En réponse à "Le philosophe et la science" de M. Cornellier (publié le 3 octobre 98)



Les scientifiques sont très rarement illettrés. Les littéraires eux, sont souvent d'une inculture scientifique
navrante, candidement avouée, mais trop rarement corrigée.

Vous vous confortez de lire que les mathématiques soient «extrêmement difficile», votre
abdication devant celles-ci vous semble peut-être alors expliquée, voire pardonnée!

Pourtant, appréhender le réel en jonglant avec des «il y a» (seraient-ils de Lévinas) sans connaître
les résultats d'expériences décisives qui bouleversent notre conception de l'espace et du temps, relève
de la plus vaine fabulation. Cette ignorance est d'autant plus fâcheuse que certaines de ces expériences
sont déjà plus que centenaires.

Vous vous gaussez du manque de clarté de L.M. Vacher (qui, de même, se plaignait du caractère
obscur du discours philosophique). Votre cible? Une phrase qui selon vous «peut entraîner
une commotion
»! J'ai pourtant reconnu en ces mots que vous citez «Il en résulte que
le produit de la dispersion sur la mesure de la position par la dispersion sur la valeur de l'impulsion
ne peut pas être nul, mais
[...]» le début de l'énoncé du principe d'indétermination d'Heisenberg
que l'auteur de l'essai critiqué aurait eu avantage à exprimer en termes mathématiques:



Comme tout champ de création de l'esprit humain, les mathématiques et la physique ont leur
langue propre. Comment espérez-vous vous imprégner des grandes idées d'une culture étrangère si
vous n'en possédez pas les rudiments du vocabulaire?

Combien de fois croyez-vous que je doive relire une phrase de Marcuse, un couplet de Dante,
pour qu'ils présentent un sens à mon esprit encore peu familier? Vous attendez-vous à aborder
les sciences naturelles sans difficulté?

Sans reconnaissance de l'effort nécessaire, sans acceptation de l'éventuel échec, il n'y a pas
d'apprentissage possible.

Votre critique laisse le lecteur sur cette impression: Ce livre qui traite de l'importance de la
culture scientifique ne m'a pas convaincu et ce n'est sûrement pas dû au fait que j'en sois dépourvu
.
Ah bon. C'est contre le fait qu'un journal du calibre du vôtre puisse enfanter d'un article aussi pauvre
que je m'insurge. Un article où l'ignorance s'auto-justifie impunément (comme souvent lorsqu'elle glose).

Voilà l'histoire de deux solitudes, ou plutôt d'une seule: la vôtre. Je puis envisager lire "vos" grands
penseurs mais assurément pas vous, les nôtres.

Raymond Lutz
Drummondville


<maison>