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La Maison de l'Écologie et des Écosystèmes du Maroc




Des plans d’urgence antiacridiens pour le Criquet pèlerin

Michel Lecoq
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, UPR Prifas-Acridologie opérationelle, TA 40/D, 34398 Montpellier Cedex 5, France
Tel. : 33 (0)4 67 59 39 34, Fax : 33 (0)4 67 59 38 73 ; e-mail : lecoq@cirad.fr


L’évolution de l’organisation de la lutte contre le Criquet pèlerin a connu récemment divers progrès tant sur les plans technique qu’institutionnel (mise en place du programme EMPRES, création de la CLCPRO…). De nombreux progrès restent cependant à accomplir. En particulier, la mise en place d’un dispositif de surveillance et de lutte à géométrie variable en fonction de la situation acridienne semble un point capital. Les coûts récurrents de la prévention pourraient ainsi être plus facilement supportables par les états concernés, souvent démunis et pouvant, pendant les périodes de rémission, avoir d’autres priorités. C’est ce qui a été fréquemment observé dans le passé et ce fut l’une des causes - sinon la principale - du développement de l’invasion de 1987-1989 du Criquet pèlerin.

Dans cette optique, les
plans prévisionnels d’urgence actuellement en préparation sous l’égide de la FAO sont un point capital et devraient permettre de mieux organiser les actions à mettre en œuvre aussi bien dans les situations de rémission (surveillance et lutte préventive en période de calme) que dans les situations de résurgence, de recrudescence et d’invasion (situations qu’il convient d’ailleurs de caractériser précisément et sans ambiguïté pour chaque pays).

Ces plans doivent lister l’ensemble des moyens matériels, humains et financiers nécessaires dans ces différentes situations acridiennes, ainsi que les procédures (techniques, financières, administratives…) indispensables pour les mobiliser et les mettre en œuvre dans des délais impartis aux niveaux national, régional et international. Ils doivent être harmonisés pour l’ensemble des pays. En cas de demande d’assistance extérieure on pourrait alors se référer à une situation précise et à des besoins qui auraient été clairement identifiés à l’avance. De ce point de vue, il est important que les plans mentionnent aussi bien les besoins supplémentaires nécessaires en cas d’urgence que les moyens mis œuvre sur le budget de l’Etat pendant les périodes de rémission. Il conviendrait de faire ressortir les rubriques non couvertes même en rémission et pour lesquels un appui d’EMPRES s’avère indispensable pendant un certain temps (% couvert par l’Etat, % non couvert devant être pris en charge par EMPRES dans un premier temps avec un engagement des pays à couvrir progressivement la totalité).

De tels plans devraient améliorer la réactivité et l’efficacité du dispositif global de surveillance et de lutte, mais aussi accroître la crédibilité des demandes des services antiacridiens auprès de leurs autorités nationales respectives, comme auprès des Etats donateurs en cas de recours nécessaire à une aide extérieure.

Ils devraient être régulièrement testés sur le terrain – mis en œuvre à titre de simulation - permettant ainsi de maintenir, pendant les périodes de rémission, l’activité et la motivation des personnels des services antiacridiens et de tous les acteurs concernés. De ce point de vue également, ces plans constituent un point clé pour la durabilité du dispositif.

Ces plans devraient enfin être déposés au plan national, régional (commissions FAO) et international auprès de toute institution ou pays donateur intéressé par un appui à la lutte antiacridienne. Ces institutions et pays donateurs y trouveraient, à l’avance, la preuve chiffrée de l’engagement des Etats dans le dispositif international de lutte antiacridienne ainsi que les éléments techniques précis pour juger de la crédibilité de leurs futures demandes d’assistance. Ces plans constitueraient un engagement réciproque. Celui des Etats d’assurer - sur leurs ressources propres - la permanence d’actions minimales de prévention et le maintien d’une expertise locale reconnue. Engagement des donateurs et institutions internationales, en cas d’urgence, de mettre en œuvre dans les plus brefs délais les moyens supplémentaires prévus dans le plan d’urgence face à telle ou telle situation acridienne. Un fonds d’urgence international devrait être constitué pour permettre de répondre avec la rapidité d’action nécessaire.

Face à l’aggravation actuelle de la situation acridienne, la lenteur de la mobilisation internationale s’explique vraisemblablement par le fait que divers donateurs ont, malheureusement, à la fois des doutes sur l’importance économique réelle du Criquet pèlerin et sur l’efficacité de la stratégie de prévention en vigueur. Cependant, cette lenteur s’explique très certainement également par le manque d’organisation des pays affectés aussi bien face à des situations d’urgence que dans leur approche vis-à-vis des donateurs. De ce point de vue, la mise en place rapide de plans d’urgence est un point clé de la viabilité du dispositif de prévention.

Si, à la suite de la dernière invasion des années 1987-89, l’accent a été mis, au plan international, sur la recherche de solutions alternatives aux insecticides (mycopesticides, phéromones), ces solutions ne sont malheureusement pas encore pleinement opérationnelles en Afrique, même si les premières applications commencent à voir le jour dans certains pays. Dans le même temps, les aspects stratégie de lutte ont été négligés et le renforcement des services antiacridiens en charge de la surveillance et des opérations de prévention dans les aires grégarigènes du Criquet pèlerin n’a pas été conduit avec la vigueur nécessaire. Ainsi, le Programme EMPRES pour la Région occidentale n’a pas encore reçu la totalité des financements indispensables 3 ans après son lancement.
Sept ans après la mission de formulation d’EMPRES dans cette région rien n’a encore été réellement fait pour augmenter de façon significative le potentiel de surveillance et de lutte des Etats clés de la ligne de front. La nouvelle recrudescence du Criquet pèlerin qui se développe actuellement trouve de nombreux pays encore largement démunis.

Il est à la fois urgent :
- de renforcer les services antiacridiens des pays sahéliens et qu’un appui significatif soit enfin apporté au programme EMPRES porté par la FAO ;
- de mettre en place des plans d’urgence harmonisés à l’échelon international permettant d’organiser d’une manière plus rationnelle les opérations tant de surveillance que de lutte.

Ce dernier point n’est pas anecdotique. Les plans d’urgence sont un élément vital pour l’avenir de l’organisation de la lutte contre le Criquet pèlerin. Il en va de la crédibilité des pays affectés vis-à-vis de la communauté internationale.





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