Pour la petite histoire, les premiers étages Émeraude furent transportés des Mureaux ainsi que  les premiers étages Saphir et  Diamant, de Saint-Médard-en-Jalles à Hammaguir par un bimoteur de transport d'origine anglaise, le "Bristol Freigther", appartenant à M. Boussac et servant à transporter des chevaux de course. C'était à l 'époque, le seul avion dont la longueur et le volume utile du "cargo" permettait  de recevoir l'ensemble chariot-1er étage.

Emeraude (Perinnelle)
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lafc902
 
 
 
 
 
Quatre tirs en un mois et demi! Sur la même base! Trois séries d'installations, d'engins et de câblages différents. Je connais encore mal le Saphir, mais pas du tout le Diamant. Je ne sais rien des procédures complexes de mise sur orbite et de coordination des stations de poursuite terrestres. Enfin, je n'ai que des idées romantiques sur les fonctions d'un chef de mission.
Des questions? J'en ai cent, j'en ai mille ...
- Non, monsieur, pas de questions.
- Eh bien allez, M. Mourey, ce sera tout!
(sourire glacé de fin de réunion)
  Je sors de son bureau un peu ivre, conscient de l 'honneur qui m'est fait, vaguement inquiet tout de même ...
J'expédie ma préparation de campagne du Saphir à toute vitesse. Je m'aperçois ainsi que, tel M. Jourdain faisant de la prose, je fais depuis bientôt trois ans sans le savoir le métier de chef de mission, à Paris au moins. Sur le terrain, je sais: j'ai vu faire Michaud. Passons donc à ce Diamant extraordinaire.
Je suis dans la presse l'avancement du fabuleux projet Apollo, qui enverra dans moins de quatre ans Armstrong et Aldrin marcher sur la Lune. Nous, nous envoyons un petit corps de rentrée à 100 km, ça réussit une fois sur deux, et je vais envoyer un satellite tourner autour de la Terre? Qui ne retombera jamais? Cela n'a pas l'air sérieux!
M. Michaud
 
Et d'abord, comment est-ce fait, un Diamant? Comment est-ce que ça marche?
Un propulseur 3e étage est posé au-dessus du couple 1er - 2e étages du Saphir. En fin de propulsion de ce couple, le 3e étage est séparé, basculé à l 'horizontale et stabilisé dans cette direction. On le laisse monter aussi haut qu'il peut, vers 500 km d'altitude. Alors, au sommet de sa trajectoire où il a encore environ 3000 m/s de vitesse horizontale, le propulseur s'allume. En fin de poussée, la vitesse est passée à 8 000 m/s (près de 29 000 km/h!) et ce 3e étage est devenu un satellite de la Terre! Il ne reste plus qu'à en séparer d'une pichenette le satellite proprement dit que le propulseur vide suit à quelque distance comme un toutou.
 
La chronologie (diaporama photo 2)
  Le satellite lui-même, fixé à l'avant du propulseur et protégé par une coiffe largable en vol, est une petite boule creuse d'une cinquantaine de kilos. Il n'y a pour ainsi dire rien dedans, qu'un répondeur radar pour qu'on le voie, quelques mesures de températures pour l'avancement de la science et quatre petites antennes qui pointent à l'extérieur en lui donnant l'aspect d'un oursin déplumé. Il s'appelle ASTÉRIX!
Astérix
Le père du Diamant est notre directeur des Études, l'ingénieur général Bernard Dorléac. Véritable feu follet des cocktails industrialo-mondains, grand communicateur de congrès d'astronautique, c'est un poète papillonnant ici et là, semant ailleurs quelque brillante idée dans l'espoir qu'il se trouvera quelqu'un pour la faire pousser, et promenant partout un sourire d'autosatisfaction tout à fait charmant. Un jeune Sup' Aéro, Charley Attali, a ramassé l'idée du satellite, en a fait sa chose et, en à peine trois ans, en a fait ce Diamant qui est déjà en cours d'assemblage dans nos ateliers de Saint-Médard-en-Jalles près de Bordeaux.
Le chef de mission a pour tâche essentielle de tenir le contact des nombreux organismes impliqués dans le lancement et de coordonner leurs efforts, en faisant prévaloir le point de vue de l'engin et ses multiples contraintes.
 
 
Charley Attali
 
Bernard D'orléac
Il est “le” constructeur. Il concrétise l'organisation prévue dans un “Projet d'ordre d'essai” dont il négocie finalement tous les éléments avec l'officier de tir. Le projet devient alors “l'Ordre d'essai” signé du CIEES, véritable bible de l'opération, extrêmement détaillé, où l'on trouve tout : la description de l'engin et ses performances, la chronologie du tir jusqu'à l'ultime seconde et, même après, d'interminables listes de noms d'opérateurs, de numéros d'équipements de l'engin, de fréquences radar ou de télémesures, de moyens à fournir par les uns ou les autres ...
Mon “Projet” est un lourd document de plus de 150 pages que j'ai précieusement conservé. Il me coûte autant de nuits et de dimanches qu'à ma malheureuse secrétaire qui tape inlassablement, corrige, modifie et recommence avec une égalité d'humeur admirable.
Je négocie donc, avec la Délégation ministérielle (devenue générale!) à l'Armement, qui est tout à la fois la voix de l'Élysée, le dispensateur des gros sous et notre autorité de tutelle, avec l'Armée de l'Air qui nous mesure au plus juste les "Bristol/Freighter" et les "DC 8" de transport, mais nous alloue généreusement des chasseurs supersoniques pour la livraison en urgence des pièces de rechange, avec la Marine qui détache l'escorteur d'escadre Guépratte dans le golfe de Gabès pour la réception des télémesures, mais le Guépratte ne peut tenir que dix jours sur zone et en met quatre pour se ravitailler à Toulon et revenir , avec le CNES, dont les stations devront passer leur “vert” à H - 12 minutes, mais on fera l'impasse sur un “rouge” de Prétoria à partir de H - 6 , avec le calculateur de Brétigny qui devra donner ses éléments d'orbite à Hamaguir à H + 11 minutes, avec la Météorologie nationale, qui envisage d'improviser une liaison radio entre leur station de Dakar et le champ de tir, avec ... avec ...
Je négocie même avec mon ami Leroy le prêt de son “Roblot” - vieux corbillard acheté aux pompes funèbres cannoises - pour combler notre déficit en moyens de transport jusqu'à Brigitte. Il me l'offre volontiers et me souhaite même “bonne chance”, mais me fait d'abord son numéro d'innocent:
“Ah! ... Un Diamant! Mais qu'est-ce que c'est? C'est vous qui faites ça, à Paris? Un satellite, vous dites? Ça doit être intéressant! etc. etc.”
L’Ordre d'essai, revêtu maintenant de tous les tampons officiels, marqué du sceau du “Confidentiel Défense” (diaporama photo 3), fige enfin le cadre de l'aventure : la campagne Diamant commence le 13 novembre.
Tir le 22, puis le 30 si le premier engin échoue.
 
   
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