Ceux qui “laissent”
et ceux qui “prennent”.
Daniel Quinn nomme ainsi les deux cultures fondamentales qui s'opposent au sein de l'humanité.
 
L”histoire des chasseurs-cueilleurs, 
ou l’histoire de “ceux qui laissent”.

Cette histoire se poursuit depuis l'apparition du genre Homo, il y a environ 3 millions d'années. Elle est même plus ancienne dans la mesure où l”intégration de la culture des chasseurs-cueilleurs dans la communauté des êtres vivants  ne diffère pas des cultures dites animales  et leur succède sans rupture fondamentale. D'ailleurs, ici peu importe qu'il s'agisse d'instinct ou de culture, puisqu'il s'agit de comportements ancestraux qui ont fait leurs preuves au sein de la communauté des êtres vivants.
 
Chez eux, aucune forme de vie ne s'oppose aux autres, toutes les espèces se respectent et respectent leur espace vital. Il n'y a pas d'espèces honnies, pas d'espèces utiles ou nuisibles. La vie et la mort ne s'opposent pas fondamentalement, elles sont la condition de l'une et de l'autre.
 
En les nommant “ceux qui laissent", Quinn fait intervenir une forme de conscience, de responsabilité à l'égard des autres membres de la communauté. Bien sûr, ce n'était pas la conscience au sens où nous l'entendons qui présidait au début à "l'adoption" de cette forme d'organisation, cette façon respectueuse de vivre. C'était plutôt la perpétuation naturelle d'une adéquation immédiate d'une forme de vie immédiatement/intrinsèquement écologique aux impératifs qu'imposent le déterminateur commun à toutes les formes de vie. 
 
Aucune espèce (homo comprise) ne doit s'arroger le droit de conquérir et d’occuper définitivement l'espace de vie nécessaire aux autres espèces, aucune espèce ne doit rompre le "pacte" conclu au fil de l'évolution et sans cesse reconduit, sous peine d'être exclu de la communauté des êtres vivants. 
 
Quinn parle de lois, à l'exemple de la loi de la pesanteur, lesquelles ne peuvent en aucune façon être ignorées sous peine de catastrophe majeure, d'exclusion de la communauté des êtres vivants et donc d'exclusion totale hors de la vie. Il ne s'agit là d'ailleurs plus de mort, mais d'anéantissement...
 
Il compare les cultures de "ceux qui prennent" aux premiers aviateurs, ou plutôt à ceux qui s'imaginaient voler dans les airs alors qu'ils n'étaient qu'en train de chuter plus ou moins rapidement parce qu'ils ignoraient les lois de l'aérodynamique...
 
Selon lui, les membres de la culture de "ceux qui prennent" chutent inexorablement.


8000 ans av. Chr, 
l’agriculture naît et  se répand.

4000 ans av. Chr., 
l’agriculture totalitaire extermine ses « concurrents » ...
... l’un de ceux-ci fût Abel.


L”histoire de l’homme moderne 
ou l’histoire de “ceux qui prennent”.

Les Ackerbauern (Cain) sont les agriculteurs, les semitischen Hirten (Abel) sont les éleveurs sémites... 
Cain, donc, émane des peuples d'agriculteurs pratiquant une agriculture totalitaire et spoliatrice qui pour déposséder leur voisins éleveurs nomades (Abel) les massacrent, voici 4000 ans déjà av. Chr. 
 
La cause de cette volonté de dépossession, de conquête et de meurtre découle du besoin structurel de nourrir toujours plus de bouches au détriment des autres.
 
Une histoire qui se perpétue jusqu'à nos jours tant les deux cultures sont antagoniques !
 
La culture qui interdit aux autres l'accès à la nourriture fera notre malheur. ( culture des barbares que nous sommes !)
 
Il n’y aurait JAMAIS dû y avoir d’ hommes qui se pensant au “dessus des autres”, se permettent d'interdire aux autres peuples, mais aussi aux autres espèces l'accès à l’eau, la nourriture et les matières premières . Ces autres espèces, ce sont tout autant les autres mammifères (tels chacals, hyènes, lions, panthères, etc, toutes espèces dites” nuisibles ) que les reptiles, les oiseaux, les poissons divers, les Invertébrés ...
 
Les seuls nuisibles sur notre planète sont "ceux qui prennent"
 
Nous disparaîtrons brutalement (nous n’en sommes pas bien loin !) si nous n’opérons pas un tournant radical dans notre modes de pensée et dans nos pratiques quotidiennes ...
 
Voilà, très lapidairement un résumé de la pensée de Quinn, telle qu'elle apparaît dans ses deux romans.
 
Je pense que la façon qu'à eu Quinn de présenter la question tient du génie.
 
Il faut savoir qu'il maîtrise très bien les questions de religion pour avoir été un ancien ecclésiastique passé à l'écologie...
 
Amitiés, Michel Aymerich.
 
Tableau de Ch.M. Russel