mer. - septembre 30, 2009René vienet/article intégral (2006)![]() Voilà l'article intégral transmis par rené Viernet en 2006 Image source :www.galerieloft.com "Mao, 30 ans après sa mort –– en Chine et en France" est un sujet de dissertation que les enseignants d'histoire en terminale opportunément proposeront à leurs lycéens le mois prochain : la récente parution du "Mao, une histoire méconnue" de Jung Chang & Jon Halliday, et la programmation cette semaine sur Arte du récent documentaire de Philipp Short, alimenté par des sources chinoises officielles, faciliteront des travaux dirigés scolaires. De plus, ces deux nouveautés "trente ans après" permettront de parler aux lycéens de méthodologie : comment "plus de trente ans avant", dans l'instant, il était possible de comprendre l'essentiel et de le faire connaître : En 1971, Simon Leys pour avoir écrit "Les habits neufs du Président Mao" fut condamné par les sinologues français à ne jamais enseigner en France. Pour avoir été son éditeur, et avoir récidivé en publiant quelques autres titres, depuis devenus des classiques, comme "Révo. cul dans la Chine pop." (une anthologie de la presse des gardes rouges)et pour avoir réalisé le film "Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires", je fus à deux reprises exclu du c.n.r.s., à l'unanimité, par sa section 38. Comme ces deux titres se comparent sans rougir malgré leur grand âge aux oeuvres précitées, ne souffrent pas du tout d'être relus et revus, "trente ans après", on peut suggérer qu'ils soient également versés aux travaux pratiques des lycéens si les proviseurs ne sont pas trop mao-prudents ni paralysés par ce qu'aurait dit, il y a trente ans, l'inspecteur général Geismar lorsqu'il était maoïste. Un rapide sondage dans les dossiers pédagogiques qui se trouvent, çà ou là, incite à offrir quelques balises pour de tels travaux pratiques en classe, et à faire rebondir, pour leurs parents, le débat là où on ne l'attend pas, où il convient pourtant de le développer : Un enseignement inepte de l'histoire et de l'actualité chinoises ont conduit la diplomatie, l'industrie et le commerce français depuis un siècle et demi à des déboires et souvent des désastres. Du Sac du Palais d'été de Pékin par Napoléon III (de magifiques pavillions construits par des jésuites), à la coûteuse tentative ratée de s'emparer de Formose par Jules Ferry, à la destruction par l'amiral Courbet de l'arsenal de Fuzhou (à peine construit par un autre polytechnicien, Prosper Gicquel ), jusqu'à la déconfiture du TGV à Taiwan, ou autres échecs commerciaux, ou scandales, il y a une continuité que des lycéens peuvent analyser, textes sur table, avec leurs enseignants. Tout comme, en sens contraire, les succès de Cogema à Taiwan, il y a plus de vingt ans, et de Framatome en Chine, à la même époque, qui se lisent en milliards d'euros, offrent la preuve qu'il n'y a pas de fatalité dans le bilatéral franco-chinois. Ne pourront pas comprendre ceux qui ne peuvent pas non plus imaginer que la France construise au Fujian une paire de réacteurs franco-allemands brûlant les combustibles usés/recyclés des centrales taiwanaises et alimentant Taiwan, autant que le réseau du Fujian, en électricité. Les proviseurs en douteraient-ils ? Le Moniteur du 30 août 1858 publiait après la prise de Tianjin (Tientsin) un télégramme du baron Gros, plénipotentiaire allant ouvrir une ambassade de France derrière les baïonnettes de Cousin-Montauban qui va incendier le Palais d'été avec Lord Elgin : "Les voeux de l'Empereur sont exaucés en Chine. Ce vaste empire s'ouvre au christianisme et presque entièrement au commerce ...". En novembre 1994, un autre ambassadeur de France en Chine signera une célèbre dépêche pour dénier que Framatome puisse jamais contracter en gré à gré un répétition du contrat de Daya Bay. Un mois plus tard, la Chine signait le contrat de Ling'ao pour deux tranches nucléaires supplémentaires. Entre ces deux dates, entre ces deux ambassadeurs, une côterie de sinologues, catholiques-maoïstes pour la plupart, une intéressante exception française subventionnée, vont effectivement brouiller les cartes pour les industriels français. Mao avait asséné à un ministre de Charles de Gaulle (André Bettencourt, qui n'avait pas su quoi lui répondre) que la France n'avait – depuis Dien Bien Phu pilonné par des mortiers chinois – plus aucun rôle à jouer en Asie. Trente ans après sa disparition, pleurée par un si grand nombre de Français, peut-on évaluer ce qu'il reste de Mao et du rôle du maoïsme, en France et dans les relations franco-chinoises, dans leurs trop modeste bilan économique ? Guy Sorman a proposé au Quai d'Orsay d'offrir dix bourses de troisième cycle à des étudiants chinois pour étudier, cas par cas, l'histoire du maoïsme français dans l'université et dans les institutions. Le Figaro a invité un maoïste repenti à offrir son cas à leur analyse. Je m'en réjouis d'autant plus que, dans "Chinois, encore un effort ...", j'avais brocardé André Glucksman (dans la version américaine, c'est Bernard-Henri Lévy qui était punaisé) et que le film semble avoir eu un effet positif sur lui. Revenons en Chine pour l'introduction aux travaux pratiques des lycéens : à Pékin, depuis le bocal en verre où certains pensaient l'avoir enfin relégué, bocal visité par nombre de pélerins, Mao a lancé un anathème contre Deng Xiaoping et ses partisans, que l'on peut ainsi résumer : "Vous avez tout jeté la plus grande partie du maoïsme pour vos quatre modernisations, mais vous n'oserez pas toucher à mon mausolée dont la démolition serait perçue comme le lancement de la cinquième modernisation, la démocratie. Pour m'éliminer du paysage, oseriez-vous célébrer Wei Jingsheng et oseriez vous demander comme Mandela one man, one vote ? ". Pour réveiller au fond de la classe ceux qui veulent préparer HEC, faire du commerce en Chine sans apprendre le chinois, le professeur d'histoire peut alors tenter une diversion : les affaires des grandes entreprises françaises en Chine ne vont pas très bien, pour la plupart. Dix années passées dans l'université à ferrailler contre les sinologues catholiques-maoistes, les disciples de l'inénarrable Jean Chesneaux de la Paroisse étudiante, puis le double d'années à représenter des entreprises industrielles dans le monde chinois, me permettent d'écrire que tous les échecs depuis trente ans des industriels français dans la Chine, au sens le plus large en y incluant Formose, ont leur explication, en amont dans une perversion de la formation des personnels appelés à y travailler. La présente opinion pourrait donc figurer dans les pages saumon du "Figaro-économie", comme introduction à une série décapante sur les trop modestes performances de l'industrie française en Chine, et les moyens d'y remédier : "Accrochez-vous au pinceau, on retire l'échelle !" La France n'a pas été la première, loin de là, à reconnaître la Chine, et rétablir des relations diplomatiques avec Pékin, en 1964, mais elle ne fut pas non plus la dernière. Pourtant son score en matière commerciale est bien modeste si on le rapporte aux flatteries politiques et diplomatiques françaises depuis 1964. En fait elles dissimulent une profonde absence de formation linguistique, historique et politique des fonctionnaires et des commerçants, et une carence quasi totale de l'université à propos des affaires chinoises – à de rares exceptions près. * En septembre 1971, donc, dans la "Bibliothèque asiatique" paraissait les "Habits neufs du Président Mao". Le premier tirage fut épuisé avant le premier compte-rendu positif dans la presse. Pour qu'il paraisse, la rédaction du "Nouvel Observateur" de l'époque exigea qu'un maoïste vienne équilibrer de manière hostile la critique favorable rédigée par Etiemble. Ce premier des titres de Simon Leys expliquait, de manière limpide et sensée, une histoire pleine de bruit et de fureur qui, trente ans après, n'a pas encore décanté en France. L'ouvrage de référence sur la Chine – en ce temps-là – était un best-seller d'un normalien, maoïste à sa façon, "Quand la Chine s'éveillera ...", un titre inspiré par le livre de Jack Belden, citant la phrase célèbre de Napoléon. Alain Peyrefitte avait dédié, entre autres, son reportage au Préfet Papon. [Cette allusion réveillera l'un des lycéens issu de l'immigration dont le grand'oncle quitta Bordeaux en train pour l'Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, mais aussi son condisciple dont un oncle fut jeté dans la Seine en octobre 1961. Ces deux lycéens s'endormaient au fond de la classe au fond de la classe, et auraient préféré un film avec Shu Qi dans le rôle de Marie-Olympe de Gouges –– ce que je comprends]. Brocardé sur ce point dans l'introduction de Révo. cul. dans la Chine pop. l'auteur fit disparaître cette dédicace encombrante dans les éditions suivantes mais ne remit jamais vraiment en cause son analyse initiale. Il convient de ressortir des médiathèques des lycées ce best-seller oublié d'un ministre, qui fut le directeur politique du Figaro, pour en confronter les angéliques aberrations à tout ce que la Chine a depuis révélé sur les horreurs du maoïsme. Pour éclairer les lycéens d'aujourd'hui sur l'équilibre gauche-droite dans l'erreur, leur professeur retrouvera la citation où Daniel Cohn-Bendit se croyait obligé de dire du bien des communes populaires (trente millions de morts de faim). En septembre 1976, il y a trente ans, aucune télévision n'avait osé préparer de "nécro" de Mao . Il était probablement immortel pour les secrétaires de rédaction. A la grande surprise des maoistes, normaliens ou pas, un Mao par lui-même était pourtant disponible grâce à Hélène Vager (la productrice de Bôf) et de Charle-Henri Favrod (producteur du Chagrin et la pitié) : sans le moindre récitatif par un tiers, Mao y prononçait en personne, en 26 minutes, sa nécro pour une soirée-débat sur Antenne 2. Il s'était suffisamment déboutonné devant les gardes rouges, qui avaient fébrilement transcrit ses phrases à l'emporte-pièce, pour que le procédé fonctionne bien, sur des images qui étaient à l'époque en grande partie inédites. Le "phare de l'humanité", dont le Président Valéry Giscard venait de saluer l'extinction, clignota donc toute la soirée. Et ce court métrage fut la sélection française de la compétition courts-métrages du Festival de Cannes suivant. Sur une saillie malencontreuse du boute-en-train Joris Ivens, un cinéaste stalinien, mettant au défi les participants au débat télévisuel de citer le nom d'un seul prisonnier politique dans la Chine maoïste, l'émission fit la part belle au livre "Chinois, si vous saviez", le "dazibao" du groupe Li YiZhe qui venait de paraître en traduction française et que les techniciens lisaient dans la régie. Du coup l'Express consacra les jours suivants plus de place aux dissidents chinois emprisonnés qu'au défunt "soleil rouge qui inondait les coeurs" de Sollers & Kristeva, et de tant de normaliens rue d'Ulm, confits dans leur dévotion, comme François Jullien, mais tellement malheureux depuis que Lin Biao et Mme Mao ne s'entendaient plus. L'émission et les remous autour du livre contribuèrent à la libération des auteurs de ce samizdat chinois, enfermés non loin de l'endroit où Deng Xiaoping avait été incarcéré, autorisé malgré tout à vivre avec sa famille, à faire lui-même la toilette de son fils (hémiplégique, après avoir préféré sauter par la fenêtre que de continuer à être torturé par les gardes rouges préférés de Serge July). Quelques semaines plus tôt, en décembre 1975, sur Antenne 2 également, un polytechnicien madamemaophile avait exigé le micro, dans une émission en direct où il n'était pas invité, puis quitté le plateau de manière théâtrale, applaudi par un groupe de militants maoïstes, pour expliquer que, ministre français, il ne pouvait tolérer – sur une chaîne de télévision d'Etat – d'entendre dire "Mme Mao" et non pas la "camarade Jiang Qing", et encore moins qu'on prédise que "Deng Xiaoping allait envoyer Mme Mao au couvent dès la disparition du Grand timonier". Avec une intelligence de l'évènement qui restera sa marque, pendant la trentaine d'années suivantes, sur la diplomatie et l'université françaises, le Dr Jean-Luc Domenach du Céri, dans l'instant, félicita le ministre Lionel Stoléru : selon ses meilleures sources, "le camarade Deng Xiaoping et la camarade Jiang Qing, réconciliés, oeuvr(ai)ent désormais à l'édification du socialisme en Chine". Mais le camarade Domenach du Céri négligea de prévenir les intéressés de ses voeux, et l'histoire prit un autre tour : Mme Mao fut jugée publiquement – une première en Chine pour un dirigeant déchu de ce calibre – condamnée à mort et autorisée à se suicider quelques années plus tard. Peu après cette arrestation (qui contraria tant le camarade Domenach du Céri), "Chinois encore un effort pour être révolutionnaires" fut – en 1977 – à Cannes le film français de la "Quinzaine des réalisateurs", mais toujours dans une ambiance plus que réticente, celle de l'intelligentsia madame-maoiste du temps : Pierre Kast qui, autant que Georges Charensol, appréciait ce long-métrage, fut amené à faire le coup de poing pour défendre le film contre ses détracteurs qui jetèrent de l'encre sur les écrans. Pour faire court, disons que trente années avant le long docu de Short, trente ans avant le Mao de Chang & Halliday, l'histoire de la révo. cul. et de son contexte était résumée, dans l'instant même de l'arrestation de la la "bande des quatre" ––– en deux heures et en couleurs, avec de la musique d'époque, plus les superbes voix de Thierry Lévy et de Jacques Pimpaneau, et pas mal de citations incontestables, d'images rares, avec une verdeur de langage empruntée à Mao soi-même, soutenue par une analyse marxiste tendance-Groucho, et un montage qui n'a pas eu d'équivalent depuis. Le film expliquait en 1976, et Madame Mao le rappela durant son procès en 1981, qu'ils étaient cinq dans la Bande des quatre. Il se terminait sur une simple question : combien de temps faudrait-il à Deng Xiaoping pour pousser Hua Guofeng hors de la Cité interdite, et prendre sa revanche sur Mao ? Il n'en fallait pas plus à un autre vertueux sinologue catho-mao pour présenter des excuses formelles à l'Ambassade de Chine et expliquer que l'auteur du film, déshonorant le c.n.r.s. en serait chassé puisqu'il était – à n'en plus douter – un suppôt de Deng Xiaoping. L'assistant réalisateur (sous un pseudo) du film, un chômeur méritant et, à l'évidence, futur bon journaliste, ayant été recruté par François Fejtö pour devenir le correspondant de l'AFP à Pékin, un tir de barrage fut organisé par les cathos-maos qui voulaient contrôler non seulement la diplomatie et l'université mais aussi les médias. L'AFP passa outre, elle s'en porta bien, bénéficiant ainsi d'une excellente couverture du "mur de la démocratie" par Francis Deron, Tout comme le Monde par la suite qui, souhaitant dissiper la coûteuse (cent mille lecteurs en moins) image khmer-rouge et philomaoiste diffusée par Patrice de Bouc et Alain de Beer, recruta le premier journaliste français à avoir fait l'effort d'apprendre le chinois avant son départ pour la Chine. * Trente ans après, faut-il ressortir ces noms oubliés de maoïstes mondains, leurs bourdes et ces bassesses ? et pourquoi celles-là plutôt que mille autres ? Assurément c'est plus qu'utile, c'est pédagogique : pendant trente ans, la France universitaire va persévérer dans l'erreur, et la perversion, sur la Chine. Ce sera l'âge d'or des prébendes pour les disciples de Jean Chesneaux, de Léon Vandermeersch, de Domenach du Céri, empêchant Simon Leys (Pierre Ryckmans) d'enseigner en France, laissant dépérir la bibliothèque / centre de recherche / du Général Guillermaz à l'Ecole des hautes études –– et passant de mauvais messages aux entreprises. Même si de nombreuses traductions littéraires de qualité émergent, l'étude de l'histoire et celle de l'économie chinoises vont laisser à désirer pendant trente ans. Par exemple, peu d'universitaires comprendront et expliqueront le rôle que Taiwan va être amenée à jouer dans la modernisation de la Chine, et comment les entreprises françaises doivent reprendre pied dans cette île, comme sur un tremplin, vers la Chine – malgré le Quai d'Orsay de Mme Olga Morel et de M. Etienne Manac'h. [Une thèse svp ! Pour le moins un mémoire de maîtrise, financé par l'Institut français des relations internationales : on publie des articles sur des cuisiniers, et des thèses sur des romanciers, pourquoi n'écrirait-on pas des thèses sur des diplomates en ressortant leur prose des bureaux d'ordre du Quai ? ]. En fait l'une de ces entreprises, et pas des moindres, attendra pour ouvrir un bureau à Taipei que Li Peng, le PM chinois de l'époque, lui suggère de ne pas négliger le marché taiwanais ! En 2006, la situation a-t-elle évoluée ? Pas tant que cela, et pas dans le bon sens : le Dr Domenach du Céri est devenu une sorte d'aumônier de l'ambassade de France en Chine, un commissaire politique qui aurait posé son col romain de coté sur sa tête, comme un béret, mais sans oublier sa baguette de pain sous le bras : désigné dans un télégramme diplomatique vers l'ambassade de France comme le représentant direct de Lionel Jospin en république populaire de Chine, les institutions universitaires et le Quai d'Orsay ont cotisé pour son expatriation. Malheureusement pas assez , car une équipe sinologique de recherche concurrente a pompé de son coté près de 300 000 euros pour une étude poly-thématique, et multi-disciplinaire, sur les "supplices chinois" [peut-on encore dire après cela que l'université manque d'argent ?]. De temps à autre, à Pékin ou Shanghai, des hommes-d'affaires français en Chine sont invités à payer leur écot pour un repas-débat avec ce subtil directeur de conscience, et l'entendre raconter la fin de l'histoire maoïste rédigée en mouillant son encre avec l'eau bénite de la revue Esprit-es-tu-là ? On devine quelles mauvaises affaires font ces hommes-d'affaires-là. Trente ans après, la Chine ayant entre-temps publié des milliers de pages de dénonciation des crimes et massacres de la révo. cul., et réhabilité ses victimes les plus célèbres, comme le ministre de la défense Peng Dehuai, le Président de la République Liu Shaoqi, et tant d'autres, torturés à mort sur ordre de Mao, on peut encore en France écumer dans les médias les objurgations de dizaines d'éminences en tous genres qui ont réclamé et contient à réclamer une "révolution culturelle" (sic) en France, dans leur ministère, dans leur industrie. Il ne peut y avoir ni d'ignorance ni d'ambiguïté de la part de ces ministres, managers, ou maîtres-à-penser : l'expression "révolution culturelle" n'a jamais été utilisée avant son invention par Mao, ni depuis, si ce n'est pour désigner la sanglante et catastrophique "contre-révolution anti-culturelle" , stigmatisée par Souvarine . En Chine, parler de révolution culturelle c'est comme évoquer Oradour-sur-Glane en France, en multipliant par 6 années, et quelques millions de victimes. L'expression n'existe donc que pour résumer une "guerre civile", une tragédie, dont les horreurs ont été dévoilées par la Chine elle-même, de manière officielle et documentée, accessible à tous les étrangers qui souhaitent en prendre connaissance, en français ou en anglais, pas seulement en chinois. C'est la Chine qui offre à Short les images très fortes de Peng Dehuai, le ministre de la défense, battu à mort sous l'objectif de plusieurs caméras, et de Liu Shaoqi, le président de la république battu avant d'aller mourir de faim et de mauvais traitements dans une cave. Pour ceux qui voudraient se constituer un florilège didactique, et c'est sans doute la cas de tous les enseignants d'histoire et d'économie en classes terminales, il suffit de rechercher sur le web des expressions (françaises) comme "faut une révolution culturelle" ou "révolution culturelle est nécessaire". La moisson est sidérante, trente années après la mort de Mao et, dans la foulée, de la condamnation à mort de son épouse, de la condamnation par le gouvernement chinois de la révo. cul., dans son ensemble et dans tous ses détails. Dans un océan de citations restituées par internet, retenons en deux prises au hasard sur la toile, aberrantes mais significatives : imagine-t-on ces deux orateurs-là réclamant "un Treblinka, un Auchwitz, pour résoudre nos/leurs problèmes" ? Edgar Morin dans l'Humanité, il n'y a pas si longtemps : "Il faut une révolution culturelle qui reprenne les aspirations du socialisme sur d’autres notions de base que celles de la pensée de Marx". François Fillon, devant Nicola Sarkozy, lors de l'Université d'été des Jeunes Populaires, La Baule, septembre 2005 : "Une révolution culturelle est nécessaire dans le pays ! ". Plus cocasse : un Garde des sceaux aurait appelé de ses voeux une révolution culturelle au ministère de la justice, mais le temps manque pour interroger le service de presse de la place Vendôme sur la manière dont les enfants de magistrats auraient dénoncé leurs parents, les procureurs été battus à coup de ceinturons, la boucle du bon coté, par les greffières invitées, sous peine d'être elle-mêmes cognées et entassées dans les placards à balais, après s'être trémoussées avec les matons sur l'air de "la danse de la loyauté", avoir brulé les livres de la bibliothèque, etc. Comme pour me servir la soupe, ou m'inviter de manière provocante à y tenir une chronique régulière, le secrétaire de rédaction des pages saumon du Figaro d'avant hier titre que l'Express va connaître sa "révolution culturelle" car cet hebdomadaire a été racheté par un Belge ! Six mois avant le trentième anniversaire de la mort de Mao, malgré l'insistance de de Pierre-André Boutang, qui préparait alors la production du documentaire vidéo de Short (qui sort cette semaine en dvd) le patron de Arte Jérôme Clément refusera non seulement la programmation de Chinois encore un effort ... mais simplement de laisser ses collaborateurs, et l'habituelle commission de sélection, visionner ce classique ... dont la version américaine se gaussait de son Chairman Bernard-Henry Lévy, lorsque celui-ci était maoïste. Et l'INA, qui a co-produit le film, n'en retrouvera – en six mois – ni l'affiche, ni la fiche dans son catalogue, et encore moins une copie. Heureusement le négatif existe encore. J'ai donc proposé à Pierre Haski, nouveau responsable de la rédaction de "Libération", qui fut un bon correspondant de presse à Pékin, de lui "offrir" le film et d'en glisser un dvd le 9 septembre, date anniversaire, dans chaque numéro de son quotidien. C'était également dans mon esprit un hommage à Hélène Hazéra quand elle tenait la chronique des chansons dans Libé. Depuis qu'il a visionné le film, ce pétillant convive ne m'a plus jamais invité à déjeuner. Au "Nouvel Observateur", Laurent Mayet, le responsable des dvd(s), du moins se présente-t-il comme tel, a été plus franc en expliquant que "Chinois ..." passera plus facilement à la Cinémathèque de Shanghai que dans son hebdomadaire. Trente ans après, c'est donc un délai raisonnable pour un décantation, pour comparer, (toujours les anti-sèches de classes terminales) deux biographies de Mao disponibles en français dont tout le monde parle : celle de Phil Short, qui a été autorisée puis traduite en Chine, et celle de Chang & Halliday qui ne l'est pas encore officiellement mais y circule. La biographie par Short a fait l'objet par son auteur d'une adaptation télévisuelle qui a bénéficié d'un appui méritoire d'organismes officiels chinois, non seulement de l'accès à quelques témoins haut de gamme pour des interviews, mais aussi de vieilles bandes d'actualités rarissimes dont beaucoup méritent un "arrêt sur image", pour des commentaires détaillés qui malheureusement prendraient trop de place ici, mais seront bienvenus dans le TD des classes terminales, ou dans les cours d'histoire aux Langues'O. Plus tard que les journalistes qui disposaient d'un dvd depuis deux semaines, j'ai découvert ce long documentaire lors de sa programmation hier et avant-hier sur la chaîne franco-allemande. Malgré les méritoires efforts de Boutang pour tirer sa production vers le haut, Short est décevant, pas du tout à la hauteur des images que la production lui a confiées, ni des efforts documentaires que des organismes chinois officiels ont consenti en sa faveur. En s'incrustant dans le paysage (comme Benny Hill parodiant CNN) Short n'ajoute vraiment rien à l'histoire du montage cinématographique, et ses propos affadissent le sujet. Je recommande sincèrement aux lycéens précités de visionner, en toute objectivité, ce long documentaire de quatre heures, et d'écouter attentivement son commentaire pour en proposer un contrepoint. Si ce n'est pour Short, du moins pour Boutang qui a réuni les images et, en quelque sorte, les offre au détournement : Je suggère aux lycéens concernés et à leurs enseignants, de repasser dans un deuxième temps les mêmes images, mais en coupant le son, sans le commentaire du journaliste anglais, et de vérifier comment faire coïncider telle ou telle séquence avec telle ou telle page des "Habits neufs du Pt Mao" de Simon Leys (désormais en "Bouquins" chez Laffont), de la "Tragédie de révolution chinoise" d'Harold Isaacs (Gallimard), de "l'Histoire du PCC" de Guillermaz (Payot), et du "Mao, une histoire méconnue" de Chang & Halliday (Gallimard). L'épisode du "Pont de LuDing" sera un exercice facile pour les lycéens et le premier que les enseignants pourront utiliser pour leurs travaux pratiques : Short dispose du film de propagande tourné par des comédiens, offert par la Chine. Short s'est rendu sur place. Sur internet, et dans Chang & Halliday, on trouve l'explication offerte par Deng Xiaoping à des visiteurs américains : l'évènement n'a pas eu lieu : c'est un chromo des services de propagande pour créer une mythologie utile à l'enthousiasme des masses, et de Serge July. Pour surtout éviter de raconter ce que fut la Longue marche et ce que furent les luttes au sein du PCC, la mythologie maoïste a lancé des ballons qui dégonflent avec le temps. En regardant, avec intérêt, cette séquence de Short je repensais à une célèbre photo d'un reporter américain où l'on voyait dans la Chine de l'autre guerre civile (pas la guerre civile maoïste) une dame grassouillette rigolant, devant un étalage de boisseaux de riz. Je ne garantis pas le poids de riz, mais tout le reste (et la photo peut se retrouver) et surtout l'impression écoeurante que m'avait laissée cette commerçante repue avec, en premier plan, à ses pieds, un enfant famélique, en train de mendier. En constituant l'iconographie du "Mao, Réalités d'une légende, de Emile Guikovaty, il y a plus de trente ans, j'avais retrouvé à New York la planche contact du photographe. C'était du Doisneau devant l'hôtel de ville de Paris (avec le célèbre baiser de deux comédiens) : le gosse était indiscutablement maigre et mal nourri, mais la commerçante repue souriait à l'objectif parce que la prise de vues traînait et que le photographe avait du mal à trouver son angle et à cadrer le gosse, déplacé sur le devant de l'étalage pour la bonne pose –– qui fit le tour du monde. Pour nombre des précieuses archives du Short, on a également envie de redonner les détails de la "planche contact intégrale" de tout ce que le Parti lui a fourni. Ces détails sont disponibles. Ils sont intéressants. Ils méritent d'être expliqués en classe et de dépasser le "son d'Arte". L'oeuvre de Short a été initialement soutenue par un organisme officiel chinois qui a fourni, et peut-être même vendu [on est sous le socialisme aux couleurs du marché], un bonne partie de la documentation. Mais le dvd une fois visionné on peut penser que les camarades responsables du département concerné vont se demander comment se repasser cette pomme de terre chaude : un docu-vidéo riche de documents historiques bruts exceptionnels, accompagnés d'interviews dont certaines feront date (celle de la fille de Liu Shaoqi en particulier) qui permet à tout propriétaire d'un Mac en Chine de réaliser sa version et son commentaire, tout comme les lycéens français et élèves de la classe d'histoire des Langues'O. vont le faire, cet article en mains, j'espère. Qu'on ne se méprenne pas, je ne fais pas mine d'être irrité par le commentaire de Short. Je trouve vraiment affligeant que "trente ans" après, riche de documents qu'en 1976 on ne pouvait absolument pas sortir de Chine, où d'ailleurs on entrait pas, Short en dise moins et moins bien que Leys en 1971, et que l'histoire de ce despote épouvantable soit si mal racontée. Dans le même temps, Mao continue à grincer des dents , coincé dans sa chasse en cristal, contre Deng Xiaoping et ses successeurs. Pour les lycéens, ou jeunes profs d'histoire, qui veulent se lancer dans le cinéma, à peu près à l'âge où je l'ai fait, il y a trente ans c'est donc facile et plus rapide : FinalCut Pro sur Mac a remplacé la table de montage 35mm et les colleuses avec leur odeur d'acétone. Ne parlons pas des effets spéciaux qui sont désormais à la portée de tous. Les documents sont là, plus nombreux et même offerts par le Parti communiste chinois. L'histoire a un peu décanté, même si le sinologues français sont en retard. On peut voyager en Chine (ce qui n'était pas le cas à l'époque). Et les lycéens peuvent même encore tirer parti du Dr Domenach du Céri comme tête à claques. Je leur offre un titre avec mes meilleurs voeux pour le Short re-visité, re-commenté et re-monté : La malédiction de la momie. René Viénet, 7 septembre 2006. Posté à 09:06 AM | En savoir plus | M'écrire | | ven. - septembre 25, 2009Comment ignorer les facheux "Le basilic aveugle"![]() Le basilic est censé être né, comme la plupart des serpents mentionnés par la mythologie grecque, du sang qui coula de la tête tranchée de la gorgone Méduse alors que Persée volait en la tenant dans sa main. Les noms des serpents qui naquirent de ce sang ne sont pas précisés[1]. ![]() Philosophie judicieuse et avisée, dans l'automne de l'âge viril Par Baltasar Gracián Posté à 05:35 PM | En savoir plus | M'écrire | | mer. - septembre 23, 2009Une rencontre intemporelle :Paul Gauguin et Simone Martini"L'Annonciation" Simone Martini1315/Paul Gauguin "Bouquet de fleurs 1897 Posté à 01:40 PM | En savoir plus | M'écrire | | sam. - septembre 19, 2009Une émission passionnante par l'auteur "de la lutte des classes à la lutte des places"Michel
Lussault
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/suite_idees/
Posté à 02:27 PM | En savoir plus | M'écrire | | mer. - juillet 8, 2009Sur l'esprit du PirateJe quitte le cercle pour les
fluides
![]() Passionnante émission que je vous conseille d'écouter et en même temps il est toujours possible d'acheter ce numéro de la revue ESprit qui fera date
Posté à 09:04 AM | En savoir plus | M'écrire | | ven. - juin 12, 2009insignifianceDe toutes les informations dont nous sommes
assaillis, quelles sont celles qui prennent réellement
sens?
Sans doute celles qui peuvent franchir la limite de leurs simples apparences pour rejoindre les fondamentaux de notre personnalité façonnées par notre éducation, notre savoir, nos interdits et notre devenir L'insignifiance ne nous atteint que lorsque nous sommes disposées à l'entretenir par nos faiblesses, nos compromissions et nos manques Le tout prend alors sens de cequi donne le charme; qui nous dispose à la rencontre sans à priori, à la joie de connaître et à la chance d'échanger , à la soif de comprendre Posté à 02:43 PM | En savoir plus | M'écrire | | mer. - juin 10, 2009un article interessant sur la diffusion des savoisEn lisant cet article du Monde Diplomatiquesur la
diffusion des savoirs, j'ai réalisé combien le monde est en
évolution et que sa mesure n'en est sûrement pas tout à fait
prise, ainsi que son poids :
A LIRE AVEC ATTENTION Accès public, contrôle
privé
La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google En offrant au plus grand nombre une masse
toujours croissante de connaissances, Internet réalise-t-il le rêve
des Lumières ou prépare-t-il le cauchemar d’un savoir public
livré aux appétits privés ? Grâce à — ou
à cause de — Google, ces questions n’ont plus rien
d’abstrait. Ces quatre dernières années, le célèbre
moteur de recherche a numérisé et mis en ligne des millions
d’ouvrages puisés dans les fonds des plus grandes bibliothèques
universitaires. Pour les auteurs et éditeurs, cette opération
constituait une violation flagrante du copyright. Après de longues
négociations, les parties ont abouti à un accord qui devrait
bouleverser la façon dont les livres parviennent à leurs lecteurs. Si
les contours légaux et économiques du nouvel espace qu’instaure
cet arrangement restent flous, l’objectif des directeurs de
bibliothèque est clair : ouvrir leurs collections et les rendre
disponibles à tout lecteur en tout lieu. Un projet simple en apparence,
mais sans cesse entravé par les contraintes sociales et les
intérêts économiques. Tout comme, il y a deux siècles, celui
de la république mondiale des lettres.
Par Robert
Darnton
Le XVIIIe siècle, celui des
Lumières, professait une confiance totale dans le monde des idées
— que les encyclopédistes appelaient la république des lettres.
Un territoire sans police ni frontières et sans inégalités autres
que celles des talents. N’importe qui pouvait s’y installer pour peu
qu’il exerçât l’un des deux attributs de sa
citoyenneté, à savoir l’écriture et la lecture. Aux
écrivains de formuler des idées, aux lecteurs d’en
apprécier le bien-fondé. Portés par l’autorité du mot
imprimé, les arguments se diffusaient en cercles concentriques et seuls les
plus convaincants l’emportaient.
En cet âge d’or de
l’écrit, les mots circulaient aussi par voie épistolaire. En
feuilletant l’épaisse correspondance de Voltaire, de Jean-Jacques
Rousseau, de Benjamin Franklin ou de Thomas Jefferson — soit une
cinquantaine de volumes pour chacun d’eux —, on plonge au
cœur de la république des lettres. Ces quatre écrivains
débattaient des sujets cruciaux de leur époque dans un flux de
courriers ininterrompu qui, reliant l’Europe et l’Amérique,
présentait déjà toutes les caractéristiques d’un
réseau d’informations transatlantique.
J’affectionne tout
particulièrement la correspondance entre Jefferson (1743-1826) et James
Madison (1751-1836). Ils aiment à parler de tout, notamment de la
Constitution américaine en cours de rédaction, à laquelle le
second prête la main à Philadelphie pendant que Jefferson
représente la toute jeune république à Paris. Ils parlent aussi
de livres, car le second adore courir les librairies de la capitale, et il
achète souvent des ouvrages pour son ami. L’Encyclopédie
de Denis Diderot compte au nombre de ses emplettes. Jefferson croit avoir fait
une affaire ; il a confondu une réédition avec le tirage
original...
Deux futurs présidents des Etats-Unis
qui discutent de livres sur la Toile des Lumières, l’image est
saisissante. Mais, avant de s’y abandonner, il importe de souligner que la
république des lettres n’était démocratique que dans ses
principes. En réalité, elle appartenait aux riches et aux
aristocrates. Dans l’impossibilité de vivre de leur plume, la plupart
des écrivains se voyaient contraints en effet à courtiser les
puissants, à solliciter des sinécures, à mendier une place dans
quelque journal contrôlé par l’Etat, à ruser avec la
censure et à se frayer un chemin à travers les salons et les
académies, là où se faisaient et se défaisaient les
réputations. Impuissants à déjouer les humiliations que leur
infligeaient leurs protecteurs, ils s’en prenaient les uns aux autres,
comme en témoigne la querelle entre Voltaire et Rousseau.
Après avoir lu le Discours sur
l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les
hommes de Rousseau, l’auteur de Candide lui écrit en
1755 : « J’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre
contre le genre humain. (...) On n’a jamais employé tant
d’esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de
marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. »
Rousseau lui répondra cinq ans plus tard :
« Monsieur, (...) je vous hais. »
Les différences sociales exacerbaient
les conflits personnels. Loin de fonctionner comme une agora égalitaire, la
république des lettres souffrait d’un mal qui rongeait toutes les
sociétés du XVIIIe siècle : les privilèges. Ces
derniers ne se limitaient pas à la sphère aristocratique. En France,
ils s’appliquaient aussi au monde des idées, notamment aux imprimeurs
et aux libraires, dominés par des guildes en situation de monopole, ainsi
qu’aux livres eux-mêmes, qui ne pouvaient paraître qu’avec
l’accord du roi et l’approbation de la censure.
On peut analyser ce système en se
référant à la sociologie du savoir, et plus particulièrement
au concept développé par Pierre Bourdieu de la littérature comme
un champ dans lequel les positions concurrentes suivent les règles
d’un jeu plus ou moins autonome vis-à-vis des forces dominantes de la
société.
Nul besoin pourtant de souscrire à
l’école bourdieusienne pour constater que la vie littéraire
n’a pas grand-chose à voir avec les idéaux des Lumières. En
dépit de ses principes généreux, la république des lettres
composait un monde clos, inaccessible aux non-privilégiés. Et,
cependant, les Lumières m’apparaissent toujours comme le meilleur
plaidoyer en faveur de l’ouverture en général et d’un
libre accès aux livres en particulier.
Aujourd’hui, dans le monde des
bibliothèques de recherche et du virtuel, les principes et la
réalité se contredisent-ils comme ils le faisaient au XVIIIe
siècle ? L’une de mes collègues raconte avoir souvent
entendu cette remarque condescendante dans les soirées où elle
apparaissait : « Une bibliothécaire, comme c’est
sympathique... Dites-moi, à quoi cela ressemble d’être
bibliothécaire ? » Elle y répond
invariablement : « C’est avant tout une affaire
d’argent et de pouvoir. »
La plupart d’entre nous ne demandent
pourtant qu’à souscrire aux principes qui fondent nos grandes
bibliothèques publiques. « Libre à tous », peut-on
lire au-dessus de l’entrée de la bibliothèque de Boston. Dans le
marbre de celle de New York, une citation de Jefferson est gravée en
lettres d’or : « Je considère
l’éducation comme le meilleur moyen d’améliorer la
condition humaine, promouvoir la vertu et assurer le bonheur des
hommes. »
Notre république s’est bâtie
sur le même socle que la république des lettres :
l’éducation. Pour Jefferson, les Lumières tiraient leur
éclat des écrivains et des lecteurs, des livres et des
bibliothèques — surtout celles du Congrès, de Monticello
(où résidait Jefferson) et de l’université de Virginie.
Cette confiance dans le pouvoir émancipateur des mots est inscrite dans le
premier chapitre de la Constitution américaine, qui subordonne les droits
d’auteur — reconnus seulement « pour une durée
limitée » — au principe supérieur du
« progrès de la science et des arts utiles ».
Les Pères fondateurs reconnaissaient le droit des auteurs à obtenir
une juste rétribution pour leur travail intellectuel, mais soulignaient la
prééminence de l’intérêt général sur le
profit individuel.
Comment jauger le poids respectif de ces deux
valeurs ? Les auteurs de la Constitution n’ignoraient pas que la
notion de copyright avait été inventée en Grande-Bretagne en
1710, dans le cadre de la loi dite « Statute of Anne ».
Cette législation visait à limiter la toute-puissance des
éditeurs et à « encourager
l’éducation ». Elle accordait aux auteurs la pleine
propriété de leur œuvre pour une période de quatorze ans
renouvelable une fois seulement. Les éditeurs tentèrent de
défendre leur monopole en arguant d’un droit de publication exclusif
et perpétuel, garanti selon eux par le droit coutumier. Saisis à
plusieurs reprises, les tribunaux leur donnèrent définitivement tort
en 1774 dans l’affaire Donaldson contre Becket.
Lorsque, treize ans plus tard, les
Américains rédigèrent leur Constitution, ils empruntèrent le
point de vue qui dominait alors en Grande-Bretagne. Un délai de vingt-huit
ans semblait bien assez long pour préserver les intérêts des
auteurs et des éditeurs. Au-delà, c’est
l’intérêt public qui devait prévaloir. En 1790, le premier
Copyright Act — conçu lui aussi pour « encourager
l’éducation » — s’inspirait du modèle
britannique en adoptant une période de quatorze ans renouvelable une seule
fois.
Sur quelle durée s’étend le
copyright de nos jours ? Selon la loi de 1998, le Sonny Bono Copyright Term
Extension Act (appelée aussi « loi Mickey » car le
personnage fétiche de Disney menaçait alors de tomber dans le domaine
public), le droit d’auteur s’applique à une œuvre aussi
longtemps que son auteur est en vie, puis encore soixante-dix ans après sa
mort. Dans les faits, cela veut dire que l’intérêt particulier
de l’auteur et de ses ayants droit balaie toute autre considération
durant plus d’un siècle. La grande majorité des livres
américains publiés au cours du XXe siècle ne sont donc
toujours pas tombés dans le domaine public. Sur Internet, le libre
accès à notre héritage culturel ne s’exerce
généralement que pour les œuvres antérieures au 1er janvier
1923, date à compter de laquelle la plupart des éditeurs font courir
leur copyright. Et il en sera ainsi pour un bon moment encore — à
moins, bien sûr, que des groupes privés prennent en charge la
numérisation de la marchandise, la conditionnent et la commercialisent dans
l’intérêt bien compris de leurs actionnaires. Pour
l’instant, nous en sommes à cette situation absurde où
Babbitt, le roman de Sinclair Lewis publié en 1922, appartient au
domaine public, alors qu’Elmer Gantry, paru en 1927, reste
verrouillé par le copyright jusqu’en 2022 (1).
Passer des grands principes proclamés
par les Pères fondateurs aux mœurs de l’industrie culturelle
d’aujourd’hui, c’est tomber du ciel des Lumières dans le
marigot du capitalisme global. Si l’on utilisait la sociologie du savoir
pour examiner les temps présents — à la manière de
Bourdieu —, on constaterait que nous vivons dans un monde régi
par Mickey.
La république des lettres
s’était professionnalisée en une république du savoir
(lire « 26 000 dollars
l’abonnement »), la voilà qui s’ouvre
aux amateurs — au meilleur sens du terme, amoureux de la connaissance
parmi les simples citoyens. L’ouverture s’opère partout par
l’accès à des articles numérisés mis gratuitement en
ligne sur des sites tels que ceux d’Open Content Alliance, d’Open
Knowledge Commons, d’OpenCourseWare ou d’Internet Archive, ou sur
des sites ouvertement amateurs tels que Wikipédia. La démocratisation
du savoir est désormais à portée de main, du moins en
matière d’accès aux sources. L’idéal des
Lumières ne pourrait-il pas devenir réalité ?
A ce stade, le lecteur est en droit de se
demander si je ne suis pas en train de sauter d’un exercice typiquement
américain, la jérémiade, à un autre, tout aussi ancré
dans nos manies, l’enthousiasme naïf. Je suppose qu’il y aurait
sans doute moyen de combiner les deux dans une démarche dialectique, si le
danger de la marchandisation ne nous menaçait pas. Quand des entreprises
comme Google considèrent une bibliothèque, elles n’y voient pas
nécessairement un temple du savoir. Mais plutôt un gisement de
« contenus » à exploiter à ciel ouvert.
Bâties au cours des siècles au prix d’une énorme
dépense d’efforts et d’argent, les collections des
bibliothèques peuvent être numérisées à grande
échelle pour un coût modique — quelques millions de dollars,
peut-être, une somme dérisoire en tout cas si on la compare à
l’investissement qui permit leur développement.
Les bibliothèques existent pour
promouvoir un bien public : l’« encouragement à
apprendre », un apprentissage « ouvert à
tous ». Les entreprises sont créées pour rapporter de
l’argent à leurs actionnaires — tant mieux, sans doute, si
l’on considère qu’une économie de profits
bénéficie aussi à l’intérêt général.
Cependant, si nous autorisons la commercialisation des fonds de nos
bibliothèques, nous risquons de ne pas pouvoir surmonter une contradiction
fondamentale. Numériser les collections et les vendre en ligne sans se
préoccuper d’offrir un accès libre à tous reviendrait
à répéter l’erreur qui fut commise avec les revues
scientifiques laissées en gestion aux éditeurs privés, mais
à une échelle infiniment plus vaste puisque cela ferait
d’Internet un outil de privatisation du savoir public. Nulle main
invisible alors pour atténuer le gouffre entre intérêt
général et intérêt privé. Seul le public serait
habilité à le faire, mais qui le représente ? Sûrement
pas les législateurs qui ont adopté la « loi
Mickey ».
On ne peut légiférer sur les
Lumières, mais on peut fixer des règles du jeu permettant de
protéger l’intérêt public. Les bibliothèques
représentent cet intérêt. Ce ne sont pas des entreprises, mais
elles doivent amortir leurs coûts. Elles ont besoin d’un plan
d’action. Leur stratégie n’est pas sans évoquer la devise
utilisée par le fournisseur d’électricité Con Edison à
l’époque où il ouvrait les rues de New York pour brancher les
bâtiments : « Creuser nous devons. »
Adaptée aux bibliothécaires : « Numériser nous
devons. » Mais pas de n’importe quelle façon. Il faut
le faire dans l’intérêt public, c’est-à-dire en
gardant la responsabilité des contenus devant les citoyens.
Il serait naïf d’identifier la
Toile aux Lumières. Tout juste offre-t-elle un moyen de diffuser le savoir
bien plus largement que ce qu’espérait Jefferson. Mais pendant
qu’Internet se construisait pas à pas, hyperlien par hyperlien, les
grandes entreprises ne sont pas restées inertes sur le bord du chemin.
Elles veulent contrôler le jeu, s’en emparer, le posséder. Elles
rivalisent les unes avec les autres, bien sûr, mais en y mettant une
férocité telle que les moins coriaces disparaissent. Leur combat pour
la survie a donné naissance à une oligarchie au pouvoir
démesuré, dont les intérêts diffèrent très
sensiblement de ceux du public.
Nous ne pouvons rester les bras croisés
à attendre que les groupes privés mettent le bien public en coupe
réglée. Certes, nous devons digitaliser. Mais nous devons surtout
démocratiser, c’est-à-dire généraliser
l’accès à notre héritage culturel. Comment ? En
réécrivant les règles du jeu, en subordonnant les
intérêts privés à l’intérêt public, en nous
inspirant des premiers républicains pour instaurer une république
numérique du savoir.
D’où viennent ces élans
utopistes ? De Google. Il y a quatre ans, cette entreprise a commencé
à numériser des ouvrages figurant au catalogue des bibliothèques
universitaires, mettant en ligne des travaux de recherche en version
intégrale et rendant disponibles des titres tombés dans le domaine
public sans demander un centime aux amateurs. Il est désormais possible,
par exemple, de consulter et de télécharger gratuitement une copie
numérique de l’édition originale de Middlemarch, le
chef-d’œuvre de la romancière George Eliot paru en 1871,
déposée à la Bodleian Library à Oxford. Tout le monde en a
tiré avantage, y compris Google, qui empochait la recette des
publicités, d’ailleurs relativement discrètes, diffusées
sur sa page Google Book Search.
La société a aussi
numérisé un nombre toujours croissant de livres protégés par
le copyright, dont elle a mis en ligne des extraits pour faciliter les
recherches d’internautes. Or, en septembre et octobre 2005, un
collectif d’auteurs et d’éditeurs épouvantés par ce
manque à gagner a intenté une class action (action en nom
collectif) contre Google au nom de la défense de leurs droits patrimoniaux.
Le 28 octobre 2008, à l’issue d’interminables
négociations, les deux parties ont convenu d’un accord, qui
n’attend plus désormais que l’approbation d’un tribunal
de New York (2).
Un seul ordinateur
pour les usagers
Il prévoit la création d’une
entreprise baptisée Book Rights Registry (« registre des droits
afférents aux livres ») chargée de représenter les
intérêts des auteurs et éditeurs détenteurs de copyright.
Google rendra payant l’accès à une gigantesque base de
données composée, pour commencer, de titres épuisés fournis
par les bibliothèques universitaires. Lycées, universités et
collectivités diverses pourront s’y connecter en achetant une
« licence institutionnelle ». Une autre licence, dite
« d’accès public », sera délivrée aux
bibliothèques publiques et donnera gratuitement accès à la base,
mais sur un seul ordinateur. Au cas où un usager mécontent refuserait
de faire la queue dans l’espoir que le poste convoité se libère,
on a pensé bien entendu à un service payant sur mesure, la
« licence consommateur ». Google s’engage par ailleurs
à coopérer avec le Book Rights Registry en vue de répartir les
revenus ainsi générés, soit 37 % pour elle-même et
63 % pour les détenteurs de copyright.
Parallèlement, l’entreprise
poursuivra sa mise en ligne d’ouvrages du domaine public et qui resteront,
eux, téléchargeables gratuitement. Sur les sept millions de titres que
le groupe affirme avoir numérisé avant novembre 2008, il faut
compter un million de livres « publics », un autre million
sous copyright et toujours disponibles en librairies, et enfin cinq millions que
le copyright « protège » également mais qui sont
épuisés ou introuvables. C’est cette dernière
catégorie qui fournira la grande masse des biens commercialisables par voie
de « licence ».
Nombre d’ouvrages sous copyright
resteront toutefois exclus de la base de données, à moins que leurs
auteurs, ayants droit ou éditeurs en décident autrement. Ils
continueront donc à être vendus sous forme papier, à
l’ancienne, ou feront l’objet d’une commercialisation en
format numérique, soit pour être téléchargés via la
« licence consommateur », soit pour être
conditionnés sous forme de livres électroniques
(e-books).
Bref, après avoir lu l’accord
passé entre Google, les auteurs et les éditeurs, et s’être
imprégné de sa philosophie — ce qui n’est pas une
tâche facile puisque le document s’étire sur cent trente-quatre
pages et quinze appendices —, on en reste bouche bée :
voici posées les fondations de ce qui pourrait devenir la plus grande
bibliothèque du monde. Une bibliothèque numérique, certes, mais
qui battrait à plate couture les établissements les plus prestigieux
d’Europe et des Etats-Unis. De surcroît, Google se hisserait au rang
de plus grand libraire commercial de la planète — son empire
numérique reléguerait Amazon au rang de boutique de
quartier.
Comment rester indifférent à la
perspective de voir les richesses des plus grandes bibliothèques
universitaires américaines à portée de clic de tous les
internautes du monde ? Non seulement la sorcellerie technologique de Google
permettrait à chaque lecteur d’accéder aux livres qu’il
désire, mais elle ouvrirait aussi des possibilités de recherche
inépuisables. Sous certaines conditions, les établissements
associés au projet seront en mesure d’utiliser des copies
numériques d’ouvrages perdus ou abîmés pour renouveler
leurs stocks. Google s’engage par ailleurs à proposer les textes de
manière à les rendre accessibles aux lecteurs
handicapés.
Malheureusement, la promesse faite par
l’entreprise de garantir un accès libre à ses fichiers sur un
seul terminal d’ordinateur dans chaque bibliothèque publique a peu de
chances de satisfaire la demande, surtout dans les établissements les plus
visités. Elle est en outre assortie d’une restriction : les
lecteurs désireux d’imprimer un texte sous copyright ne pourront le
faire qu’en échange d’espèces sonnantes et
trébuchantes. Il n’empêche, les petites bibliothèques
municipales disposeront désormais d’un fonds virtuel plus important
que la grande bibliothèque centrale de New York. Oui, Google pourrait bel
et bien réaliser le rêve des Lumières.
Mais le fera-t-il ? Les philosophes du
XVIIIe siècle considéraient les situations de monopole comme le
principal obstacle à la diffusion du savoir — ils en voulaient
notamment à la Compagnie des imprimeurs de Londres et à la Guilde des
libraires de Paris, qui se dressaient contre la libre circulation des
livres.
Invulnérable
à toute forme de concurrence
Google n’est pas une guilde et ne se
conçoit pas comme un monopole. La société poursuit même un
objectif louable, qui est de promouvoir l’accès à
l’information. Mais l’accord qu’elle a signé la rend
invulnérable à toute forme de concurrence. La plupart des auteurs et
des éditeurs qui ont un copyright à faire valoir aux Etats-Unis sont
automatiquement couverts par ce document. Ils peuvent évidemment choisir de
s’exclure du dispositif mais, quoi qu’ils fassent, aucun autre
projet de numérisation ne pourra voir le jour sans obtenir l’aval de
chacun des ayants droit, autant dire une mission impossible. Si
l’opération de Google reçoit la bénédiction des juges
— un processus qui pourrait prendre encore deux ans —, le
géant californien aura la mainmise numérique sur presque tous les
livres parus aux Etats-Unis.
Cette issue n’était pas
inévitable. Nous aurions pu créer une bibliothèque numérique
nationale, équivalent moderne de la bibliothèque d’Alexandrie.
Pendant que les pouvoirs publics bayaient aux corneilles, Google est passé
à l’initiative. L’entreprise n’a pas cherché à
plaider devant les tribunaux. Elle a simplement scanné des livres, et
l’a fait si efficacement que d’autres se sont pris de gourmandise
pour les profits qui en découleraient. On ferait fausse route en raillant
l’aspiration des auteurs et éditeurs à percevoir les droits qui
leur sont dus, tout comme il faut se garder de juger trop hâtivement les
arguments de leur class action. Cependant, en attendant que les juges de
New York se prononcent, il est indiscutable que l’accord en jeu a pour
objet la répartition des profits, non la défense de
l’intérêt public.
L’un des effets imprévus de cette
affaire, c’est que Google va effectivement se retrouver en position de
monopole — d’un nouveau genre, exercé non pas sur l’acier
ou les bananes, mais sur l’accès à l’information.
L’entreprise ne compte aucun rival sérieux. Microsoft a renoncé
depuis plusieurs mois à son propre projet de numérisation de livres,
et les autres sociétés présentes sur le marché, comme Open
Knowledge Commons (ex-Open Content Alliance) ou Internet Archive, sont
insignifiantes au regard de Google. Cette dernière est la seule à
disposer des moyens nécessaires pour numériser à une échelle
aussi gigantesque. Grâce à l’arrangement qu’elle a
négocié avec les auteurs et les éditeurs, elle peut donner sa
pleine puissance financière tout en restant dans le périmètre de
la légalité.
Ce qu’a fait Google jusqu’à
présent suggère que l’entreprise n’abusera pas de son
pouvoir. Mais que se passera-t-il lorsque ses dirigeants actuels vendront leurs
parts ou prendront leur retraite ? Les tarifications prévues pour
l’accès à la future base de données numérique
fournissent un premier élément de réponse à cette question.
L’accord tel qu’il a été conclu laisse en effet les
coudées franches à la société pour renégocier le prix
des licences avec chacun de ses clients, même si elle s’engage à
observer deux principes généraux : « 1.
L’ajustement des revenus versés aux ayants droit pour chaque ouvrage
et chaque licence en fonction de l’indice du marché ; 2.
L’assurance d’un large accès au public, notamment aux
établissements d’enseignement
supérieur. »
Que se passera-t-il si Google privilégie
ses profits au détriment de son public ? Rien, si l’on en croit
les dispositions de l’accord. Seul le Book Rights Registry, agissant au
nom des ayants droit, pourrait imposer de nouveaux tarifs à la
société, mais il paraît peu probable qu’il objecterait
à des prix trop élevés. Google peut opter pour une tarification
généreuse. Mais rien ne l’empêcherait d’emprunter une
stratégie comparable à celle des éditeurs de revues
scientifiques : d’abord, appâter le client par une offre
attractive, puis, une fois que celui-ci a mordu à l’hameçon,
faire grimper les prix aussi haut que possible.
Les partisans du libre-échange
rétorqueront que le marché se régulera de lui-même. Si
Google a la main trop lourde, les consommateurs annuleront leurs abonnements et
les prix baisseront en conséquence. Mais il n’y a pas de
corrélation directe entre l’offre et la demande dans les
mécanismes qui président à l’attribution des licences
institutionnelles, du moins ainsi que l’envisagent les signataires de
l’accord. Etudiants, professeurs et bibliothécaires ne mettront pas
eux-mêmes la main à la poche.
Ce sont les bibliothèques qui
règleront la note et, si elles échouent à trouver les fonds
nécessaires pour renouveler leur abonnement, elles risqueront de
s’attirer les protestations des lecteurs devenus
« accros » aux services de Google. Elles
préféreront alors rogner sur leurs autres dépenses, en
réduisant par exemple les acquisitions de livres sur papier, ainsi
qu’elles l’ont déjà fait lorsque les éditeurs ont
fait exploser les prix des périodiques spécialisés.
A défaut de pouvoir prédire
l’avenir, on peut seulement lire attentivement les termes de
l’accord et en tirer quelques hypothèses. Si Google rend accessible,
à un prix raisonnable, les fonds cumulés de toutes les grandes
bibliothèques américaines, on ne mégotera pas sur nos
applaudissements. Après tout, n’est-il pas préférable de
disposer d’un immense corpus de titres, fût-ce à un prix
élevé, que de n’avoir accès à rien ? Sans doute,
mais l’accord de l’automne 2008 bouleverse radicalement le monde
numérique en concentrant tous les pouvoirs entre les mains d’une
seule entreprise.
Si l’on excepte Wikipédia, Google
contrôle déjà l’accès à l’information en
ligne de la grande majorité des Américains, qu’ils cherchent un
article, une photographie, une machine à laver ou un ticket de cinéma.
Sans compter les services annexes au célèbre moteur de
recherche : Google Earth, Google Maps, Google Images, Google Labs, Google
Finance, Google Arts, Google Food, Google Sports, Google Health, Google
Checkout, Google Alerts et autres dérivés en cours
d’élaboration. A présent, Google Book Search est sur le point
d’inaugurer la plus grande bibliothèque et le plus important magasin
de livres de l’histoire.
Quelle que soit la manière
d’interpréter cet accord, ses dispositions s’imbriquent de
manière si inextricable qu’elles s’imposent en bloc.
Aujourd’hui, ni Google, ni les auteurs, ni les éditeurs, ni la cour
de district de New York ne sont en mesure d’y apporter des changements
notables. C’est un tournant majeur dans le développement de ce que
nous appelons la société de l’information. Si nous ne
rééquilibrons pas la balance, les intérêts privés
pourraient bientôt l’emporter pour de bon sur
l’intérêt public. Le rêve des Lumières serait alors
plus inaccessible que jamais.
Robert
Darnton.
Posté à 09:13 AM | En savoir plus | M'écrire | | mar. - juin 9, 2009Pierre Garcie Ferrande (réédition blog2005, revu en 2008)Je tiens ce blog
depuis 2004, ce n'est pas un carnet de bord, ce n'est pas non plus un billet
d'humeur quasi quotidien, pas non plus un journal personnel.
J'ai écrit à plusieurs reprises sur Pierre GARCIE-FERRANDE, cartographe. Ainsi je relie par cette page, les écrits fractionnés par chronologie. Une entrée Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Gilles-Croix-de-Vie et un lien me donne quelques devoirs de remettre ces textes dans l'ordre.......... et de vous livrer la raison qui me fait tenir ce blog : - les liens, ceux là mêmes qui nous lient, par delà le temps, par delà les mers, par delà les ondes. 2005/ 1er texte: PIERRE GARCIE-FERRANDE- 1483 Cartographe de génie - St gilles, à l'époque port extraordinairement vivant. Nous touchons à la fin du XVe siècle, et avec elle l'horizon du Bas-Poitou s'étend. On sort des limites étroites où se sont débattues trop souvent les jalousies de métier. C'est comme un grand rideau qui se déchire et découvre de nouvelles terres, de nouveaux peuples, un immense théâtre où nos aïeux vont porter leur activité et leur industrie. La terre est plus vaste qu'on osait le penser au moyen âge ; plus belle, plus riche qu'on ne l'avait rêvée. Par delà l'Océan, par delà cette ceinture de flots qui a si longtemps effrayé la hardiesse ignorante des navigateurs les plus aventureux, Christophe Colomb vient de découvrir l'Amérique, et tout un continent s'offre à l'admiration et à l'avidité des Européens. Placés sur le bord occidental de la France, en vue du Canada, les marins des Sables se confient à l'Océan, et vont chercher sous un autre ciel des richesses plus grandes. Leur port contient plus de navires que ceux de Nantes et de La Rochelle : on parle d'y créer une école de langues vivantes, et leurs hardis flibustiers font aux Espagnols une guerre sans trêve ni merci. Le port de Saint-Gilles rivalise avec celui des Sables, et dès 1483, jouit d'un renom mérité dans le monde maritime, par la publication du Grand Routier de mer de Pierre Garcie Ferrande, l'un de ses marins, d'origine espagnole ou portugaise (1). Fontenay-le-Comte, qui déjà fournissait de draps et de pelleteries une partie du Poitou, qui avait des relations de commerce avec l'Espagne, vit aussi dans cette révolution économique résultant de la découverte de l'Amérique la source de nouveaux profits (2). La boussole aurait été inventée en Chine par l’architecte, agronome, médecin et historien Shen Gua, vers le milieu du 11e siècle. Le savant avait découvert qu’une tige de magnétite, un métal ferreux, avait la propriété de s’orienter en direction du Nord magnétique de la Terre. Les marins chinois adoptèrent la boussole quelques années plus tard, vers la fin du 11e siècle, et la firent connaître à leurs homologues indiens et arabes, qui la transmirent à leur tour aux Européens. L’instrument européen, qu’on appelait alors marinette, consistait en une simple aiguille posée sur une tige de paille flottant sur l’eau. La boussole (http://rukautestu.vin.bg.ac.yu/bdd_image/1036_marco_polo_eclairagedocu.pdf que nous connaissons aujourd’hui est l’œuvre du Portugais Pierre Garcie Ferrande. Elle date de 1483. 2007, 2ème texte Abstract: Du nouveau sur Pierre Garcie-Ferrande : Dans un blog daté de 2005, j'affirme qu'il est forcément portugais.... Totalement intuitif comme raisonnement! Cependant, l'échange que je viens d'avoir avec une personne cherchant des renseignements supplémentaires m'a redonné de l'intérêt pour ce personnage extraordinaire et encore à découvrir. 3ème texte Abstract: Du nouveau sur Pierre Garcie-Ferrande : Je me suis posée la question assez récemment, c'est pourquoi je réédite ce blog. Les dates semblent correspondre...... J'aime les belles idées., et si Garcie-Ferrande était issue de l'école d'Henri le Navigateur Espagnol ou portugais? Ma réponse : forcément Portugais ! rédigea, calcula puis fit éditer "Le Grand Routier de la mer". Un grand marin En 1483 le climat tendu des royaumes catholiques encourageait les passages d'un pays à l'autre. Le 11 février 1483, alors que Pierre Garcie-Ferrande rendait possible l'impression du "Grand routier de la mer" l'inquisition s'installait en Espagne, qui se relevait d'une longue occupation. 1483, c'est aussi la création du Conseil de la Générale et Suprëme inquisition, le 11 février. Tomas de Torquemada est nommé inquisiteur général de la Castille le 2 Août. Les arabes ne furent chassés d'Espagne qu'en 1385 et les frontières entre les deux pays (Espagne et Portugal) restent flous car leur deux destins se séparent après une longue occupation commune. Ceci explique sans doute cela. Au royaume du Portugal, on découvrait de nouvelles terres, Henri le Navigateur( 1419-1460) roi du Portugal finance et conseille les explorateurs : il crée même une école. C'est un personnage extraordinaire, gouverneur de Ceuta il est nommé par le Pape gouverneur de l'Ordre du Christ, riche congrégation qui a hérité de l'ordre des templiers Qui est Henri Le Navigateur? "Selon João de
Barros, il commença à repeupler en 1416 un village,
Terçanabal, sur la péninsule de Sagres dans
l'extrême Sud-Ouest du Portugal. Ce village, qui sera bientôt
appelé Vila do Infante (la ville du prince), devint rapidement une base de
haute technologie (pour l'époque) avec un arsenal naval, un observatoire,
ainsi qu'ensuite une école pour l'étude de la géographie et la
navigation. Jehuda
Cresques, un cartographe connu y fut invité et compila les
connaissances ; il y obtint un poste permanent. Le port proche de Lagos
fournit un abri pratique et devint un centre de construction navale. En 1419, il fut nommé
gouverneur de l'Algarve, la province
où se trouve Sagres." Source
Wikipédia
Ce navigateur se situe à la croisée des mondes anciens et modernes. A sa manière, en homme d'expérience, il accomplit à l (Pierre-Garcie
Ferrande vu par Ion Olceanu, sculpteur
roumain)lui seul une véritable révolution dans la manière de "Piloter" et son souci de faire éditer cet ouvrage "Le Grand Routier de la mer" le place parmi ces hommes (particulièrement les cartographes et géographes) qui ne cessent de contribuer à la diffusion des connaissances. Si j'affirme forcément portugais, je n'ai évidemment aucune preuve. Chausser les lunettes d'hier pour voir aujourd'hui n'est pas si facile et bien malin qui se prévaut de ce talent sans faire d'erreur. Posté à 10:52 AM | En savoir plus | M'écrire | | lun. - mai 18, 2009philosophie /réédition 2006/ EpictèteLa plupart du temps, notre conduite se
mesure à l'aune de nos relations. Celui-ci est mon père ? Je dois
prendre soin de lui, lui céder en tout, supporter ses injures, ses coups.
« Mais, c'est un mauvais père ! » Eh bien, la
nature ne t'a pas fixé pour rôle de vivre avec un bon père, mais
avec un père. « Mon frère me fait du tort ! »
Alors garde, vis-à-vis de lui, le poste qui est le tien et ne te demande
pas comment il se conduit, mais comment, toi, tu dois te conduire pour suivre,
dans tes choix, ce qu'enjoint la nature. Personne ne te fera de mal, à
moins que tu n'y consentes ; le mal ne viendra que lorsque tu jugeras
qu'on te fait du mal. De la même façon, examine ce que doivent
être tes relations avec tes voisins, tes concitoyens, le gouverneur de ta
province, et tu sauras quelle conduite adopter à l'égard de chacun
d'eux.
MANUEL D'
EPICTETE,
(xxx)
Un ouvrage de première nécessité, comme une gourde d'eau, un canif, un peu de nourriture lorsque l'on part seul, en exploration. Posté à 11:37 AM | En savoir plus | M'écrire | | sam. - mai 16, 2009réedition 01/05/2006 "Antique chanson"Gainsbourg sans façon, des ronds dans la
surface glacée de la poésie
Eau.
Se
dit aussi d'une liqueur artificielle, exprimée de quelque plante, de
quelque drogue, ou tirée par l'alambic, ou composée de différents
sucs
:
Eau
rose. Eau de plantain. Eau de
chicorée.
Eau
de veau. Eau de
poulet,
Eau
d'ange. Eau de senteur. Eau de la Reine
d'Hongrie.
Eau
de fraises, de cerises, de
groseilles.
Eau
styptique. Eau vulnéraire. Eau clairette. Eau cordiale.
A me morfondre Dans quelque pub anglais Du cœur de Londres Parcourant l'Amour Mon- Stre de Pauwels Me vint une vision Dans l'eau de Seltz Tandis que des médailles D'impérator Font briller à sa taille Le bronze et l'or Le platine lui grave D'un cercle froid La marque des esclaves A chaque doigt Jusques en haut des cuisses Elle est bottée Et c'est comme un calice A sa beauté Elle ne porte rien D'autre qu'un peu D'essence de Guerlain Dans les cheveux A chaque mouvement On entendait Les clochettes d'argent De ses poignets Agitant ses grelots Elle avança Et prononça ce mot : Alméria Posté à 12:39 PM | En savoir plus | M'écrire | | ven. - mai 15, 2009Référent (réédition2005)Tyrannique par des acteurs qui se connaissent et
vivent entre eux.... Ainsi, le journal de Mode s'évertue à faire
passer une Mode pour naturelle et allant de soi, tel que « ce printemps les
jupes se portent aux genoux » ou « les chemises sont à dentelles
et romantiques ». La technique est simple, sous le ton de la confidence
caractéristique des magazines et des vendeuses, la rhétorique
introduit dans la Mode une série de fausses fonctions dont la fin est
évidemment de donner au signe de Mode la caution du
réel.
De l'extrême justesse de l'analyse. ".......la Mode s'appuie sur des tendances différentes à chaque saison et ce, afin de précipiter le renouvellement du vêtement qui, sans cela, serait trop lent s'il dépendait de la seule usure. Si de véritables enjeux économiques dirigent ce principe, il s'agit de voir quels sont les acteurs qui se cachent également derrière cette stratégie d'accélération du rythme de l'achat. Il s'agit, en quelque sorte, du principe éternel de la Mode que d'être une succession de flux et de reflux dont le rythme est aussi capricieux que répétitif. Ainsi, pour Barthes 8 , dans le système de la Mode, « le signe est arbitraire ». En effet, celui-ci est élaboré chaque saison, non par la masse de ses usagers, mais par une instance étroite qu'il appelle « fashion-group », c'est-à-dire tous les acteurs participants à la définition et à la production des collections et à leur communication, notamment la rédaction des journaux de mode. On peut parler de signe arbitraire dans la mesure où il n'est l'effet, ni d'une évolution progressive, ni d'un consensus collectif. Au contraire, il naît brusquement et tout entier, chaque saison, par décret. D'ailleurs, le signe de Mode se soustrait en quelque sorte au temps puisque la Mode n'évolue pas mais change en proposant chaque saison un lexique neuf. Par conséquent, l'institution d'une Mode relève davantage d'un acte tyrannique que d'un acte contractuel. La preuve en est la condamnation morale qui peut être manifestée face à une « faute » de mode. De sorte que, la Mode développe toute une rhétorique de la Loi du Fait, - il faut porter tels vêtements et telles couleurs-, d'autant plus impérative que l'arbitraire qu'elle doit rationaliser ou naturaliser est sans frein. Et justement, la Mode tire sa plus grande force dans le fait qu'elle parvient à rendre naturels et rationnels des signes déterminés pourtant de façon arbitraire et tyrannique par des acteurs qui se connaissent et vivent entre eux. En effet, elle s'emploie à donner à ses signes l'apparence de pures raisons. Ainsi, le journal de Mode s'évertue à faire passer une Mode pour naturelle et allant de soi, tel que « ce printemps les jupes se portent aux genoux » ou « les chemises sont à dentelles et romantiques ». La technique est simple, sous le ton de la confidence caractéristique des magazines et des vendeuses, la rhétorique introduit dans la Mode une série de fausses fonctions dont la fin est évidemment de donner au signe de Mode la caution du réel. Cette caution est d'autant plus précieuse que la Mode se sent toujours coupable de futilité et d'arbitraire.... Posté à 01:50 PM | En savoir plus | M'écrire | | dim. - mai 3, 2009Bazar (rédition octobre 2005)L'époque est emmêlée,
empêtrée, il n'y a jamais eu autant d'analyses, de réflexions de
stratèges, des moyens colossaux et rapides pour définir une fin et les
moyens. Le constat pourrait pourtant être simple, le futur est
derrière nous car dans le passé les réformes économiques
nécessaires, les prises de consciences culturelles , tout ceci est
restée sous le boisseau du conformisme
ambiant.
Et maintenant quel bazar mes amis. NDLB Et aujourd'hui encore plus qu'hier! et moins que demain
Posté à 12:28 PM | En savoir plus | M'écrire | | mar. - avril 28, 2009urbanisme, réédition 2005/maià lire avec attention, autant de mots,
autant de faux aveux qui pennnent u poids surprenant à l' heure ou les
banlieues ou les symboles de la propriété individuelle (voiture) de
l' économie (commerce) et de l'état (école) Brûlent dans les
banlieues.
François Bloch Lainé, né en 1912, a consacré près de soixante années au service de l'État et de la vie collective. Inspecteur des Finances depuis 1936, il fut résistant au côté du délégué clandestin de la France libre en France occupée. Après avoir dirigé le premier cabinet de Robert Schuman, il a été nommé directeur du Trésor en 1947. Il sera ensuite directeur général de la Caisse des dépôts, président du Crédit lyonnais et grand animateur du mouvement associatif, en tenant, par-dessus tout, à son indépendance. Rencontre avec un homme libre. Th. P. Entrons dans le vif de notre sujet: que pensez-vous, rétrospectivement, des "grands ensembles" que vous avez commandés ou financés en étant à la tête de la Caisse des dépôts? Ne croyez-vous pas qu'un autre urbanisme était alors possible? Pourquoi celui-ci s'est-il ainsi développé? François Bloch-Lainé: Il fallait construire vite et beaucoup, notamment à Paris et dans les grandes villes. Mis à la tête d'une institution financière qui sommeillait encore, avec des ressources - principalement les fonds des caisses d'épargne - qui augmentaient depuis peu, j'ai voulu contribuer fortement à la construction de logements sociaux pour remédier à leur désastreuse pénurie, après des décennies d'inaction, et pour faire face aux effets cumulés de l'accroissement de la population et de l'exode rural. C'était l'époque du célèbre appel de l'abbé Pierre. La Caisse des dépôts n'avait construit jusqu'alors que des immeubles bourgeois, à petites doses. Il lui fallait faire tout autre chose. Mais on partait sans grande préparation technique et avec peu de directives administratives. Comme les HLM, que nous financions par ailleurs, nous avons donc foncé dans ces "grands ensembles" qui ont été décriés après la bataille; en utilisant les terrains immédiatement disponibles, en expérimentant les plans et les techniques qui permettaient de livrer des logements modernes dans les moindres délais et aux moindres coûts. Aucun discours postérieur ne me fait regretter ce zèle et cette hâte. Il ne faut pas oublier les impératifs de l'époque. Le plus caractéristique a été celui de l'"opération million", qui visait à faire des F3 en moins de douze mois pour 1 million de centimes. C'était déjà plus prudent que les logements d'urgence lancés après l'hiver 1954. Mais cela produisait des barres et des tours qui n'ont pas toutes bien vieilli, posées là où il y avait de vastes terrains à vendre en devançant les plans d'urbanisme. On cherchait parfois la performance du côté de la préfabrication des éléments, avec des architectes qui n'avaient, jusqu'alors, que peu ou pas construit. Je noircis un peu le tableau, pour aller contre la facilité rétrospective des discours tenus aujourd'hui sur le discernement d'alors. En outre il me semble que Sarcelles, cet ensemble sur lequel on a dit tant de bêtises, a bien tenu le coup et reste honorable. Quelles étaient vos rétérences au départ? Avez-vous pris des exemples à l'étranger quant à l'habitat collectif? Pourquoi avoir privilégié les tours et les barres plutôt que de réaliser des pavillons, puisque le désir des Français en la matière - je cite l'enquête de Jean Stoezel, publiée en 1946 - place en tête la maison individuelle? F. B.-L: Plusieurs réponses à cette question qui a été développée plus tard devant l'opinion. Les terrains libres étaient rares. Nous n'étions pas en Suède avec de beaux espaces constructibles, comme il en existe autour de Stockholm. Et nous n'étions pas séduits par la solution britannique consistant à bâtir, de plus en plus loin des centres urbains encombrés, d'interminables chapelets de pavillons identiques. En nous référant à notre propre expérience d'avant guerre, nous critiquions la multiplication des pavillons de banlieue, où la vie ne nous paraissait pas, a priori, plus joyeuse que dans les immeubles à étages. Votre revue a consacré d'excellentes études à Le Corbusier. Sans entrer dans le détail de ses idées, les gens de ma génération étaient impressionnés par ses esquisses de Cité radieuse en réaction contre le désordre et l'encombrement des espaces urbains. Je me souviens notamment de la revue Plan, fondée vers 1930 par Philippe Lamour, dont les aperçus sur le sujet étaient très séduisants. Après être longtemps restés sur notre faim, quand nous avons enfin pu agir, nous adhérions sommairement à cette révolution proposée. "Le Corbu" (que Claudius Petit, son admirateur, a lui-même peu utilisé) a-t-il eu des idées fausses, ou celles-ci ont-elles été mal digérées par les praticiens auxquels nous avons eu recours? Je n'entrerai pas dans ce débat, sur lequel vous avez interrogé de meilleurs experts ou historiens. Je rappellerai seulement que, quels que fussent leurs inspirateurs, leurs écoles et même leur âge, les architectes en place au début des années 50 étaient en fait des débutants. On avait très peu construit durant les années 30. La reconstruction des villes détruites par la guerre ne leur avait pas donné, dans l'ensemble, beaucoup d'expérience. Un prix de Rome d'architecture comme Gustave Stoskopp, après s'être illustré sur un sujet d'exception, avait longtemps attendu avant d'opérer à grande échelle. Avec lui et Jacques-Hemi Labourdette, subitement chargé de Sarcelles, nous faisions quelques voyages à l'étranger, en quête d'expériences qui les influenceraient au retour. Léon-Paul Leroy qui était, auprès de moi le maître d'ouvrage, appréciait particulièrement ces deux maîtres d'œuvre en tant que conducteurs d'opérations. Mais, comme les autres opérateurs de qualité, dans l'urgence, ils tâtonnaient. A vrai dire, les exemples des grandes villes européennes - je mets à part des merveilles américaines - n'étaient pas éblouissants. Chez nous, les progrès ont résulté de tout à la fois: de l'élaboration tardive des plans d'aménagement urbain, dont celui de Paris, qui ont mieux localisé les efforts, des enseignements tirés de l'action au jour le jour, de la plus grande place faite aux maisons individuelles là où l'on pouvait les disposer logiquement et agréablement; en un mot, du temps qui a toujours été nécessaire à la réussite des agglomérations humaines. Pouvait-on exceller en bâtissant des villes neuves en dix ans? J'espère qu'avec le recul on reconnaîtra que nous ne nous sommes pas trop mal tirés de ce défi. En outre, il ne faut pas confondre les données de notre problème d'alors avec les phénomènes sociaux postérieurs qui ont affecté les banlieues et font les principaux problèmes d'aujourd'hui. Pour ce qui est de l'évolution de l'architecture au cours des décennies suivantes, particulièrement en matière d'immeubles collectifs, je me méfie de la sévérité et de l'incompréhension habituelles des anciens à l'égard des jeunes. Mais je dois dire que je n'éprouve pas beaucoup de honte rétrospective en contemplant l'évolution esthétique dans ce domaine. Dans un ouvrage postérieur à votre aventure, Profession: fonctionnaire, vous dites en évoquant Sarcelles: "Autre moralité de l'histoire, la technocratie des promoteurs est infirme sans la démocratie des habitants", formule qui, vingt ans plus tard, a encore plus de poids, non? F. B.-L.: J'aurais beaucoup à dire de mes regrets et de mes déceptions sur ce sujet. En bref, deux observations qui se complètent, à partir de mes souvenirs. D'abord, un reproche à l'égard des sociologues. Je ne pense pas être injuste en disant qu'aucun d'eux ne m'a aidé à temps, ne m'a dit, avant de multiplier les critiques après coup, ce qu'il fallait faire pour corriger la bonne conscience des techniciens qui logeaient le peuple sans calcul ni profit, ce qu'il fallait faire exactement pour rectifier leur paternalisme serein, leurs certitudes peu discutées. J'ai tardé à pousser les initiatives au-delà de ce qu'ils faisaient spontanément, et qui n'était pas négligeable, pour faire mûrir plus vite des communautés nouvelles, pour tenir compte plus sûrement des premières réactions des habitants de fraîche date. C'est un peu derrière le dos de mes collaborateurs, mais pas d'assez bonne heure, que j'ai fait étudier en secret et proposer subitement la création d'associations de résidents, qui ont connu des avatars opportuns. Le problème n'est pas simple: comment partager les pouvoirs et les tâches entre les propriétaires-gérants, les élus municipaux et de tels groupements qui préfèrent naturellement les réclamations aux responsabilités. Il reste qu'on se trompe souvent quand, avec l'âme pure, on veut faire le bonheur des gens sans eux. Un souvenir, au passage: un jour, mes collaborateurs m'invitent au Théâtre des Champs-Elysées, où ils ont fait venir par autocars, des locataires, afin de leur offrir gratuitement un spectacle éducateur. C'était le premier essai d'une action intitulée "Culture et grands ensembles". Un peu épouvanté, j'ai stoppé ce zèle en porte-à-faux, si louable que fût l'intention. J'aurais beaucoup à dire sur la "démocratie au quotidien" et au plus près du terrain. Vous avez donc été déçu par l'apport des sociologues? F. B.-L.: A l'époque, oui; sur le sujet de l'habitat nouveau, précipité. Je ne veux ni actualiser ni généraliser cette déception. J'évoque encore un temps de balbutiements chez les sociologues et alentour. Pour compléter mon procès par une honnête confession, je rappellerai notre invention de la "prospective", avec Gaston Berger, dans les années 60. Ce que nous avons dit de l'urbanisme à l'époque n'était pas fameux. Et notre maître à penser, qui était alors directeur de l'Enseignement supérieur, ne nous a pas fait voir venir les suites du baby-boom et celles de l'accès très élargi aux lycées jusque dans les universités dont il était cependant chargé. Cela est rétrospectivement déconcertant. Que fait-on de mieux aujourd'hui, et avec qui, pour le progrès et la clairvoyance? Le goût des concepts, qui ne caractérise pas seulement les sociologues, ne se substitue-t-il pas trop à la prévision des faits? Il y a trente ans, les ingénieurs et les architectes, découvrant l'urbanisme, étaient souvent grisés par le verbe. J'espère qu'avec des chercheurs désormais plus anxieux des réalités, ils affrontent mieux des difficultés plus graves que celles que nous éprouvions avant de connaître les conséquences de l'immigration et des exclusions. En vous écoutant, je vois bien le sens éthique qui préside à votre conception du fonctionnaire. Autre exemple concret: quand vous avez pris la décision de déplacer les Halles du centre ancien de la capitale à Rungis, n'aviez-vous pas le sentiment de tuer un quartier historique, de briser une atmosphère populaire, avec ses métiers, ses argots, sa faune si bien décrite dans de nombreux romans sur le "ventre de Paris"? F. B.-L.: Je n'ai pas pris, à proprement parler, une telle décision. Avec le gouverneur de la Banque de France et le commissaire au Plan, appelés à financer la reconstruction sur place du marché de la viande, nous avons fait front à la puissante influence de la profession pour stopper une aberration. Dans le Paris moderne, il était absurde de transporter tant de denrées volumineuses et salissantes et d'aggraver l'enlaidissement d'un quartier historique. Il ne dépendait pas de nous qu'on bousculât moins le passé, qu'on ne fût pas aussi brutal que Haussmann l'avait été parfois auparavant. Vous évoquez à ce sujet - dont les implications sont limitées - le grand problème du juste rôle des fonctionnaires, qui m'importe fort. Au passage, j'exprimerai l'opinion que, si ceux-ci peuvent contrarier ou inspirer des décisions des politiques, avec les inconvénients que présente la froideur technicienne substituée à la sensibilité des élus ils ne doivent jamais se confondre avec eux. Aujourd'hui, c'est la confusion qui m'inquiète, non la substitution. Hauts fonctionnaires et gouvernants sont de plus en plus de la même espèce, sortis des mêmes moules et également "politisés". Or, le partage des fonctions, la différenciation des attitudes sont indispensables à la bonne marche de l'appareil public, comme à son "impartialité" dans l'intérêt des administrés. Il s'agit de compétences et de forces complémentaires, chacune à sa place, avec des règles du jeu bien claires. La distinction des parcours est nécessaire en matière urbaine comme dans la plupart des domaines, pour l'élaboration des décisions. Evidemment, le dernier mot appartient au politique. Mon inquiétude porte autant sur l'administration décentralisée que sur les services centraux. La décentralisation a souvent favorisé des roitelets locaux menant grand train, entourés de féaux. En développant auparavant des "administrations de mission" (pour l'équipement du territoire, le développement régional, etc.) à côté des "administrations de gestion", nous avions d'autres espérances, notamment celle d'associer davantage les forces de la "société civile", comme on dit, aux autorités instituées. La décentralisation devait s'effectuer non seulement à l'intérieur de l'appareil administratif, mais aussi hors de celui-ci, au bénéfice de ces autres "mineurs" restés trop longtemps en "tutelle" comme les collectivités locales, à savoir les libres groupements de citoyens. Pour le bon fonctionnement de la vie collective - et notamment pour la qualité des lieux de vie -, je plaide donc d'abord pour le respect d'un système bipolaire: gouvernants-fonctionnaires. Et, en outre, pour qu'il devienne le plus possible tripolaire, avec le développement de ce qu'on appelle aussi le "tiers secteur", celui qui associe aux efforts du Prince et de ses grands commis des organisations spontanées et autonomes. Il me semble que c'est de cette manière que les nations font le moins possible de bêtises et produisent le plus d'efforts. Ainsi, votre engagement personnel dans le mouvement associatif tend à rendre plus vivable notre monde? F. B.-L: C'est en effet l'ambition principale de mes dernières décennies. Mais il y a de tout dans le mouvement associatif, qui s'est quantitativement beaucoup agrandi depuis vingt ans, du dynamisme et des risques de sclérose. Il est difficile d'en parler en termes généraux et brefs. Je dois d'abord confesser qu'à la Caisse des dépôts j'ai donné un statut d'association à des entreprises administratives qui réunissaient des éléments divers pour des actions latérales plus qu'elles ne développaient, au sens démocratique, la cocitoyenneté des personnes physiques, plus qu'elles n'étaient de pures et vraies associations. Cette pratique assez fréquente depuis que les appareils publics se livrent à des opérations très diverses, peu traditionnelles, a des mérites et des torts. C'est pour favoriser des élans plus "autogestionnaires" dans la population qu'avec Jacques Delors et Philippe Viannay, à "Echange et projets", à partir de 1974, j'ai fondé l'ADAP (Association pour le développement des associations de progrès) qui, volontairement éphémère, a fait place à la FONDA (Fondation pour le développement de la vie associative) sous la direction de Frédéric Pascal, l'actuel président de la SCIC, auprès de la Caisse des dépôts. Ensuite, pendant dix ans, j'ai présidé l'UNIOSS (Union nationale interfédérale des organisations privées sanitaires et sociales). Parmi les progrès à accomplir dans les associations, alors qu'il faut remédier à tant de déchirures dans le tissu social, qu'il y a tant de trous à combler, il y a une marche difficile à poursuivre dans la conjugaison d'experts professionnels et de militants bénévoles, dans la mise à parité d'aidants et d'aidés, pour faire de tous des coparticipants à des tâches précises, dûment secondées et évaluées par les pouvoirs publics, dans le respect d'une autonomie qui est un facteur de dynamisme. La loi de 1901 n'a pas été faite exactement pour cela. Mais, très "compréhensive", elle s'y prête sans amendement dangereux. La reconnaissance d'utilité publique dont elle est assortie (inventée pour n'autoriser les "biens de main morte" qu'à bon escient, à l'époque où l'on combattait les congrégations religieuses) devrait faire place à une reconnaissance d'utilité sociale, difficile à bien concevoir et organiser. La réalité de la méthode associative est plus importante que l'énoncé de la forme associative. On avance pas à pas dans cette voie qui a été préconisée depuis plus d'un demi-siècle par des courants de pensée auxquels je reste fidèle depuis ma jeunesse. Avez-vous été influencé par l'école des cadres d'Uriage? F. B.-L.: Ce n'est pas à elle que je me réfère le plus volontiers. Sans désavouer des amis qui y étaient et auxquels je suis fidèle sans réticence: tels Hubert Beuve-Méry, Paul Delouvrier, Joffre Dumazedier, etc. Mais, à l'époque, j'étais en zone occupée. Si j'y avais été attiré par la poursuite qu'on y faisait de convictions antérieures à la guerre et distinctes des imbécillités de Vichy, j'aurais pris vite de la distance, comme l'ont fait ses nombreux fondateurs. Mais je reconnais encore la marque que j'ai reçue des idées "personnalistes et communautaires" développées autour de Emmanuel Mounier. Dans le sens des activités postérieures de Dumazedier (qui me flattait en me considérant comme un précurseur là où je n'étais que son aîné), j'avais consacré ma thèse de doctorat en droit, en 1935, à l'emploi des loisirs ouvriers et à l'éducation populaire. J'étais proche des fondateurs du Seuil, éditeurs qui ont eu un destin brillant en restant fidèles à leurs convictions. Grand ami de Delouvrier, mes actions ont été souvent liées aux siennes. Et j'ai toujours bien aimé Beuve-Méry. Je n'ai renié ni le scoutisme ni les "équipes sociales" de Robert Garric, malgré certains de leurs égarements dans les années noires. Pour revenir à l'essentiel, et je pense à vos préoccupations actuelles d'urbaniste, je privilégie toujours les structures fraîches qui servent ce que j'appelle le "qui-vive", c'est-à-dire la vigilante lucidité contre les mauvaises surprises. La critique doit être constamment en éveil. Or les institutions établies, avec leurs états de service et leur bonne conscience, commettent souvent de grandes erreurs. Elles doivent être constamment bousculées par des "forces vives" qui se renouvellent (qui ne restent vives qu'à la condition de se renouveler). On ne bâtit bien qu'exposé à la diversité, à la vitalité des libres opinions. Une question pour finir: ne faut-il pas que les meilleurs fonctionnaires soient nommés là où les "harmonisations" sont le plus malaisées, notamment dans les "quartiers difficiles"? F. B.-L.: Assurément. De haut en bas de l'échelle jusqu'au terrain. Il est absurde de placer des enseignants débutants, inexpérimentés, non éprouvés, dans les écoles où la besogne est la plus dure; des policiers non formés, non préparés, là où ça chauffe le plus. Cela est vrai pour tous ces médiateurs que doivent être les fonctionnaires les plus habiles, ceux qui ont appris à "faire-faire", travail qui nécessite plus de savoir-faire que pour faire. L'Administration doit investir ce qu'elle a de meilleur là où le rendement est le plus lent parce que le plus laborieux, là où il dépend le plus de l'aptitude à mobiliser les forces vives. C'est ce qu'une meilleure connaissance de la société, due à la formation préalable ou continue, sanctionnée par de plus fortes rémunérations et des avancements plus rapides, doit substituer à des négligences qui sont des abandons catastrophiques. L'avenir de notre vie urbaine, aujourd'hui en péril dans trop de lieux, en dépend. Il y a quarante ans, nous devions effacer d'autres ruines, remédier à d'autres carences. Mais je crois que, pour des objets différents, le cœur et les démarches nécessaires étaient les mêmes. Propos recueillis par Bernard Ecrement et Thierry Paquot le 29 mai 1995 ©Thierry Paquot Posté à 10:54 AM | En savoir plus | M'écrire | | sam. - avril 11, 2009Steve Reich, réédition 11 novembre 2006![]() source IRCAM http://mac-texier.ircam.fr/textes/c00000078/ En 1993, j'ai eu le privilège et la grande joie d'entendre l'oeuvre de Steve Reich à la MJC de Bobigny. Synopsis, source :La grotte de l'origine Anne Rothschild, Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme La thématique de The Cave La Bible raconte qu’Abraham acheta une grotte à Ephron le Hittite, afin d’y enterrer sa femme Sarah. La grotte des Patriarches, ainsi qu’elle fut nommée par la suite, ne servit pas seulement de sépulture à Sarah, mais également à Abraham et à leurs descendants. Selon des sources mystiques juives, cette grotte est aussi le lieu de passage vers le jardin d’Éden. Enfin, on dit qu’Adam et Ève y sont enterrés. La grotte possède également une grande signification religieuse pour les musulmans. Alors que les juifs sont descendants d’Abraham et de Sarah à partir de leur fils Isaac, les musulmans fondent leur descendance d’Abraham à partir d’Ismaël, le fils d’Abraham et d’Agar, servante de Sarah. Située dans la ville à majorité arabe de Hébron, à l’ouest du Jourdain, la grotte est aujourd’hui enclavée dans un secteur urbanisé et complètement inaccessible. Les vestiges des constructions qui l’ont surmontée témoignent d’une longue histoire de conflits d’appartenance. Théâtre musical basé sur des sources documentaires enregistrées en vidéo, sur la mélodie du discours de chaque individu, récit raconté du point de vue de trois cultures différentes, The Cave est divisé en trois actes. Dans chaque acte sont posées les mêmes questions à différents groupes de personnes : que représente pour vous Abraham ? Que représente pour vous Sarah ? Que représente pour vous Agar ? Que représente pour vous Ismaël ? Que représente pour vous Isaac ? Au premier acte sont interrogés des Israéliens, au deuxième des Palestiniens, et au troisième des Américains. Ce récit, qui nous tient en haleine, est aussi un vibrant appel à la réconciliation. The Cave de Steve Reich et Beryl Korot a été présenté en 1993 par le Festival d’Automne à Paris et la MC 93-Bobigny dans le cadre d’une coproduction internationale et en 2002-2003 au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme. Posté à 08:31 PM | En savoir plus | M'écrire | | lun. - avril 6, 2009Jouons ou le jeu de l'Aluette (réed 2007)JOUONS ! OU LE JEU DE
L'ALUETTE
Le jeu de l' Aluette est un ancien jeu, espagnol d'origine auquel je jouais souvent avec mon grand-père. L'aluette est un jeu social assez subtil, il se joue par deux contre deux, et l'on doit communiquer à son partenaire uniquement par de petits gestes que les adversaires ne doivent pas voir, afin que celui-ci joue à bon escient. Jeu de menteur, forme ancienne de poker. Deux d'écrit, quatre de denier, grand neuf, cavalière de denier et monsieur. ![]() La victoire assurée Posté à 11:17 AM | En savoir plus | M'écrire | | |
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Total entrées de la catégorie: Published On: sept. 30, 2009 09:08 AM |
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