Mais sa couverture par la presse est à ce point tendancieuse (sinon erronée) qu'une mise au point s'impose. D'abord, l'achat de 150 M$ de parts non-votantes n'est qu'accessoire et vient simplement sceller l'entente dont les termes majeurs sont: a) l'accord de partage mutuel de brevets passés et futurs et b) l'engagement de Microsoft de développer pour le Mac la suite d'applications Office.
L'accord sur les licences mutuelles cache en fait un règlement hors-cours des poursuites intentées dans le passé par Apple contre Microsoft concernant diverses violations de brevet. À cet égard, un montant tenu secret a été versé par Microsoft, qu'un représentant de la firme déclare comme non matériellement significatif. Il semblerait que ce litige ait connu un rebondissement en faveur d'Apple suite à la découverte d'éléments accablants pour Microsoft. Un procès risquant d'entacher son image de marque et une bataille juridique s'avérant longue et dispendieuse pour Apple, les deux parties ont décidé de régler à l'amiable. Qu'a obtenu Apple en échange? Un dédommagement monétaire et le deuxième volet majeur de l'entente du MacWorld: l'engagement touchant la suite Microsoft Office.
Cet engagement de Microsoft à développer l'ensemble des applications Office (Excel, Word, PowerPoint, etc..) est salutaire pour la compagnie Apple. Sur le point de mettre sur le marché son système d'opération "de nouvelle génération" appelé pour le moment Rhapsody, elle n'aurait très certainement pu sans cet accord pénétrer le marché corporatif qui a largement adopté la suite Office comme outil de productivité générale. La disponibilité de ces logiciels précis sur la future plate-forme Mac était une condition pour éviter son rejet par le monde des affaires, et de fait une condition à la simple survie d'Apple qui finalement y gagne beaucoup plus qu'il n'y paraît.
Signalons finalement au passage, sans les pouvoir développer faute d'espace, la future coopération entre les deux compagnies sur leurs machines virtuelles Java respectives (s'assurant de leur compatibilité) et la distribution convenue par Apple du navigateur web Internet Explorer de Microsoft, ententes aux conséquences néfastes pour Netscape et Sun notamment.
Rhapsody possède des avantages techniques considérables mais que je ne détaillerai pas ici, certains bénéficiant directement à l'usagers, d'autres aux programmeurs. Il importe d'insister que ce n'est pas un nouveau système d'opération, et c'en est heureux: il est notoire que les premières versions de tout nouveau logiciel sont criblées de bugs, seuls des cycles répétés de développement permettent d'affiner le produit et d'en extirper les erreurs, Rhapsody qui existe déjà en essence depuis près de 10 ans (nous vous laissez pas leurrer par le mythe de la vétusté!) est un produit stable qui a eu le temps de maturer, sans toute fois cesser de s'améliorer. Nous y reviendrons.
On reproche aussi à Apple d'avoir négligé la promotion de Rhapsody au MacWorld de Boston. Est-il nécessaire de préciser que le produit majeur de cette exposition était la version 8 de MacOS ? Et que ses ventes explosives (de quatre fois supérieures aux prévisions) fournissent un revenu vital à Apple d'ici la sortie commerciale de Rhapsody?
Êtes vous prêts à simultanément imprimer, formater un disque, télécharger un logiciel du net, éditer un fichier de 48 Mégaoctets avec un ordinateur n'en contenant que 32, sans devoir le redémarrer régulièrement et réinstaller le système d'opération de temps en temps? Soyez le. Dès Janvier.
L'auteur est depuis cinq ans programmeur dilettante sur OPENSTEP, essentiellement Rhapsody.
<maison>