alexandre grothendieck


alexandre grothendieck mathématicien français, toujours vivant quelque part en Ariège nous apprend quelque chose - c'est suffisamment rare pour être souligné


6.9. (13) force et épaisseur
Il est bien possible que l’incident que j’ai rapporté marque aussi le moment d’un basculement intérieur en
moi, vers une identification plus ou moins inconditionnelle avec la confrérie du mérite, aux dépens des gens
considérés comme nuls, ou simplement "sans génie" comme on aurait dit quelques générations avant (ce terme
n’était plus en vogue déjà de mon temps) : les gens ternes, médiocres - tout au mieux des "caisses de résonance"
(commeWeil a écrit quelque part) pour les grandes idées de ceux qui comptent vraiment. . . Le seul fait
que ma mémoire, qui si souvent agit en fossoyeur même pour des épisodes qui sur le moment mobilisent une
énergie psychique considérable, ait retenu cet épisode-là, ne se rattachent à aucun autre souvenir directement
lié, et se présentent sous une apparence tellement anodine, rend plausible ce sentiment d’un "basculement"
qui aurait eu lieu alors.
Dans une méditation d’il y a moins de cinq ans, j’ai d’ailleurs fini par me rendre compte que cette idéologie p. 30
du "nous, les grands et nobles esprits. . . ", sous une forme particulièrement extrême et virulente, avait sévi
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6. Le rêve et le Rêveur
en ma mère depuis son enfance, et domine sa relation aux autres, qu’elle se plaisait à regarder du haut de sa
grandeur avec une commisération souvent dédaigneuse, voire méprisante. Je vouais d’ailleurs à mes parents
une admiration sans réserve. Le premier et seul groupe auquel je me sois identifié, avant la fameuse "communauté
mathématique", a été le groupe familial réduit à ma mère, mon père et moi, qui avais eu l’honneur d’être
reconnu par ma mère comme digne de les avoir comme parents. C’est dire que les germes du mépris ont dû
être semés dans ma personne dès mon enfance. Le moment serait peut-être mûr de suivre les vicissitudes, à
travers mon enfance et ma vie d’adulte, de ces germes, et des récoltes d’illusion, d’isolement et de conflit en
quoi certains d’eux ont levé. Mais ce n’est pas le lieu ici, où je suis un dessein plus limité. Je crois pouvoir dire
que cette attitude de mépris n’a jamais pris dans ma vie une véhémence et une force destructrice comparables
à celles que j’ai vues dans la vie de ma mère, (quand je me suis donné la peine de regarder la vie de mes
parents, vingt-deux ans après la mort de ma mère, et trente-sept ans après celle de mon père). Mais c’est le
moment maintenant ou jamais d’examiner avec attention, ici, au moins qu’elle a été la place de cette attitude
dans ma vie de mathématicien.
Extrait de son livre, qui est facilement chargeable sur internet "RÉCOLTES ET SEMAILLES"

Un génie tout simplement

Posté le: jeu. - juin 12, 2008 à 10:51 AM | | | M'écrire | |


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