Le crapaud roi, réédition du blog de septembre 2007Abstract:
Un orage avait détrempé le sol
sec de l' Ombrie en cet été 2007. Violent, coloré, passant par
les collines de nécropoles étrusques de tuf volcanique des environs
d'Orvieto, la tempête colérique avait balayé sur son passage les
maisons et les villas orangées. Plus d'âmes qui vivent, seulement le
grondement incessant, le bruit de la pluie, pendant quelques temps, puis,
faisant place nette, le spectacle éclairé des zébrures violettes
céda la place à un tapis gris de nuages
matinaux.
![]() Andréa n'avait rien décidé. Elle subissait, quelle idée ! Mais quelle idée que celle de passer l'été dans un moulin isolé à 400m d'altitude. Si seulement ce moulin était encore en activité avec un meunier, quelques ânes, des sacs de farine et surtout les enfants du meunier avec lesquels elles aurait put jouer: à la marelle, au Nain jaune ou au jacquet... pourquoi pas au poker. André se souvenait de ses parties endiablées avec ses amis, Oscar et Pepone, dans l'appartement de ce dernier, à Milan enfumé. Pas le Milan chic des passages couverts, des boutiques de luxe et des pâtisseries doucereuses des environs du Duomo. Ce Milan là, ses parents n'en voulaient pas, ils rêvaient à sa place d'un monde fraternel où toutes les classes sociales se parlent et se répondent. Le grand souffle des années rouges était passé par là comme disait son grand-père Giuseppe, vieux de 80 années était le point fixe d'Andréa, l'homme comme une bible ouverte. Enfin, une Bible qui n'avait que le nom, car à la maison les livres de référence s'intitulait "Le Capital" de Karl Marx ou "La lutte des classes en 20 leçons" d'un auteur à la mode que ses parents tenait en haute estime. Dans le salon milanais de Giuseppe, Andréa fut un jour impressionné par la sculture d'un homme pendant d'une sorte de bâton croisé, elle posa la question à son grand-père - Grand-père a quoi sert cette drôle de statue en croix avec un homme cloué dessus? (Andréa avait connu Giuseppe a 6 ans -le papa de son papa- La décision révolutionnaire de ses parents de l'éloigner de toutes tentations confortables et bourgeoises ayant été jusqu'à couper les ponts avec toutes racines culturelles et familiales, perverse socialement). - Andréa, c'est un homme qui a vécu il y a très longtemps. Pas à Milan, ni à Moscou, mais en Palestine, il y a 2000 ans. Il n'a rien écrit, il a parlé seulement... Andréa était stupéfaite, on ne lui avait en avait jamais parlé, ni à la maison, ni à l'école, encore moins au centre aéré de sa banlieue milanaise. Confusément cet homme l'impressionnait. Non pas qu'il soit grand, encore moins bruyant ou tonitruant et affirmant des tas de choses extraordinaires comme les amis de ses parents "la révolution est pour demain" -"El pueblo unido jama sera vincido" Mais ici, à lombre de ces pierres sans lustres, au milieu de la campagne ombrienne, au réveil de sa vie d'adulte, quel ennui... (A suivre) ... Les vacances à Cuba, où ses parents tous les deux intellectuels s'émerveillaient sur le grand libérateur, sur le système social à la Castro "Des gens pauvres, mais des gens dignes "disait papa. Petite, Andréa s'endormait sous le portrait du Che qu'elle s'imaginait être son grand-Père. C'est pourquoi elle était dérangée de penser qu'il y avait une autre personne au monde qui lui ressemblait, mais au lieu d'avoir un béret, il était coiffé d'un drôle de pagne, avait les cheveux légèrement plus long et les yeux plus clairs...... Alors en ce matin d'août, comme ses parents l'avaient décidé depuis qu'il avaient troqués la camaraderie révolutionnaire contre l'altermondialisme écologique, aménagé avec un zeste de développement durable, (...) alors que tout le monde dormait, du sommeil alourdi des intellectuels "ayant la conscience pour eux" comme disait son grand-père Giuseppe. Il lui avait offert le jour de ses 12 ans l'histoire de Pinocchio.... Andréa en fut surprise, car elle n'avait jamais lu de livre comme celui-ci. Le cadeau fut clandestin, son grand-père était tellement content de la revoir qu'il ne s'imaginait pas se passer de sa petite-fille pour le temps qu'il lui restait à vivre...; quelques années, le grand magistrat qu'il fut était passé de l'autre côté du fléau de la balance, là ou tout pèse plus lourd, ou les os font mal, où le coeur bat de l'aile, où les cheveux de gris passent par toutes les palettes de blanc. - Veux-tu encore un peu de Tiramisu Andréa? -Non merci, Paloma Paloma, gouvernante encore amidonnée et sortie du placard de l'histoire lui avait appris à dire "merci" au lieu de "oui" ou "non". Avant Giuseppe, la vie se divisait en oui ou non pour Andréa, les nuances avaient disparu, le monde était rouge ou noir, noir ou blanc, pour ou contre......Et voilà qu'elle suivait ses parents nouvellement reconvertis à la mode écolo dans un monde ou Giuseppe et son Pinocchoi aurait été à leurs places comme dans une nouvelle crèche.... (A suivre) Quoi faire? Reprendre l'histoire de Pinocchio la tenta. Elle prît la page et l'histoire là où elle l'avait laissée... Là où elle la reprenait sans cesse : la Baleine, le ventre de la baleine, là ou Pinocchio passa quelques jours, prisonnier malgré lui et finalement pas si mal. Et puis toute cette eau lui donna envie de se baigner. Elle pliat son livre, ajusta son maillot vert à deux pièces achetées dans un magasin H&M. - "Sais-tu que ce maillot a été fabriqué avec la sueur et la misère des ouvriers sous-payés, c'est encore ton grand-père qui t'as donné cet argent et tu t'es empressée de le dépenser en sottise3 - "Maman, comment peux-tu dire ça, tu ne sais même pas coudre un bouton" Les tensions avec sa mère étaient de plus en plus perceptibles. C'était d'autant plus surprenant pour la mère en lutte permanente qui paradoxalement ne s'imaginait pas que sa fille puisse lui résister une jour. Dans son fort intérieur, elle aurait préféré que sa fille soit comme ces robots courant les raves ou comme ces gentils gothiques qui n'ont de révolte que l'extérieur. Andréa fit attention à ne pas faire de bruit. Sortie de la maison elle respira un grand coup d'air frais et s'enroula dans une serviette blanche et se prit soudain pour une prêtresse d'un nouveau genre. Une prêtresse du matin, saluant "l'aurore aux doigts de roses" Mais elle pensait plus finement en terme de mercure. Il faisait frais, c'était tout de même une suite d'orage, une suite de gris, ponctuée de nuages blancs, une suite humide.... (A suivre) Quelques marches, un parfum d'herbes aromatiques, un léger bruit furtif en forme de lézard. Il l'attendait, élégant tout en muscle, arborant un joli costume de peau tirant sur le bronze, inattendu, faisant ses lignes acrobatiques comme un nageur aux jeux olympiques de Pékin. Sans doute était elle si discrète qu'il ne l'avait pas entendu, et quand bien même un crapaud qui nage dans une piscine le matin en Ombrie et la regarde avec ce fameux regard du "crapaud mort d'amour" ne l'étonnait pas plus que ça. ![]() http://www.salebete.net/archives/2006_02.html Quoi faire? Entamer la conversation? Retirer le crapaud à l'épuisette? (A suivre...) La logique prévalait, l'épuisette servant à se débarrasser de tous les parasites flottant au-dessus de l'eau se trouvait à proximité, c'était le plus simple.... Mais il avait l'air si bien, si gentil, si "à l'aise", comme un roi en son domaine. Un roi sans couronne et tout en jambes, le temps de se décider et tout bascula! La réalité rassurante d'un scénario animalier prévisible fit place à une suite improbable.La petite fantaisie laissa la place à une furie sauvage à peine imaginable. Le crapaud se retourna vivement vers l'échelle de piscine. Avec un geste sûr, sa petite patte enserra finement la rambarde, et il grimpa. Mis debout sur ses pattes de derrière et droit comme un avocat prêt à plaider, il parla -"Chère mademoiselle, je me présente, je suis le Cardinal Calfierti, issu d'une noble famille.... C'est moi-même qui est construit ce moulin (A suivre) C'est moi-même qui ai ordonné la construction de ce bâtiment. Cette tenue excentrique de crapaud est peu habituelle j'en conviens, mais ne vous effrayez pas, c'est la seule qui m'ait été permise de trouver pour revenir vers les vivants. Andréa était blême, un crapaud qui nage, soit, dans les eaux bleues d'une piscine, soit, mais un crapaud qui parle, c'était trop, ce n'était plus que Pinnocchio, c'était au-delà du pauvre Gepetto si content de voir sa marionnette transformée en enfant, en vrai enfant. ... Le crapaud était-il Cardinal? Mais au fait qu'est-ce qu'un Cardinal? 2 cl de gin 2 cl de vermouth (martini,cinzano,noilly prat) 2 cl de angostura bitter Un cardinal, c'était cette boisson que ses parents commandaient au bar de la Via del Angelo au coin de sa rue à Milan avec Maurizio, l'ami de travail, celui qui la regardait avec l'oeil en biais en parlant du prochain Forum de l'Alliance pour les peuples et des futures actions à entreprendre dans le monde. Elle ne laissa rien paraître de sa surprise, interloquée par sa propre audace, elle se glissa dans la peau du petit Pinocchio et cette marionnette de mots lui souffla comme dans un songe l'audace de la réponse. "Monsieur le crapaud ...(Comme le lui avait appris Guiseppe...bonjour Monsieur le crapaud), Je ne m'attendais pas à faire une rencontre de si bon matin, je ne suis pas en tenue, j'ai seulement un maillot de bain de rien du tout, acheté à 11 euros chez H&M (Comme un Cardinal lui semblait d'importance et qu'elle n'était pas en robe de soirée, veuillez m'excusez, comme si elle avait le sentiment qu'elle aurait dû être couverte de la tête aux pieds de brocards et de soieries, avec des perles tressées dans ses cheveux blonds....). -"Mais que nenni, ma fille, puisque je suis en tenue de crapaud, vous êtes en tenue de peau humaine, je comprends cela. Je ne vous attendais pas non plus. La force du destin nous a fait nous rencontrer aujourd'hui et pas demain plus qu'hier, c'est cela aussi les histoires éternelles de rencontres ![]() Maria Callas Je ne vous importunerai pas plus longtemps, je venais, simplement emmené par la force de l'orage prendre des nouvelles de ce monde, et là superbement il fit un saut périlleux à triple salto pour rejoindre le ruisseau en contrebas avec une grâce de futur champion olympique. Andréa resta suspendue entre passé et avenir entre temps et contretemps, entre grâce et trivialité. Longtemps, si longtemps, que lorsque sea mère l'appela pour le déjeuner elle fut toute surprise de se retrouver devant un plat de "Spaghetti a la vogonle" qui la ramena pour de bon sur la terre des vivants LA ROCCA/ Août 2007 Posté le: dim. - mars 1, 2009 à 09:46 AM | | | M'écrire | | |
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Total entrées de la catégorie: Publié le: mars 01, 2009 09:46 AM |
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