Modillons indécents : Série 2
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D'autres
types de modillons soulèvent encore davantage
d'interrogations que les catégories précédemment étudiées
n'en ont posées. Il s'agit de scènes représentant des
personnages masculins et féminins qui n'hésitent pas à
offrir au regard ce qui est d'ordinaire caché.
** Masculinité.
Bien doté par la
nature...
Eglise de Champagnolles,
Charente-Maritime, seconde moitié du XIIe siècle.
Fier d'exposer sa
virilité.
Eglise Saint-Blaise,
Givrezac,
Charente-Maritime, XIIe
siècle
Variante.
Eglise de Champagnolles,
Charente-Maritime, seconde moitié du XIIe
siècle.
Dans le plus simple
appareil...
Ancienne abbaye de Nouaillé-Maupertuis,
Vienne, du XIe au XVIIIe siècles.
L'appareil du désir !
Eglise fortifiée d'Augé, Deux-Sèvres.
L'appareil du désir :
variante auvergnate.
Eglise de Mailhat,
commune de Lamontgie, Puy-de-Dôme, fin du XIIe siècle.
Glouton dans le plus simple
appareil.
Simple représentation réaliste du sexe masculin ou
illustration de la luxure ?
De la bonne chère à la chair il n'y aurait qu'un pas vite
franchi...; à trop accorder
d'importance au corps l'homme risque d'oublier sa dimension
spirituelle.
On ne saura jamais ce qu'a voulu réellement exprimer le
tailleur de pierre.
Eglise Saint-Blaise, Givrezac,
Charente-Maritime, XIIe
siècle.
Homme dans le plus simple appareil.
Coursière supportée par une corniche ( XII-XIIIe siècles ),
Cathédrale Saint-Pierre, Poitiers,
Vienne.
Personnage montrant ce qui est d'ordinaire caché.
Réemploi roman de la tourelle d'escalier du XIIIe siècle.
Cathédrale de LUCON ( Vendée
).
**
Féminité.
Exhibitionnisme féminin.
Eglise Saint-Martin, Archingeay,
Charente-Maritime, XIIe-XIIIe
siècles.
Crédit photo : Anthony Weir
http://www.beyond-the-pale.org.uk/zxArchingeay.htm
Pour quelle raison ce qui est
ordinairement caché est-il montré ?
Eglise Saint-Romain,
Guitinières,
Charente-Maritime, XIIe siècle.
Crédit photo : Anthony Weir
http://www.beyond-the-pale.org.uk/zxGuitinieres.htm
Nudité à la mode
tourangelle.
Eglise de Rivière
( près de Chinon ),
Indre-et-Loire.
Le chevet de cette petite église
rurale comporte une représentation d'une femme offerte.
Quelle était l'intention réelle de l'imagier ?
Eglise de
Chaix , XIIe
siècle avec travaux de restauration aux XVII et XXe
siècles, Vendée.

Cette
église rurale peu éloignée de la précédente dispose
également d'une femme offrant son intimité, mais ici elle
entrouve son sexe à l'aide de ses mains.
Trivialité,
simple évocation réaliste, humour, dénonciation de la
luxure ?
Eglise de
Chalais (
Saint-Pierre-le-Vieux ), XIIe siècle, Vendée.
Figuration féminine...
Eglise de VINAX,
XIIe siècle ( Charente-Maritime ).
** Intimité de couples.
Une femme nue semble porter
son attention sur un élément vestimentaire
de son compagnon tout habillé qui la porte dans ses
bras.
Eglise Notre-Dame de
Corme-Ecluse,
Charente-Maritime, XIIe siècle.
Les partenaires sont
maintenant intimement enlacés.
Eglise Notre-Dame de
Corme-Ecluse,
Charente-Maritime, XIIe siècle.
Etreinte physique.
Eglise de Champagnolles,
Charente-Maritime, seconde moitié du XIIe siècle.
Belle variante saintongeaise
à l'intérieur de la partie basse romane de la chapelle
attenante ( XVIe ) à la nef.
Eglise Saint-Quentin,
Chermignac,
Charente-Maritime, XIIe-XIIIe siècles.
Scène d'accouplement.
Eglise Saint-Genès bâtie en
pierres grises et roses, Châteaumeillant,
Cher, XIIe siècle.
Au-delà de l' évocation en
granite d'une étroite intimité,
y avait-il, dans l'esprit du tailleur, l'intention de
réaliser une image symbolique de l'unité en réunissant le
masculin et le féminin?
Eglise de Bussière-Poitevine,
Haute-Vienne, XIIe-XIIIe siècles.
Le baiser.
Eglise de Vinax, XIIe siècle ( Charente-Maritime
).
Comportements explicitement érotiques d'un couple...
Eglise de MIGRON, XIIe siècle (
Charente-Maritime ).
** Sur la condition terrestre de
l'homme.
Rappel de mauvais goût de la
condition humaine ou illustration originale du thème du
retournement ?
Eglise Saint-Blaise,
Givrezac,
Charente-Maritime, XIIe
siècle.
La même interrogation se pose
:
gauloiserie ou évocation dans la pierre de la conversion
intérieure ?
Eglise de Champagnolles,
Charente-Maritime, seconde moitié du XIIe siècle.
Un personnage à la selle.
Son orifice anal de forme carrée rappelle la partie
terrestre et animale de l'homme.
Eglise Notre-Dame de
Corme-Ecluse,
Charente-Maritime, XIIe siècle.
Variation autour d'un
thème.
Collégiale
Saint-Pierre, Le
Dorat, Haute-Vienne,
XIIe siècle.
Variante.
Eglise Saint-Blaise,
Givrezac,
Charente-Maritime, XIIe
siècle.
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Quel
pouvait être le sens de ces sculptures évoquant de façon
très apparente des sexes masculins ou féminins, des
étreintes physiques ou des scènes de défécation que l'on
trouve non seulement dans les petits édifices ruraux mais
parfois aussi dans les cathédrales, sous les corniches
extérieures mais aussi parfois sous certaines corniches
intérieures, dans un coin discret mais également parfois
offerts à la vue de tous ?
Avec ces parties intimes de l'être humain explicitement
dévoilées, on peut sembler très loin de la béatitude. Or,
un édifice roman n'est-il pas d'abord un édifice chrétien
et devons-nous pas nous attendre à y trouver des
représentations sculptées exprimant une perspective
chrétienne du monde ?
On peut penser que les thèmes des sculptures sont
d'ordinaire prescrits expressément par le commanditaire.
Mais il en est, sans doute moins ainsi pour le petit peuple
des modillons que pour les programmes iconographiques ou
les motifs symboliques des façades et des chapiteaux.
Moins soumis au contrôle strict du maître d'ouvrage le
sculpteur de modillons peut laisser davantage libre cours à
son imagination, à ses préoccupations courantes, à la
quotidienneté vécue ( activités laborieuses mais aussi
festives, amour, objets...), au cadre de vie, animaux et
végétaux. Ce qui nous vaut des scènes réalistes ou
fabuleuses, pittoresques ou grotesques, terre à terre ou
parfois à message, archaïques et naïves ou remarquables et
d'une grande habileté selon le talent du tailleur de
pierre.
Ainsi, le monde savoureux des modillons est-il pleinement
le reflet d'une société et d'une époque.
C'est dans cette perspective générale qu'il convient sans
doute d'appréhender les représentations réalistes des
parties sexuelles des êtres humains qui peuvent paraître
osées, crues, grivoises, érotiques, obscènes ; dans quelle
mesure et à quel point l'étaient-elles pour les imagiers du
Moyen Age ? Comme
Anthony Weir
a pu le rappeler dans ses recherches sur les
représentations obscènes "
ce qui nous apparaît aujourd’hui obscène ne
l’est pas forcément pour l’époque médiévale "
**.
A
défaut de document laissant entendre le sens exact qu'il
convient de leur donner, l'interprétation de cet art
populaire que constituent les modillons restera toujours
délicate. Entre manifestation de la grossièreté et l'amour
de la gaudriole dans le menu peuple, d'une part, et
expression de symboles, d'autre part, plusieurs niveaux de
lecture de ces images sculptées modillonnaires demeurent
possibles.*
* Un aimable correspondant tailleur de pierre de son état
m'a rappelé l'hypothèse interprétative suivante : le
caractère irrévérencieux, irrespectueux, " choquant " de
certains modillons sur des édifices qui étaient des havres
de paix et de salut pourrait s'interpréter comme une
réaction des tailleurs de pierre face à des commanditaires
tenant mal leurs obligations financières à leur
égard.
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On peut voir le site très riche Satan in the
Groin
http://www.beyond-the-pale.org.uk
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