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Tout à la fois miroir déformant de la réalité, palimpseste à la sensualité torride, comédie faussement naturaliste et féerie érotisante, ce petit roman qui pourrait dater du début des Qing (1644-1911) offre par un jeu de références plus ou moins cachées à parcourir un vaste éventail des contrées familières à lamateur de roman chinois en langue vulgaire. Son auteur, toujours inconnu, y réussit le tour de force de convoquer toute une palette de situations cocasses et de personnages hauts en couleur. Son rythme soutenu, sa sexualité aussi sportive que dégagée de toute mystique et sa morale libérale nettement favorable aux femmes même volages, aux renardes immortelles et surtout aux marchands, révèlent un aspect original et attachant du roman coquin. Les lettrés quon y croise mais en sont-ils vraiment ? - instruments efficaces et dociles du plaisir féminin y perdent leur superbe, condamnés autant pour leur incapacité à tenir parole que pour leurs actes pendables dont le viol assassin dune soubrette, épisode décrit par le menu comme pour mieux appuyer la dénonciation dune pratique courante dans la Chine confucéenne. Plaisamment dérageant, Le Pavillon des Jades nous fait accepter comme allant de soi ce renversement des valeurs qui à lui seul justifiait quil soit rendu à la vie par la première traduction jamais réalisée.
Le Pavillon des Jades. Roman érotique anonyme des Qing (1644-1911) Titre chinois : Bi Yu Lou Arles : Editions Philippe Picquier, Collection « Le pavillon des corps curieux », 2003, 164 p.
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