|
|

'attribution, par une société
immobilière, d'un multiplexe Pathé en lieu et place de l'actuel
complexe MK2 dans le cadre de la restructuration du centre commercial
Beaugrenelle, dans le 15e
arrondissement de Paris (Le
Monde du
1er
mars), suscite une polémique entre la Mairie de Paris et le distributeur
Marin Karmitz.
Marin Karmitz s'est installé dans ce
quartier il y a vingt-huit ans, à une époque où "les grands
groupes de cinéma ne s'intéressaient qu'aux quartiers dominants : le
Quartier latin, Montparnasse, les Champs-Elysées et les Grands Boulevards".
"Moi, je me portais vers les quartiers délaissés",
dit-il.
Lorsque la société immobilière
Apsys a décidé de rénover Beaugrenelle, elle a signifié
à Marin Karmitz la nécessité de détruire ses salles avant de
le reloger trois ans plus tard de l'autre côté de la rue. Elle a
jugé trop onéreux le dédommagement financier réclamé
par Karmitz (équivalent des pertes d'exploitation pendant les trois ans de
travaux et du règlement des problèmes salariaux posés) et a
augmenté le loyer de 180 000 euros à 1,2 million d'euros. Apsys a
alors confié le nouvel espace (qui doit ouvrir en 2010) à EuroPalaces
(société résultant de la fusion entre Gaumont et
Pathé).
Marin Karmitz s'étonne de l'inertie de
la Mairie de Paris sur ce dossier : "Quand on a la chance, comme moi, de
travailler dans ce secteur, on a des devoirs. En matière culturelle, le
financement privé a une responsabilité citoyenne. Mais l'Etat a aussi
des devoirs, dont celui d'aider les gens qui se donnent cette ambition,
plutôt que les marginaliser."
"HOLD-UP PERMANENTS"
Karmitz reproche à la mairie de ne pas
assez prendre en compte son bilan. En 1995, MK2 reprend une salle de Beaubourg
à l'abandon et la rénove : "C'est aujourd'hui la salle de
référence en matière d'art et essai."
En 1996, MK2 ouvre un complexe quai de Seine,
dans le
19e
: "Quartier interdit, un car de police nuit et jour place Stalingrad, des
habitants qui n'osent plus sortir après 20 heures, les magasins et les
bistrots qui désertent, les appartements qui ne se vendent plus ! J'ouvre
six salles au bord de l'eau et, grâce à la connivence que nous avons
établie avec les gamins des cités, en les faisant travailler, la
terreur a cessé, le trafic de drogue s'est calmé. Je suis fier d'avoir
contribué à restaurer une cohésion sociale. Même chose avec
le Nation Gambetta, une salle visée par de perpétuels incidents, des
hold-up permanents, et où depuis, grâce à la politique de
dialogue avec les cités, on n'a plus besoin de vigiles, car
l'insécurité a disparu."
En 2003, c'est le MK2 Bibliothèque
(13e)
qui est inauguré, et en 2005 le MK2 Quai de Loire (en face du quai de
Seine, de l'autre côté du bassin de La Villette), dans un ancien
entrepôt construit par Gustave Eiffel. Deux lieux où se vendent aussi
une belle proportion de livres et de DVD dans un marché en
crise.
Christophe Girard, adjoint PS au maire de
Paris pour la culture, réfute les accusations de Marin Karmitz. Il affirme
qu'il continuera à "veiller que les lois du marché, en matière
de hausse des loyers, ne menacent pas l'existence de certaines salles. Je vous
garantis que si le Balzac, sur les Champs-Elysées, était en danger,
nous réagirions, comme nous aidons le Studio 28, dans le
18e,
ou certaines salles du
5e".
Christophe Girard se réserve "le
temps et le droit de se pencher sur le dossier Beaugrenelle", mais
affirme qu'il serait illégal "d'intervenir avant, de s'immiscer dans les
choix de la société immobilière. Les élus n'ont pas le droit
d'intervenir à cette étape". Il ajoute, concernant Marin Karmitz :
"Dois-je rappeler à M. Karmitz, dont j'apprécie le travail, que
nous avons déboursé 1,5 million d'euros pour le MK2 Bibliothèque,
aidé le MK2 Quai de Loire et le MK2 Nation, financé l'installation
pour les malvoyants et malentendants du MK2 Quai de Seine ?"
Ces arguments, Marin Karmitz les réfute
avec véhémence : "Parlons bilan, si on me renvoie dos à dos
avec EuroPalaces. Pendant que j'ouvrais ou réhabilitais 42 salles à
Paris en dix ans, les vendeurs de pop-corn en fermaient une vingtaine ! Quant
aux 60 millions que j'ai investis, ce fut sans subvention aucune. La somme
brandie par Christophe Girard concernant le MK2 Bibliothèque m'a
été versée par la Semapa suite à un accord devant notaire,
afin de financer les fondations rendues obligatoires pour éviter les
vibrations provoquées par les rails de chemin de fer proches ainsi que les
espaces verts demandés par Bertrand Delanoé. Pour le MK2 Nation, j'ai
simplement bénéficié (la seule fois) de la loi Sueur, par
laquelle une mairie peut aider à la remise en état d'une salle. J'ai
effectué l'installation pour les malvoyants au MK2 Quai de Seine à la
demande de la Mairie !" Marin Karmitz prédit que "ce que vient de
laisser faire la Ville de Paris avec désinvolture" à Beaugrenelle
"aura de graves conséquences sur l'ensemble du cinéma
français".
|