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Luc Hurand
Le Défend
71200 ST SERNIN DU BOIS
Mme Catherine Trautmann
à la Mairie du village
67076 STRASBOURG CEDEX
Strasbourg, le 20 juin 2006
Recommandée AR
Madame,
Je viens, cinq ans après, rappeler à votre souvenir une affaire dont l'absence d'issue empêche depuis ses dizaines de victimes de vous considérer sous votre meilleur jour. Mais ma lecture de l'Histoire me convainc que c'est en tapant sur son propre électorat qu'on se fait le moins d'ennemis.
En juin 2001, une banque refusa le paiement de chèques émis par l'association de commerçants dont elle était membre. Cette association cessa alors ses activités, qui n'avaient duré que le temps de la campagne des élections municipales.
Soit S1, l'argent public versé à cette association, S2 ses ressources propres (carambouille), et S3 le trou de son compte bancaire. On obtient ·S, la somme dont on présume l'usage. Or, on ne vit que factures et salaires impayés. M. Roland Ries expliqua à la presse que le problème était dû à l'insuffisance de S1.
Il faudra qu'un âne soit un jour sénateur dans ce pays.
Si on examine le budget prévisionnel de la dernière "animation culturelle" de cette association, on constate la part anormale qu'y tiennent des travaux d'imprimerie tels que pochette de disque, guide du quartier, affiches, etc. Et ce fut une première dans l'histoire de la production discographique : on demanda à l'usine de livrer les disques sans pochettes, celles-ci devant être fabriquées dans l'imprimerie choisie par l'association. Or, les imprimeurs furent les seuls fournisseurs de l'opération à ne pas se manifester à l'heure des comptes. Il est donc probable qu'ils furent les seuls à être payés. Et cela dans une période où ceux qui votent les subsides sont ceux qui sollicitent le plus cette profession (à ce propos, je n'avais pas reçu votre tract entre les deux tours, et je n'ai pas lu que les accusations de fichage des abstentionnistes aient été lavées).
C'est ce que la brigade financière appellerait des indices tangibles; et les électeurs une casserole : inutile de formuler le soupçon, il apparaît comme le sourire sur le visage d'un bébé.
Il y avait donc une fois une association dont les membres du bureau avaient déjà démissionné, déclarant à la presse qu'ils n'arrivaient pas à savoir de quoi ils étaient complices; c'est ensuite qu'on vous vit défiler sous la pluie pour la soutenir.
Quand l'opacité n'est plus tenable légalement, on obtient le secret par la désignation d'un administrateur judiciaire. Dont une commission parlementaire a révélé que l'impôt qu'il payait pourrait financer chaque mois une opération comme celle dont il est ici question - surfacturations comprises. Cette même commission a échoué à faire voter par vos amis la réforme des tribunaux de commerce. Et pour cause. M. Montebourg, bien que ne connaissant pas alors l'affaire Aubert-Perben, aurait dû savoir qu'en dehors de leurs activités de prédateurs de l'écosystème, les administrateurs judiciaires servent aussi à enterrer les cadavres d'associations bidon ou de sociétés écrans.
La loi prononce l'intégrité des mandataires comme garantie de la procédure, tandis que la statistique les désigne comme la profession des «moutons noirs».
Dans notre affaire, des courriers ont été adressés à M. A. Zeller au sujet de ses fréquentations, à Mme F. Keller, comptable des dépenses engagées par son prédécesseur, à M. R. Grossmann, adjoint à la Culture, au banquier pour lui demander s'il était le signataire des chèques qu'il avait rejetés. Mais ces gens sont mutiques. Je ne parle pas des plaintes envoyées au procureur; quand on lit dans le journal que M. de Montgolfier est un procureur intègre, on a mal pour les autres.
J'ai vu l'autre jour à la télévision le député de Louhans parler des scandales en cours. Il ajouta à l'adresse du journaliste : « et ça vous fait rire ».
Effectivement, la corruption fait rire. Quand le fils du directeur de la société - présidée par un maire connu - chargée de la construction d'un parlement - pour les représentants d'un continent connu - fit lui aussi un disque, on vit sur la pochette les logos des entreprises choisies par le papa (tout cela est public. Agissons au grand jour, ça aura l'air légal, et ça impressionnera les cons).
La plupart des gens à qui je l'ai montré ont ri; certains parce qu'ils ne voyaient pas l'argent sortir physiquement de leur poche; d'autres en reconnaissant le râtelier auquel ils mangeaient. Ce n'est plus l'utilité sociale d'un acte qui est normatif, mais la position de son auteur. Ainsi a-t-on vu à son procès le questeur de l'Assemblée Nationale prendre l'acte d'accusation comme système de défense.
Oh mais je crache dans la soupe et c'est extrêmement mal élevé ! C'est le syndrome Jacques Glassmann (un alsacien vieille France). La probité est une infamie; on se dégoûte soi-même. Hier, j'ai essayé d'attaquer une vieille, je n'ai pas pu, la faute à mon éducation.
Un élu de votre parti m'a communiqué une statistique relative à la place de l'Alsace au palmarès de la corruption. Le pouvoir corrompt, dit-on, comme la chaleur corrompt la viande; ce n'est pas tout à fait juste, la chaleur ne fait que favoriser l'activité des mouches. Dr Hans em Schnokeloch kann alles, was er well !
Je lis au JO du 26/12/01 que le législateur (vos camarades, donc) a décidé que « l'opportunité de ces objectifs (ie la ventilation des deniers publics) ne peut faire l'objet d'observations » de la part de la chambre régionale des comptes.
A fortiori du simple citoyen
je vous prie de m'excuser, j'en étais resté bêtement à la déclaration des droits de l'homme; cette lettre n'a donc plus d'objet. D'autant qu'en bon alsacien, je connais le sens du mot légaliste : il n'y a pas de loi scélérate, il n'y a que des sujets irrévérencieux. Odieux, même.
Recevez, Madame, mes salutations salutatoires.
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