Et Laurent Davezies?Laurent Davezies a développé une
pensée intelligente et rayonnante sur Paris, mais où est-il donc dans
ces nouveaux projets?
Voici la reprise d'un article passionnant écrit en février 2008! http://www.laviedesidees.fr/Paris-s-endort.html On trouve
peu d’éléments, dans la presse ou sur la toile, permettant de se
faire une idée d’une crise qui se résume pour le moment à
une impression diffuse. Il est vrai qu’en ces temps de pré-campagne
municipale, la moindre observation, la plus douce critique passe pour un
engagement politique pour ou contre la majorité locale.
Les
quelques analyses émanant des chercheurs, de la Chambre de Commerce de
Paris mais aussi des réflexions du Medef ou de l’Institut Gabriel
Péri (Fondation du Parti communiste) aboutissent pourtant à des
conclusions étonnamment convergentes sur l’atonie générale
de la région et la dégradation de ses fondamentaux économiques et
sociaux. Mais ce diagnostic ne donne pas lieu au débat qu’il
mériterait.
Il faut
remercier François Ascher de mettre les pieds dans le plat,
quand
il lance que « Paris est aujourd’hui ringard », dans
une livraison récente de la revue Pouvoirs Locaux.
La
formule est violente et peut blesser des équipes politiques qui ont le
sentiment d’avoir « mouillé la chemise » pour
faire progresser et moderniser l’agglomération. Il est vrai que le
problème dépasse très largement les frontières de la
capitale, qu’il s’étend à l’ensemble de
l’Île-de-France et qu’il ne date pas de l’élection
de Bertrand Delanoë, comme on le verra. Il est vrai aussi qu’aux yeux
des agences de rating, la signature parisienne est aujourd’hui l’une
des plus sûres du monde, que les écuries d’Augias ont
été nettoyées, que, comme nous le disent les instituts de
sondage, la population parisienne, pourtant traditionnellement conservatrice,
soutiendrait massivement la politique municipale. La Région, de son
côté, a su prendre la responsabilité des transports, concevoir un
nouveau Schéma Directeur tout en inaugurant de nouvelles formes de
démocratie participative. L’Île-de-France reste l’un des
premiers sites mondiaux de création de richesses, avec Tokyo, New York et
Los Angeles, et demeure, avec Londres, la place la plus attractive
d’Europe pour les implantations d’entreprises mondialisées.
L’ONU, enfin, place la région parisienne en deuxième position
pour la qualité de la vie.
Alors
pourquoi s’inquiéter ? Quelques éléments aisément
vérifiables peuvent être mis en avant pour le
justifier.
Si
l’on considère les fondamentaux, le premier symptôme du mal
réside dans l’inflexion actuelle de la croissance économique de
la région. Hier moteur de la croissance française, la région fait
aujourd’hui moins bien, en tendances, que la moyenne des régions
françaises. Dans les années 1980, et surtout lors de la phase de
croissance de la fin de cette décennie, la région a un tigre dans le
moteur : « années-fric », certes, mais années
de prospérité, de réorganisation et d’expansion des
entreprises, avec ce que cela comporte d’effets sur l’emploi et le
chômage. A tel point que la « loi Pasqua »
d’aménagement du territoire, au milieu des années 1990, fonde
ses attendus sur le « rapt » réalisé par
l’Île-de-France sur la croissance et l’emploi
français : selon un schéma déjà ancien, Paris est
soupçonné de vampiriser la province, de capter indûment la
richesse du pays. Et cela sans tenir compte du fait que la métropole
francilienne est à la fois le meilleur atout français dans la nouvelle
économie mondialisée et la principale – presque l’unique
– pompe à redistribuer les richesses créées – via les
budgets publics et sociaux – vers le reste du pays.
Dans les
années 1990, le moteur de la croissance francilienne se stabilise et
l’écart avec le reste du pays cesse de se creuser. Bonne nouvelle
pour l’aménagement du territoire, mais pas forcément pour la
croissance nationale : le moteur aurait-il des ratés ?
L’emploi de la région, entre 1990 et 1999, se stabilise autour de 5
millions d’actifs, avec même une légère réduction de
quelques dizaines de milliers d’emplois. Dans le même temps, le PIB
par emploi, c’est-à-dire la productivité de la région,
continue de s’accroître plus rapidement qu’en
Province.
Mais
depuis 2000, la chute commence... Pour la première fois depuis 1980, la
contribution de l’Île-de-France à la croissance française
commence à reculer (de 0,6 points de PIB national entre 2000 et 2006). Les
wagons vont désormais plus vite que la locomotive francilienne : la
France peine à atteindre une croissance raisonnable, l’Ile-de-France
encore plus... Le Languedoc Roussillon assure de son côté près de
5% de croissance annuelle ! Si l’on fait un peu confiance aux experts
de la Nouvelle Economie Géographique, dont les approches dominent
l’analyse territoriale moderne, l’avenir économique de nos pays
se situerait dans nos métropoles, seules à même de mobiliser la
quantité et la diversité des ressources nécessaires au
développement d’activités compétitives. Les grandes
métropoles mondiales, et même de plus modestes comme Milan, Madrid ou
Barcelone, ont compris cette leçon et mettent toute leur énergie
à changer et adapter leur ville au monde
d’aujourd’hui.
Sur le
plan démographique, la situation s’aggrave également : le
solde migratoire négatif de la région se détériore encore,
avec un départ massif non seulement de ses retraités mais
également de ses jeunes actifs. Son solde naturel très positif fait
croire qu’au moins la région parisienne est
« jeune »... Ce qui n’est pas vrai : on naît
certes beaucoup en Île-de-France mais pour partir très vite en
Province. Résultat, la part des 10-20 ans dans la population francilienne
est plus faible qu’en Province !
L’emploi
connaît également une évolution inquiétante (voir Tableaux 1
et 2, et Graphique 1) : il décroche, on l’a dit, dans les
années 1990, avec une perte de l’ordre d’une quarantaine de
milliers d’emploi (alors que la Province engrange de l’ordre de 750
000 nouveaux emplois). Dans les années 2000-2004, l’hémorragie
continue (-20 000 emploi pour + 440 000 en Province). Plus grave, au cœur
de l’agglomération, c’est-à-dire à Paris, là
où l’enjeu de fonctionnement de son marché de l’emploi est
le plus crucial, c’est la chute libre : 210 000 emplois sont perdus
entre 1990 et 1999, et de nouveau 50 000 entre 1999 et 2004. Pour les seuls
emplois salariés privés, les chiffres sont encore plus rudes, avec une
perte de 85 000 emplois salariés privés à Paris entre 2000 et
2005... On observe certes un léger regain sur l’année 2006, mais
il faudra attendre pour savoir ce qu’apporte cette petite hirondelle...
Hommage doit être rendu au flegme des experts, des journalistes et des
acteurs de la Ville : tout cela se passe sans vagues, alors qu’entre
2000 et 2006, c’est un peu plus que le total de l’emploi
salarié privé de la Corrèze qui s’y est évaporé.
Plus largement, et pour fixer les idées, entre 1990 et 2004, ce sont 233
000 emplois qui ont disparu de Paris, c’est-à-dire
l’équivalent de l’emploi total de départements comme la
Côte d’Or, le Gard ou la Vendée !
Le trou
économique qui se creuse au cœur de la région, avec les pertes
phénoménales d’emploi à Paris depuis quinze ans, se traduit
par un « effet-volcan » avec une augmentation de
l’emploi en première et surtout en deuxième couronne : les
activités se déportent vers la périphérie avec ce que cela
comporte de perte massive d’accessibilité aux emplois des actifs de
la région (figurez-vous que vous habitez à Melun et que votre emploi
n’est désormais plus à Paris mais à Cergy-Pontoise...), de
transfert également massif des transports collectifs (radiaux) vers
l’automobile (qui permet les déplacements concentriques qui sont ceux
qui progressent le plus) et donc de congestion et de pollution... Ironie du
sort, ceux qui sont les plus pénalisés à ce jeu sont les actifs
des catégories les plus modestes, de plus en plus captifs de
l’automobile, alors que les catégories supérieures, qui
résident et travaillent plutôt dans les zones centrales, ont un
meilleur accès aux transports collectifs !
Le plus
inquiétant, dans cette affaire, c’est que tout cela arrange les
élus de la région : à Paris, le projet de figer la ville et
de la vider de ses entreprises – explicite chez les Verts, subi par les
socialistes et difficilement contre-carré par les communistes – va
bon train. Il n’émeut pas plus que ça les Parisiens qui sont
heureux que la mairie s’occupe plus d’eux et de la qualité de
leur vie que de la santé du capitalisme (superbe idée, par exemple,
que de faire circuler les camions-poubelles comme des escargots aux heures de
pointe plutôt que la nuit, pour protéger le sommeil des
électeurs). Il satisfait les propriétaires qui voient dans le
contingentement de l’offre immobilière un moyen d’augmenter
leur rente. Du reste, quand les recettes de taxe professionnelle de la ville,
assises sur les entreprises, diminuent sérieusement, la magnifique
progression des droits de
mutation [1]
du département de Paris fait plus que deux fois compenser ces pertes. Tout
le monde y gagne, en quelque sorte du « donnant-donnant »
entre la Ville et ses riches habitants.
Pour les
élus de banlieue, tout va bien : Paris « partage »
enfin son emploi (et sa base fiscale) avec ses périphéries. Dans le
politiquement correct d’aujourd’hui, un habitant qui part vivre en
banlieue lointaine est une sorte de canaille anti-écologique qui
s’évertue à accroître son empreinte environnementale
(qu’il soit modeste, chargé d’enfants et incapable
financièrement de se loger au centre ne doit pas l’excuser). En
revanche, l’entreprise qui se desserre, instrument
« d’équité territoriale », est la vraie amie
de la banlieue. La deuxième couronne est heureuse de voir progresser son
emploi plus rapidement que celui de la Province... alors que ce déplacement
ne se traduit par aucun effet additionnel, on l’a vu, pour l’emploi
de la région, et qu’il cause les plus puissants effets de
désorganisation de son marché de l’emploi (et plus encore que
l’étalement des logements).
Les
élus nationaux de Province, au pire, observent cette évolution sans
émoi – Paris a enfin un genou à terre, on attendait ça
depuis Louis XI –, et au mieux l’ignorent. Finalement,
n’était ce problème de panne de la croissance française, il
n’y a là rien qui mérite qu’on en
débatte.
![]() Photographie Catherine MARGUERITTE A
suivre
Phase de réflexion et de projets Cette consultation doit s'achever début 2009 par la restitution des travaux des dix cabinets au public à la faveur d'une exposition qui sera organisée à la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris. Les équipes devront répondre à "une demande théorique : qu'est-ce qu'une métropole de l'après-Kyoto?" et à "une demande pratique : quel devenir pour l'agglomération parisienne?", a expliqué à l'AFP l'un des lauréats, Roland Castro. La "phase de réflexion générale et d'élaboration de projets" doit s'achever en "janvier 2009", a souligné l'architecte. Selon Roland Castro, il s'agira d'"une consultation" et non d'"un concours". "Les équipes vont pouvoir peut-être fédérer leurs inventions". "C'est un événement incroyable parce qu'il n'y a pas eu de réflexion à l'échelle métropolitaine en France depuis Haussmann", s'est-il enthousiasmé. Questions de gouvernance après les projets "Les questions de gouvernance seront posées à partir des projets, pas avant", a-t-il encore affirmé, alors que sur ce dossier sensible le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, et le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon (PS), font valoir leurs vues face au chef de l'Etat. Bertrand Delanoë a indiqué qu'il n'avait pas été "convié" à la réunion de l'Elysée mercredi et a dénoncé "une opération de communication" du chef de l'Etat. Nicolas Sarkozy, qui a nommé en mars Christian Blanc au poste de secrétaire d'Etat au développement de la Région capitale, avait appelé dès septembre 2007 à "un nouveau projet d'aménagement global du Grand Paris". Roland Castro a indiqué que sa propre équipe comptait "30-35 personnes" : philosophes comme Olivier Mongin, écrivains, cinéastes, acteurs du secteur privé, la présidente de Ni putes ni soumises Sihem Habchi, l'économiste libéral Guy Sorman ou le démographe Hervé Le Bras. (avec AFP) Tableau 1. Emploi salarié
privé
Unedic
![]() Tableau 2. Emploi total
(estimation
Insee)
![]() Graphique1. Evolution de
l’emploi salarié privé
2000-2005
![]() Source : Unedic. Note :
indice 100 = valeur de 2000
Le bilan des effets de ce qui, le
temps passant, ressemble plus à un déclin qu’à une crise,
reste largement à faire. Dans les éléments disponibles, on peut
avancer que cet effondrement de l’emploi se traduit par un effet de
rattrapage de l’Île-de-France sur la Province en termes de
chômage et de pauvreté. Les incertitudes statistiques – sans
parler des fantaisies conceptualo-administratives – sur le chômage
rendent difficile l’usage de données. Le RMI, qui n’est pas
exempt non plus de biais pour l’analyse territoriale, nous donne des
chiffres suffisamment frappants pour faire sens : entre 2000 et 2004, leur
nombre augmente de 11% en province et de 25% en Île-de-France (et
également à Paris).
Tableau 3. Evolution du nombre
des
RMIstes
![]() Source :
CNAF
par
Laurent
Davezies
[01-02-2008]
Posté le: mer. - juin 4, 2008 à 11:38 PM | | | M'écrire | | |
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Total entrées de la catégorie: Publié le: juin 06, 2008 09:50 PM |
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