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Je deviens Chef de mission
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De retour dans les tranquilles bureaux de Courbevoie, nous racontons les nuits sur le portique, le vent sur le sable, les lever de soleil sur les tables d'Abadla. Mais ici, dans ce décor figé , dans cette ambiance feutrée, il n'est pas possible de recréer la magie du désert, son souffle brûlant, la soif, le sommeil, l'angoisse des rouges qui tord l'estomac ou la douceur apaisante des verts. Ici, on écrit des papiers, on lit d'autres papiers, on se téléphone et on se réunit dans le calme.
Pourtant, l'ambiance est à la fièvre et à l'excitation. “Vite, vite ... il faut préparer la campagne d'octobre”. “Vite, vite ... il faut préparer la campagne de novembre ...”. Quelle est donc cette hâte?
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Les tables d'Abadla
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C'est simple.
Mon Général se présente à l'élection présidentielle de décembre!
Et mon Général pense deux choses. La première est que, si la France met un satellite sur orbite, la crédibilité de sa future Force de Dissuasion sera définitivement assurée. Un pays qui sait lancer un satellite, même petit, est évidemment capable de lancer une bombe où il veut. Et s 'il lance une bombe à des milliers de kilomètres, ce ne sera assurément pas un modeste pétard chinois, mais une authentique bombe atomique. Voilà la bombinette revalorisée du même coup. (Nul ne s'y trompera lorsque par exemple les Chinois lanceront, quelques années plus tard, leur satellite qui chante “L'Orient est rouge”. Cela signifiera qu'ils ont la bombe et savent faire des missiles intercontinentaux).
La deuxième pensée de mon Général est qu'un succès aussi éclatant, d'un style aussi “cocorico”, va drainer bien des voix hésitantes et lui assurer une élection tonitruante. ( diaporama photo 1)
Les Russes en 57 avec Spoutnik, puis la chienne Laïka, puis Gagarine en 61 ! Les Américains en 58 avec Explorer 1, puis le major Glenn, puis “la nouvelle frontière” de Kennedy en 61: objectif LUNE ! Et la France, dans cette affaire? Et mon Général?
Mon Général pense qu'un satellite français, en 65, marquerait triomphalement sa grandeur, qui est celle de la France! A condition toutefois de ne pas le rater. |
- Qu'on m'appelle ma SEREB!
- Oui, mon Général. Voici M. Charles Christofini, président de la SEREB, et l'ingénieur général Roger Chevalier, directeur technique.
- Alors, ce satellite, où en est-il?
- Eh bien, mon Général. ..
- Bon. Il faut le lancer avant le 30 novembre.
- Oui, mon Général.
- Mais il ne faut pas le rater.
- Non, mon Général.
- C'est donc secret.
- Oui, mon Général
- Sauf si ça réussit.
- Oui, mon Général. Merci, mon Général. Au revoir, mon Général. |
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Charles Chrstofini |
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Roger Chevalier |
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La voie hiérarchique conduit doucement, de cascade en cascade, les élyséennes directives jusqu'aux échelons d'exécution. L'échelon Michaud appelle l'échelon Mourey.
- Alors, M. Mourey, êtes-vous bien reposé? (grand sourire paternel)
- Oui, monsieur, merci. (Diable, que va-t-il se passer?)
- M. X, que j'avais embauché pour diriger les tirs de Diamant, a démissionné. Il nous quitte demain. (petite moue de dérision)
- Ah!. ..
- Vous le remplacez comme chef de mission. (Plissement frontal autoritaire)
- Ah!... oui, monsieur. (Sourire modeste? Remerciements émus?)
- Bien entendu, vous restez responsable-engin pour le tir du 3e Saphir en octobre. Vous tirerez 2 Diamant en novembre. Entre les deux campagnes, on tirera un engin S sur le socle du 231. Organisez les modifications successives de l'installation au sol. Étudiez ce planning avec le CIEES pour ... m'en parler. Des questions? |
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