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ECOLOGIE DU CARCASSONNAIS, DES
CORBIERES ET DU LITTORAL AUDOIS Agréée au titre des articles L. 121-8 et L. 160-1
du Code de l'urbanisme et au titre de l'article 40 de la loi du 16 juillet
1976 relative à la protection de la nature, dans un cadre départemental |
Narbonne, le 28 décembre 2004
Monsieur Claude Muléro
Président du P.N.R. de la Narbonnaise
Domaine de Montplaisir
11000 Narbonne
Objet : PNR et risques technologiques
Monsieur le Président
L’accident de Comurhex à Narbonne le 20 mars 2004, puis celui de
décembre à la SOFT, ont amené notre association ECCCLA à une réflexion plus
approfondie sur ces problèmes et à faire diverses propositions au P.N.R.
1°/ Risques technologiques et environnement :
La « loi Risques » du 30 juillet 2003, promulguée suite
à la catastrophe AZF du 21 septembre 2001, tend à privilégier, d’une part, les risques accidentels
(explosions, incendies, etc) par rapport aux risques chroniques (rejets,
fuites, etc), d’autre part les conséquences pour les populations et la santé à
celles pour l’environnement.
Et malheureusement les décrets d’application en préparation - tels
que nous pouvons les connaître par France Nature Environnement et par la
DRIRE-L.R. - accentuent encore cette tendance.
Ainsi, le P.N.R. de la Narbonnaise n’a par exemple pas
été invité à participer au pre-CLIC de Port La Nouvelle le 22 juin 2004. Et,
quand ECCLA en a fait la remarque, le Sous-Préfet a répondu que le P.N.R.
n’était pas concerné… (Cf. compte-rendu ci-joint, point 4).
Nous pensons donc qu’il serait judicieux que le P.N.R. demande à
l’administration d’être pleinement associé à ces instances de concertation, que
ce soit pour le site de Port La Nouvelle, pour Comurhex-Malvesi ou pour la société EDN à Ginestas (Zone
de Truillas), classée Seveso et dont les effluents concernent aussi le bassin
versant des étangs de Bages-Sigean.
2°/
Conséquences de l’accident de la SOFT :
Trois semaines après le constat des premières fuites dans le
Canalet de Port La Nouvelle, nous ne pouvons qu’être inquiets de n’avoir encore aucun résultat d’analyses
rendu public, que ce
soit sur les eaux, les sédiments, les sols ou les poissons et les oiseaux.
Nous ne savons pas si cela est dû à la surabondance d’organismes
impliqués*, aussi bien du côté de
l’administration (sous-préfecture,
DRIRE, DDCRF, SMLR, Ifremer, Affaires maritimes, pompiers, gendarmes…) que du
côté de l’industriel (SOFT, Sodepol, Searmip, Antea). Toujours est -il que ce
manque d’informations est un élément d’inquiétude tant chez les pêcheurs
professionnels que dans la population en général.
ECCLA tient à insister fortement sur cette question de la transparence car, vous le savez et ce n’est pas la
première fois, on a toujours l’impression qu’il y a une volonté de rétention de
l’information de la part des autorités, alors qu’il s’agit d’organismes publics
travaillant avec des fonds publics
(voir aussi la réponse qui nous a été donnée au pre-CLIC de Comurhex du
08/12/04, voir compte-rendu point 6).
3°/ Transfert et rémanence de la pollution :
Apparemment, personne ne sait quelles vont être les conséquences à
long terme des fuites de chlorpyriphos éthyl (et d’autres pesticides ?). Ces produits très toxiques vont-ils subsister
longtemps dans les eaux ou les sédiments des étangs ? vont-ils être
absorbés par les plantes, le plancton et toute la chaîne alimentaire y compris
les poissons et les oiseaux, etc ? La pêche professionnelle des petits
métiers va t-elle être affectée à long terme ?
Or, il se trouve qu’une équipe pluri-disciplinaire, autour de l’INRA-Grignon, a effectué récemment une importante étude sur ce sujet dans le cadre du club CRIN « Environnement et société » (association ECRIN : Echange et Coordination Recherche-INdustrie) : « modélisation des transferts de pesticides dans l’environnement » (éditions Ecrin, Paris, mars 2002), ouvrage qu’ECCLA possède dans sa documentation.
ECCLA propose donc au P.N.R. qu’il profite de la présence d’un
important laboratoire de l’INRA sur son territoire pour demander que l’INRA
réalise un exercice pratique d’étude sur le transfert des pesticides suite à l’accident
de la SOFT.
Précisons que le coordinateur de l’étude est Monsieur Raoul
Calvet, de l’UMR Environnement et Grandes Cultures, à l’INA-PG, B.P. 01 78850
Thiversal-Grignon.
4°/ Pesticides et criquets :
Comme vous le savez, l’accident de la SOFT résulte de leur manque
de précautions dans la hâte qu’ils avaient pour satisfaire d’importantes
commandes de pesticides pour la lutte contre l’invasion des criquets dans
divers pays d’Afrique. Or, il se trouve que le P.N.R. vient d’accueillir des
personnalités de divers pays africains impliqués dans la gestion des sites
Ramsar.
ECCLA propose donc que le P.N.R. profite de ses contacts avec les
pays africains pour examiner avec eux s’il n’y a pas des moyens moins nocifs
pour l’environnement que l’usage de pesticides très toxiques contre le fléau des criquets. Des
recherches dirigées vers la prévention et la lutte intégrée pourraient être un
passionnant terrain de coopération entre ces pays et le P.N.R., à l’avantage
des deux parties : l’Afrique, qui outre les criquets doit subir l’épandage
massif de pesticides très toxiques, et nos étangs victimes de pollutions des
usines de Port La Nouvelle.
ECCLA espère très sincèrement que le P.N.R. pourra mettre en œuvre
les quelques suggestions évoquées ci-dessus. Nous adressons copie de cette
lettre au Directeur du P.N.R., et vous laissons le soin d’informer tant le
Comité Syndical que l’équipe de salariés de ces propositions.
Meilleures salutations écologistes et meilleurs vœux pour 2005
aussi bien à vous qu’au Parc.
Pour ECCLA
Le Président
Pitch Bloch
P.J. : 1 : Compte-rendu CLIC de Port La Nouvelle du
22/06/04
* C’est par un de ces organismes que nous avons appris par hasard
qu’il était intervenu récemment aux Ciments Lafarge pour une pollution qui n’a
visiblement pas été signalée ni au
cours des « réunions de concertation » bi-annuelles ni dans la presse.