Une analyse incorrecte

Quoiqu'en disent les analystes de tout acabit (économistes qui savent formater une disquette, usagers chevronnés ou simples journalistes branchés), Apple profitera autant que Microsoft de l'alliance annoncée à la foire commerciale MacWorld de Boston.

Mais sa couverture par la presse est à ce point tendancieuse (sinon erronée) qu'une mise au point s'impose. D'abord, l'achat de 150 M$ de parts non-votantes n'est qu'accessoire et vient simplement sceller l'entente dont les termes majeurs sont: a) l'accord de partage mutuel de brevets passés et futurs et b) l'engagement de Microsoft de développer pour le Mac la suite d'applications Office.

L'accord sur les licences mutuelles cache en fait un règlement hors-cours des poursuites intentées dans le passé par Apple contre Microsoft concernant diverses violations de brevet. À cet égard, un montant tenu secret a été versé par Microsoft, qu'un représentant de la firme déclare comme non matériellement significatif. Il semblerait que ce litige ait connu un rebondissement en faveur d'Apple suite à la découverte d'éléments accablants pour Microsoft. Un procès risquant d'entacher son image de marque et une bataille juridique s'avérant longue et dispendieuse pour Apple, les deux parties ont décidé de régler à l'amiable. Qu'a obtenu Apple en échange? Un dédommagement monétaire et le deuxième volet majeur de l'entente du MacWorld: l'engagement touchant la suite Microsoft Office.

Cet engagement de Microsoft à développer l'ensemble des applications Office (Excel, Word, PowerPoint, etc..) est salutaire pour la compagnie Apple. Sur le point de mettre sur le marché son système d'opération "de nouvelle génération" appelé pour le moment Rhapsody, elle n'aurait très certainement pu sans cet accord pénétrer le marché corporatif qui a largement adopté la suite Office comme outil de productivité générale. La disponibilité de ces logiciels précis sur la future plate-forme Mac était une condition pour éviter son rejet par le monde des affaires, et de fait une condition à la simple survie d'Apple qui finalement y gagne beaucoup plus qu'il n'y paraît.

Signalons finalement au passage, sans les pouvoir développer faute d'espace, la future coopération entre les deux compagnies sur leurs machines virtuelles Java respectives (s'assurant de leur compatibilité) et la distribution convenue par Apple du navigateur web Internet Explorer de Microsoft, ententes aux conséquences néfastes pour Netscape et Sun notamment.

Rhapsody

On a rapporté dans un grand quotidien que tout autour de Rhapsody est encore trop vague et que le responsable d'un partenaire d'Apple a besoin de concret pour prendre la décision d'investir ou non dans le développement de programmes pour le nouveau système d'opération Rhapsody. À quel point est-on irresponsable lorsqu'on ignore que près d'une douzaine de ses concurrents ont déjà terminé leur application sur Rhapsody? En effet, ces développeurs enthousiastes démontraient leurs programmes sur le plancher même de l'exposition à l'aide de PowerMacs d'Apple équipés d'une version préliminaire du système Rhapsody. Que peut-il y avoir de plus concret? Et ces applications couvrent déjà la base des fonctions usuelles (chiffrier, traitement de texte, éditique etc...) et le font avec autant de brio (et même plus) que les meneurs des marchés correspondants (Excel, Word, QuarkExpress, PhotoShop, etc...) Ces partenaires qui hésitent encore à programmer pour Rhapsody ignorent-ils aussi que leur concurrents peuvent sans modifier une seule ligne de code recompiler leur application pour les distribuer aux ordinateurs équipés de Windows 95/NT, sans coût supplémentaire ? Eh oui, les applications Rhapsody compilées sur Mac peuvent être exécutées sur des PC, et avec une performance égale aux applications natives!

Rhapsody possède des avantages techniques considérables mais que je ne détaillerai pas ici, certains bénéficiant directement à l'usagers, d'autres aux programmeurs. Il importe d'insister que ce n'est pas un nouveau système d'opération, et c'en est heureux: il est notoire que les premières versions de tout nouveau logiciel sont criblées de bugs, seuls des cycles répétés de développement permettent d'affiner le produit et d'en extirper les erreurs, Rhapsody qui existe déjà en essence depuis près de 10 ans (nous vous laissez pas leurrer par le mythe de la vétusté!) est un produit stable qui a eu le temps de maturer, sans toute fois cesser de s'améliorer. Nous y reviendrons.

On reproche aussi à Apple d'avoir négligé la promotion de Rhapsody au MacWorld de Boston. Est-il nécessaire de préciser que le produit majeur de cette exposition était la version 8 de MacOS ? Et que ses ventes explosives (de quatre fois supérieures aux prévisions) fournissent un revenu vital à Apple d'ici la sortie commerciale de Rhapsody?

Êtes vous prêts à simultanément imprimer, formater un disque, télécharger un logiciel du net, éditer un fichier de 48 Mégaoctets avec un ordinateur n'en contenant que 32, sans devoir le redémarrer régulièrement et réinstaller le système d'opération de temps en temps? Soyez le. Dès Janvier.


L'auteur est depuis cinq ans programmeur dilettante sur OPENSTEP, essentiellement Rhapsody.


<maison>