L’hécatombe du Moyen Atlas
Paysages défigurés, écosystèmes
dénaturés, forêts aux sous-bois dégarnis,
biodiversité banalisée, sol écorché,
lessivages catastrophiques, destructions irrémédiables,
le Maroc est atteint de surpâturage chronique,
le Maroc est
« malade du mouton ». Les ravages de ce pastoralisme
intempestif induisent une véritable pandémie
écologique, un écocide lent, un risque d’extinction
massive des plantes, de la faune et de la faunule débouchant sur
une mort du sol, déjà nu, décapé et
squelettique en bien des régions, qu’elles soient
montagnardes ou mésétiennes, forestières,
steppiques ou présahariennes, à tous les étages de
végétation et dans tous les bioclimats.
Plus de 20 millions d’ovins, de caprins et de camelins
déciment les formations herbacées et arbustives, et les
dégâts irréversibles sont parfois hallucinants.
Triste record : 800.000 moutons paissent au sein des modestes
cédraies du Parc national d’Ifrane, soit un troupeau sept
à huit fois supérieur à ce qu’il devrait
être dans un espace non protégé. Alors que dire
dans une figure soi-disant dirigée ! Une législation
jamais pratiquée est supposée établir la
capacité de charge des parcours forestiers et permettrait de
décider de la taille du troupeau que peut soutenir la
forêt. Rien, sinon un appât du gain mal compris, ne peut
raisonnablement expliquer cette croissance exponentielle qui a
doublé en un quart de siècle, de façon
concomitante avec une sècheresse de plus en plus
récurrente.
Naturalistes et experts des écosystèmes de la
Méditerranée occidentale, particulièrement
dédiés au biopatrimoine du Maroc, voici que depuis les
quelques années de ce jeune siècle nous n’avons de
cesse de tirer la sonnette d’alarme quant à l’agonie
dont souffre bien des régions naturelles du Royaume, et
notamment le « coma » écologique dans lequel se
débat présentement la cédraie. Sans revenir, ni
sur l’importance que représente les massifs forestiers du
Moyen Atlas au niveau du futur des ressources, ni sur les
détails de nos évaluations au double niveau de la perte
des espaces et du déclin des espèces, nous croyons bon
lancer cet ultimatum, afin que tout Marocain, que tout ami du Maroc,
sache qu’il n’y aura bientôt plus rien à faire
pour sauvegarder ce trésor de la biosphère, cadre de vie
et de culture d’une population prise au piège.
Les bioindicateurs de la cédraie sont au rouge
Depuis les années 90, il nous fallu bien du talent pour
répertorier quelques dizaines de sites encore bien
conservés dans un périmètre
Ifrane-Khénifra-Itzer, le fameux triangle du cèdre. La
plupart des localités transmises par la bibliographie
scientifique des botanistes et des zoologues, soit du temps du
protectorat, soit par exemple des années 70, étaient
déjà retrouvées dans un état moribond, avec
un sol dénudé et démunie de la moindre vie
sauvage. Notre analyse écologique prend particulièrement
en compte les papillons de jours. Ces insectes sont en grande
majorité inféodés à des plantes plus ou
moins fragiles, et comme eux, d’un intérêt
endémique ou remarquable, c'est-à-dire d’une valeur
biopatrimoniale. La présence de ces papillons témoigne
pour la bonne santé des lieux. C’est ce que l’on
appelle des bioindicateurs. Pour être entendus, nous dirons que
le papillon est le reflet de ce qu’il y a dessous, que lorsque le
sol est privé de ses qualités biologiques, le dit
papillon disparaît, et tout le reste dans la foulée.
Certains dirons « qu’avons-nous à faire d’un
simple papillon ? ». Bien que parfaitement compréhensible
dans sa spontanéité, cette allégation prouve
l’absence totale de compréhension concernant le milieu
naturel. En cherchant à protéger « une bestiole
», l’écologue lutte pour
l’intégrité de l’espace, pour la conservation
de la forêt et du pâturage, et donc pour le futur des
populations tributaires des ressources locales. Il ne s’agit donc
pas de protéger le papillon pour le papillon, ou la plante pour
la plante, mais de sauvegarder une nature féconde et dans
laquelle l’homme pourra encore tirer sa subsistance et son
profit. Il en est de même d’un très grand nombre
d’espèces animales dont l’éradication nous
indique un point non retour, celui de l’anéantissement des
campagnes et des montagnes, et de l’approche du jour où
l’exode de l’agriculteur, du berger, de l’artisan et
puis de toute la population sera rendu incontournable par une vie
invivable dans un univers désertifié. L’enjeu
n’est pas strictement et égoïstement scientifique, il
est écoconscient et humanitaire. Notre discours est donc clair :
la cédraie, comme toute autre formation naturelle, doit
être protégée, gérée avec vigilance,
faute de quoi la population rurale devra chercher ailleurs de quoi
survivre. Hélas, cette cédraie est en voie
d’extermination par des décennies de mauvaises techniques
forestières, et par l’actuel surcharge du cheptel
malencontreusement conjuguée aux affres d’une
sècheresse drastique. C’est le coup de grâce.
Sacraliser les reboisements
Ce n’est pas pour rien qu’au Maroc, et probablement dans
tous les pays où le pastoralisme souffre de démesure,
l’inventaire des derniers « petits paradis », les
ultimes havres de biodiversité, les poumons de diversité
biologique se superposent aux seuls périmètres en
défens, dont l’objectif initial est la
régénération forestière. Ce sont en effet
les seuls secteurs non soumis aux parcours ovins et caprins. Depuis les
temps les plus reculés, les pays d’Afrique du Nord sont
quasiment les seuls à pratiquer le parcours en forêt,
véritable anachronisme. Partout ailleurs, le bétail est
exclu de la forêt car il est jugé hautement
préjudiciable à la conservation du sous-bois. Une
forêt dégarnie de son sous-bois n’est plus une
forêt, c’est une carcasse vide, c’est une forêt
fossilisée. Si aucune végétation libre et confuse
ne protège les semis naturels, comment la graine ou le rejet,
broutés ou piétinés, deviendront-ils l’arbre
de demain ? Au Maroc, même les figures d’aires
protégées, tels que les Parcs, les Réserves ou les
SIBE (Sites d’Intérêts Biologiques et
Écologiques), sont paradoxalement et outrancièrement
pâturées. Il s’agit donc d’une protection
cosmétique, toute théorique. Faudrait-il en appeler au
maraboutisme, c'est-à-dire à l’irrationnel,
à l’obscurantisme, comme seule approche viable pour un
scrupuleux respect et une garantie de conservation ? Car il est un fait
que les pratiques maraboutiques ont permis jusqu’à ce jour
la sauvegarde de bien des lieux, des associations
végétales, des boisements et des arbres
séculaires. C’est tout de même un peu
pathétique à l’heure de la science et de
l’Internet !
Pour en revenir à ces judicieux programmes de reboisement qui
font donc office de réservoirs génétiques pour
l’avenir, comment comprendre qu’après seulement
quelques années de mise au repos, sans attendre que les jeunes
arbres aient atteint suffisamment d’âge pour
résister à la dent du bétail,
l’administration de tutelle puisse les livrer sans plus de
discernement à l’assaut anarchique et agressif des
chèvres et des moutons ? Les reboisements exigent des budgets
faramineux, souvent soutenus par la coopération internationale,
et des financements vertigineux sont ainsi engloutis. C’est donc
doublement étrange qu’on leur « coupe l’herbe
sous le pied » ! Dans les conditions écoclimatiques
locales, il faut bien plus de dix ans pour conférer une
remontée biologique à une biocénose, pour que les
espèces végétales et animales parviennent à
recoloniser l’espace mis en repos. Il faut ensuite, et le plus
longtemps possible, se garder de pressions usagères trop
intensives. Plutôt que d’être sabordés, les
reboisements devraient être simultanément
appréciés comme des
Réserves du Vivant, et pour
les plus emblématiques d’entre eux, après
évaluation de leurs composantes flore-faune, faire l’objet
d’une protection radicale et à long terme. Ces sanctuaires
de renaissance naturelle constitueraient alors les perles d’un
écotourisme dont on espère tant.
La fin des beaux restes
Pour ce qui concerne le massacre des sites, un panel exhaustif
d’exemples tous plus affligeants les uns que les autres documente
nos assertions. C’est chaque fois les retrouvailles avec une
reforestation dévastée, des arbrisseaux abroutis et
moribonds, toute une strate végétale et arbustive
anéantie, substituée par un sol devenu stérile,
pulvérulent ou compacté par le piétinement,
c’est selon la saison. Et il ne s’agit pas ici de quelques
sites victimes et sacrifiés parmi tant d’autres encore en
bonne vitalité, il s’agit et il s’agissait des
derniers restes. Qu’il soit question, dans la cédraie ou
dans son écorégion, par exemple, d’un certain
reboisement du Massif du Kandar reconverti en parc à sangliers
surnuméraires pour safari touristique ; de la magnifique
afforestation du Plateau d’Ito subitement mis en pièces et
« officiellement » désertifié au profit de
l’oviculture ; des alentours de la maison forestière
d’Ousmaa (escarpement d’Azrou) dont il vient
d’être fait table rase par des troupeaux sédentaires
(dans la foulée du précédent site de Tioumliline
aujourd’hui squelettique) ; de l’immense et si riche
périmètre du Tizi-n-Tretten (entre Ifrane et Mischliffen)
que les « troupeaux-extincteurs » et les «
bergers-pompiers » sont chargés de désertifier
dès le premier regain « pour éviter que les
cèdres ne brûlent » (sic le garde local) ; du
considérable reboisement de la maison forestière de
Tirhboula (Boulemane) subitement occis, tout comme les dernières
nappes alfatières de la région, par des parcours
autorisés ; de la forêt de Tourtite (Souk-El-Had) dont il
ne reste rien ; de tout le périmètre du
Tizi-Tanout-ou-Fillali, soigneusement
régénéré puis réduit à
néant ; d’un secteur très précieux du Jbel
Tarharhat (à l’ouest d’Itzer) dont les
clairières de la cédraie mixte, désormais
pelées, constituaient un sanctuaire de biodiversité ;
etc., liste interminable…
La tronçonneuse invisible
Comme tant d’autres lieux dans un pays originellement d’une
incomparable richesse biologique, l’un des plus contrasté
du zonobiome méditerranéen, ces sites étaient les
précieux habitats d’un cortège
d’espèces floristiques et zoologiques à nul autre
pareil. Ne seraient-ce que les papillons bioindicateurs qui montraient
des espèces remarquables, rares, endémiques, certaines de
nature indigène, exclusives à ces biotopes, et dont il
s’agissait de l’unique localisation connue pour tout le
Continent africain ! Un exemple : les cartographies entomologiques
livraient des associations pouvant atteindre jusqu’à 50
espèces différentes de papillons de jour sur un espace de
10 km de côté, la plupart à valeur patrimoniales.
Qui dit mieux ? A peine dix ans – parfois moins - après la
découverte par les spécialistes de leurs hauts indices
qualitatifs (diversité) et quantitatif (densité des
effectifs), il ne reste plus rien de ces habitats de premier rang,
parcourus en long, en large, en travers et dans tous les sens par des
hordes de troupeaux sédentaires et saccageurs.
La cédraie, écran vert entre le Sud
désertifié et le Nord menacé, a
périclité de 40 % de sa superficie. Les causes du
dépérissement du cèdre sont peut-être
d’ordre climatique dans la partie la plus méridionale du
Moyen Atlas, ainsi que dans le Haut Atlas oriental, mais la
cédraie succombe aussi à l’effarante pression
multi-usagère dont elle est victime. A commencer par plus
d’un siècle de gestion forestière indigente ayant
engendré de graves dysfonctionnements, en passant par le
ramassage du bois de chauffe, pour finir par l’agression
pastorale, qui plus est dorénavant quasi sédentaire. Dans
les parties encore les plus vives des cédraies, des
chênaies vertes, des zénaies, où la
régénération se montre spontanée (Ifrane,
Azrou, Aïn-Leuh jusqu’à Itzer), il est inadmissible
de retrouver en quelques années des sites à la flore
luxuriante, mortellement griffés par le pâturage, et dont
le sol revêt tous les caractères de celui
d’un…abominable terrain de football. Le cheptel
surnuméraire ronge la forêt, ses effets perverses et
coupables de dégâts incommensurables apparaissent vite
comme irrémédiables, le terrain écorché
devient lunaire.
C’est ainsi que l’on détruit la
forêt…, sans même couper les arbres !
A l’heure de la lutte mondiale contre la désertification,
du développement durable, des effets d’annonce sur la
biodiversité, voire du principe de précaution, et de tant
de gargarismes montant des symposiums et des congrès aussi
pompeux et nombreux qu’inutiles, on pourrait se demander si les
instances décideuses ne sont pas atteintes d’une
inguérissable schizophrénie.
Dans le domaine
environnemental, un État se doit d’appliquer une politique
volontariste, de veiller à des normes rigides de protection,
dans l’intérêt du devenir des populations. La
demande démocratique qui pourrait consister à «
tout donner en pâture » est un non-sens, elle ne peut
être qu’exploiter à des fins démagogiques,
à très court terme et pour des intérêts
particuliers allant à l’encontre de la
collectivité, elle ne serait qu’une fourberie populiste
utilisant la demande pastorale du « toujours plus » comme
« pâture électoraliste ».
L’extermination de la strate végétative du sol,
puis de la forêt qui, à long terme, n’y survivra
pas, soit la désertification programmée par les effets
pernicieux du surpâturage accepté, est une grave atteinte
à l’intérêt national.
Au lieu d’alléger les effets de la sècheresse par
une meilleure mise en valeur des terres, on a recours à une
politique du pire et l’on fait tout pour engendrer une
aggravation des conditions pédologiques, un déclin
irréversible de fertilité, puis de la porosité des
sols. Interviennent alors l’érosion pluviale aux
conséquences catastrophiques (lessivages, inondations,
mortalité humaine), et son corollaire la perte du pouvoir
d’absorption et de stockage de l’eau, soit la condamnation
des nappes et du rôle de château d’eau tenu par les
massifs forestiers de montagne.
Lorsque le sol est atteint par l’érosion, la
désertification entraîne aussi une émission de
carbone dans l’air. Ce processus libère les gaz à
effet de serre qui contribuent au changement climatique, empirant ainsi
les conditions météorologiques extrêmes et
induisant la sècheresse.
Les causes et les effets de la désertification étant plus
ou moins interrelliées, c’est ainsi que des régions
auparavant biologiquement saines et économiquement viables, se
retrouvent en proie une aridité adverse et invivable.
L'eau pure du Val Tizguite, continuez nombreux à y jeter vos détritus !
Venez nombreux !
Mais le forestier et le gros propriétaire de troupeaux ne sont
pas les seuls au banc des accusés. Le citoyen, peut-être
trop profane des choses de la Nature, ne cesse de prouver son manque de
civisme, jusque dans ses loisirs avides de chlorophylle.
Gens de Fez, de Meknès et d’ailleurs, profitez «
intelligemment » des beaux jours et venez nombreux vous
détendre à l’ombre bienfaisante des frondaisons du
Val d’Ifrane ! Vous serez libres d’y introduire votre
véhicule au plus profond de la forêt, vous pourrez
même la laver avec des lessives non dégradables dans les
eaux souillées de l’Oued Tizguite ! Si vous avez des
tapis, amenez-les, vous pourrez les nettoyer sur place, c’est une
tradition ! Si vous avez un mouton à engraisser, il sera de la
fête et pourra tondre les alentours, c’est une autre
tradition ! Pendant ce temps, vos enfants hurleront pour troubler le
silence de la Nature, piétineront les fleurs, casseront les
branches, massacreront les oiseaux au lance-pierre ! Vous leur donnerez
même un coup de main pour décapiter la dernière
petite couleuvre innocente, pour piétiner «
l’abominable » crapaud et en finir avec la création,
au nom des vieux démons. Vous n’hésiterez pas
à vous vautrer en nombre sur l’herbe tendre, à
faire de joyeuses parties de ballon qui transformeront peu à peu
le sol en terre galvanisée ! Tout cela au son tonitruant de
votre auto-radio, afin de couvrir le futile chant des oiseaux, de faire
avorter la couvée. Après le festin, vous abandonnerez vos
déchets, vos papiers gras, vos emballages divers dans les
prairies, sur les rives et pourquoi pas dans l’eau de
l’oued ! Vous n’oublierez pas d’y ajouter ce «
petit plus » que représente la couche de votre enfant,
voire la serviette hygiénique de votre épouse ! Pour
mieux digérer, acceptez donc une promenade à cheval en
file indienne, cela fera plaisir aux si nombreux gamins qui vous la
proposent, et les sentiers et leurs bermes n’en seront que mieux
compactés. Et avant de partir, vous pourrez
acquérir quelques tortues prisonnières ou un filet
d’écrevisses pieds rouges : faites vite,
l’espèce est en voie d’extinction !
Personne ne vous dira que le champ de foire où vous avez
passé ce très récréatif et oxygénant
dimanche n’était pas seulement la fameuse Source Vittel,
ou la si connue Cascade des vierges, mais aussi et surtout l’un
des plus précieux écosystèmes humides
d’Ifrane et du Moyen Atlas, qu’il était très
surveillé jusqu’à la fin du siècle
passé parce qu’il abritait des plantes, des insectes et
des animaux uniques, remarquables, pour la plupart endémiques au
Maroc. On ne vous le dit pas parce que nous sommes à
l’ère du développement durable et du respect de
l’environnement. On dirait même qu’un seul et
très éloquent panneau vous donne la bienvenue au Val
d’Ifrane, affichant l’ineffable mention :
«
après nous, le déluge ! ». Et puis, c’est
votre droit le plus démocratique de renoncer à tout code
de conduite, de vous tenir mal, de tout saccager dans la joie et la
bêtise, la Nature est à vous ! Malheureusement,
d’ici quelques années, de ce paradis vert aux ombrages
tant appréciables pour esquiver les fortes chaleurs estivales,
il ne restera rien. Vous l’aurez anéanti. Alors,
s’ils sont encore au Maroc, vos enfants passeront leurs temps
libres dans les parkings des hypermarchés. C'est-à-dire
en enfer.
Par ici la sortie…
L’ « écologue légiste » vous dira de quoi est morte votre région…
Détruire pour chercher ensuite à sauvegarder ce qui
n’est plus relève de la pantomime politicienne. Dans bien
des régions du Maghreb, contrée rongée par
l’abus pastoral,
l’écologue n’est plus que le
pathologiste au service d’un corps sans vie. Appelé au
chevet d’un écosystème meurtri, on lui demande de
procéder à une dernière évaluation
d’une biodiversité posthume, de dresser l’inventaire
d’espèces disparues dans des espaces
décapés. Que faire quand il n’y a plus rien
à faire ? Sinon inscrire le spectre de forêt sur la longue
liste nécrologique des écosystèmes ayant rendu
l’âme.
L’heure est à l’autopsie
des biocénoses. Il n’y a pas de résurrection
possible. Alors, face au grand trépas de la Nature,
préliminaire au prochain exil des populations usagères
menacées d’un avenir très incertain, une question
devient hantise :
pourquoi ce grand sabotage, pourquoi se faire les
bourreaux d’un tel cadre de vie ?
Éreinter la cédraie, en gruger la biodiversité, en
scalper le substrat, en dénaturer le sol, c’est non
seulement écocider un pan considérable du capital naturel
marocain, mais c’est aussi génocider culturellement un des
plus riche aspect du monde berbère. On survit parce qu’on
économise, ou du moins par ce que l’on gère avec
vigilance, et non pas parce que l’on gâche, parce que
l’on dépense. User sans abuser est le plus légitime
des préceptes quand il s’agit des ressources de la Terre
nourricière.
Écrit en mon âme et conscience, pour le bien du Maroc, en décembre 2005.