PrŽface inŽdite initialement rŽdigŽe pour la rŽŽdition aux

Editions Philippe Picquier de

LIN Yutang,

La Sagesse de Confucius.

 

 

 

 

Ė chacun son Confucius.

 

On rŽpte ˆ lÕenvi que la latinisation en Confucius du nom du plus grand sage quÕait connu la Chine nous vient de lÕanctre de la sinologie occidentale le Pre JŽsuite Matteo Ricci (1552-1610). Cette affirmation est exacte ˆ la rŽserve que le grand missionnaire italien avait proposŽ Confutius, solution que conserva le P. Nicolas Trigault (1577-1628) dans la mise en forme en franais du rŽcit en italien de sa mission ŽvangŽlique[1]. CÕest en fait son collgue Prospero Intorcetta (1625-1696) qui amenda ce choix en changeant le t en c. On aboutit ainsi au Confucius qui devait sÕimposer pendant les sicles suivants ˆ la deuxime rŽserve quÕil ne constitua aucun rempart contre les variations et les permutations les plus hasardeuses pour rendre audible les trois caractres que lÕon transcrit dorŽnavant Š dans le pinyin normalisŽ et quasi mondialisŽ de la RPC -, Kongfuzi (prononcez comme vous pouvez kongue-fou-dzeu), version ultra respectueuse de Kongzi, soit Ma”tre Kong.

La volontŽ de chacun de faire revivre le Ē vrai Č Confucius pour son Žpoque, sa langue, son public, son usage personnel, son Žcole de pensŽe, son obŽdience religieuse, sa culture, son Žditeur, que sais-je encore ?, a conduit les passeurs de cultures de toutes Žpoques ˆ forger, chemin faisant, une liste fort longue de transcriptions, dont lՎnumŽration suivante donnera un petit aperu : Cong-fou-tsŽ, Confucio, Confusio, Confusius, Confutio, ConfutzŽe, Confuzio, Confuzo, Cumfuceio, Khoung-Fou-Tseu, Khožng-tseu, Khoung Tzen, Konfuceo, Konfucijus, Konfusius, Konfutius, Konfutzii, Konfuzius, KÕong Fou tsŽ, KÕong-Fou-tse, KÕong fou-tse, KÕong fou-tseu, KÕong-fu-tseu, Kong fuzi, Krong Fu Tse, Kungfutse, KÕung Futse, KÕung Fu Tsu, KÕung Futzu, Konghucu.

Mais au-delˆ de ce chapelet purement anecdotique, aussi rŽjouissant que sans consŽquence, ce sont autant de visages du ma”tre et de son enseignement qui ont ŽtŽ livrŽs pendant les sicles qui se sont ŽcoulŽs depuis les premires traductions entreprises dans la foulŽe de celle de Ricci.

Ė chacun son Confucius, donc, et si possible un Confucius sur mesure, prompt ˆ servir dÕappui aux dŽmonstrations les plus variŽes : le Pre Louis Le Comte (1655-1728), alors ˆ la recherche de soutien pour ses futures missions en Chine en fait Ē lՎgal de SŽnque Č[2] ; le philosophe Simon Foucher (1644-1696), ennemi de Malebranche (1638-1715), le dessine sous les traits dÕun Ē Saint-Paul Chinois Č et voit en lui Ē comme un rayon ou une ombre du Christianisme Č et dans ses propos Ē un abrŽgŽ de tout ce que les Philosophes avaient reconnu de plus solide en matire de Morale Č[3] ; FŽnelon (1651-1715) le place, quant ˆ lui, dans la dŽlicate posture dÕun Ē Socrate de la Chine Č affrontant sur ses terres un Ē vŽritable Socrate Č dans le septime de ses Dialogues avec les morts composŽs pour l'Žducation d'un prince (1692)[4] ; Voltaire (1694-1778), fervent partisan de la bureaucratie cŽleste, insiste, pour sa part, sur le fait quՎtant Žminent Ē lŽgislateur, [il] ne voulut jamais tromper les hommes. Quelle plus belle rgle de conduite a-t-on jamais donnŽe depuis lui dans la terre entire ? Č ; moins enclin ˆ lÕadmiration bŽate, le Marquis de Sade (1740-1814) du Dialogue entre un prtre et un moribond (1782), lui laisse un court sursis avant la pendaison : Ē JŽsus ne vaut pas mieux que Mahomet, Mahomet pas mieux que Mo•se, et tous trois pas mieux que Confucius qui pourtant dicta quelques bons principes pendant que les trois autres dŽraisonnaient ; mais en gŽnŽral tous ces gens-lˆ ne sont que des imposteurs, dont le philosophe sÕest moquŽ, que la canaille a cru et que la justice aurait dž faire pendre Č[5].

Ce dŽferlement dÕavis tranchŽs, soit pro, soit anti, dont parla si bien Etiemble (1909-2002)[6], nÕest finalement quÕun avatar moderne, une suite Žlargie au monde, dÕune pratique autochtone dŽjˆ fort ancienne qui dŽbuta ds la mort mme du ma”tre vers 479 av.  J.-C.. En effet, Ma”tre Kong, Kong Qiu de son vrai nom, Zhongni de son nom de courtoisie, nÕavait pas besoin dÕattendre deux millŽnaires et lÕintervention dՎtrangers aux longs nezs pour voir son image et sa sagesse soumises ˆ toutes sortes de manigances et de distorsions[7]. Les premiers ˆ se livrer au jeu du modelage pro domo Š donc ˆ le trahir -, furent ses disciples, ceux-lˆ mme qui transcrivirent ses propos et consignrent quelques-uns de ses faits et gestes. On retrouve le rŽsultat de ce travail toujours entourŽ dÕune suspecte opacitŽ, dissŽminŽs dans diffŽrents ouvrages[8] et agglomŽrŽs dans le Lunyu, devenu et pour cause, lÕouvrage central, le fondement dÕune culture et dÕune civilisation, Žvangile unique en son genre si souvent traduit, sous le titre, maintenant intouchable dÕEntretiens [Les ~ de Confucius (avec ses disciples)] [9]

Aprs eux, le mal Žtait fait, pourrait-on dire. Les penseurs dŽvouŽs ˆ la cause morale ou ˆ la solde des puissants, les lettrŽs de tout bord, les hommes politiques de la Chine prŽ-impŽriale et impŽriale de tous poils faonnrent leur Confucius selon leurs besoins avouŽs ou inavouŽs[10]. La pensŽe du Ma”tre qui nÕavait pas produit dÕeffet immŽdiat bien probant ne cessa depuis sa mort de faire sentir son influence, renaissant toujours des rares et courtes Žclipses et des attaques les plus brutales qui ont marquŽ son Žvolution.

DŽjˆ deux sicles aprs sa mort, donc bien avant que sa pensŽe ne soit faonnŽe en doctrine et ne devienne le pivot de lÕidŽologie dominante, les Žcoles qui se reconnaissaient de ce Ma”tre dont le passage sur terre nÕeut aucun effet notable sur lՎrosion du systme aristocratique de la Chine prŽ-impŽriale et ne draina que quelques milliers de fidles, sont rŽputŽes nombreuses et contradictoires. Han Feizi (280-233), grand penseur, gŽnial thŽoricien du lŽgisme, sÕen amusait en notant que Ē depuis la disparition de leur ma”tre, les confucŽens [sՎtaient] divisŽs en huit groupes Č[11].

Qui voudra sÕy retrouver sera donc bien inspirŽ de nÕaborder le sujet quÕavec la plus grande prŽcaution et en suivant, si possible, un bon guide lequel lui permettra de distinguer les diffŽrentes variantes et Žvolutions du confucianisme de Mozi (Ve-IVe sicles) ˆ lՎpoque moderne en passant par Mengzi (env. 380-289 av. J.-C.), Xunzi (1re moitiŽ du IIIe sicle), et bien dÕautres moins fameux, sans oublier Zhu Xi (1130-1200), lequel offrit ˆ la Chine impŽriale une grille de lecture quÕaucun lettrŽ ne pouvait ignorer car elle forma le socle de lÕenseignement et de la sŽlection des Žlites ˆ travers les concours mandarinaux[12]. CÕest cette tradition dÕinterprŽtation et le corpus sur lequel elle sÕappuyait Š les Quatre Livres et les Cinq classiques (Sishu wujing) -, que les Occidentaux prendront Žgalement en charge avant de la remettre finalement en question et de tenter de sÕen Žmanciper.

 

 

Et Lin Yutang dans tout cela ?

 

 

Bien avant son intervention dans cette longue et sinueuse aventure intellectuelle, Confucius et son Lunyu avaient dŽjˆ ŽchappŽ aux bons offices des JŽsuites, des philosophes et des polŽmistes, pour devenir la chose des sinologues-missionaires de la vieille Žcole, James Legge (1814-1897), SŽraphin Couvreur (1835-1919), Lionel Giles (1845-1935), Richard Wilhelm (1873-1930), lesquels livrrent des versions trs fidles ˆ lÕinterprŽtation traditionnelle chinoise, respectivement en 1841, 1895, 1907 et 1910. Mais le temps passant, ceux-ci sÕen virent voler lÕexclusivitŽ par une nouvelle gŽnŽration de sinologues qui durent, non pas compter sur le relais des philosophes comme au XVIIIe sicle, mais, signe des temps, rivaliser avec la prolifŽration des ouvrages de vulgarisation de nature et de qualitŽ trs diverses.

On conna”t les succs remportŽs dans ce domaine par cet intellectuel chinois nŽ le 10 octobre 1895, qui prit part au renouveau culturel de la Chine des annŽes 20 avant de sÕinstaller en 1936 et pour dix-huit ans aux Etats-Unis[13]. Dans ce domaine, Lin Yutang fait mme figure de prŽcurseur. Les livres quÕil publie alors, directement rŽdigŽs en anglais, tels My Country, My People (1934) et The Importance of Living (1937), font de lui, aux yeux du public amŽricain, pour le moins, mais pas seulement car ses ouvrages sont rapidement traduits de par le monde, lÕinterprte privilŽgiŽ de la culture chinoise. Aprs ces prŽsentations gŽnŽrales, la traduction des ouvrages majeurs de la civilisation chinoise sÕimposait presque ˆ celui qui comptait entretenir sa nouvelle et providentielle notoriŽtŽ. SÕil est dans la logique des choses de voir Lin Yutang commencer cette nouvelle branche de sa mission de passeur de cultures avec un ouvrage sur Confucius Š qui dÕautre que lui aurait pu mŽriter cette distinction ? -, on peut nŽanmoins sՎtonner de trouver lÕancien professeur de lÕUniversitŽ Qinghua (Tsinghua), lÕami de Luxun (1881-1936), le pamphlŽtaire crŽateur assidu de revues remuantes du Shanghai des annŽes 20, si souvent en sympathie, en osmose mme, avec lÕobjet de son travail.

La Chine et les Chinois propose des passages fort cruels ˆ lՎgard de son nouveau hŽros, tel celui-ci : Ē CÕest par une [singulire] ironie du sort [a queer irony of fate], que Confucius, le bon vieux ma”tre dՎcole [the good old schoolteacher], se voit dŽcerner lՎpithte de penseur politique, et que son fatras de poule mouillŽe [his moral molly-coddle stuff] est honorŽ du nom de thŽorie politiqueČ[14]. Pour faire court, rappelons seulement que dans LÕimportance de vivre, Lin Yutang semblait plus clairement attirŽ par la nonchalance contemplative dÕune bande dÕanti-conformistes libres-penseurs, que par la rigueur un rien coincŽe du Sage de Qufu.

Certes, tout le monde a le droit de changer dÕavis et Lin a sans aucun doute beaucoup ŽvoluŽ aprs son installation en terme Žtrangre. LÕimportance de vivre porte du reste la trace de cette Žvolution : Ē La saveur extrmement douce des paroles de Confucius et sa sagesse mžrie ne peuvent pas tre apprŽciŽes tant que lÕon nÕest pas mžr soi-mme Č (p. 334). Gageons quÕil a effectivement mžri ou plus prosa•quement, quÕil sÕest rendu compte que, dÕune part, sa culture dÕorigine prŽsentait un potentiel dÕexploration trs important et que, dÕautre part, la critique (mme modŽrŽe) dÕun monde en dŽcrŽpitude qui se justifiait dans le contexte de la Chine post-impŽriale, nՎtait plus de mise et nÕavait gure de sens envisagŽe depuis Broadway. Il Žtait temps de se muter en champion dÕun monde perdu, mieux encore, de proposer au monde moderne lÕessence mme de cette culture lointaine comme lÕunique voie de salut.

CÕest ainsi que Lin Yutang insistera dans lÕouvrage quÕon va lire sur Ē le caractre universel de la doctrine confucŽenne Č, laquelle Ē dŽfend un ordre social rationnel envisagŽ sous lÕangle Žthique et basŽ sur la culture de la vie intŽrieure Č. CÕest, pour lui, une doctrine digne de foi puisquÕelle a fait ses preuves en venant ˆ bout de toutes ses concurrentes et en assurant sa suprŽmatie sur 2500 ans. Du reste, lÕhumanisme quÕelle professe, humanisme dont le ma”tre mot est Ē lÕhomme est la mesure de lÕhomme Č, pourrait bien tre une arme efficace contre les dangers du communisme et un frein aux Žvolutions inquiŽtantes du monde moderne.

Force est de constater aujourdÕhui que Lin Yutang nÕa pas eu plus de succs que Ma”tre Kong ˆ son Žpoque : en 1939, le monde plonge dans le carnage de la Deuxime Guerre Mondiale, dix ans plus tard, les Communistes fondent ˆ PŽkin la RŽpublique populaire de Chine o Lin ne remettra plus jamais les pieds.

 

 

 

Le Confucius de Lin Yutang.

 

 

Mais penchons-nous un instant sur cet ouvrage qui, sÕil porte haut et firement le flambeau de lÕidŽal confucŽen, nÕest peut-tre pas lÕouvrage auquel on est en droit de sÕattendre lorsquÕon dŽcouvre son titre : La sagesse de Confucius, savoir la traduction intŽgrale de DŽbats et devis, le fameux Lunyu.

Il est du reste piquant de constater que cÕest la mme annŽe, savoir 1938, quÕArthur Waley (1889-1966) dŽpoussire Confucius [The Analects of Confucius, London, Allen & Unwin et New York : Macmillan] et que Lin publie The Wisdom of Confucius (New York, The Modern Library). Les deux hommes sont indŽniablement convaincus de lÕutilitŽ de rendre accessible au public le plus vaste la pensŽe de Confucius. Il se trouve quÕils sÕy emploient dans des optiques diffŽrentes.

Quand Waley cherche ˆ sÕaffranchir des interprŽtations traditionnelles en le percevant de lÕintŽrieur pour rendre perceptible son message initial, Lin met au point une stratŽgie diamŽtralement opposŽe. Il prend du reste le temps de la dŽfendre longuement dans le premier de ses XI chapitres que nous proposons ici dans la traduction qui en fut donnŽe en 1949 par Ph. Bridel-Wasem (Paris, Editions Victor Attinger, collection Ē Orient Č, n” 18, 252 p.).

Pour lui, le message de Ma”tre Kong ne peut pas tre compris si on se contente dÕausculter seulement le recueil des propos quÕil aurait tenu, le Lunyu. Il faut lui adjoindre la lecture de textes connexes qui figurent dans dÕautres ouvrages de la tradition confucŽenne. CÕest ainsi quÕil traduit, outre lÕhagiographie que Sima Qian (vers 145 Š 85 av. J.-C.) insŽra dans ses MŽmoires historiques (Shiji), un certain nombre de passages des Classiques du canon confucŽen, savoir des chapitres tirŽs principalement du Livre des Rites (Liji). Il nÕen propose pas moins de sept, parmi lesquels figurent ceux nagure retenus par Zhu Xi pour renforcer la formation initiale des jeunes gens : Daxue (La Grande ƒtude) (chapitre XXXI) et  Zhongyong (LÕinvariable Milieu) (chapitre XLII)[15]. Du dernier des Quatre Livres, Mengzi (le Mencius), Lin ne conserve quÕun chapitre[16]. Au bout du compte, les Entretiens, ce Ē Classique qui nÕen finit pas de faire parler de lui Č pour paraphraser le titre quÕAnne Cheng donna ˆ un examen des traductions du recueil en langues europŽennes[17], ne constitue plus quÕun neuvime de lÕouvrage que lÕon va lire ! De plus, Lin ne sÕen cache pas, il nÕen conserve quÕune partie quÕil rŽorganise selon 10 thmes de son cru.

Il nÕen fallait pas plus pour irriter Etiemble qui pesta, en son temps, contre lÕouvrage : Ē Pour nous autres Franais, [il] offre au moins cet avantage de nous exposer une pensŽe qui ressemble ˆ celle que dŽduisait de celle du Ma”tre un lettrŽ chinois dÕil y a deux mille ans, celui qui croyait aux Ē classiques confucŽens Č, et les tenait un peu pour ses livres sacrŽs puisque Ma”tre KÕong ou bien les avait rŽdigŽs, ou bien les avait classŽs, prŽfacŽs, amŽnagŽs. NÕest-ce pas Žcrit dans Sseu-ma TsÕien [Sima Qian] ? Č [18].

Certes, le grief est amplement justifiŽ, mais gardons-nous de frapper le chien tombŽ ˆ lÕeau [da luoshui gou], quand celui qui est en pitre posture nÕest autre que Lin Yutang qui, justement, prŽconisa dans un essai publiŽ le 14 dŽcembre 1925 dans le n” 57 de sa revue Yusi [Fil des idŽes] (p. 3-6), lÕimportation du fair-play en Chine, o, selon lui, il faisait dŽfaut[19]. Du reste, reconnaissons-le, cette vision tombe ˆ pic pour complŽter celles que nous ont offert ces derniers temps les meilleurs de nos sinologues[20].

Or donc, plut™t que de tirer sur le pianiste, tentons de replacer ce livre dans son contexte qui nÕest pas celui de notre XXIe sicle dŽbutant qui offre ˆ qui le veut le savoir sinologique sous toutes ses formes et, de plus en plus souvent, ˆ la portŽe dÕun simple clic de souris[21]. En effet, La sagesse de Confucius a ŽtŽ conu pour sÕinscrire dans un contexte culturel bien ŽloignŽ du n™tre, savoir celui de la sociŽtŽ amŽricaine encore sous le coup dÕune crise majeure de son histoire. LÕimage quÕon se fait alors de la Chine est loin de rendre justice aux drames qui sÕy jouaient et ˆ la richesse de sa culture passŽe. Si, en 1937, lÕadaptation cinŽmatographique par Sidney Franklin (1893-1972) du roman de Pearl Buck (1892-1973), The Good Earth (1931, Terre chinoise), roman qui valut ˆ son auteur de recevoir le Prix Pullizer[22], a permis au public dՐtre sensibilisŽ aux tourments du peuple chinois, un film comme The Adventures of Marco Polo (1938) avec Gary Cooper (1901-1961) et Lana Turner (1920-1995), scŽnarisation fantaisiste des Žcrits du cŽlbre marchand italien, lui aura donnŽ une vision pour le moins dŽformŽe de la Chine ancienne.

Gageons que lorsquÕil compose The Wisdom of Confucius, Lin Yutang a pleinement conscience que les subtilitŽs de la pensŽe chinoise dont il veut assumer la transmission pouvaient rŽsonner aux oreilles des AmŽricains de lՎpoque du New Deal avec autant dՎtrangetŽ que le Ē Xingu Č de Mrs Roby ˆ celles dÕOsric Dane dans la nouvelle Žcrite vingt ans plut™t par Edith Wharton (1862-1937)[23]. Il en tire une technique de traduction et de prŽsentation adaptŽe ˆ son public et, du moins le pense-t-il, ˆ son sujet.

 

 

 

Un Confucius sur mesure.

 

 

Ses choix doivent donc tre envisagŽs comme des pis-aller faisant partie dÕune stratŽgie de sŽduction autant commerciale que pŽdagogique. Pour Lin Yutang, Ē il ne peut y avoir de traduction intelligente si le traducteur ne cherche pas ˆ interprŽter le texte Č et ˆ le rendre intelligible dans sa complexitŽ. RŽsultat, si lÕon est au dŽbut surpris et dŽranger de trouver plusieurs traductions parfois juxtaposŽes pour le mme terme, on finit par sÕhabituer ˆ ces boursouflures sensŽes rŽduire les incertitudes dÕinterprŽtation. Par contre, le recours ˆ une terminologie anachronique, telle que Ē God Č ou encore Ē Emperor Č irritera le lecteur distinguŽ qui sÕest formŽ au contact de monuments de la sinologie moderne tels que Le monde chinois (1972-1999) de Jacques Gernet et LÕHistoire de la pensŽe chinoise (1997) dÕAnne Cheng[24]. Quand Lin renoncera ˆ faire un exposŽ historique pour clarifier la situation politique de la Chine avant Š 221, date de la fondation du premier empire chinois, une note semble pourtant dessiner les contours des croyances chinoises en quelque chose de supŽrieur, dÕun au-dessus, pudiquement appelŽ Tian (le Ciel) ou Zaowuzhe (ce qui a crŽŽ les choses). Mais, cÕest peut-tre dŽjˆ trop demander ˆ son lecteur dÕalors. Il est vrai, Žgalement, que chez Lin Yutang, fils de pasteur ŽlevŽ dans la religion ayant perdu la foi ˆ 25 ans[25] pour la retrouver ˆ la soixantaine passŽe (From Pagan to Christian, 1959)[26], les notions chinoises et occidentales ont parfois tendances ˆ se superposer. On ne sՎtonnera donc pas de voir que son Confucius prend parfois une tonalitŽ que nÕaurait pas dŽsavouŽe le Pre Ricci.

Son dŽsir de raccourcir lÕespace et de compresser le temps, lÕamne ˆ proposer des comparaisons qui nÕont plus la mme efficacitŽ de nos jours, surtout de ce c™tŽ de lÕAtlantique : certaines avaient dŽjˆ ŽtŽ ŽliminŽes par le traducteur franais de lÕaprs Deuxime Guerre Mondiale Š nous nÕavons pas pris la peine de les rajouter[27]. Subsiste nŽanmoins cette comparaison, pas si tirŽe par les cheveux, entre les rivalitŽs des principautŽs ˆ lՎpoque des Printemps et automnes (770 av. J.-C.-476 av. J.-C.) et lÕEurope de lՎpoque de rŽdaction. Ailleurs, Lin retient Abraham Lincoln (1809-1865), seizime prŽsident des Etats-Unis dÕAmŽrique comme exemple de Ē lÕĒ homme Č dans toute lÕacception de ce terme Č ; quant au Classique des Rites (Liji), il est plusieurs fois comparŽ au DeutŽronome, etc. Ė chaque fois, cÕest, nÕen doutons pas, pour mieux convaincre son lecteur que la matire quÕil dŽcouvre nÕest pas trs ŽloignŽe de son monde. Du reste, Lin semble conscient des abus auxquels peut se livrer un traducteur trop libre. CÕest ainsi que bien quÕil emprunte un long passage ˆ Gu Hongming (1857-1928), dont il signale lÕexcellence, il en dŽnonce les outrances et les gomme.[28]

Mais au-delˆ de ces quelques dŽfauts quÕon apprŽciera diffŽremment selon sa familiaritŽ avec le sujet, mais quÕon devrait pouvoir excuser si lÕon garde ˆ lÕesprit le contexte dans lequel lÕouvrage a ŽtŽ conu, La sagesse de Confucius nous fournit en plus dÕun portrait fort complet de la pensŽe et de la personnalitŽ de Confucius, un aperu sur une facette de lÕĻuvre de Lin Yutang quÕon avait oubliŽe en France o ses ouvrages dՎrudition nՎtaient plus disponibles.

 

 

 

Un athlŽtique passeur de cultures.

 

LÕimportance de vivre, on sÕen souvient, contenait dŽjˆ des passages, parfois fort longs, voire mme des Ļuvres entires, džment traduites. La sagesse de Confucius constitue le premier grand jalon dÕune carrire de passeur de cultures qui sera marquŽe par une douzaine de publications dont lÕhistorique est mal aisŽ ˆ retracer avec prŽcision.

Lin Yutang sÕattacha, bien entendu, aux sommets de la pensŽe chinoise. Aprs Confucius et le Liji, il va sÕoccuper des deux plus fameuses Ļuvres de lՎcole tao•ste, savoir le Dao De jing (Le Classique de la Voie et de la Vertu) quÕil restitue dans The Wisdom of Laotse (La Sagesse de Laozi) en 1948 (Random House) et le Zhuangzi dont il intgre une traduction[29] dans The Wisdom of China (La sagesse de la Chine) en 1944 (Londres, Michael Joseph).

Il a Žgalement activement contribuŽ ˆ faire conna”tre la littŽrature chinoise ancienne, et ceci ds 1935, annŽe pendant laquelle il publie en sŽrie dans un mensuel de Hong Kong, le TÕien Hsia Monthly, une traduction des Six rŽcits au fil inconstant des jours (Fusheng liuji) de Shen Fu (1763-apr.1808) : Six Chapters of a Floating Life seront repris avec des coupures dans lÕouvrage prŽcŽdemment citŽ. Grand amateur de prose libre, il ne nŽgligea pas non plus la poŽsie trs prŽsentes dans ses Žcrits. Celle de Tao Yuanming (365-427) est ˆ lÕhonneur dans The Importance of Understanding : Translations from the Chinese (Cleveland, 1960). En 1947, il achve un livre sur le grand pote-essayiste des Song, Su Dongpo (1037-1101). Dans la prŽface de cet ouvrage de 370 pages baptisŽ The Gay Genius. The Life and Times of Su Tungpo et publiŽ ˆ New York, chez John Day Publishing Compagny, il explique que la seule nŽcessitŽ dՎcrire ce livre avait ŽtŽ de Ē satisfaire son dŽsir de le faire Č, volontŽ qui ne lÕavait pas quittŽ depuis son arrivŽe aux Etats-Unis. CÕest sans aucun doute le mieux Žtabli et le plus inspirŽ de ses Žcrits savants. On sent que lÕĻuvre de celui quÕil qualifie dÕenfant terrible (en franais) lÕa accompagnŽ et nourri toute sa vie.

Lin Yutang sÕattacha Žgalement ˆ plusieurs reprises ˆ des textes de la veine romanesque chinoise en langue classique, avec notamment une anthologie de contes de la dynastie Tang, Famous Chinese Short Stories (John Day, 1952), mais aussi en langue vulgaire. En 1951, para”t Widow, Nun and Courtesan (John Day) qui reprend des textes dŽjˆ parus individuellement et parmi lesquels on trouve les chapitres 21 ˆ 26 du Laocan youji, de Liu E (1857-1909) sous le titre A Nun of Taishan (A Novelette)[30] et la tragique histoire de Du Shiniang (Miss Du, 1950) contŽe nagure par Feng Menglong (1574-1645) dans le deuxime volume de ses Trois Paroles (San yan)[31]. Ces ouvrages sont, les pages de garde le prŽcise, des Ē adaptations libres Č des versions originales. Leur lecture montre que Lin Yutang prend de grandes libertŽs avec les textes, mais aussi quÕil sÕy rŽvle excellent conteur. Cette qualitŽ ne surprendra pas ceux qui apprŽcient son Ļuvre romanesque rendue ˆ nouveau partiellement accessible par la traduction dÕune fresque historique trs prenante autour du personnage de lÕimpŽratrice Wu Zetian (Lady Wu, Cleveland, World Pub. Co, 1957)[32] et Moment in Peking (Un moment ˆ PŽkin)[33], une saga romanesque qui tient le lecteur en haleine sur une trame narrative qui court du 20 juillet 1900 au Nouvel an 1938, soit le 31 janvier. Elle vit le jour juste aprs le Confucius et est suivie en 1940 par la publication, toujours chez John Day, de deux nouveaux ouvrages : With Love and Irony (Avec amour et ironie) et Leaf in the Storm, traduit en franais en 1944 et publiŽ en Suisse sous le titre Feuille dans la tourmente (Delachaux & Niestle). Ce relevŽ partiel de sa production[34] montre que Lin Yutang a dŽployŽ une activitŽ dŽbordante pendant les six premires annŽes de son installation aux Etats-Unis. Il la poursuivit avec toujours le mme optimisme jusquՈ sa mort en 1976. La majeure partie de ses Ļuvres a ŽtŽ traduite dans une bonne vingtaine de langues, tŽmoignant que Lin Yutang fut de par le monde et pour plusieurs gŽnŽrations de curieux de la Chine et de sa si riche culture, un extraordinaire initiateur.

Mais ne perdons pas plus de temps pour dŽcouvrir comment celui qui professait avec un humour bonhomme que Ē la simplicitŽ est le signe et le symbole extŽrieurs de la profondeur Č[35], envisageait un homme, Confucius, avec lequel il devait se sentir beaucoup de points communs et qui savait si bien donner ˆ la profondeur lÕapparence de la simplicitŽ.

 

Pierre Kaser, le 27/10/2005.

Mis en ligne le 12 /11/2005.

Texte inŽdit. PropriŽtŽ de l'auteur

 

 



[1]  Matthieu Ricci, Nicolas Trigault, Histoire de lÕexpŽdition chrŽtienne au royaume de la Chine (1582-1610), Paris, DesclŽe de Brouwer/Bellarmin, coll. Ē Christus Č, 1978, 742 pp.

[2]  Nouveaux mŽmoires sur lՎtat prŽsent de la Chine, Paris, J. Anisson, 1696 ou Paris, PhŽbus, 1990, p. 261.

[3]  Voir sa Lettre sur la morale de Confucius, philosophe de la Chine. Paris, Daniel Horthemels,1688.

[4]  Arles, Actes Sud, collection Ē Babel Č, n” 108, p. 40-54.

[5]  Paris, Editions Mille et une nuits,1993, p. 18.

[6] Etiemble, LÕEurope chinoise, Paris, Gallimard, Ē Bibliothque des IdŽes Č, 1988-1989 (2 vols.)

[7] Lire ˆ ce propos le succulent chapitre Ē La postŽritŽ de Confucius Č du revigorant Confucius de Jean LŽvi, Albin Michel, Ē SpriritualitŽs vivantes Č, n” 198, 2003, pp. 237-309, et le toujours rŽjouissant Confucius de Š551 ( ?) ˆ 1985, dÕEtiemble (Gallimard, Ē Folio/essais Č, (1956, 1966) 1986.

[8] Dont une compilation tardive du IIIe sicle aprs J.-C. appelŽe Kongzi jiayu (Propos de lÕEcole de Confucius) inŽdite en franais, traduite dÕabord partiellement en anglais en 1950 par Robert Paul Kramers (The School Sayings of Confucius. Leiden, Brill), puis en allemand, en 1961, par Richard Wilhelm (Kung Futse SchulgesprŠche, DŸsseldorf-Cologne, Eugen Diederichs Verlag), avant dՐtre rendue ˆ nouveau rŽcemment en anglais par Yoav Ariel sous le titre de KÕung-tsÕung-tzu en deux volumes parus respectivement en 1989 aux Presses Universitaires de Princeton (chapitres 1-10 et 12-14) et en 1996 chez E. J. Brill (Leiden) (chapitres 15 ˆ 23).

[9] Les Anglo-saxons prŽfrent le terme dÕAnalects [The ~ of Confucius] quÕon retrouve parfois sous sa forme franaise dÕAnalectes.

[10]  On se convaincra du r™le Žminent jouŽ par Lu Jia dans lÕutilisation de la pensŽe de Confucius dans la sphre politique en lisant la traduction de son Xinlun par Jean LŽvi : Lu Jia, Nouveaux principes de politique. Zulma, 2003.

[11] Han-Fei-Tse ou le tao du Prince. PrŽsentŽ et traduit du chinois par Jean LŽvi. Le Seuil, Ē Points/Sagesses Č, 1999, p. 528., cf. chapitre L, p. 528.

[12] Le meilleur guide est incontestablement lÕouvrage dÕAnne Cheng, Histoire de la pensŽe chinoise. Le Seuil, 1997, repris en collection Ē Points/ Sagesses Č, n” 488 en 2002.

[13] Voir notre prŽface ˆ Lin Yutang, LÕimportance de vivre. Arles, Editions Philippe Picquier, 2004, pp. 7-16.

[14] On peut lire cette attaque en rgle page 201 de la seizime Ždition de lÕouvrage chez Heinemann (Londres Š Melbourne Š Toronto, 1962) ou page 231 de la traduction franaise de 1938 reprise en 1997 aux Editions Payot & Rivages (Paris).

[15] Les cinq autres sont respectivement les chapitres XXVI, XXVII, IX, XVIII et XIX. On les trouve tous dans la traduction complte quÕavait donnŽ SŽraphin Couvreur du Liji sous le titre de MŽmoires sur les biensŽances et les cŽrŽmonies. Les cinq chapitres en question y sont dŽplacŽs et correspondent aux numŽros suivants : XXIII, XXIV, VII, XVI et XVII. Daxue et Zhongyong y constituent les chapitres numŽros XXXIX et XXVIII. On les retrouvent dans Les Quatre Livres prŽfacŽ le 1 mai 1895 par le Pre Couvreur qui fournit ˆ chaque fois en plus de la traduction franaise, le texte chinois, une transcription, la version latine ainsi quÕun index des termes clefs. PubliŽes originellement en Chine sur les Presses des Missions, ces traductions de rŽfŽrence nÕont pas ŽtŽ rŽŽditŽes depuis 1950 (Paris, Cathasia).

[16] Il sÕagit de la premire partie du chapitre VI. Dont on peut lire une traduction franaise gr‰ce ˆ AndrŽ LŽvy qui rendit ˆ Mengzi un hommage tant attendu en France avec une traduction complte des Žcrits qui lui sont attribuŽs : Mencius, Paris, Editions You-Feng, 2003. 212 p.

[17] Anne, Cheng, Ē Un classique qui nÕen finit pas de faire parler de lui : les "Entretiens" de Confucius. Un aperu des traductions du XXe sicle en langues europŽennes. Č, Revue biliographique de sinologie, nouvelle sŽrie volume XVIII, 1999, p. 471-479.

[18] Voir Etiemble, Confucius de Š 551 ( ?) ˆ 1985, p. 72.

[19] LÕessai de Lin Yutang [Ē Chalun Yusi de wenti Š wenjian, maren, ji feiÕe polai Č (Du style de Yusi : ferme, irrespecteux, et fairplay)] doit dՐtre restŽ dans les mŽmoires ˆ la rŽponse aussi prompte que cinglante que lui apporta Luxun. Le 29 dŽcembre, le pre dÕAh Q montrait que non seulement Ē on pouvait battre le chien tombŽ ˆ lÕeau, mais quÕon le devait Č. Ē De lÕopportunitŽ de ne pas tre fair-play Č (Ē Lun feiÕe polai yinggai huanxing Č) a ŽtŽ traduit de lÕanglais par Liliane Princet dans Lou Sin, Essais choisis, Paris, Union GŽnŽrale dÕEditions, collection Ē 10/18 Č, 1976. Tome 1, pp. 248-263. Les interventions du prŽfacier annotateur, Daniel Hamiche, tŽmoignent de lÕostracisme dont ŽtŽ encore victime ˆ lՎpoque Lin Yutang et tous ceux qui, comme Simon Leys/Pierre Ryckmans notamment, Žvoquaient dÕune manire ou dÕune autre la nostalgie de la Chine dÕavant 1949. Ils prouvent, Žgalement, que Sophocle (496-406 av. J.-C.) avait raison de dire que Ē la btise est la sĻur de la mchancetŽ Č.

[20] Pour sÕen tenir ˆ la production en langue franaise, on se plongera avec dŽlice dans le Confucius de Jean LŽvi, dŽjˆ ŽvoquŽ, ainsi que dans les traductions dÕAnne Cheng (Entretiens de Confucius, Le Seuil, Ē Points/Sagesses Č, 1981), de Pierre Ryckmans (Les entretiens de Confucius, Gallimard, Ē Connaissance de lÕOrient Č, n” 35, 1987) et dÕAndrŽ LŽvy (Confucius, Entretiens avec ses disciples, GF-Flammarion, n” 799, 1994).

[21] La majeure partie des traductions anciennes des Classiques chinois se trouve sur internet en compagnie dÕune foison de matŽriaux en langue occidentale et bien entendu en chinois. Mais gare aux productions de moindre intŽrt ou de mŽdiocre, voire dÕexcŽcrable qualitŽ.

[22] 1938 voit aussi le cŽlbre Žcrivain, lÕamie et soutien fidle de Lin Yutang qui avait passŽ la premire partie de sa vie en Chine, recevoir le Prix Nobel de littŽrature.

[23] Dans cette courte nouvelle, Edith Wharton stigmatise avec beaucoup dÕhumour et de finesse la vanitŽ de la high society amŽricaine qui se pique de culture. Xingu. Traduction de lÕamŽricain et postface par Claudine Lesage, Paris, Editions Mille et une nuits, n” 294, 2000.

[24] Voir la bibliographie en fin de volume, infra page ???

[25] LՎpisode est narrŽ dans LÕimportance de vivre, chapitre XIII.

[26] Voir Du paganisme au christianisme (Anne Leroy, trad.), Paris , Deno‘l, 1961.

[27] Afin de mieux faire saisir la nature du Lunyu, Lin en compare, au dŽbut du chapitre V, la lecture ˆ celle des Familiar quotations (1919) de John Barlett (1820-1905) dont le sous-titre est : [A] Collection of Passages, Phrases, and Proverbs Traced to their Sources in Ancient and Modern Literature. Boston, Little, Brown and Co, 1919.

[28] LÕouvrage auquel renvoie Lin Yutang, The Conduct of Life ([La conduite de la vie], Londres, John Murray, 1906), est, me semble-t-il, inŽdit en franais. Gu Hongming (alias Kou Houng Ming, Kou-Houng-Ming ou Ku Hung-Ming) publia en 1898 sa propre traduction du Lunyu sous le titre Discourses and Sayings of Confucius (Shanghai, Kelly & Walsh), qui, dixit Anne Cheng, avait Ē le but dŽclarŽ de faire parler Confucius et ses disciples comme Ņdes Anglais ŽduquŽs ÓČ (A. Cheng, Ē Un Classique qui ..  Č, p. 473). On peut lire la prose hargneuse de ce Ē lettrŽ chinois dipl™mŽ de lÕUniversitŽ dÕEdimbourg Č en franais gr‰ce aux Editions de lÕAube qui ont rŽŽditŽ en 1996, LÕesprit du peuple chinois, composŽ en 1915 et traduit en 1927 (Librairie Stock). Un court extrait permettra, mieux quÕun long discours, de donner une idŽe de la tournure dÕesprit de ce conservateur endurci qui passait pour tre un amateur inconditionnel des pieds-bandŽs des chinoises : Ē Les AmŽricains, quÕon me permette de le dire, ne comprennent pas facilement les Chinois parce que si, dans lÕensemble, ils ont lÕesprit Žtendu et simple, ils manquent de profondeur. Les Anglais ne peuvent pas comprendre la Chine : leur esprit est profond et simple mais il manque d'Žtendue. Les Allemands, eux non plus, ne peuvent pas nous comprendre car, surtout lorsquÕils sont cultivŽs, ils possdent la profondeur et lՎtendue, mais nÕont pas la simplicitŽ. Je crois que ce sont les Franais qui ont le mieux compris les Chinois, qui sont le plus aptes ˆ apprŽcier la civilisation chinoise. Les Franais, il est vrai, nÕont pas la profondeur des Allemands, ni la largeur dÕesprit des AmŽricains ni la simplicitŽ des Anglais ; mais ils ont ˆ un degrŽ tout ˆ fait supŽrieur une qualitŽ qui manque aux trois autres peuples que nous avons mentionnŽs, une qualitŽ nŽcessaire avant tout pour comprendre la Chine, c'est la dŽlicatesse. Č

[29] Le titre retenu est Chuangtse, Mystic and Humorist.

[30] Les plus perspicaces auront reconnu PŽrŽgrinations dÕun clochard traduit en 1964 par Cheng Tcheng (1899-1996) et souvent rŽŽditŽes depuis, toujours aux Editions Gallimard, mais dans diffŽrentes collections parfois sous titre alternatif dÕOdyssŽe de Lao tsÕan. La dernire Ždition en date est celle de la collection Ē LÕimaginaire Č sous le nom dÕauteur Lieou Ngo.

[31] Il sÕagit dÕun des chefs-dÕĻuvre de la sŽrie. Il figure en 32e position dans le recueil en question et en 5e du Jinggu qiguan ˆ partir duquel Rainier Lanselle lÕa traduit dans Spectacles dÕaujourdÕhui et dÕautrefois. Gallimard, Ē Bibliothque de la PlŽiade Č, 1996, pages 130 ˆ 168 : Ē Du Shiniang en colre prŽcipite dans les flots la cassette aux cent trŽsors Č

[32] Ce roman a ŽtŽ traduit par Christine Barbier-Kontler pour les Editions Philippe Picquier (1990-1994, Ē Picquier-Poche Č, n” 11) ˆ partir de la version chinoise de Song Biyun.

[33] Un moment ˆ PŽkin (traduit par Franois Fosca) publiŽ en deux gros volumes aux Editions Philippe Picquier parus en 2004 (vol. 1 : Enfances chinoises) et 2005 (vol. 2 : Le triomphe de la vie).

[34] Sans compter les nombreux articles sur la guerre sino-japonaise quÕil signa pour notamment le New York Times et certains Žcrits ˆ destination dÕun public moins large telle la toujours trs utile History of the Press and Public Opinion in China [A] (Chicago University Press, 1936).

[35] Ē Simplicity [É] is the outward sign and symbol of depth of thought Č. Voir LÕimportance de vivre, p. 109.

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