Je serais un bon musicien
C'est ce que j'ai pensé il y a 15 ans, alors que j'étreignais Lucie, l'embrassant et la caressant. Elle
jouissait debout: ses jambes qui tremblaient ne la supportaient plus. L'image m'était venu à l'esprit parce
que je la tenais dans mes bras comme un gros instrument de musique, un espèce de saxophone géant dans lequel
j'enfouissais une langue débridée et dont je martelais, triturais, effleurais les touches avec virtuosité mais
aussi avec un abandon, une communion entière. Cet après-midi-là, le courant a passé. Il y a des baises
sublimes qui dépassent la poutine alimentaire, le "J'te gratte le dos - tu'm grattes le dos- on est don bin -
c'est don bon.... Brops...."
Et maintenant, apprenti musicien, je grattouille mon violoncelle depuis trois ans et trouve que la comparaison
n'est pas mauvaise. Celle entre jouer d'un instrument de musique et faire l'amour. Pour le moment j'en suis à
la documentation, au ba-ba de la musique. La technique ennuyeuse, aride mais nécessaire: avant de bien
"faire l'amour" il faut savoir être bon amant et c'est quand même au départ (au début de l'acte également) une question
de bons pitons sur lesquels il faut savoir appuyer. Une fois seulement la technique acquise, on peut la dépasser, la
transcender (comme on dit). Il y a beaucoup de bons instrumentistes mais plus rares sont les "vrais artistes"
qui ont plus que simplement des doigts virtuoses, une technique irréprochable mais aussi des tripes, un
coeur et une âme qui participent à l'acte de "jouer".
Mais pour le moment, j'en suis encore au repérage des zones érogènes: les baises mystiques viendront dans une
décennie ou deux, ou peut-être jamais.
Un mot: rétroaction. Ma prof de cello me rappelle souvent d'écouter mon violoncelle. C'est idiot, mais
on a tendance à l'oublier à toujours se concentrer sur ceci et cela (ai-je la bonne posture? respiration;
épaule relaxes; doigts ronds; assez d'archet; mon pouce! où est mon pouce?)
...inachevé ...