reprendre la soirée en main. Mais il ne faut pas s'y fier. Le violon endiable ne tarde pas a électriser les milliers de festivaliers massés devant la grande scène. Les tubes incontournables côtoient de nouveaux morceaux intelligemment construits pour prendre le public et l'emmener a l'hypnose rock. Les corps flottent au dessus de la foule sur les riffs de guitares nerveux et les syncopes folles. Louise Attaque n'a rien perdu de sa superbe pendant ces années de pause et se révèle toujours aussi redoutable pour faire hurler la foule et la faire partir en vrille.
AMON TOBIN Quatrième et dernier invité de cette journée consacrée au brésil, Amon Tobin, à l’instar ses compatriotes Turbo Trio, joue essentiellement sur des machines mais c’est bien là leurs seuls points communs. Même si l’on retrouve les même rythmique entre dub puissant et breakbeat, nous touchons ici beaucoup plus à de l’expérimental déstructuré et intangible. Des harmonie éthérées s’envolent et se percutent. Entre BO de film noir et musique orientale, l’électro-dub d’Amon Tobin n’a pas pour vocation de nous faire mais plutôt de nous prendre délicatement par la main pour une rêverie légère que semble apprécier le public passablement hypnotisé. Les timides fonds de boite à rythme ne sont là que pour proposer des variations de l’ambiance sonore et ouvrir de nouvelles portes dans cet univers riche et surprenant. Une expérience agréable en tout point, grisant comme le domptage d’une belle déferlante en surf, l’effort physique en moins.
RÖYKSOPP Concert de fermeture de cette 17ème éditions des Eurockéennes, le duo électro doit espérer pouvoir bénéficier d’un accueil aussi chaleureux et orgiaque que Vitalic la veille au soir sur la même scène. Dans un imposant décor d’acier inox, Sven et Torbjorn investissent la scène sur fond de cacophonie de percussions et de musique de jeu vidéo. Puis tout glisse délicatement dans une transe légère à la Jean Michel Jarre en un peu plus décalé. Des sons aquatiques et cristallins se croisent en cinglant l’air. Une techno transe facile d’accès et gentiment entraînante qui pénétrante pour les esprits des festivaliers qui viennent de quitter Louise Attaque et qui sont attirés par ces boucles aériennes comme des papillons de nuit par la lumière d’une bougie. La foule s’anime peu à peu que le doux poison fait son effet. Les jeux de lumière frénétiques cristallisent l’ambiance au fur et à mesure que la musique mute pour devenir une techno plus mécanique ce qui n’est pas pour déplaire aux derniers festivaliers qui ne comptaient pas se coucher de si tôt. La fête reprend de plus belle et le chapiteau redevient doucement le joyeux champ de foire qu’il était la veille. Un bien beau final après ces trois journées de musique marathon.
Olivier Durand pour Francophonie Express. |
|